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22 mai 2020
4 novembre 2019
21 octobre 2019
WTCHMN.
On est fin 87, début 88 et je me prend en pleine tronche ce qui restera comme l'un des trucs les plus marquants de toute ma vie.
On a tout dit au sujet de Watchmen et d'Alan Moore ; et le storytelling spontané qui s'est naturellement créé autour de cette œuvre magistrale (via les lecteurs, les théoriciens, etc) a achevé de lui conférer un statut de somme culte et mythique, au fil des ans.
Alors bien sûr, l'évolution du langage bande dessinée est passée par là, et je doute qu'un.e môme de 14 balais soit bousculé.e comme je le fus s'il/elle venait à lire Watchmen aujourd'hui. Les innovations narratives super stimulantes à l'époque sont bien plus communes désormais, l'encrage et le colorisation ont pris une bonne claque dans la gueule, autant de freins possibles à la correcte appréciation de ce qui pourrait désormais surtout s'apparenter à une belle bande dessinée patrimoniale pour vieux quarantenaires anciens lecteurs de comics.
Le souvenir d'avoir été pris par le colback et d'avoir été secoué en tous sens, de trouver ensuite les publications Lug/Semic (90% de mes lectures à l'époque, je pense) complètement fadasses et répétitives, et rétrospectivement, d'être un peu plus entré dans l'âge adulte (gros raccourci), tout ça par contre, c'est inaltérable.
Des années plus tard, bien plus récemment d'ailleurs, d'autres chocs me sont parvenus quant à ce que l'on me racontait, et la manière dont on le faisait. Cette fois, c'était via le format de la série, en pleine période d'ébullition elle aussi.
Aujourd'hui, les deux mondes se rencontrent.
En fait ils se sont déjà rencontrés depuis hier soir sur HBO, mais perso je vais déguster ça fin de journée, inch allah.
Voilà, comme d'hab, je suis noyé sous le taf en retard et les couches lavables, mais je raconte ma life sur fcbk, t'sais.
3 août 2017
Une autre manière de spoiler.
Le
lion, le kangourou, les pigeons, j'avais capté... Mais alors tout le
reste, que dalle !
"Qu'est-ce que c'est bien fait hein quand même ma brave dame"...
"Qu'est-ce que c'est bien fait hein quand même ma brave dame"...
17 juin 2017
14 juin 2017
6 juin 2017
The Book Of Nora.
Note surtout pour moi-même : je ne me souviens pas avoir jamais regardé un épisode d’une série à 6h du matin, bordel. Et évidemment, écrire un truc sur le vif, pendant que c’est chaud, alors qu’on ne sait toujours pas si on est bien réveillé ou pas, ce n’est probablement pas l’idée du siècle, mais bon. Voilà. Je suis dans le train qui relie La Rochelle à Paris, tout le monde dort et moi j'écris ces lignes. N'importe quoi.
The Leftovers, Saison 3, épisode 8 : fin.
(ceci est un avertissement quant au contenu de la suite de cette note de blog : attention, spoilers !)
The Leftovers, Saison 3, épisode 8 : fin.
(ceci est un avertissement quant au contenu de la suite de cette note de blog : attention, spoilers !)
31 mai 2017
Je n'arrive plus à décrocher.
9 mai 2017
Expand your mind, don't let it wither and die.
Une des plus belles chansons au monde, parmi mes favorites, dans l'une des plus belles séries du monde, parmi mes favorites (*).
C'est tout ce que j'ai à écrire au sujet de The Leftovers S03, E04 : les mots me manquent, mais en plus, il y a le coup de ce morceau glissé dedans, merde alors. Quelle expérience que cette série, mazette, bordel, damn.
(* dommage que ça soit via un remix inintéressant au possible, au sens de : enlève plus qu'il n'apporte, fiche l'essentiel par terre, bazarde un beat appuyé, une basse slapée et manque tout ce qui fait de ce morceau un truc magnifique, cosmique, réellement céleste, beau à chialer).
(Carrie Coon ain't nuthin ta fuck wit ; photo : © Justin Theroux)
C'est tout ce que j'ai à écrire au sujet de The Leftovers S03, E04 : les mots me manquent, mais en plus, il y a le coup de ce morceau glissé dedans, merde alors. Quelle expérience que cette série, mazette, bordel, damn.
(* dommage que ça soit via un remix inintéressant au possible, au sens de : enlève plus qu'il n'apporte, fiche l'essentiel par terre, bazarde un beat appuyé, une basse slapée et manque tout ce qui fait de ce morceau un truc magnifique, cosmique, réellement céleste, beau à chialer).
(Carrie Coon ain't nuthin ta fuck wit ; photo : © Justin Theroux)
24 avril 2017
Motifs à l'œuvre ; tentative d'inventaire, suite.
Les choses censées être transmises, les messages qui n'arrivent pas, les échanges à sens unique, les destinataires qui ne sont pas ceux que l'on imagine.
En haut : "Live Together, Die Alone", Lost, saison 2, épisode 23 (mai 2006).
En bas : "The Book of Kevin", The Leftovers, saison 3, épisode 1 (avril 2017).
En bas : "The Book of Kevin", The Leftovers, saison 3, épisode 1 (avril 2017).
20 avril 2017
Fanboy dans la place, check.
Samedi et dimanche dernier, rapide aller-retour pour Paname.
Au programme, de longues ballades en mode touriste-qui-respire un peu partout, la visite de l'expo "L'esprit français Contre-cultures, 1969-1989" à La Maison Rouge, quelques trucs divers et variés trop intimes pour être postés sur cet horrible blog qui manque décidément beaucoup trop de retenue, et puis le point d'orgue de ce week-end, et probablement d'un peu plus encore : une rencontre publique avec Damon Lindelof himself, de passage à Paris dans le cadre du festival Séries Mania, dont il était président du jury cette année.
Jeudi soir, il était présent pour l'ouverture du festoche qui projetait en avant-première les deux premiers épisodes de la troisième saison de The Leftovers, et samedi soir il répondait aux questions d'Olivier Joyard, devant cinq cent fans au taquet, bordel. Dont nous.
Voilà, ça faisait très longtemps que j'avais pas fait mon fanboy comme ça. Peut-être parce que certaines des co-créations du bonhomme font partie du maigre matériau fictionnel contemporain qui m'a complètement retourné le cœur et le cerveau ces dernières années... (check ici, ici, ici).
Cette même rencontre est désormais en ligne ici-même mais bon, échanger quelques mots après la rencontre, c'était ce genre de bonus qu'on choppe ni sur le net, ni sur dvd...
PS : le bouquin de Pacôme Thiellement -que je conseille mille fois à tous les amateurs du boulot de Lindelof, mais pas seulement- est celui-ci. J'en ai déjà parlé à maintes reprises ici ou là, mais c'est normal : c'est parce que ça me plaît énormément.
Cimer Laura & Flo pour l'accueil, Cédric pour les 5 heures de route, Le Café des Anges (11ème) pour le chouette brunch du dimanche (avec une pure bande-son), et salut Paname, c'était cool, à la prochaine.
13 avril 2017
Tsundoku interdit.
- "We told you so / comics as art", sous la houlette de Tom Spurgeon et Michael Dean (Fantagraphics).
L'histoire de l'essentiel éditeur indépendant nord-américain, vu par ses propres créateurs.
On en sait un peu plus (des tonnes !) sur ces gens qui ont façonné l'un des plus beaux catalogues qui soit, et sur la manière dont ils l'ont fait. Une grosse compilation d'anecdotes, pas mal de choses savoureuses, et des tonnes d'informations que la manière dont cette brochette a su se trouver et remuer ciel et terre pour, des années plus tard, être un monument de l'édition, représentatif d'une réelle exigence, d'une belle ambition. Où l'on découvre, sans aucune surprise, que seule passion dirige les belles choses dans ce monde de merde, ça alors.
- "Jérémie", de Paul Gillon (éditions Aaapoum).
Il faut combler ses lacunes : de Gillon (1926-2011), je ne connais rien, ou si peu. Sur Jérémie, récit d'aventure réalisé entre 68 et 73 et initialement publié dans Pif Gadget, Gillon dessine pour la première fois sans scénariste, il est seul aux manettes et ça renifle le magnifique et séminal comics réaliste made in USA, pour le pinceau qui semble être dirigé par la grâce.
La (très belle) version proposée par Aaaapoum est monochrome et ça laisse forcément pas mal d'amplitude au dessin fou de Gillon pour décoller quelques rétines. Il y a aussi un cahier de 16 pages en fin d'ouvrage, comportant quelques "explications" sur le processus de création et de réalisation qui ne manquent pas de charme, c'est le moins que l'on puisse dire.
- "Krollebitches", de Jean-Christophe Menu (Les Impressions Nouvelles).
"Souvenirs même pas en bande dessinée", c'est un excellent sous-titre en plus d'être un très bon résumé. Des épiphanies, des chocs frontaux, des révélations enfantines, et très tôt, une obsession incroyablement précoce et monomaniaque pour qui fait le livre, de l'auteur à l'éditeur : on le savait de longue date mais on en sait un peu plus sur le motif à l'œuvre dans l'existence d'un auteur au sujet duquel j'ai perdu toute forme d'objectivité depuis fort longtemps, tant je suis amateur de sa production, en plus d'être fan du bonhomme.
Comme à l'accoutumée chez Menu, tout est traité au prisme très personnel d'un homme au parcours qui parle pour lui-même : impossible de dissocier le sujet (le rapport à la création ? au livre ?) de celui qui l'explore. La création de Menu (en tant qu'auteur, en tant qu'éditeur) est le reflet direct de sa personne, à un point tel que cette tentative de rapprochement s'avère complètement vaine : ne serait-ce pas l'inverse ? Le bouquin est davantage qu'une simple collection de délicieux et/ou cruels souvenirs d'enfance, et ça se lit tout seul ; malgré la mise en lumière sur bien des points que JCM nous propose dans ce bouquin (peu dessiné, pour rappel), des décennies plus tard, on peut légitimement encore se demander ce qui a fait qu'un gosse puisse tomber aussi profondément dans "la bande dessinée". Bon, ça nous a valu trente ans de chouettes bouquins (ceux des autres et les siens), alors on ne va pas s'en plaindre.
- "Cul de sac (tome 2)", de Richard Thompson (Urban).
Le strip de Thompson, inénarrable, affûté, super drôle et sans pitié. Disparu précocement l'été dernier, Thompson est un des rares contemporains ayant renouvelé le genre. Ça se lit tout seul, c'est ni Peanuts ni Krazy Kat, mais c'est l'un des rares trucs qui mérite d'y être relié, je trouve.
- "Les mêmes yeux que Lost", de Pacôme Thiellement (éditions Léo Scheer).
Vis ma vie d'obsédé : il y a un gros mois environ, au sortir d'un pur hiver de merde, on décide de se remater l'intégrale de la série Lost, petit rendez-vous quasi-quotidien où l'on bingewatche intensément, selon nos emplois du temps communs.
Dans le même temps, je peaufine un petit papier que m'a suggéré un pote, concernant la série The Prisoner, et où il est difficile de ne pas voir apparaître quelques liens avec Lost...
La semaine dernière, je joue, pour rigoler, à un concours organisé par le festival parisien Séries Mania sur leur page fcbk, et je gagne deux places pour la rencontre avec Damon Lindelof ; au passage : Lindelof, scénariste/créateur (Lost, The Leftovers...) que l'on retrouve dans quelques précédentes notes de blog, notamment ici, ici ou encore là.
Alors du coup j'en ai profité pour relire l'excellent bouquin de Pacome Thiellement, qui a prolongé de manière très satisfaisante cette transition apparue à la fin de la sixième et dernière saison...
On a re-re-regardé le dernier épisode hier soir, et aujourd'hui, une nouvelle fois, je suis très triste rien que d'y repenser. Alors j'essaie de penser à autre chose. Mais ça marche moyen.
- "L'art de la fuite", de Jean Villeroi (Jean-Jacques Pauvert).
Ah ! On en reparlera bientôt.
- "Living things", de Jessica Seamans (The Little Otsu).
Un beau cahier de dessins de la chouette dessinatrice, autrice de bon nombre des plus beaux posters sérigraphiés par les ricains de Land Land (merci Zak).
25 mars 2017
Be seeing you ! (I told you so).
On m'a gentiment proposé de pondre un truc sur Le Prisonnier, à l'occasion des cinquante ans de la première diffusion du premier épisode (en septembre prochain). Voilà encore un matériau fictionnel dont on pourrait blablater pendant des heures et des heures : la copie que je vais rendre comporte 3836 mots, 23208 caractères, mais j'ai l'impression de n'avoir fait qu'effleurer le truc. Il y a certains sujets dont on devrait savoir rester distants, je le savais...
24 février 2017
12 décembre 2015
"I Live Here Now"
Ok.
Attention, le blabla qui suit est un gros spoiler à lui tout seul. Il faut donc éviter de le lire si on compte s'envoyer la première, la deuxième, ou les deux saisons de la série The Leftovers, dont le dernier épisode de la seconde saison a été diffusé il y a peu.
Merci de votre attention.
L'étrange impression d'avoir plongé une nouvelle fois dans un condensé de traités d'existentialisme, un peu comme une livraison massive du Thinker’s Digest, voilà l'état dans lequel je me trouve lorsque j'écris ces mots. Le dernier épisode de la deuxième saison s'est achevé sur une série de chocs, souvent magnifiques, et une fois encore, il va falloir du temps pour assimiler la chose. C'est le pari réussi de cette nouvelle manière de travailler la matière fictionnelle que proposent les concepteurs de séries aujourd'hui. Et c'est plutôt la grosse classe, même si ça m'éloigne de plus en plus des salles de ciné, mais je ne vais pas digresser alors que je commence tout juste à coucher mes premiers ressentiments à l'égard de cette seconde saison qui s'achève.
J’avais eu l’impression que le deuil, la notion de foi (en son sens le plus large) et l’absence étaient au centre de la première saison. Et avec ces notions, leur cortège de réactions : la douleur, la stupéfaction, la tristesse, la décompensation ; et leurs suites, héritages immédiats ou plus persistants : la solitude, malgré les sept milliards de voisins ici ou là, malgré ce que l’on nous apprend sur l’importance de la famille, des amis. Le sentiment d'une solitude que rien ne pourra jamais effacer : et paf, on retombe sur le live together, die alone quintessentiel de Lost qui décidément aura plus que marqué l'époque et les esprits. Damon Lindelof a encore prouvé son talent, sa détermination à aller jusqu'au bout de sa façon d'apporter quelque chose de différent à ce type d'incarnations de cette matière fictionnelle bouillonnante, et nous ne sommes pas épargnés.
Très vite, très tôt, à l’instar du ressenti durant la première saison, on pouvait imaginer qu’après Lost, Lindelof pouvait avoir envie/besoin d’autre chose, et c’est délicieux de le voir s’emparer à nouveau de sujets qui lui avaient pourtant fait mettre un genou à terre, lorsque de (très) nombreux fans en colère l’avaient fait renoncer à une présence sur les réseaux sociaux après le dernier épisode de Lost. C’est jubilatoire de le voir aligner les points qu’il semble vouloir reprendre, on pourrait établir une liste de point communs avec Lost que l'on pourrait biffer à chaque nouvel épisode, c’est assez intense et je mentirais si je disais que je ne m’y retrouve pas, et pas qu’un peu.
Car il ne s’agit pas de redite, loin de là : Lost et The Leftovers ne racontent pas la même chose, si ce n’est qu’il y a, à la fin de cette seconde saison, comme un arrière goût de ce vivre ensemble, mourir seul, canvas désormais bien inscrit pour celles et ceux qui se sont retrouvés dans Lost.
Pas seulement, hein : un goût parmi tant d’autres, on dira.
Mais : on pense à la famille Murphy apparue en même temps que cette nouvelle saison, dont les liens de façade se disloquent de plus en plus rapidement, jusqu’à l’épisode final, alors que dans le même temps et jusqu’à la toute dernière, ultime scène, c’est la famille Garvey qui quant à elle semble se recomposer, le temps d’un magnifique tableau faisant le lien (et quel putain de lien !) avec l’incroyable scène d’ouverture du première épisode où le foyer ancestral était fatal pour "la famille" (le clan ?) de la jeune mère/femme des cavernes. Les deux scènes ouvrent et ferment la saison et c’est d’une beauté à chialer, tout simplement, et d'ailleurs il n'y a rien d'autre à faire alors autant y aller franchement et se laisser porter par cette magnifique vraie-fausse conclusion. Et les séquences d'ouverture/fermeture de briller par la beauté symétrique qui les encadre : une grotte/ un clan uni > la survie d'un membre (et de son enfant) > la mort de ce membre ; qui devient en fin de saison : la mort d'un membre (Kevin) > sa survie/son retour du royaume des morts/du purgatoire > un clan uni/la maison dans l'obscurité. Beau à chialer, et pourtant d'une évidence narrative...
Dans l’intervalle : quelques milliers d’années, et plus proche de nous, Christine (l'une des jeunes femmes victimes de Wayne) qui fuit la vie et dont l’enfant abandonné finit dans les bras d’une mère de substitution (Nora), de la même façon que la jeune femme des cavernes meurt mais dont l’enfant est récupéré par une autre jeune femme. Nora est à la fois la jeune mère des cavernes qui perd sa famille, son clan, et celle qui trouve l’enfant, elle est tout cela à la fois (et c'est un personnage magnifique, somptueusement incarné par Carrie Coon). Au fil des épisodes, tout cela articule une question : à partir de combien est-on une famille ? C’est la question qui semble planer au dessus de sa tête, juste à côté de son chagrin trop gros pour être enfoui de manière significative, durant les deux saisons que l’on passe avec elle.
Sur un plan plus formel, il y a évidemment un drôle d’écho aux side/flash-forwards/sideforwards de Lost avec les troubles de Kevin, ses visions, les voix qu'il entend et ses allers-retours sur différents plans de réalités (on pourrait évoquer son propre père et les dialogues qu'il est le premier à avoir avec l’invisible).
Et sur un plan qui l’est moins, difficile de ne pas penser -une nouvelle fois ; et à tort ou à raison, une nouvelle fois aussi- au purgatoire : le parcours de Kevin (halluciné, hallucinant dans sa/ses virée(s) à l’hôtel) renvoie à cette impression, qui était déjà persistante dans Lost quand bien même cette piste s’avérait à l’arrivée complètement fausse. Pour The Leftovers, on ne voit guère ce que cela pourrait être d’autre, pour le coup.
Il y a également plusieurs points précis concernant l’impossibilité de vivre ensemble au sein même de sa structure familiale matricielle qui renvoient aisément au modèle Lost (qui piétine allègrement les valeurs d’amour filial, du début à la fin) : l’un des plus notables étant pour moi la relation systématiquement conflictuelle que les personnages principaux de chacune des séries ont avec leurs pères. Dans Lost, Jack vit dans l’ombre de son père, dont il a emprunté la voie professionnelle, clopin-clopant : idem pour Kevin, qui peine à trouver la sérénité en reprenant le rôle de chef de la police jadis occupé par son père. Bien sûr, les liens sont différents, mais au fond, il y a une chose qui règne : l'incompréhension de l'autre, l'impossibilité pour un fils d'être relié à celui qui l'a engendré, et vice-versa. La filiation, ce sac de merde, est au centre des préoccupations de The leftovers : le deuil y est forcément relié, il y sera un jour ou l'autre, dans tous les cas. On passe sa vie à enterrer les autres, jusqu'à ce qu'ils nous enterrent. Les mômes des familles Garvey ou Murphy ne font rien d'autre, et on est chaloupés au rythme de ces secousses personnelles qui sont les leurs.
D'autres choses en passant.
Difficile également de manquer les scènes intensément émouvantes où le personnage est seul avec son chien, dans les deux séries, à des moments clés, des moments-charnière. Le chien est loyal, fidèle, comme peu de personnages le sont finalement dans ces deux séries ; mais évidemment, et encore plus naturellement, il est aussi dans plusieurs mythologies fréquemment considéré comme psychopompe, si je ne dis pas trop de conneries. Le chien apparaît en cours de saison 1, lorsque Kevin amorce un processus de perte de soi, d'oubli de soi, de lent effacement de qui il est, processus qu'il terminera en saison 2 en réglant certains problèmes. Il est à la fois la présence rassurante et simple (pas de débats, pas de question : le lien le plus simple et pur qui soit) mais également le guide accompagnant le défunt en devenir.
Lorsque durant le dernier épisode de la saison 2, le chien abandonne (en courant en direction de l'autre côté du pont) un Kevin mal en point qui vient à peinde de le retrouver, on peut donc légitimement se poser la question : le pont qui le relie à Jarden n'est-il qu'un pont ? Jusqu'à quel point l'animal guide Kevin sur cette traversée symbolique ? Comme les oiseaux tournant dans le ciel dans le prologue préhistorique, qui peuvent tout à la fois signifier quelque chose de positif à la jeune mère (l'espoir ; un appel entendu et exaucé ; etc...) ou au contraire exprimer la fin (les rapaces qui tournent dans les courants ascendants ; ou pire, les vautours charognards attendant de fondre sur leurs proies) (vautours charognards auxquels on peut associer la meute de chiens errants dans Mapleton en saison 1).
On retrouve également l'oiseau comme motif de doute et de mort avec ceux qu'Erika enterre, on retrouve également un chien abandonné sur le chemin de Tom, le fils, à quelques minutes d'intervalle. Et l'inventaire reste ouvert : on peut le compléter avec l'apparition -à plusieurs reprises- du cerf en saison 1. Là encore, la bestiole ouvre une voie. Et on pourrait en finir avec ce bestiaire imaginaire avec les chèvres, telles qu'elles apparaissent comme objets sacrificiels, tendant ainsi la main vers les racines ancestrales telles que posées au tout début du premier épisode de cette deuxième saison.
Une évidence : on ne peut pas ne pas faire le lien entre Jarden/Miracle, endroit qui semble régi par des lois qui la distinguent du reste du monde, et l’île de Lost. Et repenser à l’île de Lost me fait songer à l’essai de Pacôme Thiellement à son sujet et à d’autres pistes communes que le barbu y avait développé : il y a aussi des boîtes dans The Leftovers, et si celle qui cache le revolver de Nora dans la première saison semble moins significative que celle dans laquelle Erika enterre des oiseaux dans la seconde, les deux font partie d’une série de signes qui donnent à croire que Lindelof deale finalement assez bien avec le bagage lostien tel que posé par J.J. Abrams à l’époque...
Là où la première saison m’évoquait une solide réflexion sur la foi, sur la croyance comme béquille existentielle, la seconde m’a davantage donné l’impression d’être éminemment critique, pour le meilleur et pour le pire.
Critique envers quoi ? Evidemment, difficile de ne pas voir également un écho à l’actualité de ce monde, mais jusqu’à quel point était-ce dirigé ? Parfois, on frise le prosélytisme, la morale calviniste n’est jamais très loin et paradoxalement on trompe, on blesse, on manipule, on ment, on lapide même dans The Leftovers (séquence horrible -et à mes yeux bien trop longue et dure- dans la première saison ; seconde séquence, cette fois hors champ en fin de saison 2).
Satanée bipolarité ricaine.
Un rapide survol, avec à peine de recul, pourrait nous faire considérer la saison 1 comme axée sur les notions de foi, de mort, d'après la mort, de deuil. La saison 2, elle, semble prendre le temps de tourner autour de l'acceptation, de l'héritage, des valeurs amour/famille/filiation/survie, le tout entre deux salves de rappel des questionnements hérités de la saison 1. L'amour (familial, filial, suprême) relie chacun des personnages, qu'il soit pur, contrarié, refoulé. L'on pourrait légitimement se demander en quoi consistera la 3ème saison.
Et puis, par dessus tout, s’il ne fallait garder qu’un seul point : le spectateur, une fois encore, est emmené dans des virées inédites.
On savait, depuis Twin Peaks et plus proche de nous, depuis Lost, que la narration pouvait se détourner du pur divertissement pour impliquer la téléspectateur. Avec The Leftovers, on a la confirmation en fin de saison 2 du sentiment qu’on éprouvait lors de la première saison. Lindelof ne joue plus que cette partition là : que puis-je te raconter qui te sorte de ton fauteuil et de la position passive que tu y occupes ? Et de prévenir bien avant la diffusion du premier épisode de la première saison que le téléspectateur n’aura pas ("jamais") la réponse principale à LA question qui le taraudera deux années durant (et visiblement trois, car HBO a confirmé la 3ème saison ces derniers jours, hourra !). Ce qui est autant une bonne nouvelle qu’une confirmation des choses apprises depuis Lost : vous ne trouverez ici que ce que vous voudrez bien chercher mais sachez d’ores et déjà que cela ne signifie pas pour autant que vous trouverez quoi que ce soit.
A l'instar des séries citées plus haut, l’immersion fût en ce qui me concerne totale. La première saison m’a pourtant davantage porté, ou davantage marqué, mais le visionnage de la seconde saison étant récent, peut-être que ma perception du (gros) bagage laissé sera altérée dans les jours, les semaines à venir, c'est d'ailleurs assez prévisible. J'éprouve rétrospectivement davantage d'admiration pour ce que l'on m'a raconté lors de la première saison, plus subtile : la seconde saison est malheureusement lestée de quelques pierres lourdes un peu indigestes de mon point de vue (en vrac : le personnage de Meg, supra-méchante un peu trop caricaturale et dont la radicalité est mise en scène à plusieurs reprises de façon "j'en remets une couche", là où cela n'était pas indispensable ; le chaos total de fin de saison, ses descriptions formulées jusqu'à plus soif -le couple baisant en arrière-plan lorsque Kevin erre lors de son retour-, ce genre de détails rabâchés ; etc). Ça ne gâche pas l'expérience, mais là où l'on frôlait délicatement les choses en saison 1, on trouve facilement le trait un peu grossier pour cette suite.
Une question sans réponse pour le moment : impossible de comprendre ce que raconte la jeune femme hispanique dans l'hôtel traversé par Kevin. Un forum de maniaques du ralenti (et parlant mieux espagnol que moi) évoque plusieurs choses, dont la citation du nom d'Azazel, déjà évoqué dans la conversation téléphonique des scientifiques avec Nora, dans le très bel épisode "Lens"). Encore des pistes que Lindelof ira explorer, ou non, on verra bien, et on s'en fout : tout cela, avec ou sans réponses systématiques, est déjà bien assez stimulant comme ça, nom de dzouss' ! En tout cas : vivement l'Australie en saison 3. Kevin y retrouvera son père, non ?
Je voulais terminer cette note de blog en incluant une vidéo d'un des nombreux titres utilisés dans cette seconde saison. Le choix des morceaux d'accompagnement a été assez exemplaire dans cette série, comme il l'avait été pour Lost, tiens donc. Il se trouve que comme Jack dans Lost ("Gouge away" dans "There's No Place Like Home, Part 2") , Kevin écoute The Pixies.
Et le thème de "Where is my mind" revient à de nombreuses reprises, dont notamment via l'interprétation qu'en fait Maxence Cyrin, au piano. Drôle : Maxence Cyrin est de Besançon à l'origine. C'est marrant de voir Besac associée (ok, de loin, je l'accorde) à The Leftovers.
Bon, ceci dit moi je m'en fiche un peu, hein, je n'y vis plus, j'habite sur une île aujourd'hui.
Je vis ici désormais.
3 mai 2013
This remind you of anything, Jack?
Faire une note de blog pour signaler qu'une autre notre de blog, vieille de plus d'un an, a été mise à jour, voilà bien qui relève d'un abus proprement scandaleux. Quand bien même cette mise à jour ajoute une petite tartine à grosse tartine, plus ancienne celle-là.
Oui, mais j'ai du pain sur la planche, et plein de trucs sur le feu : bientôt de belles nouvelles choses ici-même, promis.
J.
Oui, mais j'ai du pain sur la planche, et plein de trucs sur le feu : bientôt de belles nouvelles choses ici-même, promis.
J.
16 février 2012
We're gonna need to watch that again.
Bon, c'est la mi-février : voici donc la déclaration officielle de sortie d'hibernation, entre deux virées aux tréfonds de la Franche-Comté pour faire des fanzines avec l'asso ChiFouMi, quelques préparations de formations ici et là, quelques organisations à lancer, notamment pour ChiFouMi (encore, avec cette fois, du gros pour la fin de l'année, à Besançon du moins, puis quelques chouettes projets dont on reparlera bientôt). Vivement.
|
| { "The Swan", Carlos Wood } |
Ce tout petit post pour placer discrètement dans ma timeline bloguesque personnelle un reminder de taille : quand des potes aux goûts sûrs m'incitent et m'invitent à réviser mon jugement expéditif sur ce qui est l'objet télévisuel le plus fascinant jamais observé (pour eux et pour quelques autres aussi...), ne pas les prendre à la légère comme je l'ai fait il y 7 ans environ, en balayant d'un revers de la main cette série à la con avec des naufragés sur une île, un monstre de fumée et une diffusion en prime time le samedi sur TF1. C'était trop pour moi.
Et puis j'étais trop occupé à l'époque, surtout pour me faire baiser par le piège trop connu du truc chronophage dont le potentiel déceptif devait être proportionnel à sa durée, ou à la dose d'huile faisant reluire chaque membre du casting de mannequins arpentant la plage du fameux crash.
Donc : la prochaine fois, prendre le temps de comprendre, et ne pas m'arrêter à des impressions qui me conduiront sur le mauvais chemin, celui que je viens de contourner en me cognant d'un coup d'un seul, ou presque, 90 heures de rattrapage ; fort heureusement, j'étais solidement accompagné d'un stock de vivres impressionnant (*), juste à côté du canapé, et surtout d'une compagne aussi enthousiaste -et sceptique- que moi ; non ça n'est pas forcément incompatible).
Donc : la prochaine fois, prendre le temps de comprendre, et ne pas m'arrêter à des impressions qui me conduiront sur le mauvais chemin, celui que je viens de contourner en me cognant d'un coup d'un seul, ou presque, 90 heures de rattrapage ; fort heureusement, j'étais solidement accompagné d'un stock de vivres impressionnant (*), juste à côté du canapé, et surtout d'une compagne aussi enthousiaste -et sceptique- que moi ; non ça n'est pas forcément incompatible).
![]() |
| { "Ab Aeterno", Brady Clark } |
Et alors ? Eh ben alors effectivement, il faudrait douze blogs pour creuser un peu tout ça, mais oui, ce dernier mois, à alterner virées éclairs dans les coins les plus reculés et plus froids de la région et soirées à s'envoyer plusieurs heures des aventures existentielles d'une poignée de personnages dont on se demande encore ce qu'ils foutaient là, c'était tout à fait autre chose qu'un énième divertissement.
Oui, cet objet unique, magnifiquement bâtard dans ce sens où il arrive à allier exigence scénaristique (et surtout narrative) et séduction grand public, qui associe étourdissement métaphorique, aventure(s) d'un classicisme confondant (de prime abord) et renouvellement de la forme fictionnelle (telle qu'on croit l'avoir fixée, en tout cas), tout en arrivant à tenir le grand écart improbable qui consiste à basculer le téléspectateur vautré dans son fauteuil et dans un folklore religieux ô combien mis à mal par l'importance prise dans notre société par d'autres guides existentialo-spirituels (l'apparition pop !) dans tout autre chose, tout en lui fichant dans la gueule un gros inventaire des figures de styles propres à une SF qualitative "basique" (voyages temporels, univers parallèles, incarnations et désincarnations, etc), cet objet, donc, se distingue clairement de bien d'autres séries.
Quand j'aurais ajouté que les personnages, quand bien même parfois interprétés par les pieds (oui oui, par les pieds), relèvent quasiment tous d'une construction psychologique et sociale qui va un peu plus loin que le tout venant (bien plus loin, même), et que le personnage principal abrite bien plus qu'une simple petite lumière intérieure, j'aurais assez blablaté sur ce sujet dont tout le monde aura déjà tout dit, et tout ça bien avant la fin de cette série. Il y a quelque chose d'assez déstabilisant dans le fait d'arriver autant après la guerre : j'aurai assisté à de véritables déchirures entres potes pour faire valoir qui telle théorie, qui telle autre. J'avais conservé une distance assumée avec tout ça, même si l'enthousiasme dépassait largement le cadre observé habituellement, je l'avais bien remarqué. Oh, ça m'avait bien mis la puce à l'oreille, "mais"...
... Mais tout ça faisait déjà beaucoup, et le vertige qui conduit chaque téléspectateur à être assommé par autant de sujets successifs, devait être autrement plus conséquent lorsque celui-ci devait attendre une semaine (ou des mois, selon...) entre chaque épisode : regarder l'intégralité de Lost en une seule fois (dans mon cas, en un mois), c'est évidemment contourner l'impatience propre qui faisait mûrir le reflet projeté alors en chacun, en temps réel. De fait, j'ai raté un truc, qui m'écarte du ressentiment habituel, que l'on a croisé des tonnes de fois sur le web depuis la fin de cette série ("putain comment ils abusent ces tocards !", etc).
Ce condensé de visionnage a provoqué bien des choses. Comme malheureusement aussi de ne pas avoir pu prendre le temps de laisser les éléments se mettre en place d'eux-même, mais bien de les avoir obligés, par la densité des choses avalées, à être digérés plus vite que la normale ; un flot très dense de d'informations, de désinformations, de questions, de réponses, de déductions, de nouvelles questions...
Et dans ce rythme différent en bien des points de celui qui devait réguler la série initialement, j'ajoute que j'avais eu largement le temps de me renseigner, et de faire un peu plus que ça : après avoir été plus qu'encouragé par quelques soi-disant amis, j'ai également parcouru les étals des librairies (et les forums du web), à la recherche d'une ultime pichenette pour faire basculer la décision : m'y coller, ou pas ? Plonger vers l'île, vraiment ? Après tout ce que je croyais en penser ?
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| { "Locke Duality", Mattson Creative } |
Et tout ça est tombé au moment où Pacôme Thiellement, qu'on appelle parfois le professeur Thiellement pour plein de très bonnes raisons, sortait un livre entièrement consacré à cette expérience, car c'est bien à cela que cette série doit être assimilée ; plus précisément, c'est après la lecture d'un papier dans un dossier consacré justement à cette série, dans Chro (le numéro 67, de l'été 2010, précisément), que l'élan m'avait été communiqué. Le professeur et quelques autres cerveaux brillants (Olivier Lamm, notamment, qui est toujours bien plus qu'agréable à lire et relire, à l'instar des ses travaux de chroniqueur musical) s'y donnaient à cœur joie, et montraient un entrain certain pour la dite série, qui achevèrent de me donner le feu vert.
Et pourtant ! En écoutant les uns, en lisant les autres, j'avais lamentablement pataugé dans les spoilers les plus énormes, détruisant probablement au passage ce qui devait constituer une part non négligeable de l'objet en question. J'avais désormais une idée assez précise de l'issue de cette série, qui s'était terminée un peu plus tôt, et qui avait donné le feu vert à des déferlantes d'écorchages sur le net, par mail, à droite ou à gauche : les copains, pourtant plutôt rigolos, semblaient sacrément sérieux lorsqu'il s'agissait de Lost, et surtout de sa fin. Personne n'avait d'interprétation précise définitive, et beaucoup semblaient déçus par les promesses non-tenues, par les multiples pelotes narratives à peine démêlées, par les mystères à deux balles ayant été effacés de la liste des choses à résoudre. Et surtout par la manière dont tout cela se clôturait.
Visiblement, les scénaristes étaient des fumiers qui avaient torché, peut-être en roue libre, un truc dans lequel ils s'étaient avant tout fait plaisir... Et le dernier épisode, qui mettait un terme à la pire des six saisons, semblait être un ultime foutage de gueule, pour beaucoup.
Oui, il est très, très décevant, cet ultime épisode. A bien des titres. Je suis complètement d'accord.
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| { "Missing", Glenn Jones } |
Mais moins pour ce qu'il raconte que pour ce qu'il montre, en fait : il aurait fallu le faire autrement, certes, et éviter ces énormes écueils pourtant savamment esquivés durant six ans : six années durant lesquelles il y avait un fil tenu mais sensiblement concret entre la religion et la foi, entre la raison et l'intuition, entre la confiance et la trahison (avec notamment un gros travail de réinterprétation(s) religieuses(s) qui s'éloignait du déja-vu consistant à confondre la foi/la croyance et la religion).
Avoir switché les deux saisons précédentes et leur cortège de nœuds à migraines : l'arête sci-fi, l'effacement du fantastique-fantaisiste au profit des problématiques réellement concrètes (Schrödinger est convoqué d'urgence devant ma télé, sans son chat mais avec un cortège d'aspirants métaphyciens spécialistes en intrication quantique, parce que là, c'est pas mon fort, moi c'est plutôt le soda au cola, et éventuellement un peu la bande dessinée muette, et encore), pour plonger dans une élucidation évidemment par trop prévisible ("nan mais c'était sûr putain !") qui louche plutôt du côté d'un final trop catho pour être honnête (ce qui n'est pas peu dire), ça fait chier. Ce final est dégoulinant de bondieuserie mièvre. Il peut, à ce titre, donner l'impression de ruiner six ans.
Mais ça serait expédier une affaire un peu vite, à mon goût.
Malgré tout cela, malgré la déception d'un final par trop décevant ("comment pouvait-il en être autrement ?"), l'expérience ne me semble globalement que -très- positive, en bien des endroits.
Et j'irais même jusqu'à dire qu'être déçu par des mauvaises réponses (ou pas de réponses du tout...), arrivant après des attentes trop longues, n'est qu'un signe de la non-assimilation du concept en lui-même : s'arrêter sur sa fin, qui n'en est définitivement pas une (mais bel et bien une passation des clés, comme une mise en abyme un brin transversale de la fameuse "responsabilité" au cœur de l'histoire), c'est avoir choisi de regarder Lost comme on pouvait regarder L'Île Mystérieuse de Champreux, Bardem et Colpi en 73.
C'est ne pas avoir accepté de passer à un autre niveau de mise à disposition d'un matériau fictionnel, et ça ne serait pas si dommage si Lost n'avait pas un large éventail de qualités qui la posent en parfait nouveau palier, comme un nouveau barreau apparu sur l'échelle sur laquelle les amateurs de fiction télévisuelle pouvaient ramer depuis un certain temps.
Evidemment, le fait d'avoir eu le temps de lire, relire, échanger au sujet de cette série, durant tout ce temps passé depuis la diffusion de son dernier épisode, a forcément biaisé ma lecture et mes réactions quand à son visionnage. Ce que j'ai perdu en surprise et en cliff hangers moyennement efficaces (je n'avais qu'à appuyer sur une touche de ma télécommande pour lancer la suite, là où la plupart devaient attendre une semaine minimum en se bouffant les moignons), je l'ai gagné en tolérance vis à vis des nombreux défauts que j'ai forcément relevé mais qui ne m'ont pas surpris.
J'ajoute également à ce moment qu'il n'est pas pour moi question de dénigrer d'autres séries estimées par le public comme la critique, selon la chouette formule qui ne veut rien dire du tout : je suis loin d'être un série addict (j'en connais pourtant quelques uns, qui ne manquent pas de m'encourager régulièrement à sauter à pieds joints dans telle ou telle série...), mais j'ai tout de même adoré les Soprano (j'ai presque tout vu), trouvé bien des qualités à The Wire (j'ai pas tout vu) ou à 6 Feets Under (j'ai pas tout vu), super-super-super-adhéré à Twin peaks (j'ai tout vu, deux fois) ou à X-Files (je connais les 3 ou 4 premières saisons quasi par cœur), aux Persuaders ou à Black Books (j'ai tout vu), vite laissé tomber des trucs qui faisaient rêver le môme que je fût (Heroes...), et je suis complètement à genoux devant La Planète des Singes (oui oui, plutôt la série, hein) ou The Prisoner (j'ai tout vu, et presque tout adoré)... et je n'ai pas cité la pourtant bancale adaptation de Jules Verne, un peu plus haut, pour rien : elle est fondamentale dans mon parcours personnel. Je n'ai pas passé la moitié de la dernière décennie à me prendre dans la tronche les innombrables pépites sorties des cerveaux des teams de scénaristes bossant pour les chaînes (souvent ricaines), mais j'ai bien compris qu'il s'y passait des tonnes de choses. Moi vouloir dire : moi être bonne foi.
Avoir switché les deux saisons précédentes et leur cortège de nœuds à migraines : l'arête sci-fi, l'effacement du fantastique-fantaisiste au profit des problématiques réellement concrètes (Schrödinger est convoqué d'urgence devant ma télé, sans son chat mais avec un cortège d'aspirants métaphyciens spécialistes en intrication quantique, parce que là, c'est pas mon fort, moi c'est plutôt le soda au cola, et éventuellement un peu la bande dessinée muette, et encore), pour plonger dans une élucidation évidemment par trop prévisible ("nan mais c'était sûr putain !") qui louche plutôt du côté d'un final trop catho pour être honnête (ce qui n'est pas peu dire), ça fait chier. Ce final est dégoulinant de bondieuserie mièvre. Il peut, à ce titre, donner l'impression de ruiner six ans.
Mais ça serait expédier une affaire un peu vite, à mon goût.
Malgré tout cela, malgré la déception d'un final par trop décevant ("comment pouvait-il en être autrement ?"), l'expérience ne me semble globalement que -très- positive, en bien des endroits.
Et j'irais même jusqu'à dire qu'être déçu par des mauvaises réponses (ou pas de réponses du tout...), arrivant après des attentes trop longues, n'est qu'un signe de la non-assimilation du concept en lui-même : s'arrêter sur sa fin, qui n'en est définitivement pas une (mais bel et bien une passation des clés, comme une mise en abyme un brin transversale de la fameuse "responsabilité" au cœur de l'histoire), c'est avoir choisi de regarder Lost comme on pouvait regarder L'Île Mystérieuse de Champreux, Bardem et Colpi en 73.
C'est ne pas avoir accepté de passer à un autre niveau de mise à disposition d'un matériau fictionnel, et ça ne serait pas si dommage si Lost n'avait pas un large éventail de qualités qui la posent en parfait nouveau palier, comme un nouveau barreau apparu sur l'échelle sur laquelle les amateurs de fiction télévisuelle pouvaient ramer depuis un certain temps.
Evidemment, le fait d'avoir eu le temps de lire, relire, échanger au sujet de cette série, durant tout ce temps passé depuis la diffusion de son dernier épisode, a forcément biaisé ma lecture et mes réactions quand à son visionnage. Ce que j'ai perdu en surprise et en cliff hangers moyennement efficaces (je n'avais qu'à appuyer sur une touche de ma télécommande pour lancer la suite, là où la plupart devaient attendre une semaine minimum en se bouffant les moignons), je l'ai gagné en tolérance vis à vis des nombreux défauts que j'ai forcément relevé mais qui ne m'ont pas surpris.
J'ajoute également à ce moment qu'il n'est pas pour moi question de dénigrer d'autres séries estimées par le public comme la critique, selon la chouette formule qui ne veut rien dire du tout : je suis loin d'être un série addict (j'en connais pourtant quelques uns, qui ne manquent pas de m'encourager régulièrement à sauter à pieds joints dans telle ou telle série...), mais j'ai tout de même adoré les Soprano (j'ai presque tout vu), trouvé bien des qualités à The Wire (j'ai pas tout vu) ou à 6 Feets Under (j'ai pas tout vu), super-super-super-adhéré à Twin peaks (j'ai tout vu, deux fois) ou à X-Files (je connais les 3 ou 4 premières saisons quasi par cœur), aux Persuaders ou à Black Books (j'ai tout vu), vite laissé tomber des trucs qui faisaient rêver le môme que je fût (Heroes...), et je suis complètement à genoux devant La Planète des Singes (oui oui, plutôt la série, hein) ou The Prisoner (j'ai tout vu, et presque tout adoré)... et je n'ai pas cité la pourtant bancale adaptation de Jules Verne, un peu plus haut, pour rien : elle est fondamentale dans mon parcours personnel. Je n'ai pas passé la moitié de la dernière décennie à me prendre dans la tronche les innombrables pépites sorties des cerveaux des teams de scénaristes bossant pour les chaînes (souvent ricaines), mais j'ai bien compris qu'il s'y passait des tonnes de choses. Moi vouloir dire : moi être bonne foi.
Simplement, là où plein d'autres séries seront bien plus habiles, bien plus belles, bien mieux interprétées, bref, mieux fichues que Lost, pas une seule (mise à part la séminale Twin Peaks, à un autre degré) n'arrive à sortir le téléspectateur de sa posture classique : celle de simple téléspectateur, justement.
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| { "The Polar Bear Conundrum", Dan May } |
L'après-Lost a ceci de compliqué qu'il laisse le téléspectateur à la fois dans le siège de (du?) scénariste et dans celui d'acteur, coincé dans un cycle dont l'apothéose démarre dès les minutes qui suivent la toute fin (du dernier épisode) : l'histoire qui vient de s'achever sur le petit écran représente le début d'une autre, bien plus personnelle, mais rigoureusement basée sur ce que la précédente lui laisse comme base, comme éléments, comme clefs (ou comme boussole, etc).
Il y a évidemment quelque chose de triste, quelque chose qui s'éloigne, comme toutes les choses dans lesquelles on s'immerge pour une durée très courte, mais avec délectation, avec plaisir, ou juste avec satisfaction. Et puis il y a aussi, forcément, quelques regrets notables, et chacun peut y aller de sa petite liste ; certains ne se sont pas gênés à l'issue de la dernière saison, les scénaristes en ont pris plein la tronche - pas assez diront les plus mesquins : qu'ils se posent donc la question de savoir ce qui a fait qu'ils soient restés "jusqu'au bout", qu'ils aient passé 90 heures devant leur écran. Tout ça ne devait pas être si nul que ça, non ? Peut-être que cette série mérite mieux qu'une simple grosse déception à son égard, notamment au sujet de la manière dont elle s'achève...
Il y a évidemment quelque chose de triste, quelque chose qui s'éloigne, comme toutes les choses dans lesquelles on s'immerge pour une durée très courte, mais avec délectation, avec plaisir, ou juste avec satisfaction. Et puis il y a aussi, forcément, quelques regrets notables, et chacun peut y aller de sa petite liste ; certains ne se sont pas gênés à l'issue de la dernière saison, les scénaristes en ont pris plein la tronche - pas assez diront les plus mesquins : qu'ils se posent donc la question de savoir ce qui a fait qu'ils soient restés "jusqu'au bout", qu'ils aient passé 90 heures devant leur écran. Tout ça ne devait pas être si nul que ça, non ? Peut-être que cette série mérite mieux qu'une simple grosse déception à son égard, notamment au sujet de la manière dont elle s'achève...
Mais Lost ne s'achève pas sur la déception d'un dernier double épisode mal ficelé, car Lost ne s'achève finalement pas.
Il ne s'agit non pas d'une énième graine de fiction planté dans nos inconscients, qui donnera peut-être un fruit un jour, non, pas de délire un poil optimiste et/ou hippie dans le processus que je crois observer : on a simplement été initié à une sorte de proposition, et à nous de nous emparer, naturellement, ou pas. Ce qui suit le visionnage de Lost n'est clairement pas délimité par les enjeux et les contours qu'on pourrait imaginer sous la forme d'une hypothétique suite écrite chez soi. Ca, c'est (éventuellement) le rôle de la fiction classique. Cette nouvelle forme fictionnelle, à chacun de l'envisager, de l'accepter, ou de lui préférer rester les deux pieds plantés dans le béton des choses pragmatiques.
Car si cette aventure télévisuelle avait un sens, devrait-il forcément passer par l'approche progressive (très progressive) de son issue, par le franchissement d'étapes (d'épisodes) successives pour accéder à un degré supérieur de compréhension, un truc du genre ?
Et ben pas vraiment. Le voyage, le temps partagé dans la série débouche sur ce qui ressemble à une évidence. Ou alors sur une position fatiguée et fatiguante, arc-boutée sur un mélange de conviction, de déception, de gâchis.
J'étais convaincu : cette fin devait ponctuer tout ça de manière à ce que l'on ressente qu'il s'agissait d'une fin. Mais pas du tout. Décidément, il était devenu évident que le périple était autrement plus important que l'arrivée. Un peu comme dans la vie, quoi, la vraie.
Il ne s'agit non pas d'une énième graine de fiction planté dans nos inconscients, qui donnera peut-être un fruit un jour, non, pas de délire un poil optimiste et/ou hippie dans le processus que je crois observer : on a simplement été initié à une sorte de proposition, et à nous de nous emparer, naturellement, ou pas. Ce qui suit le visionnage de Lost n'est clairement pas délimité par les enjeux et les contours qu'on pourrait imaginer sous la forme d'une hypothétique suite écrite chez soi. Ca, c'est (éventuellement) le rôle de la fiction classique. Cette nouvelle forme fictionnelle, à chacun de l'envisager, de l'accepter, ou de lui préférer rester les deux pieds plantés dans le béton des choses pragmatiques.
Car si cette aventure télévisuelle avait un sens, devrait-il forcément passer par l'approche progressive (très progressive) de son issue, par le franchissement d'étapes (d'épisodes) successives pour accéder à un degré supérieur de compréhension, un truc du genre ?
Et ben pas vraiment. Le voyage, le temps partagé dans la série débouche sur ce qui ressemble à une évidence. Ou alors sur une position fatiguée et fatiguante, arc-boutée sur un mélange de conviction, de déception, de gâchis.
J'étais convaincu : cette fin devait ponctuer tout ça de manière à ce que l'on ressente qu'il s'agissait d'une fin. Mais pas du tout. Décidément, il était devenu évident que le périple était autrement plus important que l'arrivée. Un peu comme dans la vie, quoi, la vraie.
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| { "I'd hit that", Detour Designable } |
L'érudition du professeur Thiellement, la manière modeste qu'il a de faire imaginer à ses lecteurs que les mystères de la vie et les tumultes de l'existence sont des choses tout à fait identifiables par des mots, la finesse et la délicatesse de transformer des notions spirituelles abstraites en théories tout à fait réalistes, tout cela aura permis à ses lecteurs de relever un par un les différents points qui isolent ce projet télévisuel de ses (faux-)semblables. En allant chercher par delà les conventions habituelles, en se permettant de ne rien faire d'autre que d'appliquer sa très singulière grille de lecture puis d'analyse, il m'était désormais impossible de ne pas voir en cette série un ensemble de réussites assez inédites (en tout cas dans le cadre d'une production télévisuelle).
Regarder ces 121 épisodes (et puis du remontage promo, aussi, et puis évidemment un épilogue presque plus réussi que le dernier épisode, ainsi que quelques interviews de Lindelof et Cuse, entre autres) s'est exactement avéré être une expérience, dans une autre mesure qu'une de ses glorieuses ainées, s'il fallait encore et toujours établir une filiation pour placer les choses dans un contexte plus lisible : Twin Peaks avait été la première incarnation d'une nouvelle manière d'exploiter le médium télé en tant que fiction, mais à l'époque de sa première diffusion, j'étais trop occupé par les buvards sur ma langue pour tenter d'y voir quoi que ce soit. Les pierres scénaristiques s'accumulaient et s'aggloméraient lamentablement dans mon cerveau alors foireusement stimulé chimiquement, trop en tout cas pour essayer d'y trouver un sens, des sens, une direction, quoique ce soit qui ressemble à une ancre, à un truc auquel s'accrocher (comme s'il en fallait un, toujours, pour ne pas se perdre).
Des années plus tard, après être passé à autre chose, j'ai redécouvert cette série folle et géniale, alors que je m'évertuais à ne pas rater un seul épisode d'X-Files : on a les repères culturels qu'on a...
Il n'est du coup guère surprenant que Pacôme Thiellement ait consacré un autre de ses essais à la série-culte initiée par Lynch ; les rapports et les échos que ces deux-ci se donnent et se renvoient sont pléthore, et accentuent parfois ce sentiment de vertige que l'on peut éprouver en découvrant quelque chose d'énorme, un peu comme l'impression qu'une main en carton terrygilliamesque fouine dans l'arrière d'une boîte crânienne pour en sortir un coucou, un marteau, une enclume.
"We need to watch that again.”
C'est l'une des punchlines les plus limpides de toute la série, et c'est le premier vrai signe tangible que les scénaristes nous parlent, via les personnages, via la mise en scène (chaque épisode reposant sur le choix d'un point de vue donné, celui du personnage que l'on accompagnera durant 40 minutes ; procédé appliqué à l'ensemble de la série).
Et dans le dernier épisode de la dernière saison, à Los Angeles, les "rescapés" s'adressent à Jack (l'un des personnages principaux qui a comme un train de retard sur l'un des deux fils narratifs de la série) comme ils nous parlent. Habile transition et jeu de miroir, qui devient apparent petit à petit, mais qui est initié dès les premiers épisodes de la première saison. Dans "The End", ce cercueil dans lequel on retrouvera le très temporaire Gardien de l'Île, et qui achève ainsi le cycle de Jack, n'est-il pas le même que celui qu'il a trouvé vide dès le début de la saison 1, alors qu'il imaginait y trouver son père ?
Il y a tellement de choses à dire au sujet de cette série, mais j'ai bien conscience d'arriver après que tout le monde se soit déjà exprimé, parfois jusqu'à l'overdose, alors que des curieux du monde entier vivaient Lost en direct live.
Ce petit blabla n'avait pour but que d'apporter une croix sur la chronologie de mon blog : afin de marquer le coup (d'une pierre blanche ou noire, peu importe) de ce qui fût un mois riche de toutes choses, et, pourquoi pas, d'essayer d'achever de convaincre les récalcitrants (je les comprends...) de consacrer quelques heures de leur vie à cette série. S'ils sont un peu préparés, ils sauront en saisir les potentialités et éviter les récifs : ça a été mon cas, et j'en suis bigrement content.
"Watch it again".
C'est au programme. Dans les montagnes de sollicitations culturelles de tout type, je choisirais, je le sais, de replonger dans un second visionnage de cette série télé. Exactement comme lorsque l'on empoigne un grand livre marquant.
Ce petit blabla n'avait pour but que d'apporter une croix sur la chronologie de mon blog : afin de marquer le coup (d'une pierre blanche ou noire, peu importe) de ce qui fût un mois riche de toutes choses, et, pourquoi pas, d'essayer d'achever de convaincre les récalcitrants (je les comprends...) de consacrer quelques heures de leur vie à cette série. S'ils sont un peu préparés, ils sauront en saisir les potentialités et éviter les récifs : ça a été mon cas, et j'en suis bigrement content.
"Watch it again".
C'est au programme. Dans les montagnes de sollicitations culturelles de tout type, je choisirais, je le sais, de replonger dans un second visionnage de cette série télé. Exactement comme lorsque l'on empoigne un grand livre marquant.
"On vous a promis un récit d’île mystérieuse fonctionnant comme une boîte magique. Mais vous allez vous confronter, plutôt sèchement d’ailleurs, aux symboles de la vue, de la connaissance, de l’orientation et du dépôt de la tradition : une tapisserie, une caverne, un phare et une grotte. Vous n’aviez rien demandé à personne, mais c’est comme ça. Il faut quelqu’un pour se charger de tout cela, vous entendrez-vous dire, à plusieurs reprises, à la fin de la série. Il faut quelqu’un pour se charger de tout cela. On vous avait dit que vous aviez le choix, on vous avait dit que vous étiez libres, mais ce n’était pas vrai et vous n’avez jamais été libres. Il fallait quelqu’un, vous dit-on désormais, et ce quelqu’un, maintenant, c’est vous."
P. Thiellement, "Les Mêmes yeux que Lost", éditions Léo Scheer, 2011.
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| { "Dharma Initiative lunch bag", Sam Morrison } |
Et tout de suite une sélection de DJ Fumée Noire, sur Radio Dharma :
(*) (en forme d'addenda, le 3 mai 2013)
Note 1 : need some regular dose, even years after ? FuckYeahLost, perfect rendez-vous.
Note 2 : Le deuxième visionnage confirme, pour moi, la belle réussite des auteurs et producteurs de cette série ; l'ensemble des six saisons, maté une nouvelle fois d'une traite, me conforte dans l'idée d'une énorme réussite, guère entachée par les quelques reproches formels (ou plus fondamentaux) que l'on saurait lui trouver (et pour cause, il y en a plusieurs assez énormes, selon d'où l'on regarde...).
La persistance lostienne est telle que je ressens cette seconde séance version longue comme une validation de l'idée que j'avais initialement d'avoir été mis en présence d'un objet télévisuel qui dépasse tellement les classiques attentes du téléspectateur lambda... et de récentes conversations avec des potes ayant récemment découvert la série me conforte dans cette position, au sujet de plusieurs idées ; évidemment, tout s'envoyer d'un bloc ne procure pas les mêmes effets, les mêmes réactions, que si j'avais découvert chaque épisode en temps réel, chacun étant lors de sa diffusion espacé de l'autre d'une semaine (au mieux) ou de plusieurs mois (au pire). C'est une évidence.
Ensuite, passer autant d'heures à la suite à retrouver un monde, un univers, des personnages, une trame narrative, m'a replongé dans un système d'acquisition émotionnelle et divertissante qui emprunte autant à la forme feuilletonesque (ça tombe bien, on parle d'une série télé...) qu'aux épisodes à suivre des comics en VF de mon enfance... L'attente, la satisfaction de retrouver un monde dont on croit connaître les contours, retrouver les personnages qui le peuplent, qui y vivent, et se faire surprendre : c'est l'une des choses que l'on peut attendre naturellement d'une histoire qui nous est contée.
Et à ce titre, Lost résonnera longtemps, pour moi, comme une belle histoire brillamment racontée (quand bien même blablabla...).
Comme pour signifier cet impact sur mon petit bagage de lecteur/spectateur/etc, la durée passée à vivre la série en parallèle de ma propre vie a également inscrit quelques faits en moi, bien au delà du strict schéma de storytelling encaissé : quelques effets secondaires qui me permettent de retrouver le goût de cette série surgissent là où je ne les attends pas. Ca peut passer par le goût de friandises chocolatées sous papier doré, celui des sesame flakes du chinois d'à côté, ou encore de ces dégueulasseries de pépites de fruits confits qui ont le goût et la texture du fruit déshydraté : autant de choses qui furent au régime de ces dizaines et dizaines d'heures passées devant la télé, vautré dans le canapé. Il y aussi l'odeur du savon jaune-vert de chez Lush (Lueurs polaires, si je ne m'abuse), qui suivait mes mouvements lorsqu'après une journée de taf à courir la Franche-Comté pour faire des fanzines en lycées, je rentrais d'heures de train, et prenais une douche en toute hâte avant de rejoindre ce qui était autant une évasion intellectuelle qu'une récompense de fin de journée. Bizarrement, l'assimilation collective de toutes ces informations semblent être liées (pour le moment en tout cas...), et ne manquent pas de me rappeler que quelque part, moi aussi, l'île me rappelle...
Car enfin, il y a également ce spleen sous-jacent, que j'ai retrouvé chez bien des gens qui ont su apprécier cette série ("we got to go back"), et qui est commun à toutes les bonnes expériences que l'on aimerait ne jamais avoir vu finir...
Vivement la troisième séance.
| { Camiyak } |
J.
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