28 octobre 2006

"LA RECHERCHE DE LA SYMETRIE EST DEVENUE AUJOURD'HUI UNE MALADIE A LA MODE."

(in "L'art de bâtir les villes" de Camillo Sitte)

Il était largement temps que j'enclenche la vitesse supérieure, il était 13h05 et j'étais censé passer mon badge dans l'espèce de parc-mètre qui sert de pointeuse avant 13h30.
En ne perdant pas de temps en route, c'était largement faisable : à pied, j'habite à 20 bonnes minutes du centre ville, où je travaille, il faisait beau, bien trop beau pour une fin de mois d'octobre, et surtout, surtout, les 3/4 du trajet se font sur une descente déjà bien prononcée. Idéale quand on est retard, cette inclinaison sur 2000 mètres au moins donne l'impression de rattraper l'horloge, et rassure : on sera à l'heure, clairement, pas le moindre souçi, c'est cool, alors regarde les nuages et le ciel avant d'aller t'enfermer, mec.
Bon, il est préférable de passer outre le retour, le soir venu ; à ces moments, ce qui ressemblerait presqu'à une agréable ballade à l'aller s'est mué en périple hardcore, en retour éreintant et pénible, et parce que l'on est bien en octobre, l'ensoleillement a laissé place à la nuit (il est 19h15), à la fraîcheur (j'ai déjà dit qu'on était en octobre ?), et la fatigue de la journée (si, si) rend les pas plus rapprochés, plus lents, moins énergiques.
Mais le crépuscule rend certaines choses faciles : il va me falloir encore plus de colle pour finir mes expériences d'enrichissement esthétique des murs qui m'observent sur chacun de mes trajets.
Mon objectif premier : les observer, eux, en rebondissant d'un collage à l'autre, à cadence soutenue. Mon autre objectif, dans un premier temps : racheter de la colle dans les jours qui viennent, car à ce rythme-là, je vais pas tenir jusqu'à novembre. On est bientôt en novembre, je sais pas si vous avez vu ?

Sinon ?
Dude est passé, on s'est maté les 4ème et 5ème épisodes de "Heroes", et ca commence à devenir vraiment intriguant.
Attention, si "mythologie Marvel" ne veut rien dire pour toi, alors pas la peine d'aller plus loin ; si ca t'évoque quelque chose, alors le truc à savoir, c'est que "Heroes", c'est une succession de figures de styles d'écriture comics contemporaine, passé à la moulinette du rythme et de la manière de faire des développeurs de séries télé.
Alors évidemment, on est pas dans le concept ultra-novateur, ni dans le truc à faire fondre les méninges en 2 secondes.
On assiste juste à une sorte de preuve que l'entertainement comics, qui sort péniblement de son image de "pour grand attardé encore un peu boutonneux", a encore de beaux restes, et que bien exploités, ils peuvent encore séduire.

Heroes, merci Dude.

ATTENTION SPOILERS !!! ATTENTION SPOILERS !!! ATTENTION SPOILERS !!!
Il y a désormais des tonnes de questions existentielles qui se posent naturellement, comme :
- est-ce qu'un bang supersonique provoque réellement un rond de fumée (Nathan Petrelli, au début du 5ème épisode) ?
- combien de temps Hiro tiendra-t'il son blog ?
- Peter Petrelli, le cadet (le pseudo Leech) joue-t'il un double jeu, est-ce lui l'enflure ?
- est ce que pour une fois, Jeph Loeb (co-scénariste du truc) tiendra un rythme, sur la longueur ?
- puis-je aller dire à la pompom-girl, Claire, que son beau-papa, il est pas tout net ?

Dude, mon ami, je t'attend pour la suite.
Il y aura du thé de bobo, de la bière si t'en veux, et autre chose que des cahuètes.

Et pour rebondir sur Dude (façon de parler, uh), quelques liens sympa sur la vie privée des super-héros, c'est con comme la lune mais c'est toujours marrant.
Ouiiii maiiiis tu vouuuaaaa, le détournement j'veux dire, c'est tellement faaaaacileee... Si, si, c'est toujours marrant.

A part ça ?
Je suis en train de lire "Ipso Facto" de Iegor Gran, en Folio. Ca n'a plu à personne de mon entourage, lors de sa sortie, alors forcément, voilà bien le genre de trucs qu'on a envie de regarder de plus près. Il était coincé dans ma pile de trucs à lire, qui n'en finit plus de prendre du volume.
J'ai ressorti de la même pile "L'art de bâtir les villes, l'urbanisme selon ses fondements artistiques", un truc de 1889 écrit par Camillo Sitte, réédité en Points Seuil. Le mec était un architecte viennois, son bouquin est apparemment un indispensable pour les urbanistes de tout poil. Ca tombe bien, je comptais bâtir une ville ce weekend.
Et je suis en train de terminer, de manière plus légère et lorgnant vers mon côté monomaniaque, "The Sandman Papers, an exploration of the Sandman mythology", une suite de papiers sous la direction de Joe Sanders sur notre Morpheus favori, dont un nouveau chapitre en français vient de paraître, mais ne me demandez ni duquel il s'agît, ni qui le publie : ca fait bien longtemps que j'ai laissé tomber et que la publication française de ce comics culte m'a laissé sur le côté.
Plus sérieusement, après un massacre de traduction en régle comme Delcourt en a le secret, voilà l'oeuvre phare de Gaiman chez Panini. Je vais attendre d'y jeter un oeil, mais je n'en attend rien. A voir.
Après ça, j'ai hâte de lire "Courir avec des ciseaux" d'Augusten Burroughs, paru en 10-18, et "La soif" d'Andrei Guelassimov, édité en Babel. 2 titres qui m'intérressent veugra, t'as vu.

En bande dessinée, je suis dépassé par les évenements, et à en juger les upgrades des blogs du gars Nico de Xeroxed, ou de celui de ces intramurosssssses de chez Aaapoum, je dois pas être le seul. Nous croulons donc sous le papier, quel beau métier, et ce ne sont pas les rumeurs (Ego comme X ? Quoi, Ego comme X ?!?) ou bien les annonces de cessation partielle d'activité (Les Requins Marteaux ou, dans un autre registre, la fin de la collection 32 chez FuturopoBis) qui font oublier les tonnes de saloperie déversées sans vergogne par pléthore de diffuseurs, et ce ne va pas desémplir d'ici Noêl.

Quelques bonnes surprises cependant (notamment les petits ouvrages délicats et très sympas de la Fédération Française de Comix, déjà 3 titres disponibles, et qui valent tous le coup d'oeil, on en recausera très bientôt), j'y reviendrais la semaine prochaine, ou pas.

Et comme s'il n'y avait pas assez de sorties en ce moment, je tâche de faire le tour de ce que l'on attend pour après, pour début 2007...

On est sensible ou pas à l'humour particulier des gens de FLBLB, parfois je suis totalement fan, parfois je passe complètement à côté de certaines de leurs publications, mais le peu que j'ai pu apercevoir de "Savoir pour qui voter est important" de Gregory Jarry m'a fait hurler de rire.
Et dans un registre différent, le géniallissime Nylso, l'auteur le plus sous-estimé de la planète, nous revient enfin : Jérôme d'Alphagraph, le personnage qu'il et qui l'accompagne depuis quelques centaines de pages déjà, sera de retour dans un nouvel ouvrage à paraître en février.
Dans ma petite vie de libraire, voilà le genre de nouvelle qui me réjouit systématiquement, je ne vois pas d'autre terme.

Les Requins ralentissent leur activité éditoriale mais pas leurx choix judicieux : Vanoli de retour, enfin, avec un "Panique à Saint-Pancreas" qui s'annonce bien chaud... 100 pages de Vanoli, voilà au moins une promesse d'un bon moment de lecture.

L'éditeur Cà et Là continue son petit bonhomme de chemin, et le moins que l'on puisse dire, c'est que si tout n'est pas forcément formidable du côté de chez Serge, la proportion de titres remarquables ne cesse de prendre du poids : le formidable "Alec" du non moins formidable Eddie Campbell enfin dispo en français, c'est une excellente nouvelle, et au moins, je pars confiant en ce qui concerne la traduction, contrairement à bien des collections ou mêmes des éditeurs.

Transition idéale : "Eisner/Miller", une conversation entre les deux zozos, conduite par Charles Brownstein (oui, oui, le Brownstein, précisement... Oh et puis flûte...), et parue il y a deux ans, sort en français chez Rackham. J'en avais parlé lors de sortie, c'est pas inoubliable mais certains passages sont vraiment très bons.

Chez Ici d'Ailleurs, une nouvelle branlette Oumupienne, avec deux super costauds (Killoffer et dj Krush), mais là encore, on sait à quoi s'attendre : des contraintes lourdingues et bien branques, un pseudo cahier des charges empli de régles à la con, comme pour légitimiser un concept qui ne prend pas. Alors parfois, le livret signé par tel ou tel chouette auteur est très bien, parfois même la sélection musicale vaut le coup, mais je cherche encore la parution OuMuPo qui saura me convaincre sur le fond.
Nul doute, sur ce coup, que le Killo sera mortel, peut-êre même que Krush se sortira les doigts du cul comme il en est capable parfois, mais quand à faire se rejoindre les deux mondes...

La Suisse continue son assaul : après avoir conquis mes chiottes à grand coup de décoration absurde, avec les cartes postales de chez Plonk et Replonk, monuments de non-sense de haute voltige, qui ont interpellé la grande partie des gens qui s'y sont essayé (et qui me sont fournies par mes dealers officiels de crétinerie hélvète et rafraichissante, à savoir mademoiselle Cécile et monsieur Xavier de Rackham de Rouge de... bref), voici que déboulent les gens de chez Castagniééé avec plusieurs ouvrages très très prometteurs, comme "Ceux de l'Ouest" signé Maga, ou "Xyloglossaire artistique" de Stefan Ansermet.
Et puis Jason dans une nouvelle collection chez Atrabile, avec "Le secret de la momie".
Egalement au programme, deux nouveaux petits flip-books chez Olga, à suivre plus que jamais.

La Belgique aussi, avec 40075km comics, soit les 592 pages sélectionnées parmi les très nombreuses choses proposées spontanément sur le site du même nom, qui avait été le rendez-vous incontournable de ce qui se fait quasiment de mieux sur le web en matière de bande dessinée alternative soft, comme certains aiment le penser.
C'est L'employé du Moi qui était aux manettes de cette très réussie initiative, et même si la sélection finale m'avait un peu dérouté (le "jury" ne m'a pas convaincu, laissant de très jolies choses au placard et sélectionnant quelques trucs bien plus foireux à mes yeux), j'attend ce petit pavé avec impatience.

A L'Association, et comme précédemment cité ici il y a quelque temps, un troisième ouvrage de Jim Woodring, en collection Côtelette, avec deux des plus belles histoires de Frank. Celles et ceux qui n'auraient pas su se procurer l'excellent petit bouquin des japonais de PressPop peuvent arrêter de se prendre la tête et attendre patiemment la sortie de "Frank's real pa", qui comportera l'histoire éponyme et la petite gaterie japonaise, encore merci Maki.
Egalement, une troisième et dernière Eprouvette, histoire de. Et Marzen Kerbaj, après avoir fait parler de lui de par le monde des blogs depuis son Beyrouth en temps de guerre, ayant fait du bruit l'été dernier ; L'Asso, malgré quelques récents mouvements gastriques internes, n'en finit plus de se renouveller et de proposer des choses nouvelles et bien senties, et la sortie de "Beyrouth, Juillet-Août 2006" est la preuve d'une réelle actualité réactive.

Et puis encore et toujours Blanquet avec "La vénéneuse aux deux éperons", que l'on ne sait plus trop si l'on doit l'attendre ou pas pour janvier chez Cornelius, ainsi que son second "Ratures" chez Alain Beaulet.
Bref, plein de bon papier. Miam.

CECI EST UN MESSAGE DU PROFESSEUR JUNE.
Mi-juin, j'ai démarré un projet qui devait, à l'origine, prendre quelques petits mois à plancher sur sa simple réalisation.
Cet espèce de pseudo-gros oeuvre reposait sur des bases élaborées consciencieusement avec quelques personnes de mon entourage, de la famille, des proches, et quelques autres... Je pensais démarrer un truc qui allait certes me prendre un peu de temps, mais dont j'envisageais au moins la globalité, la manière de faire, j'entrevoyais un déroulement idéal des opérations.
Fin octobre, soit 4 mois et demi plus tard, je me rends compte avec effroi que je n'en suis qu'aux balbutiements, qu'aux premières exclamations, et que la route qui mène à sa concrétisation va être longue, très longue ; alors que j'avais démarré avec une poignée d'interlocuteurs, me voici aux prises avec des dizaines de personnes, car le projet se mue en bestiole plus dense et complète qu'à ses débuts. Toutes ces personnes n'ont pas encore rendu leur(s) copie(s) : pour ne rien enlever à la difficulté de l'idée, leur collaboration sera une base de travail essentielle, et il me faut cette base pour démarrer.
En gros : je suis parti dans un truc qui m'enthousiasmait, et qui s'avèrait plaisant à imaginer.
Et là, j'en suis à un truc qui m'emballe tout autant, mais dont je ne vois pas le bout, ne voyant même pas, pour commencer, par quel morceau m'emparrer du truc.
Tout ce que je sais, c'est qu'un trimestre sabatique serait le bienvenu ; j'ai une furieuse envie de me frotter à ce nouveau machin, mais ma vie ne me le permet tout simplement pas pour l'instant. Il me faudrait ralentir quelques activités, la seule dont je pourrais me passer véritablement étant mon taf, qui est malheureusement également la seule à remplir mon frigo,,. Ou alors il faudrait faire des soirées tous les soirs, mais je sais pas trop si les bars locaux vont être chauds... Bref.
Alors à toutes celles et ceux que j'ai branché sur un certain projet, merci de ne pas vous étonner de ne pas trouver d'exploitation ou d'utilisation concrète de vos réponses, même depuis 4 mois, et dans les prochains mois à venir ; rarement un projet ne m'aura autant tenu à coeur (depuis bien des années, en tout cas), et sachez que j'y travaille. Voilà.

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On air on radiojUne : néo-folk et subburbs folklore, thanks to Laulau ; voilà ce que c'est, les copains viennent passer quelques nuits à la maison, vous ouvre leurs disques durs, et dans les semaines qui vont venir je vais encore m'endetter avec des trucs qui n'étaient pas prévus sur ma liste d'achats urgents... Laulau, tu fais chier. 8)

- "Maailmankaari II", par Es (Sami Sänpäkkilä), sur l'album "Sateenkaarisuudelma", mais comment voulez-vous que je m'y retrouve ? On pourrait essayer un résumer par bribes. Genre : free - post - folk - abstract - nappes - baba - 22nd century. Ou pas.
- "Uncomfortable Silence" de Cryptic One, de the Atom Family, sur l'album "The Anti-Mobius Strip Theory". Quand même, un bon coup de beat. Nan mais.
- Mon petit best of personnel de klezmer, dont je balancerais la playlist lors d'un futur post ici-même, si vous me promettez qu'aucun spécialiste bancal ne viendra me dire que c'est pas les bons à écouter. Sans blagues.
- Grizzly Bear, les albums "Horn Of Plenty" et "Sorry For The Delay (The Early Recordings)". Un peu comme si Boards of Canada et Beck avaient retrouvé leurs cassettes de camps de vacances, étaient restés traumatisés par une certaine esthétique 75-80, et chantonnaient de somptueuses ballades faussement minimales, entre complaintes à la "j'ai 17 ans et je fais des feux de camp avec cette fille qui ne me voit même pas" et génériques d'émissions sur la faune sous-marine genre insomnie et plateau télé nocturne, passe moi les biscottes, mélancolique comme il faut. Nan, je dis ça parce qu'on jurerait que ces 2 accords de gratte approximative et cette machine à loop 70's ont étés enregistrés dans un sous-marin.
Mention spéciale à la reprise de "Owner Of A Lonely Heart" de Yes. Hell Yes !
- "Night recordings from Bali", une incroyable écoute crépusculaire, le genre de truc qui radicalise l'écoute genre "tranquille chez soi le soir" (Sublime Frequencies). La faune et la flore de Bali s'invitent dans les interstices de mon plancher. Je les vois au moment où je tape ces lignes.
Il est 4 heures du mat passés, et je ferais mieux d'aller me coucher, j'ai un auteur à recevoir demain.

Bonne nuit les petits amis.
Et à tout bientôt, peut-être.
Ou pas.

24 octobre 2006

"LES JOURS DE REPOS, COUTE QUE COUTE, FAUT SE CHANGER LES IDEES." (Joël Egloff, in "L'étourdissement")

!!! Il y a eu une petite mise à jour de cet ajout à 12h13 le mardi 24/10)

Devinez quoi ? Ces dernières journées ont été super chargées, et j'ai encore environ 18 mois de retard dans mes "affaires courantes". Quelle tristesse, hein.
Heureusement, y'a eux :

CIMG2368

Brève visite jurassienne la semaine dernière, avec la frangine, mon beauf préféré, et quelques autres morceaux de famille, comme mon ptit neveu, ma ptite nièce. Arrivé juste à temps pour m'entendre dire quel salaud d'aîné que j'étais, à ne jamais parler de ma famille sur mon blog... Comment faire comprendre qu'il existe encore, quelque part dans le concept de "déballage online", une parcelle d'intime ? Dur. Alors voilà, pour ceux qui en doutaient, ou qui ne s'en doutaient pas, j'ai une famille, avec des frères (enfin, un seul), des soeurs (deux, carrément), des beaux-frères et des belles-soeurs, et plein d'autres trucs formidables, comme ça. Alors notez-le bien, parce qu'il y certaines choses que je ne vais pas répéter, et qui me regardent. Nan mais ! 8)

Ca me pose moins de "problèmes" de parler de l'arrivée du copain Laulau pour quelques jours, depuis vendredi, avec qui on peut parler disques sans se la mordre, parce que le gars Laulau, c'est quand même le seul mec qui est capable de me parler de disques magistraux, essentiels, formidables, mais que je ne connais pas, et ca m'énerve à tous les coups. Du coup, gros échange de plein de fichiers de bon trucs, et je vous vois venir : que du bon gros .wav, parce que j'ai des limites, qui sont, et ça tombe bien, les siennes aussi.

Samedi soir, après le taf, on passe par la case terrasse avec Jef et Balthouze, parce que putain, il fait presque bon, en tout cas, il faut super bon pour un octobre bisontin. Ensuite, dégustation de thé à la maison, avec Cécile puis Laulau qui nous retrouvent, et où Balth est à la théière.
Le lendemain, après avoir joué avec le chat schizo (et l'avoir nourri) de Nancy et Guillaume partis pour le weekend, j'étais décidé à aller me poser dans un parc quelconque pour profiter du soleil radieux et du climat tempéré, ainsi que de quelques bouquins sympatoches, mais voilà : le maître-thé de la veille rôde en terrasse avec Mehdi, Zo la chauve-souris nous retrouve et l'après-midi passe, très vite : dimanche à prendre le soleil et à boire des coups avec les copains, dimanche idéal, quoi.
Lundi, lectures, écoutes, et quelques courses (ah, les 18 ans d'une frangine, c'est pas facile, quand même), car demain, grosse bouffe à la maison, avec Drine, Laulau, Michel, Jef, Cécile... Je vous l'avais dit, ma vie est trépidante, hein.
Par contre, ce samedi, du beau monde à la lib', avec la présence de monsieur Hippolyte, auteur du récent Maitre de Ballantrae, chez Denoel Graphic : assurément l'un des cartons de cette fin d'année, la grosse, grosse classe.

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Et au moins 3 grosses dates de soirées pour les semaines à venir, c'est pas l'hystérie de septembre mais c'est déjà ça : Dijon avec une HipHouse party dans une semaine tout juste (petit rappel juste dessous, mais je vous invite à cliquer l'image pour apprécier le flyer en plus grand format), une date à Besançon dans 2 semaines avec La Cédille et plein d'autres bonnes choses, miam, et une soirée top-secret au Luxembourg en décembre, parce que mon homeboy Tristan est le spécialiste officiel des dates incroyables que t'y crois même pas... On en recause.

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Attention attention ! A la demande générale, et dans le registre "comme c'est intèrressant", un cliché impromptu de la bestiole qui se tape l'incruste un jour sur deux à la maison :

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Je vous avais prévenu, hein.

Alors sinon, quelques trucs en vrac :
- le gars Gino et son essai sur "Watchmen" d’Alan Moore et Dave Gibbons, dont on arrive encore à dire des choses, 20 ans après.
- "that damn marijuana", une news qui renifle bien bon, ma foi.
- pour rester dans l'action, "Military Hand Signals", un truc détourné comme on aime.
- live from Beirut, le blog de Mazen kerbaj, "free improvised music + comics + bombs + drawings".
- Donjon Pirate, là aussi du détournement (la série "Donjon" de Trondheim et Sfar), avec des tonnes d'auteurs oeuvrant dans un anonymat parfois approximatif. Initiative marrante, résultats parfois à la hauteur... Parfois moins.
- une pub datant de 1979, pour Pakistan Airlines... Fake ou pas ?
- sur youtube, une petite video les aventures de John Stossel et de la Comics Sans.
- Les Chroniques du Plateau, de courtes nouvelles rédigées régulièrement par Eduardo Luiz Ribeiro, un auteur à suivre.

Et sinon, y'a eu des lectures ? Ben tiens, ben pourquoi pas, vindzousss.

- "L'étourdissement" de Joël Egloff (Folio), un livre court sur le quotidien ordinaire et sans espoir d'un employé d'abattoir, dans un no man's land approximatif, coincé entre un aéroport et une décharge, et décrit avec autant de poésie naîve que de cocasserie et d'absurdité. Drôle au sens le plus corrosif du terme, une brêve lecture qui vaut largement le détour si l'on apprécie l'acidité de l'auteur de cette sympathique petite tranche de rêverie décalée.

- "La jungle" de Peter Kuper d'après une histoire originale de Upton Sinclair, paru chez Rackham.
Un nouveau Peter Kuper en français, c'est toujours une bonne nouvelle (il y a de fortes chances que j'ai pu parler de ses bouquins précédents de la même manière, l'oeuvre du gugusse me sidérant toujours à chaque fois que j'en découvre un peu plus...), et si "La jungle" n'a pas la classe absolue de "The system" (paru sous le titre "Le système" aux éditions de l'An 2), il n'en reste pas moins un livre qui mérite qu'on prenne le temps de s'en emparer, et d'en examiner la construction, les cases, les détails, la manière dont Kuper joue de sa technique favorite avec une maestria inégalée. Rien que pour ça, déjà...
il s'agit donc d'une adaptation d'un classique de Sinclair (pas le frangin Blanc-Francard, un autre, qui n'a pas fini à miauler de la soupe, lui), auteur américain du tout début du 20ème et qui a toujours oeuvré dans un engagement social qui lui permit de concilier habilement politique et écriture : des tonnes de bouquins très critiques (et ce, dès 1906) jusqu'à plus de 80 ans, dont "The Metropolis" ou "Boston", de nombreuses pièces et nouvelles, et une autobio (en 1964).
Comme à son habitude, Kuper ne fait pas dans la dentelle et raconte donc la destiniée d'un homme aux prises avec une suite d'évenements qui ne feront rien d'autre que de le briser, lentement, inexorablement ; le libéralisme, le capitalisme, et bien des cibles (faciles ?) sont esquintées sous les pochoirs de Kuper et le caractère classique de l'oeuvre de Sinclair lui permet d'en rajouter une couche, jubilatoire si le destin de Jurgis, lituanien exilé en Amérique, n'était aussi sombre.
L'histoire des workers de Chicago est ici racontée de manière brillante, parce que simple et limpide. Plus qu'une simple critique sociale et politique, "La jungle" devrait combler ceux qui attendent toujours un peu plus d'oeuvres engagées, de témoignages politiques acerbes. Il faudra ici adhérer à la mise en page et aux procédés graphique du grand, très grand Peter Kuper, auteur encore trop rare de par chez nous. Merci à Rackham pour ce nouveau bouquin ("La métamorphose et autres récits" d'après Kafka, c'était déjà chez eux).

- "Papa", signé Aude Picault, à L'Association, tient autant d'une sorte de rapport de thérapie que d'un hommage à une histoire terminée, celle d'une fille et de son père ayant décidé de mettre un terme à ses jours, comme on dit habituellement...
Dur d'appréhender et d'approcher une critique de ce bouquin comme une énième autobio, de par son sujet costaud... La surprise est de taille, Aude Picault s'étant surtout fait un nom en bande dessinée grâce à "Moi je", petit bouquin édité par les bargeots de chez Warum, et qui prenait le temps de déballer un peu de l'intime léger, fantaisiste et décomplexé de son auteur ; c'était drôle et bienvenu, plein d'humour, un nouveau petit croche-pied dans les grandes guiboles encore trop masculines de l'édition en bande dessinée, et ca tombait à pic.
Ce nouveau bouquin est donc aux antipodes du premier, avec pour seul point commun la jeune femme, cette fois aux prises avec une situation des plus tragiques, dont nul ne saurait sortir indemne, bien évidemment. Après lecture, une évidence : les choses qu'ont partagé Aude et son père semblent loin d'êtres terminées, quant à elles. Touchant, forcément, très dur, également, "Papa" n'est pas un bouquin comme les autres, et m'a vachement touché. J'aurais bien du mal à en dire davantage !

- c'est toujours dur de parler de livres faits par des copains, des gens du coin, ou des proches... Directement, on parle de copinage, de mauvaise foi... Pas grand chose à y répondre. "Ouais, c'est çaaaà", éventuellement.
"Anatomie de l'éponge", de meussieur Guillaume Long, aux éditions Vertige, se veut être un espèce de retour aux sources sur bien de points pour notre ex-stéphanois favori.
Retour aux sources, d'abord parce que Guillaume Long ajoute un troisième ouvrage à sa phase autobio-mais-pas-que, et toujours chez Vertige, qui avaient eu l'audace d'être les premiers à publier ce mec débarqué d'on ne sait pas où (et on aurait bien voulu ne pas le savoir, hin hin hin).
Et puis parce qu'"Anatomie de l'éponge" tourne en grande partie autour d'évenements, de faits, de rencontres et de bien d'autres choses qui ont marqué l'auteur, par le passé (lointain ou récent), au point qu'il ait eu envie de réaliser cet espèce d'inventaire d'influences...

Comme à son habitude, sortant du placard bien des détails que d'aucuns auraient préféré oublier (ou du moins garder pour eux), Long, une fois de plus, s'étale dans les descriptions concises de situations marquantes, qui auront finalement donné une chouette matière première pour le zozo ; souvenirs d'adolescence puérils dans l'idée, Guillaume en tire la moëlle nécessaire pour en faire de courts chapitres tragi-comiques, avec cet humour complètement con qu'on lui connait, et une vraie facilité pour toucher là où ca bouge, où ça grouille, où l'on se retrouve dans bien des cas.

Evidemment, qui dit souvenirs de môme, d'ado, dit génération.
Et forcément, les 20-30 ans se retrouveront avec peut-être davantage de facilité dans ce bouquin que les cinquantenaires, qui auront eu la chance, eux, de ne pas se prendre les Guns'n'Roses dans la tronche, dans un collège blindé de mômes en sweat Poivre Blanc. Les références socio-culturelles sont omni-présentes, et selon que l'on y se retrouve ou pas, on appréciera en conséquence.
Mais ! Mais ce serait réducteur de ne parler que des anecdotes débiles du bouquin, de cette seule approche : l'auteur fait preuve de quelques très bonnes idées, jouant, selon ce qu'il veut raconter, avec la narration, et n'hésitant pas à proposer parfois même un peu de sport au lecteur (eh, vous verrez bien, hein). Sur ce coup, les ceusses qu'avaient apprécié "Comme un poisson dans l'huile" ou "Les sardines sont cuites", ses deux premières bandes dessinées, seront comblés : c'est du Guigui comme on l'aime qui propose ce bouquin.
Le dessin, quant à lui, a évolué depuis ses deux premiers bouquins, ceux qui avaient lu son incursion jeunesse "Swimming poule mouillée" (paru à La Joie de Lire) le savait déjà : l'évolution graphique de Guillaume Long (qu'on imagine devoir aux nombreux commentaires "Oh, ca ressemble à Gerner" ou "oh, c'est tout petit"), pourra bousculer un peu ceux qui attendaient un troisième tome dans la même veine que les précédents : ce n'est pas le cas. L'auteur dessine de plus gros dessins dans de plus grosses cases, pour le plus grand bonheur des bigleux dans mon genre, en sacrifiant donc au passage une partie du charme que l'on trouvait à ses pattes de mouches. Au delà d'une évolution (toujours en cours, à n'en pas douter) graphique, une réelle satisfaction de retrouver son univers, que l'on pourra faire suivre par la lecture du prochain "Grand méchant huit", seconde bande dessinée jeunesse à paraître, comme pour le premier, à La Joie de Lire.

- "Luchadoras" de Peggy Adam, chez Atrabile.
La base véridique de l'histoire, rien que ça, c'est déjà corsé : depuis une quinzaine d'années, du côté de Ciudad Juarez (Mexique), plus de 400 corps de femmes mortes ont été retrouvées, et rien ni personne ne semble susceptible de mettre un terme à cete sinistre histoire ; à l'heure qu'il est, le ou les meurtriers courent toujours, ce qui fait de Ciuaded Juarez un véritable symbole à l'échelle mondiale de la manière dont la femme peut-être traitée, aujourd'hui.
Glauques à souhait, les élements qui peuvent donner des réponses aux nombreuses questions que l'on est en droit de se poser : une fois l'évocation des gangs et des serialkillers occasionnels passée, il faut donc envisager la triste réalité, et admettre que la violence conjugale et un machisme extrême (et quasi-culturel) peuvent être les raisons principales de ces meurtres.
L'histoire d'Alma, jeune femme "héroîne" de ce Luchadoras, permet à Peggy Adam de passer en revue les différents élements qui permettent d'envisager une aussi sordide situation ; les personnages qui gravitent autour d'elle (les hommes, la famille) ne la considérent jamais comme autre chose qu'un être humain au rabais (à part un européen, qui lui offre, le temps d'une relation, une aide malheureusement insuffisante), tout cela avec un naturel aussi effrayant que crédible, Peggy Adam ayant pris soin de dresser des personnages tristement réalistes.
Le dessin d'Adam ne convaincra pas davantage ceux qui étaient restés en dehors de ses deux précedents bouquins, "Plus ou moins... Le printemps" et "Plus ou moins... L'été". Son trait lourd et épais n'est pas allègé par le format de son bouquin, bien plus grand qu'à l'accoutumée. Je ne suis toujours pas sûr que son dessin soit valorisé par ce format, mais son histoire exploite très bien la pagination du bouquin, et lui permet d'offrir quelques séquences rudement bien fichues, de jouer un peu avec le découpage, et de nous balancer quelques compos super efficaces.
Au final, un ouvrage violent et rentre-dedans juste ce qu'il faut, qui, pour le même prix, met en lumière une histoire attérante. Damned, je lis que des trucs qui me plaisent en ce moment !

Voilà pour les bouquins.
Nan mais.

On air on radiojUne :
- récupéré la version vinyl de la compilation "Toxic" (merci Jef), des soirées parisiennes du même nom, à La Boule Noire, avec aux commandes Solo et Uncle O, avec des titres de Jel, Mike Ladd, Dabrye, Justice, Antipop Consortium, ESG, Revl9n...
Et un titre fabuleux des deux zozos à l'initiative du truc. Du béton, mon intro de mix du moment... Hum.

toxic !

- Jahcoozi et "Black Barbie", dans les tuyaux pour le prochain mix en préparation (stay tuned, comme disent les jeunes).
- Un petit coffret de Tortoise est sorti il y a quelques mois déjà, ca s'appele "A Lazarus Taxon" et c'est un petit boitier avec 3 cd d'inédits, de remixes, de relectures, et 1 dvd de videos et pas mal de live qui valent GRAVE le coup. Ca tourne en boucle ici, et comme à chaque fois que je me réécoute un truc du gang de Chicago, je me dis que Tortoise, c'est simplement mortel.
- Willie and the mighty magnificents, "the funky eight corners", 2 minutes sismiques, funk de '69 baby ! Idéal les matins de gueule dans le cul.
- un vieux mix made in Couleur 3 de la géniale dj Debra. Tout ça parce que je voulais vérifier les têtes de lecture de mon lecteur cassette, pour une sauvegarde de vieux trucs. Super fort, la misse Debra. Toujours à donf avec elle, moi... 8)
- Drop the Lime feat. Wayne Lonesome, "Tribute to the Tiger (Quickie mix)", pas très frais, mais en vogue dans ma salle de bains, et c'est déjà ça de pris.
- le nouveau Subtle, "For hero/for fool" (toujours chez Lex), une nouvelle démonstration des zozos de chez Mush. de l'Anticon pour les amateurs d'Anticon, mais pas que... A la hauteur du premier ? Je crois pas. Mais bien bon quand même, miam miam.
Et voilà.

Allez hop je suis parti.
A plus tard, peut-être.
Quoique...

18 octobre 2006

ET UNE HIPHOUSE PARTY POUR LA DOUZE, UNE !

Message personnel : hier, mardi après-midi, c'était disquettes, bombes de peintures, et Posca time.

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Voilà.

Bon, j'aurais voulu vous dire des tonnes de trucs.

J'aurais pu vous saoûler en vous racontant comme je me suis fait 6 ampoules dans la main droite, un peu moins dans la gauche, en essayant de monter un gros meuble de cuisine avec un tournevis pour tout outil (mon royaume pour une visseuse électrique, vindzousse). Mais je ne pense pas que cela serait véritablement intéressant pour qui que ce soit, mis à part pour les quelques personnes qui savent quel fabuleux rapport j'entretiens avec l'outillage et le bricolage, et qui doivent rigoler rien que de m'imaginer en train de pleurer sur mes mains meurtries, une notice Ikéa chiffonnée au sol.

Je voulais vous dire tout le bien que je pense du dernier film de Christophe Honoré, "Dans Paris", qui, après un premier quart d'heure qui m'a fait flipper (laborieux dialogues pas très bien interprétés, rythme un peu brinquebalant), m'a complètement embarqué.
D'abord, la trame de base est suffisement vierge pour que nous puissions nous y retrouver nombreux : un homme (Romain Duris, grosse présence) repasse par la case famille/paname après une fin d'histoire sentimentale conséquente, champêtre, mais foireuse ; son jeune frère (Louis Garrel, qui m'avait gonflé dans "Ma mère", en fait beaucoup, mais m'a convaincu quand même), ses parents séparés, tous vont tourner autour de son malheur sans réellement pouvoir l'en sortir. Impuissante mais présente, cette famille va assister au naufrage temporaire d'un des leurs. Classique, mais bien fichu, bien traité, bien dirigé, et plutôt bien joué.

J'aurais pu vous dire que la semaine dernière, copain Dude est venu avec de la bière et un dvd sur lequel étaient gravés les 3 premiers épisodes de la série américaine "Heroes".
Et qu'à la date d'aujourd'hui (date de diffusion du quatrième épisode "la-bas"), je me dis que j'ai hâte de voir comment tout cela va se mettre en place, en espérant que cela finisse mieux qu'une énième série fantastico-machin à la Marvel meets the X-Files... N'empêche, la cheerleader avait l'air en mauvaise posture dans le 4ème épisode. Et si le jeune frère, cette sorte de Leech version Heroes, comprend son pouvoir dans le même épiso... Oh merde. Je crois bien que j'ai envie de voir la suite. Dude, grrr...
///update-qui-tombe : Dude vient de me laisser un sms laconique ; apparemment, ce quatrième épisode était 'achment bien... A suivre

J'aurais bien voulu dire pourquoi "NonNonBâ", de Shigeru Mizuki, sorti chez Cornélius, était un bien chouette bouquin, mais on verra ça plus tard ; j'aurais bien voulu dire ce qui m'avait emballé et ce qui m'avait déçu du "Tout l'univers de Dupuy Berberian" (mais où est passé le "&" entre leurs noms, à ceux-ci ?), livres d'images et résumé en couleurs d'une grande carrière (paru chez Panama) ; je voudrais aussi pouvoir vous dire tout le bien que je pense de deux adaptations en bande dessinée de classiques de la littérature d'aventure, parues simultanément : "Le Maître de Ballantrae" de Stevenson adapté par Hippolyte (chez Denoel), et "Gulliver" adapté par Kokor (chez Vents d'Ouest), ainsi que de l'un des nombreux bouquins scénarisés par Fabien Vehlmann ("Les cinq conteurs de Bagdad", avec Duchazeau, chez Dargaud) ; de la dispensable sortie en "10-18 en dur" du "On bullshit" de Harry G. Frankfurt (sous le difficile titre français "De l'art de dire des conneries") ; j'aurais bien voulu parler un peu, aussi, du magazine "Gasface" sorti cet été en kiosque, et qui, pour 3 euros, offre 80 pages de journalisme hip hop instruit, engagé, anti-langue de bois, et souvent instructif... Ouais, ca change de la presse musicale habituelle, et si Gasface peut donner dans la mauvaise foi sur certains points, au moins il ne donne pas dans le léche-cul caractéristique à trop de pseudo-journaleux donnant dans "la culture urbaine" (expression qui donne envie de vomir tant elle résonne partout en ces temps de festivités au Grand Palais de Paris...) ; et en parlant de hip hop, j'aurais aussi voulu dire que décidément, le boulot du gars Jeff Chang, paru récemment chez Allia sous le titre "Can't stop won't stop", est admirable à plus d'un titre ; et enfin, parce qu'il semblerait qu'il y ait quelque insistance de la part de certaines personnes, j'aurais quand même parlé du dernier et du prochain bouquin du dénommé Guillaume Long, à savoir "Anatomie de l'éponge" (paru chez Vertige) et "Le grand méchant huit" (bientôt à La Joie de Lire)...

guiguibes035
(ca bosse dur, au fond...)

...J'aurais voulu vous dire tout ça, et plein de choses, mais...
...Mais j'ai déjà le nez dans 5 bouquins, et 5 bouquins en cours, c'est 4 de trop pour moi.

Alors plutôt que de m'embrouiller encore davantage dans ces lectures croisées, je vais prendre le temps de finir ces trucs, tranquillement, et on causera après ; la pile de livres, d'essais, de bandes dessinées, de revues continuera à s'accumuler, et puis tant pis pour moi, nom d'un petit bonhomme.

Auparavant, il me faut signaler la nouvelle maquette du nouveau "Poly" (le précédent nom, "Polystyrène", semait encore trop le trouble chez trop de gens, allons-y pour du plus simple), mensuel traitant toujours de l'actu pluri-culturelle du grand est, avec, pour ce numéro 101, des tonnes de papiers intéressants (as usual), et un mini-questionnaire où l'on demande à quelques "pros" du secteur, de donner des conseils de lecture (ou d'écoute, car mon gars Jef est mis à contribution dans ce même numéro) de manière déguisée : quelques questions visqueuses et détournées, des réponses dissimulant des tuyaux et des raccourcis.
Pour celles et ceux qui, pour de forcément mauvaises raisons, ne prendraient pas le temps de lire le très bon magazine qu'est Poly, voici ma petite contribution à ce numéro d'octobre ; je rame pas mal à chaque fois, car il me faut synthétiser en trois lignes, en 12 mots, des trucs pour lesquels je suis capable de faire des pages, vous me connaissez...

- Pour sauvegarder les forêts en incitant à lire de la bd sur le net : les belges de "L'employé du moi" ne font pas que des livres (employe-du-moi.org), l'allemand Demian 5 casse l'écran (demian5.com), et l'américain Kazu Kibuishi signe le drôle et tendre "Copper" (boltcity.com).

- Pour offrir à Guillaume Durand qui ne connaît que Le Chat de Geluck : "Frank" est-il un chat ? Les avis divergent : Frank est avant tout l'incarnation graphique du vaste imaginaire habité, glauque et déjanté de ce probable grand bouffeur d'acide qu'est le culte Jim Woodring. ("Frank", 2 tomes, L'Association)

- Pour dégeler l'ambiance parmi les marins du Koursk (108 m. de fond dans la mer de Barents) : 28 petites pages de non-sense et de minimalisme, à parts égales : une hilarante petite curiosité signée du suisse Ibn Al Rabin. ("Cot cot", Atrabile)

- Pour pouvoir frimer avec le truc que tout le monde s'arrachera dans deux mois : En 2005, R. Kikuo Johnson, un jeune auteur hawaien (ancien élève de Mazzuchelli), déboule avec un premier long récit époustouflant ; parfaite digestion de ses aînés, maîtrise (déjà) totale du médium : la classe. ("Nightfisher" chez Fantagraphics, traduction à venir au Seuil).

Voilà.
J'espère que j'ai pas trop mal parlé de "Nightfisher/Lignes de fuite" (qui vient de paraître), j'aimerais pas me prendre un procès... Ouh là là, elle était facile, celle-là, allez hop, on oublie, autant pour moi.

A noter dans le même Poly, un petit questionnaire et une planche inédite de Loïc Gaume, contributeur régulier au meilleur fanzine bisontin du monde, L'Affaire du Siècle tome 5, dont le dernier numéro (spécial héroïc-fantasy, tout en couleurs), le #18, est online ici-même.

Et pour finir, une annonce réservée aux plus dijonnais d'entre vous : le lamentable personnage se cachant derrière le non-moins lamentable pseudo Casual Dragon, l'ami Manu, et moi-même, irons passer quelques bons disques au Sé'bar, rue Monge à Dijon (suivez un peu, merde), mardi 31 octobre, et comme c'est une veille de jour férié, on oublie le lendemain et on fait la teuf, bordel de merde.
Au passage, Alcor a besoin d'une nouvelle chemise : aidez-le en lui achetant une carte son, pas cher, pas cher.
Pour l'occasion, voilà le flyer/affiche, un bouquet garni au premier qui reconnaît qui a signé le dessin...

hiphousepartyDIJONblog

Ouais, oubliez Technicart, Chronic'Art et autres revues censées donner le "La" de la hype. La dernière attitude à la mode, qui fait passer les trendy-mes couilles et les grave-inside pour des ploucs cosmiques, c'est de jouer la carte du revival HipHouse, et rien d'autre.
Quoi ? Comment ? Vous ne voyez pas de quoi il s'agit ? Damned, vous êtes définitivement has-been, c'est pas bon pour vous.
Ce qu'est HipHouse, mais c'est tout simple.
Je vous l'aurais bien dit, mais faut vraiment que j'y aille, cette fois.

Ah si, un truc ! Si tout va bien, un nouveau radio-show hebdomadaire, chaque dimanche soir, sur Radio Campus Besançon, comme au bon vieux temps ou presque, puisque cette fois, l'émission se fera à deux personnes, voire même à quatre mains, avec cet enfoiré de Jef. On attend une confirmation et des précisions d'horaire, mais ca devrait rouler, on l'espère.
Radio Freesbee, voilà un nom parfaitement crétin pour deux heures d'émission largement plus sérieuse, si tout se passe bien... Et si tout se passe bien, et selon les rumeurs, la diffusion online, sur le site de la radio, est prévue pour tout bientôt, ce qui signifie en gros : si t'es pas sur Besac mais qu'il a un ordi connecté chez toi, eh ben c'est pas grave, lapin.
On en recause.

On air on radiojUne :
- Andre Ceccareli, tout l'album "Rhymes" (sur De Wolfe UK), un truc de 76 bien bluffant, à base de breaks de folie pour coincer des phrases jazz bien décalquées...
- "Zouk" ! Voilà un titre qui en dit long, merci à Marius Cultier pour cette épopée afro-broken complètement bargeot... Hypnotique et pas très loin d'un afro-noise, circa 76 aussi. Grand cru !?
- Hanibal and the Sunrise Orchestra, le classique "children of the fire", un plaidoyer anti-vietnam à la limite du free, mais bon. Encore une vieille saloperie, de 74, cette fois, et il y a une réédition chez nos amis, nos frères, nos très respectables gens de chez Soul Jazz, pardi.
- Lali Puna et l'espèce de reprise du "Together in electric dreams" de Moroder (ouch !) ; dispo sur le EP "Left handed" de chez Morr Music (2003), et aussi sur le "I thought I was over that", collection de remixes, de raretés, de b-sides sorti l'année dernière chez les mêmes (avec des collabos avec Bomb the Bass, des remixes de/pour Two Lone Swordsmen, Boom Bip ou Dntl, de Sixtoo...).
- "Wu-Tang, motherfucker...", le titre du clan, "reunited", défoncé par Funkstörung ; c'est toujours comme ça avec les gens qui splittent, ca me donne envie de réécouter leurs trucs, ca doit être l'âge qui fait ça... RIP Fnkstrng, comme on dit.
- Le Tigre "Friendship station", parce qu'à force de voir des discussions sur le rock'n'roll sur d'autres sites, ca donne envie de retourner l'appartement, boooordel.
Et encore, j'arrive pas à retrouver ma cassette favorite de Fugazi, c'est le voisin qui devrait être content. Oui, parfaitement, ma cassette. Oh, et puis merde, hein.

Allez, à bientôt.
Peut-être.

10 octobre 2006

KEBABYLON !!!

Il est fort ce Will Sweeney...

Par où commencer ?

La semaine passé, Besançon m'a surpris.
Il me semblait, après quelques années passées dans ce bled, que cette ville, malgré un potentiel confortable, vivotait dans les limbes culturelles : programmation musicale faiblarde, activité nocturne en constante diminution, seuls quelques illuminés et autres passionnés semblaient vouloir y croire encore, et même si on voyait, ici ou là, quelques formidables initiatives, mon-bilan-à-moi, c'était : vivement qu'on se casse.
Et puis ces derniers mois, alors que la majeure partie des bars "vivables" retrouvaient Annihilus dans la zone négative, v'la t'y pas que certains remous se faisaient ressentir... Je veux dire, autre chose que les sempiternels teufs-pour-teufeurs, où la qualité de la soirée sera forcément proportionnelle à la dose de came que ton organisme peut amortir. Ce qui, en ce qui me concerne, est rangé dans mon tiroir "souvenirs de jeunesse bien où ils sont"... Quel vieux con, hein...

Et paf ! Sans prévenir, et là, j'en ai rien à foutre mais comme dirait le gars Vince, "je vais me pisser dans le poil", les soirées du Retour du Boogie qui fédérent de plus en plus d'alcooliq, euh, de gens, et puis des plans qui tombent à droite à gauche, et puis ce festival, là, Musiques de Rues...

Et stupéfaction : oui, on peut encore rameuter des dizaines de milliers de personnes avec une programmation pas forcément super exigeante (mais je laisse la critique systématique aux fâcheux, pour une fois), les bisontins rappliquent.
La triste preuve tient notamment dans ce qui aurait pu/du être l'apothéose du festoche : samedi soir, aux Prés de Vaux, dans une friche industrielle à quelques centaines de mètres du centre ville seulement, devait avoir lieu le (probable) meilleur concert des "grosses machines" présentes dans le cadre de ce festoche, le Hot 8 Brass Band, une bande de bruyants tout droits débarqués de la New Orleans... Mais je vais tacher de reprendre dans l'ordre...

Avant ça, le mardi soir, Feetwan et moi avons joué à La Crémerie. Soirée de soutien (La Crém' va mal, etc), pas mal de gens cools, et puis du bon gros son, la semaine commencait bien.
Bon, d'accord, je bossais le lendemain matin, mais bon.

Puis, le mercredi soir, nous sommes donc allés voir les Georges Leningrad au Cylindre, ainsi que ces débiles de Dr Gronoff. Un concert pas inoubliable, malgré une certaine énergie de la part du combo de Montréal ; je sais toujours pas quoi en penser, en fait. Puis le duo cryptotrotskystobootleg de Gronoff : une expérience, à base de Teletubbies qui se font défoncer sur scène à coup de maillet par le duo en question, très beau dans leurs costumes de catcheurs mexicains. Super con, mais super drôle. Et la musique dans tout ça ? Bof, c'est pas trop le problème, en fait, on était davantage à une soirée entertainment qu'à un réel concert, non ? Non ? J'ai pas compris ? Ah bon.
Alors, d'accord, je bossais le lendemain matin, mais bon.

Déjà, le jeudi soir, toujours avec copain Feet, on a passé du gros breakbeat, du gros funk, et du sale hip hop lors de la première Block Party, le rendez-vous "culture urbaine" de ce festival : breakdance avec les RES-KP et une démo de la cie Accrorap, du graff avec ces vandales de Will et Mika, et du gros son avec Feet et moi, en plein centre ville, Place Pasteur, à l'heure de l'apéro... Et ca avait été super cool (à part une platine foireuse), les breakers bisontins des RS-KP se la donnant avec les deux jumeaux brésiliens d'Accrorap sur nos sons...


Sergio et son crew des RS-KP. Ca envoie.


Il sont forts, les deux zozos...

Comme dirait machin, "ca fait bien plaisir, la vérité, t'as vu."
Bon, d'accord, je bossais encore le lendemain matin, mais bon.

Le vendredi soir, rebelote, avec Dee Nasty aux platines : Jeff et moi retrouvons Balthazar en ville, puis Feet et sa clique, pas de surprises, et puis un matos qui n'a pas laissé au bonhomme l'occasion de tout éclater niveau scratches, mais pas grave : des mecs qui dansent sur du Sadat-X à 21h devant le Quick, c'est pas souvent, et encore moins quand des tonnes de gens applaudissent, genre...
On termine place de la Révolution, avec les gars du Boogie, complètement défaits (si, si, faut assumer un peu), et dans un état simplement lamentable. Demain est un autre jour, alors on rentre pas trop tard.
Premier caillou dans la belle machine prévisionnelle de l'agenda de June, l'ami Laulau, sur Besançon pour quelques jours, qui dors à la maison ; on se voit pas souvent alors forcément, on cause, et forcément, on se couche tard...
Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, le gars Tristan (soit 1/4 du Retour du Boogie, faut suivre un peu, merde), au téléphone, le vendredi soir :

"Yo Ju, samedi soir, Zo et Narqo font bien un Retour du Boogie à la Crémerie ?
- Ouaich mon négro, pourquoi donc ?
- Ben parce que tu te pointes samedi soir, on joue aux Prés de Vaux pour le GROS after de Musiques de Rues, à partir de minuit !
- Hein ? Mais... Mais je peux pas, je vais à la crémaillère de potes, et puis... Et puis...
- Des centaines et des centaines de personnes, amène du gros, gros !
- Maaaaaaaiiiiii-eeeeeuuuuuu...
- Bisous !"


Damn.
Bon, ok, je bossais aussi le samedi matin, mais bon.

Un gros after avec du probable gros son ? Et on refourgue ça au Retour du Boogie ? Sacré Tristan, roi des VIP pour le son qui fait bouger les pieds.
Allez, fais chauffer le flight-case.

flightready011

Le samedi, on commence par la Crémaillère de Nancy Pena et Guillaume Long (message privé : oui, Guigui, j'arrive, j'arrive !), ce dernier ayant passé la journée à gribouiller ses bouquins à la boutique. Pas mal de monde, pas mal de gens cools (à part Berth ou Bob La Loutre, comme toujours), et la soirée valait bien le coup aussi : ca faisait un peu soirée de dessineux (Guigui, Nancy, Mathieu Pierangelo, Everland, Berth, Sandrina Cambera, Panzer Cardinal, entre autres...), mais on a bien mangé, on a un peu bu, on a surtout bien rigolé, puis...

Puis l'heure d'aller rejoindre mon homeboy Tristan avait sonné ! En fait, mon téléphone, surtout. Mais avec Tristan dedans, qui me disait de me pointer vite, car les gens sont déjà là, et semblent déjà chauds. Il est à peine minuit, merde !
Non sans quelques scrupules (on passait quand même une bonne soirée, merde), nous voilà partis, Drine, Panzer et moi, on raccompagne Thierry chez lui, près de Besac, et durant le trajet de retour, le téléphone ne cesse de sonner... Trop de monde... Centaines de gens... Flics... Annulation... Embouteillage... Ingérable... Milliers de gens... Trop de monde... Et finalement, Tristan, sur le point d'amorcer la déprime du siècle :
"Yo Ju, laisse tomber, ne va pas loin, où que tu sois, trop de monde, ils démontent le matos, c'est fini...
- Mec ? Il est pas 1h du mat !!!
- Je sais... Putain, mec... Chui vert...
- ??? Et moi donc !"


En catastrophe, alors que nous arrivions sur place, nous voilà repartis pour le centre ville, pour rejoindre Zo et Narqo pour la fin de leur Boogie à eux, puis pour finir en after chez Narqo. Frustration, énervement, déception... Les boules.

Alors voilà. A l'heure d'aujourd'hui, je ne connais pas exactement toutes les raisons de cette douloureuse annulation. On parle de débordement, d'une affluence record, pas prévue à quelque moment que ce soit par les organisateurs, et ingérables aux Prés-de-Vaux, ou l'on parlait d'une capacité d'un millier de personnes grand max... Le Hot 8, qui devait jouer à minuit la-bas, a été annulé, donc l'after a été annulé. "Mieux vaut prévenir, bla bla bla".
Bon.
On va tâcher d'être dans les starting-blocks pour l'année prochaine, et puis surtout, surtout, on va parler d'autre chose, tiens...
...De l'après-midi du dimanche, avec la parade moyenne-moyenne, qui s'est fort heureusement terminé beauté avec une heure de freesbee nounours dégueulasse (dans la boue de la Gare d'Eau, eh ouais, on est comme ça nous autres franc-comtois), et surtout, le fameux concert du-dit Hot 8 Brass Band.
Une fanfare qui envoie sévère, et qui reprend Marvin ; vous prendrez bien une (petite) vidéo ?



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Voilà, c'était un bref résumé de cette loooooongue semaine, qui s'est ponctuée par le bouclage du dernier numéro de L'Affaire du Siècle tome 5.
Il s'agit donc du numéro 18, qui, après un break estival totalement disproportionné, revient avec 32 pages de super héroic-fantasy tout en couleurs (téléchargeable sur le site dans les jours qui viennent).
Et évidemment, il y a toujours des mauvaises langues se vautrant dans la lourdeur la plus euh... la plus lourde.

32magazinePUB

Rhôôô, alors ça, c'est pas super sympa-sympa...

On air on radiojUne :
- Pulseprogramming "Blooms eventually", mais tout l'album "Tulsa for one second", sorti en 2003, chez Aesthetics. Un vrai monument de délicatesse, coincé entre une petite électronica très soft et un low-tempo tout posé. Délicat, ouais, je crois que c'est encore le meilleur mot. Putain, je devrais être journaliste dans la presse musicale, moi.
- attention, ca rigole plus du tout, j'écoute du Sylvester ,"Over and over", parce qu'un bon hymne disco le mardi matin en descendant au taf, c'est impec' quand on a la super-gueule dans le cul.
- Marvin Gaye "Sexual healing", réminiscence de dimanche après-midi.
- Studio One Scorchers part.2, encore une compilation qui défonce chez Soul Jazz.
- et puis au gré de la lecture du groooooos "Can't stop won't stop" de Jeff Chang (paru récemment chez Allia), pas mal de vieux trucs hip-hop... Ca change, hein !?

Allez, zou.
A plus tard, peut-être.
Ou pas.


>

Allez, au lit.

2 octobre 2006

CETTE FOIS CA CAUSE BOUQUINS, VINDZOUSSS.

Avant de commencer, le tuyau de l'année : Yoshi, alias Yoshi Bam-Bam, alias le putain de jurassic midget, alias Gorille dans la brousse, alias "ASD is not dead", faisait partie du line-up de la soirée de lancement du skeud des Butter Bullets, crew doubiste (ca fait mal, cette expression, hein), à La Marquise (Lyon), il y a quelques semaines.
Petit Corps Malade, c'est ici-même, et ca fait mal. Yoshi, tu es fou.

Et avant de se lancer dans le papier et la lecture, les oreilles :
- mardi soir à la Crémerie (rue Pouillet à Besançon), Feetwan et moi-même, back at last ! Ouais c'est mardi, mais c'est mardi comme dans "ce mardi, on fête la rentrée des étudiants et ca sera blindé de monde"... Ca va commencer hip hop ultra-low-tempo, et ca risque de finir en drum'n'bass dont mon gars Feet a le secret...
- mercredi soir, George Leningrad ("Ah mais Julie Doucet a parlé d'eux, ca doit être bien !", dixit la brune) au Cylindre de Larnod, avec les deux débiles de Dr Gronoff en bonus.
- jeudi et vendredi soir (mais aussi pendant les 4 jours du...), festoche "Musiques de Rue" avec Mardi Grass Brass Band, Camel Zekri, Jaipur Kawa Brass band, Hot 8 Brass band, Quelques fiers mongols, des installations ou des performances de Will Menter, de Frédéric Le Junter... et puis bien sûr Feet (once again), Dee Nasty, et moi-même. J'ai rien compris à la prog, mais bon, ca va être cool, et il y a de tonnes de choses à voir sur 4 jours.
- samedi, un nouveau Retour du Boogie à La Crémerie, avec Narqo et Zo, deux performers incroyables qui mixent avec leurs fesses nues.
Voilà, encore un planning de merde. Je sais pas si je vais beaucoup dormir, donc je sais pas trop si je vais blogger des masses d'ici le week-end prochain, hein...

Et pour rester dans les trucs à checker (plus sérieusement), de trèèèèèès jolies choses à voir, et même à acquérir, sur The Beholder, signées Michelle Blade, Robert Hardgrave, Matthew Curry, Ian Dingman et Colby Bird...

Bon, inutile de m'étendre une nouvelle fois sur les chiffres déments qui plombent nos journées, à nous autres commercants, hum hum hum ; d'abord parce que les économistes de l'édition diront moins de conneries que moi, et puis aussi parce que pendant que je m'étend sur ce genre de trucs, et bien je n'ai plus le temps de lire les livres...

Alors des tonnes de sorties, dans tous les genres, dans tous les styles, mais plus que jamais, le truc réellement palpable, ce sont les tonnes de manga dans ce débalage automnal ; chaque jour, on assiste en direct live aux mouvements des mômes, qui, c'est plus clair que jamais, lâchent lentement mais sûrement les rayons habituels pour aller fouiner du côté des mangas. Les éditeurs "classiques" se plient en 4 pour la relève d'un lectorat, et bien loin de moi l'idée d'aller émettre une opinion sur l'évolution de ces habitudes. La seule chose dont je sois sûr, c'est que j'ai encore bien du mal à trouver mon bonheur de manière substantielle du côté asiatique, malgré, et en toute logique, une évidente progression de sorties de plus en plus valables (et c'est déjà ça de pris).
Des tonnes de comics, aussi. Quel éditeur "ciblant" un lectorat mature n'a pas, désormais, une ou plusieurs traductions américaines, d'ailleurs souvent très en phase avec l'actu outre-atlantique ? Et les éditeurs offrant des trucs ricains, c'est pas ça qui manque, loin de là.
Les éditeurs "franco-belges" classiques, quant à eux, n'en finissent plus de paniquer (mais discrétement, hein), coincés qu'ils sont entre des chiffres de ventes et des taux de retours compliqués à interpréter ("cette crise, elle arrive quand, alors, coco?"), et des changements d'habitudes du lectorat, de plus en plus dur à anticiper. Leurs hits de jadis perdent pied, les nostalgiques ne suffisent plus à remplir les caisses, et rien ne laisse augurer de jours meilleurs : les kids, tranquillement, laisseront tomber Titeuf ou Ducobu pour se tourner vers Shibuya Shibuya #2647 ou Lovely Gaijin stories #3951. Le mouvement est amorcé depuis un moment, tout le monde le sait, et même si je me garderais bien de parler de "plantage", les cartons d'il y a 15, 10, ou encore 5 ans, seront délaissés, inexorablement.

Alors on a droit à des gestes souvent pathétiques, révélateurs de la manière dont certains groupes mettent en place leurs ouvrages comme ils pourraient le faire avec des yaourts, ce qui, je vous l'accorde, est tout sauf un scoop.
Les éditeurs, à grand renfort de nouvelles collections, de pseudo-nouvelles initiatives éditoriales et de concepts de branleurs, s'étalent toujours plus, toujours plus loin, toujours plus visibles, toujours plus offensifs, ce qui, nous le ressentons de manière explicite chaque journée, fatigue une bonne partie de sa clientèle ; euh, de son lectorat, pardon.

Un exemple parmi plein d'autres : la manière dont "L'étrangleur" de Tardi fut publié (dans cinq "feuilles de choux" mensuelles à 1.80 euro pièce) avait presque réussi à convaincre que les gens de chez Casterman étaient aussi des gens qui s'avaient s'amuser et offrir un "vrai feuilleton, comme avant, coco", au lectorat du père Tardi. Ok, pendant au moins 5 minutes, quoi : excellente manière de faire 2 fois plus de tune dès la sortie du bouquin (quelques semaines après le 5ème et ultime épisode) réunissant donc les 5 canards en question, agrémenté de fins alternatives insérés dans des cahiers non massicotés, que le lecteur pourra ouvrir chez lui. Ils auraient pu vendre le truc sous cellophane, le plastifier, histoire de ne pas frustrer le lecteur plus que d'habitude (car d'habitude, on se contente de ce genre de procédés), mais non, le coup des cahiers à découper soi-même, c'est une bonne manière de rappeler qu'ils ne sont pas là pour autre chose qu'abuser ouvertement de leur lectorat...

Ceci étant dit, on me rétorquera que tant que le fameux lectorat sera assez con pour se faire baiser... Un amateur de l'oeuvre de Tardi optera pour l'une ou l'autre des options, sachant que 1/ les fins alternatives proposées dans le bouquin sont très, très loin d'être dispensables, que 2/ la mise en page des premiers feuillets de ces 5 canards était sympathiquement basée sur celle d'un vrai canard, et que la nouvelle recomposition (pour le bouquin) est simplement une horreur à l'état pur, chiant purement et simplement sur la notion de gris typographique. Ah, j'oubliais le 3/, pourtant stimulant en ces périodes fastes : 3/ les 5 feuilles de choux valent 9 euros en tout, le bouquin une petite quinzaine, le calcul est vite fait. Qu... Quoi ? Comment ? Ah, on me souffle que le 3ème canard est épuisé, et qu'il ne sera pas réédité... Ca voudrait dire que pas mal de gens vont être obligés de se tourner vers le bouquin alors qu'ils avaient commencé la lecture en feuilleton ? Autant pour moi.
Casterman ?
Tout juste bons à sortir du Tintin en demi-format (au cas où le succès de l'édition de mangas soit dû à son format, on sait jamais, coco), ou à saccager Pratt lors de sorties qui auraient mérité qu'on aille pendre Delmas sur la place publique, merde (d'ailleurs, les ptiots gars de chez Aaapoum le prouvent en images qui bougent ici-même, c'est à pleurer).

Et/où à vouloir séduire un certain lectorat orienté vers certaines "nouvelles" littératures alternatives (les indés, quoi) par le biais de nouvelle collections, allez, encore une ! K-ster, Kaster, un truc comme ça, qui, c'est certain, va confondre tout le monde... Hum. Après FuturopoBis, arrive CasterJunior. Vivement une collection de bande dessinées expérimentales chez Glénat.
Au vu du planning de Casterman pour les mois à venir, on ne peut que frémir (ou se rouler par terre, au choix) : ré-éditions de bonnes vieilles bédés à papa, formidables livraisons du côté de chez Jungle (sûrement pour concurencer le "Shirley et Dino" en bédé, imminent), et choses asiatiques au kilomètre, sous nombre de sous-collections, sous nombre de formats. Formidable, quoi.

Bon, aujourd'hui, c'était Casterman, ca aurait tout aussi bien pu être Delcourt, Dupuis, ou Dargaud, ou bien d'autres, évidemment.

En parlant de Dargaud, et pendant que j'y pense, il faudra prendre le temps de trouver une librairie proposant un peu d'import américain pour comparer l'édition originale du "The clouds above" de Jordan Crane, paru début 2006 chez l'américain Fantagraphics.



Il s'agissait d'un magnifique petit objet d'un peu plus de 100 pages, au format carré d'environ 15 x 15 cms, comportant une case (de 10 x 10 cm) par page, pas plus (mais pas moins), tout en couleurs, et qui racontait la petite aventure de Simon le garçonnet, qui, flanqué de Jack, son gros chat, rate une journée d'école auprès de l'institutrice sadique Miss Poe et va passer la journée dans les nuages (littéralement).
Une histoire pour petits et grands enfants simplement chouette, et qui valait autant pour ce qu'elle racontait que pour la manière dont elle le faisait, grâce à un Jordan Crane inspiré et à Fanta, heureux éditeur de ce bel objet, comme je le disais plus haut.
Et alors, me direz-vous ?
Eh bien Dargaud nous prépare une version française, "Dans les nuages", à sortir avant la fin de l'année, dans un bon vieux format franco-belge, pardi.
C'est bien de vouloir éditer de bons bouquins, mais faut pas mettre la barre aussi haute, les gars... D'abord la version française de l'intégrale des Peanuts, éditée magistralement chez Fantagraphics aussi (tiens ?), s'était retrouvée en version française fac-similé, qui n'avait de fac-similé que le nom. A part le format, pas grand chose de commun... "Ah oui, mais l'initiative, quand même, hein !". Ouais ouais...
Et puis "The clouds above", donc, prochainement torpillé par nos super copains. Aie aie aie, même s'il paraîtrait que Crane aurait suivi de très près ce reformatage du truc, l'ayant même assurée lui-même... Comment ? Hein ? Il y aura 8 pages inédites ? Super... A suivre, quoi. C'était la minute préventive, désolé de vous imposer ma mauvaise humeur, eh eh eh.
Revenons à nos moutons : des livres !

- Hier soir, j'ai attaqué le dernier Palahniuk, "A l'estomac", paru chez Denoël.
Je le finirais un peu plus tard dans la journée, mais il me semble qu'il s'agit d'un bon Chuck. C'est probablement le le seul "gros" auteur américain contemporain que je checke systématiquement, même si tout ne m'a pas autant convaincu que "Choke" ou "Survivant", ses deux meilleurs bouquins, à mes yeux.
"A l'estomac" est une réponse très Palahniukienne à la course à la réussite, doublée d'une bonne dose de foutage de gueule de la trash-tv, avec, et ce n'est pas une surprise, pas mal de ces ingrédients habituels qui ont fait le succès de l'auteur : un peu de trashitude, des situations dont la glauquitude qui font oublier les 4 derniers bouquins de Bret Eastn Ellis, des personnages incroyables... Quelques trouvailles quand à la manière dont le livre se déroule (eh, je vais pas tout dire, non plus), et, qui pointe sur certains passages, une réflexion sur la légitimité à encenser et démollir un auteur et son oeuvre. Rien que la première nouvelle/partie laisse des traces, déjà...
Bref. Je termine tranquillement ce bouquin plus tard, on en reparlera.

- "Mon fiston", d'Olivier Schrauwen, collection ChromoZone, à L'An 2.
Pendant que Delcourt se la joue Bamboo et nous chie des daubes sur les blagues belges (les blagues juives arrivent le mois prochain, bientôt "C'est pas mes lunettes, c'est mes narines" en bédé), on a une nouvelle occasion de se rassasier de cet humour typiquement belge, qui flirte toujours un peu avec le malaise et, à coup sûr, les situations décalées.



Une collection de situations improbables et de dialogues complètement à la masse entre un minuscule enfant et son gigantesque père, dans un décor qui évoque notamment Edward Hopper ; le dessin est magistral dans cette manière qu'il a de convoquer l'illustration et les bandes dessinées d'il y a 100 ans au moins, mais le ton global de cette cinquantaine de pages m'a un peu laissé à côté...
Pour autant, une vraie curiosité, qui devrait convaincre les amateurs d'ambiance graphique audacieuse.

- "Le marquis d'Anaon", de Fabien Vehlmann et Mathieu Bonhomme, chez Dargaud.
Après un troisième tome en demi-teinte, un quatrième volume très réussi, qui asseoit la série comme l'une des plus réussies du moment, dans le registre de l'aventure sur fond historique, jadis registre principal de la bande dessinée franco-belge... Sans jamais tomber dans la pâle copie de série à succès, la série de Vehlmann et Bonhomme trace sa route en esquivant les clichés que l'on croyait inhérents au genre, peu habitués que nous étions à découvrir des scénarios intelligents et lisibles, mis en images par Bonhomme qui ne cesse d'affiner son style, idéal pour coller au mieux aux trames toutes en retenue de son scénariste ; ca se renouvelle à chaque nouveau tome, ça aussi c'est pas si courant.
Voilà le genre de trucs qui réussit le pari de la jonction entre thèmatique classique (archi-usité chez nos bons gros éditeurs classiques) et exigeance contemporaine (archi-pas-usité chez les mêmes).

- "Libre comme un poney sauvage", de Lisa Mandel, collection Shampooing chez Delcourt.
Dans la jungle des "blogs-bédés" qui ont fleuri ce dernières années (pour le meilleur et souvent pour le pire) (rhôôô le vieux réac de merde...), il y en a très peu qui, au fil des updates, n'ont pas fini par me saoûler sévère. Et puis très peu ont le talent d'un Boulet, qui, me semble-t'il, n'a jamais été aussi bon que sur son blog... Bref.
Lisa Mandel, qui a révolutionné à elle toute seule la bande dessinée d'humour "pour jeunes filles" (mais aussi pour pas mal de monde, comme les hommes trentenaires maigres à lunettes, je dois bien admettre), avec sa chouette série "Nini Patalo", se livre régulèrement sur son blog, et c'est la période d'août 2005 à mars 2006 qui est compilée ici.
Alors on peut toujours se demander quel est l'intérêt de publier, ou d'acheter un truc prévu pour un médium qui n'a pas grand chose à voir avec un paquet de feuilles collées entre elles... Sans oublier l'aspect financier : après tout, la consultation online ne coûte pas grand chose, et économiser 12.90 euros, au milieu de cette jungle de sorties, c'est pas négligeable.
Pour autant, "Libre comme un poney sauvage", s'il n'est pas l'ultime tranche autobiographique de la décennie, est un bouquin très drôle et plein de moments de poilade made in Mandel : pas si léger que ça, blindé d'autodérision, on suit donc l'auteur dans ses pérégrinations intérieures, dans son trip en Argentine, et on rit de bon coeur, après des chutes souvent désopilantes.
Le 3ème "Nini Patalo" (chez Glénat) ne m'avait pas totalement bouleversé, et le second "Eddy Milveux" (chez Milan) m'avait semblé un tantinet en deça du premier (attention, il me faut quand même préciser qu'il s'agit toutefois d'excellents titres, je vous vois venir) ; en attendant le 4ème "Nini", qui sort en novembre, et un "Princesse aime princesse", repoussé pour bientôt dans la collection Bayou, chez Gallimard, ce "Libre comme un poney sauvage" tombe donc à pic et nous refourgue donc une bonne dose de Mandellite. On est bien contents, parce que ca fait toujours un bien fou.

- "Scott Pilgrim", de Bryan Lee O'Malley, chez Oni Press.
Alors on va bien rigoler quand ce titre sera traduit en français : dans quelle case ranger Scott Pilgrim ? Les mésaventures de ce personnage semblent pouvoir ravir bien des lectorats : sur une trame de base plutot ancrée dans le réel, une débauche de bonnes idées sans grande prétention rendent le personnage principal (et ses compagnons dans cette grande aventure qu'est la vie...) super attachant et très drôle, rentre-dedans quand il le faut, et toujours bien vu.
Dans le petit univers de Scott Pilgrim gravitent jobs de merde, jeux vidéo, relations sentimentales bien reloues, répét' avec le groupe... Ca part dans tous les sens, c'est bien ficelé, c'est rythmé, et c'est typiquement ce que le mainstream peut nous offrir de mieux aujourd'hui : au grand carrefour de la bande dessinée mondiale, entre rythme manga percussif et comédie romantico-pas-gnangnante, de la bande dessinée "fun", au sens le moins péjoratif du terme.

- "Petites hontes enfantines", de Laureline Mattiussi, à La Boîte à bulles.
Le premier bouquin de Laureline Mattiussi est à l'image de ce que l'on avait pu lire d'elle dans différents collectifs ou elle faisait déjà la démonstration de son grand, grand talent de conteuse, voire de "raconteuse". Ne surtout pas se fier à la couverture, plutôt foireuse, ni à la maquette la plus moche de tout l'ouest, cow-boy...
La succession d'historiettes basées sur le principe de "je me souviens de ça, quand j'étais petite, trop la honte" fonctionne à plein pot, et l'on suit le ton enlevé et la manière toute acidulée qu'utilise Laureline pour raconter ses souvenirs qui, couchés sur papier, donnent en fin de compte un petit ouvrage très attachant. Une suite de récits doux-amers, qui devrait parler à tout le monde : qui n'a pas le souvenir d'un truc marquant, plutot honteux, arrivé étant môme ? Laureline, elle, en a plein, et ils sont formidables.

- "Interiorae", de Gabriella Giandelli, collection Ignatz, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
- "Niger", de Leila Marzocchi, collection Ignatz, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
- "London Calling", de Sylvain Runberg et Phicil, collection 32, chez FuturopoBis.
Le problème du principe de publication par épisodes de faible pagination (32 dans les cas qui se présentent), de cette approche "feuilleton", c'est qu'il ne suffit pas de découper et de chapitrer un récit pour qu'il puisse convenir au récit, assurer un rythme acceptable.
On fera encore davantage ce reproche sur les longues sagas prévues dans la collection 32 chez FuturopoBis, car avant même d'attaquer leur récit, on sait qu'on met les pattes dans 7, 12, 24, 485 épisodes de 32 pages, et qu'avant même la sortie de la seconde vague, certains caffouillages apparaissent (quand aux prévisions et aux dates de sortie). Alors ouais, ouais, ca peut bien démarrer, parfois ; et cela peut même, va savoir, donner envie de suivre le truc... pour peu que l'on définisse de bien curieuses priorités dans son calendrier de lectures.
Bon, ceci étant dit, il faut avouer qu'il sort pléthore de titres, dans des formats franco-belges classiques comme pour le manga ou le comics, dont le premier numéro ne fait souvent pas grand chose que planter un décor, pas plus ; mais bon, 32 pages, c'est autrement plus court qu'un 48CC ou que les (au moins) 200 pages d'un manga "type"...
On pourra rétorquer qu'il peut se passer davantage de choses sur 32 pages que sur 200, c'est vrai ; mais à moins d'évoquer les "Baci dalla provincia" de Gipi, force est de constater qu'on ressort souvent un peu frustré d'un 32 pages, si l'on sait qu'une suite est prévue.
Plusieurs cas de figure :
- on est perplexe, il ne se passe pas grand chose, voir que dalle, mais le système de "la suite au prochain numéro" opère, on se demande si l'idée de débuter ce type d'habitude est une bonne chose.
- le principe du feuilleton semble fonctionner avec ce premier numéro, la frustration opère déjà, vivement le suivant.
- c'est vachement bien, et de toutes façons le bouquin se suffit déjà en lui-même, c'est de toutes manières satisfaisant en soi, d'avoir lu ça.
Bon, j'en conviens, tout ça est plutôt approximatif, et n'est pas très intérressant.

Les bouquins, alors ?
Le Gabriella Giandelli est beau, comme toujours ; "Silent blanket" ou "Sous les feuilles" semblent très loin, et cette auteur me manquait. Les habitants d'un immeuble se croisent et leurs vies semblent toutes prises en compte par quelque chose d'encore assez obscur, trop obscur pour que l'on puisse sortir satisfait de la lecture de ce premier tome. "Interiorae" est probablement un projet empli par trop d'abstractions pour que sa première partie puisse être assez séduisante. Néammoins, et parce que Giandelli, c'est quand même sacrément beau, je jetterais les deux yeux sur le prochain.

"Niger" de Leila Marzocchi, est un de ces ovni dont on ne sait pas trop ce qui a pu stimuler sa création. Un univers totalement inédit, qui semble issu d'une édition jeunesse exigeante, mais plongé dans de bien sombres ténèbres : les habitants du Bois des Sapins Incendiés rencontrent une drôle de petite et faible créature, qui semble tombée du ciel. Les décisions qui sont prises par les plus hautes autorités de cette forêt auront probablement des répercussions dans la suite de cette histoire que j'ai hâte de découvrir.
Quoi qu'il en soit, voici une mise en place exigeante et audacieuse. A découvrir. Vache d'ambiance...

On peut penser que "London Calling", de Sylvain Runberg et Phicil, est une probable tentative d'autofiction, mais cela ne suffit malheureusement pas à fonctionner.
Du moins, une fois encore : peut-être qu'un récit long eut été plus convaincant, mais je dois bien admettre que j'ai trouvé assez laborieuse cette mise en place, malgré un dessin vachement dynamique et plein de bonnes idées de Phicil, qui prouve, après Georges Frog (#1 sorti chez Carabas, et qui est un bouquin très réussi, lui), qu'il fait clairement partie de ces jeunes auteurs qui maitrisent la narration, la gestuelle, la mise en scène, le cadrage, et avec une colorisation idéale du dénommé Drac.
Malheureusement, il ne suffit pas de placer des références à une certaine culture nineties pour que cela fonctionne : les personnages semblent glisser dans leur propre histoire, qui, au passage, cite les Babes in Toyland, Sonic Youth ou le NMA, et cela fait davantage penser à une suite de souvenirs d'adolescence comme nous en avons tous, qu'à une histoire réellement passionnante.
L'ensemble de la production en bande dessinée propose bien davantage dans le registre de l'autobio ou des carnets de vécu, et ce premier bouquin va rejoindre les nombreuses tentatives hasardeuses, il me semble.
La nostalgie est un bien noble sentiment qu'il est dur de faire ressentir sans glisser dans le déballage d'anecdotes ou de considérations personnelles... Au final, "London calling" ne pourra véritablement fédérer guère que ceux, qui, peut-être, sont restés cloitrés dans leur chambre chez maman, à l'issue de l'adolescence, je pense... Je ne sais pas. Peut-être que la suite sera plus convaincante, mais elle se fera sans moi.

- "Prelude to a kiss", de El Don Guillermo, collection Mimolette, à L'Association.
Le toulousain co-pilote des éditions Misma, déjà auteur des aventures de Jaqueline ou de Bernadette, ou bien du "Tandem de Bobo et Louison" (toujours chez Misma), après des participations du côté de chez Ferraille Mag, déboule en Mimolette, et c'est tout l'univers de cet auteur qui est brillament mis en place, d'un coup d'un seul. Dur de résumer, de faire le topo : les histoires tiennent davantage d'une ambiance, du rendu des relations entre les divers personnages, que de trames très complexes ou d'aventures hors du commun...
Non, El Don Guillermo raconte la vie, le relationnel amoureux, les errances sentimentales, les attirances incontrôlées, les attractions innatendues, avec ce ton qui lui est propre, et qui, ca tombe bien, ne rappele pas grand monde. Un trait faussement simple et naîf finissent de rendre cette Mimolette tendre et goutûe. Miam.

- "Sclérose en plaques", de Mattt Konture, collection Mimolette, à L'Association.
Mattt Konture apprend qu'il est atteint de la maladie qui donne son titre au bouquin, et c'est l'occasion de revivre quelques unes des nombreuses élucubrations intérieures du bonhomme, qu'il aura vécu, souvent dans la douleur, ces dernières années. Mettre un mot sur un mal, cela rend-il les choses plus simples ? Mattt Konture n'est pas un homme simple à suivre, mais il est toujours aussi attachant, toujours aussi écorché vif, toujours aussi sensible à des milliards de choses auxquelles l'homme pressé ne s'attachera, ni ne comprendrait, de toutes manières.
La poésie wawacho-punk et très connotée fanzinat de Konture peut cependant s'égarer dans sa propre narration, parfois ; les fans du bonhomme suivront, peut-être difficilement, les autres risquent de s'embourber dans les inombrables cases remplies de déblatérations Konturiennes dont le monsieur a le secret...
Qu'ils attendent les Archives de Mattt Konture, qui arrivent bientôt en librairie : "Sclérose en plaques" n'est probablement pas le plus réussi de ses bouquins, et clairement pas l'ouvrage avec lequel empoigner l'auteur.

- "Lucha Libre", de Jerry Frissen and co, aux Humanoïdes associés.
Une ribambelle de gratouilleurs plutot fortiches (Gobi, Witko, Tanquerelle...) jouent le jeu du collectif super-débile : un univers de série Z qui tient autant du pastiche que de l'hallucination collective généralisée, quelques personnages improbables mais hauts en couleurs, plusieurs interventions dans divers champs graphiques différents, tout ça dans un fascicule type comics, et bourré à craqué d'ultra-fantaisie, tout en restant cohérent ? Jerry Frissen, qui n'en est pas à sa première démonstration d'humour barge, est arrivé à féderer pas mal de qualités autour de ce nouveau projet qui, mine de rien, fait passer le côté feuilleton au premier rang des priorités des gens ayant feuilleté le dit-bouquin : comme quoi, c'est faisable si on le fait dans l'humilité, et d'autant plus, avec qualité, même en arrachant presque 8 euros au passage. Les mômes, ici, en redemandent, et moi aussi !
Maintenant, le tout est de savoir : l'idée des catcheurs mexicains à la loose ou des lycantropes secoués du bulbe, elle a été lancée par qui, et à quelle heure, et au cours de quelle soirée super arrosée ? Non, parce que là, ca va loin, quand même.
Initiative convaincante, essai transformé. Eh, ca remonte à quand, un truc enthousiasmant et franchement nouveau chez les Humanos ?

- "Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s'échouer sur nos plages ?", de Moynot, collection Aire Libre, chez Dupuis.
L'ambition d'un jeune écrivain sûr de lui, qui n'a guère de scrupules, autant sur le plan professionnel que sur le plan intime. Le personnage principal jongle avec les gens comme avec le reste, et n'hésites pas à laisser bon nombre de choses sur le côté de la route qu'il se trace, notamment après sa rencontre avec un autre auteur, plus agé, et aux côtés de qui va se dérouler une histoire somme toute assez chiante.
Dur d'accrocher à des personnages qu'on a envie de claquer à chaque phrase qu'ils prononcent, dur d'accrocher à une histoire qui semble prédestinée à un lectorat déjà sous antidep'. Une chronique du quotidien d'un arriviste, qui ne m'a absolument pas embarqué.

- "World Trade Angels", de Fabrice Colin et Laurent Cilluffo, chez Denoël Graphic.
Alors, avant d'aller à l'essentiel : on a beaucoup parlé de la réussite de l'objet, pour commencer, ainsi que de la relativement faible mise en place (un seul tirage, l'ouvrage ne sera pas réédité), en librairie, sans possibilité de réassort... C'est à dire qu'une fois la commande initiale arrivée en rayon, rien ne nous assure qu'on puisse se réapprovisionner auprès du diffuseur, ce qui peut devenir très vite un argument pour l'éditeur (ou le diffuseur)... Coup de pub ? Trouvaille des marketteux de chez Delsol, désormais diffuseur des bandes dessinées éditées chez Denoël ? Réelle importance du coût du transport d'un tel ouvrage, fabriqué en Malaisie ? Bref.
Evidemment, on songe à pas mal de choses en feuilletant l'ouvrage... On pense à Chris Ware, évidemment, pour le parti-pris du découpage audacieux et la froideur du dessin, qui semble tout juste échappé de chez les développeurs Illustrator de chez Adobe...
Et puis le simili-vectoriel s'efface, le minimalisme s'estompe, et l'histoire déroule ses différents fils, lentement, misant sur l'efficacité du lecteur à démeler la pelote que les auteurs lui servent.
Raconter l'histoire ne rendrait pas hommage à leur travail (oui, cela à a voir avec le 11 septembre, bravo) 8) ; disons que la forme m'a davantage séduit que le fond, mais qu'il n'en demeure pas moins un bouquin très réussi, à quelques détails près.
La typographie est un élèment trop souvent pris à la légère par les éditeurs ; une fonte de caractères esthétiques ne veut pas forcément dire "lecture aisée". S'attacher à une cohérence graphique passe forcément par des choix, ok ; mais la police utilisée dans ce bouquin, c'est, je pense, une erreur : elle est agréable pour un sous-titre, pour un petit ensemble de caractères. Pas pour des philactères, des commentaires. C'est dommage, mais en même temps, c'est un avis très personnel, je n'ai guère eu de feedbacks déplorables à ce sujet. 8)
J'ai regretté également, ici où là, le recours au flashback, de façon systématiquement moins finaude que la manière dont le reste est établi. Bon, attention, on est pas chez Brounechouigue non plus, hein, cela sert véritablement le propos, mais tout cela n'est pas toujours amené de manière très "naturelle".
Dans tous les cas, voici un bouquin ambitieux, et si les deux auteurs sont bien connus dans leurs domaines respectifs, leur rencontre et ce premier bouquin laisse augurer de bien bonnes choses. Je l'espère !

- "Un ciel radieux", de Jiro Taniguchi, collection Ecritures, chez Casterman.
Là ou l'errance dans le fantastique de "Quartier lointain" tenait la longueur, on ressort épuisés devant un ouvrage à la lecture aussi laborieuse que ce dernier Taniguchi. "Un ciel radieux" aurait largement pu ne faire qu'un tiers de sa pagination, mais ce n'est pas le cas : c'est long et chiant, c'est pénible et ca se regarde le cul, ca se répéte et ca fatigue.
A ranger dans la série des "worst of" du bonhomme, qui commence à prendre du volume, mine de rien (pas le bonhomme, hein...).

- "[Beyrouth] Catharsis" et "38 rue Youssef Semaani", de Zeina Abirached, chez Cambourakis.
Deux livres, deux formes très différentes, deux magnifiques objets qui méritent largement qu'on en parle davantage. Leur éditeur, Fred Cambourakis, travaille à la librairie Page 189 (Paris 11e), et signe fréquemment quelques entretiens dans le magazine "Page", distribué en certaines librairies.
Réalisés dans le cadre du projet "Chez moi chez toi" à l'Atelier de Recherche de l'Académie Libanaise des Beaux-Arts en 2002, "[Beyrouth] Catharsis" collecte quelques souvenirs de l'auteur, quant à son quartier, la rue qu'elle habitait étant enfant, la vie telle qu'elle la percevait ; jolie facture, belle impression, une petite lecture très agréable.
Le second ouvrage, lui, est un exemple de bricolage qualitatif : feuillets qui n'en finissent plus de se déplier pour dévoiler leur intérieur et leur histoire, il s'agit d'un livre élégant et sobre, empli d'une humanité et d'une beauté simplement rare.
A mi-chemin du témoignage intimiste et de l'instantané poétique, ces deux ouvrages ne bénéficient pas de mises en place massive, ni de réseau de distribution très conséquent, mais vallent qu'on les cherche...

- "Wizz et Buzz", de Winshluss et Cizo, collection Shampooing, chez Delcourt.
Je crois pouvoir dire que je suis super fan des deux zozos (les auteurs, pas Wizz et Buzz). Et que j'attends chacune de leur nouvelle livraison (pas si fréquent) avec une réelle impatience. Alors lorsque "Wizz et Buzz" est arrivé...
Mais voilà, malgré une réelle efficacité à s'insérer dans un shéma "lisible pour les mômes" sans pour autant les prendre pour des cons, ce qui est déjà une vraie qualité en soi, j'ai eu du mal à trouver de quoi me sustenter dans ce bouquin.
Faible pagination + papier merdique = vague impression d'avoir entre les mains un truc moins épais, tu meurs. Dommage, et le contenu, lui, ne m'a pas autant bluffé que je l'aurais espéré, et que bien des choses précédentes des mêmes auteurs.
Rien à dire, c'est toujours aussi beau, et c'est rien de le dire ; ce qu'on disait de Winshluss à la sortie de l'énorme "Smart Monkey" (chez Cornelius) est toujours vrai : ce mec n'a pas encore une once de la reconnaissance publique qui devrait être la sienne. Mais je ne sais pas si c'est ce livre qui y changera grand chose, malheureusement.
Une lecture sympathique, enrichie par un dessin mortel, c'est déjà pas mal.

- "Un monde formidable", de Inio Asano, collection Made In, chez Dargaud.
Un suite d'historiettes se situant dans le japon d'aujourd'hui, et qui suit plusieurs personnages, coincés entre une adolescence qui s'éloigne, et la difficulté de s'engager sur le chemin de la vie, d'assumer une situation qu'ils subissent davantage qu'ils ne choisissent. De jolis plans, des idées dans le découpage, dans la mise en forme, mais j'ai eu de grosses difficultés à accrocher au récit, à croire aux personnages, et à suivre une narration et une histoire parfois un peu bancale...

- Je ne sais plus si j'avais déjà parlé du "Comic Book Holocaust" de Johnny Ryan, paru chez Buenaventura il y a quelques mois, et qui regroupe donc l'intégrale de ses trasheries parues à droite à gauche, auparavant.
Il n'y a rien à dire, rien à raconter : imaginez les satires plus hardcore de la bande dessinée indy ricaine du moment ; vous y êtes.
Une page = un détournement simplement horrible, avec à chaque fois, en victime, une oeuvre, un personnage culte de la bande dessinée américaine (et occasionnellement mondiale).
Quelques titres, quelques pages ? "Little Orphan Ass Hole", ou la fausse Annie, pour aller chercher son courrier dans la boîte à lettres, monte sur le dos de son chien, lui chie sur le dos, choppe (où je pense) des puces au passage, et en se grattant (où je pense), se retrouve avec les doigts poisseux, pénible pour récupèrer le courrier... Je vous épargne la chute.
Au gré des pages, on découvre les "Peanuds" (où Linus devient stripper et mets des coups de burne dans la tronche de "Charlie Brwoned"), les "Baboondocks", "Mandrek the magician", "Little Neemhole in Slutlumberland", "Krazy Kunt", mais aussi de bien curieuses lectures de "Iron Man", "Ghost Rider", "Spider Man", "Rom the space knight", et, enfin, "Mc Swienner's" (par Piss Where et Dave Eggfart), "Daniel Clownes's Ghost Turd", "Rectal Nerve" (par Gaydrian Tominaids), "Mauz" (par Fart Spewgelman), "Perslopipus" (par Marjane Strap-One-On), "Schlepileptic", et "Good-Bye, chunky-nuts rice-dick" (par Schmeg Thompson). Hardcore, hein.
Tintin, Asterix, Donald Duck ou Astro Boy passent aussi à la moulinette de Ryan ; attention, si vous pensez qu'on ne peut pas rire de tout avec n'importe qui, si vous n'aimez ni les gros détournements, ni les trucs bien dégueus principalement à base de grosse scato, si vous n'appréciez ni "Squeak the mouse" de Mattioli, ni "Meder" de Menu, alors n'achetez pas ce livre. J'ai tout simplement adoré ; no limits !
Je suis prêt à parier beaucoup qu'on ne verra jamais ce bouquin traduit en français ; ouais, je sais, je m'engage pas beaucoup...

- "Small gods", de Jason Rand et Juan E. Ferreyra, chez Delcourt.
Présenté comme un comics marquant et bien fichu, un concept déjà bien utilisé dans le comics (imaginez un monde ou plein de gens auraient des poouuuuvoooiiiirs...) est repris ici, avec une belle suite d'enfilades de clichés, errant du côté du noir, sans jamais arriver à tisser une trame captivante. Quelques idées ici ou là dans la manière de mettre en place, mais des ficelles qui tiennent davantage de la corde, ont fait que je n'ai pas fini le bouquin. Ca arrive, hein...

- "Maledictions", de Kevin Huizenga, collection Offissa Pupp, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
Ahhh, Kevin Huizenga... On s'est assez répandu sur les qualités de cet auteur, on se contentera donc de saluer la sortie d'un bouquin qui le présente sous un meilleur angle que "Ganges", précedemment paru en collection Ignatz, et qui traduisait quelques-unes de ses pages les moins convaincantes (quand bien même, "Ganges" méritait le coup d'oeil, et bien plus encore).
"Malédictions" est un recueil de 5 histoires où Huizenga ne semble avoir d'autre but que de nous perdre dans son monde, celui-là même ou vit son "non héros" fétiche, Glenn Ganges ; ce personnage semble transiter au sein d'histoires frisant le fantastique, qui le mettent à mal ou dont il sort grandi, mais qui ont un rare goût d'inédit, de nouveauté. Huizenga semblera s'enfoncer dans des mises en abymes successives, alors qu'il ne fait rien d'autre que s'amuser à nous semer dans son petit monde, pour nous abandonner aux côté de Ganges.
Tantôt abimé, tantôt requinqué, on referme le bouquin un peu hagard, mais sûr d'une chose : les préoccupations philisophiques de l'auteur, son approche du hors-norme, et sa volonté de connecter tous ces sujets les uns aux autres, font de "Maledictions" une excellente collection de récits, à se procurer d'urgence, et à lire seul, au calme, d'une traite.
Incontestablement une des sorties majeures de ces derniers mois, avec le "Moon lake trails" de Porcellino (chez Ego Comme X), le "Panier de Singe" de Ruppert et Mulot et le "Frank 2" de Jim Woodring (à L'Asso).

- Justement, "Frank 2", de Jim Woodring, collection Ciboulette, à L'Association.
Celles et ceux qui me connaissent savent déjà à quel point j'apprécie l'oeuvre de cet auteur (on parle souvent de prosélitysme quand je pars dans Woodring, dans dj Vadim, ou dans Murakami) ; le voir à nouveau "traduit" en France, toujours à L'Asso (et en attendant 2007 et un nouvel ouvrage comprenant notamment le classique "Frank's real Pa", ainsi que le magnifique "The lute string" publié chez les japonais de PressPop en 2005), est un plaisir total.
Compilation de récits en noir et blanc ou en couleurs, le monde incroyable de Woodring défile sous nos yeux, et une fois de plus, on ne peut être que sidéré en le découvrant.

On a souvent taxé Woodring d'auteur pour foncedés, dont les bouquins ne s'apprécient qu'avec un ou deux buvards dans la tronche, à tripper ; c'est évidemment horriblement réducteur, et proprement débile.
L'univers de Woodring est autrement plus dense, plus subtil et plus construit que l'apparent côté cartoonesque de ses créatures ne peut le laisser supposer ; l'identité graphique de son petit monde, si elle peut effectivement évoquer un travail sous LSD aux gens qui ne l'auraient pas encore découvert, épouse merveilleusement le propos de l'auteur. Mais quel propos, au fond ?
Pas facile de résumer les aventures de Frank, personnage que Woodring nous présente muet ; aucun dialogue ne viendra vous aider à cerner cette bien particulière bestiole... Aucune citation nous éclairant sur l'époque, sur l'endroit, sur les conditions... Aucun repère, aucune balise pour pénetrer chez Woodring.

Tout juste pourrait-on résumer les déambulations de Frank dans cet environnement si étrange comme une succession d'expériences, parfois fortement initiatiques, toujours marquantes, où le bizarre semble évoluer avec une cohérence propre.

Autour de Frank, sorte d'anthropomorphe mutant, rejeton bâtard de Mickey Mouse et de Félix le chat, une cohorte de bestioles issues de l'imaginaire habité de Woodring, au fond duquel doivent se mêler, à parts égales, une notion de collision permanente, l'imagerie indienne et son folklore coloré, bon nombre de figures religieuses, toutes confessions confondues, et bien des questions -sans réponses, ce serait trop facile- quand au sens de la vie. Frank pourrait être le premier précis de théologie et de philisophie couché sur papier sans qu'aucun mot n'y soit imprimé.
Chahuté au fil de ses aventures par de drôles de rencontres, vivant d'innatendues et cocasses situations, Frank découvre l'émotion, la cruauté, l'amour, l'extase, la trahison, l'évolution, la découverte... Frank fait l'expérience de la vie, dans ce qu'elle propose de plus large en termes d'émotions. Et c'est toute l'immoralité et l'absurde de l'existence qui nous saute à la figure au gré de ces lectures.

Aucune loi ne semble cohérente dans le territoire de Frank ; d'une histoire à l'autre, les situations changent, et les choses qui nous semblaient évidentes dans un récit prennent un tout autre sens dans la suivante. Rien n'est jamais régit par quoique ce soit, à moins que...
Le contournement moral effectué avec maestria par ce fabuleux dessinateur nous rappelle qu'il existe encore des ilôts d'imaginaire débridé, sans aucune espèce de point commun avec "l'ensemble du reste de la production".

Cruel et hilarant, glauque et déjanté, absurde et désopilant, l'oeuvre de Jim Woodring est une réelle expérience bouleversante lorsqu'on la découvre, et c'est probablement là le seul réel point commun que l'on puisse lui trouver avec la défonce.
Plus que jamais, il faut lire Jim Woodring, que les habitués du périodique Lapin connaissent déjà bien ; et adopter Pupshaw (le petit) et Pushpaw (le gros)...
Comme je le disais plus haut, l'une des grosses-grosses-grosses sorties de ces derniers mois... Voilà.

Bon, ca fait déjà quelques bouquins. Il en reste des tonnes mais d'ici là, il y a un peu 1264984 soirées, et autant de trucs à foutre.
Et puis, il faut du temps pour les lire, les bouquins ! 8)

Evidemment, le rythme de sorties ne va guère mollir d'ici la fin d'année. Dans le collimateur, le "Papa" d'Aude Picault, le nouveau Peggy Adam ("Luchadoras", qui s'annonce comme un grand bouquin), un collectif à "L'oeuf" (au sobre titre "Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde"...), les archives de Mattt Konture, les "99 exercices de style" de Matt Madden en français (pour accompagner "La perdida" de Jessica Abel , qu'on attend plus chez Delcourt), le second "Petit Christian" de Blutch, une nouvelle réédition de Gus Bofa ("Le livre de la guerre de cent ans") chez Cornelius, l'intégrale de "Black Hole" en français, un Quentin Faucompré (aux Requins Marteaux) appétissant, un nouveau Gipi chez Vertige... J'ai déjà parlé du R. Kikuo Johnson au Seuil ? Oui ? Ah bon. 8)

On air on radiojUne :
- Soul Stoned Picnic, tout l'album "Erotic cakes", futur classique 22th century funk.
- Depth Affect "John cassettes" (nouveau EP), broken bleep hop.
- Fil Lorenz Soul-Tet "Stinky stinky", soulfunk to the bone.
- thanks to Jeff, la compilation Toxic, avec quelques pépites, quand même.
- Abd Al Malik "Gibraltar", défoncé par Monkey (with love), poésie slammée et déslammée par le gars Monkiki.
- Reptiles feat. Yarah Bravo "Amour", de l'amour à sang froid.
- Reptiles feat. Mike Ladd "The Witches Are Coming", de twisted freakstyle à sang froid aussi.

Allez, j'ai un Palahniuk sur le feu, et des poivrons qui sifflent.
A table ! Et bien bonne journée.