Donc !
Le festival d’Angoulême va donc poursuivre sa route, sous la forme décidée par les pouvoirs publics qui avaient mandaté (ça rime avec "téléguider" et avec "épuiser", entre autres) l’ADBDA qui elle-même avait également sollicité diverses personnes du petit milieu (auteurices, éditeurices, représentants syndicaux, journalistes, etc), histoire que cet appel d'offres puisse suivre un protocole que l'on espère aussi sérieux et rigoureux que possible.
Que l’on apprécie ou non l’événement, on sait qu’il représente quelque chose d’important pour l’essentiel de ce petit milieu, et il convient donc d’accueillir cette nouvelle comme il se doit : avec un certain soulagement après les dernières années de cette lente désagrégation qui aura fatigué beaucoup trop de monde en cours de route.
Mais également pas mal de réserves sur la façon dont son environnement immédiat (politico-institutionnel, notamment) saura l'accompagner : parce qu'on connaît le sens de la formule qui caractérise celles et ceux dont on attend des actes depuis belle lurette (cf. les news aussi fraîches que désastreuses des États Généraux de la bande dessinée ; cf. le décret d’application de l’article 5 du PLFSS du ministère de la Culture ; cf. l'accompagnement de la chute du FIBD, ou plutôt l'absence d'accompagnement ; etc).
Il va de soi qu'on attendra avec impatience de voir à quoi ressemblera concrètement la nouvelle mouture de ce rendez-vous attendu.
Et il va de soi qu'on a déjà hâte de retrouver les camarades devant la Souris Verte, pour dire du mal de ce petit milieu qu'on aime tellement détester (et pour dire du bien de quelques bouquins, aussi).
Ces derniers mois, il se trouve que j'ai contribué à l'un des autres projets, l'un des non-retenus 🥸, aux cotés d'une équipe composée de personnes avec qui j'avais eu l'occasion de bosser par le passé et dont je connaissais le sérieux, la rigueur et l'enthousiasme, et qui ont estimé que j'avais éventuellement quelques idées et élans à partager avec elleux.
C'était plutôt très chouette de réfléchir tou·te·s ensemble à tout ce que l'on avait vu déconner (parfois en temps réel), à tout ce que l'on aurait fait différemment, et à tout ce qu'il y avait entre les deux.
L'idée globale portée par ce collectif où l'horizontalité prédominait, probablement en réaction naturelle aux dernières années du festival qui laissaient à chacun·e un petit goût prononcé de décisions hiérarchiques très discutables (mais qu'il était fort compliqué, voire impossible de discuter, pardi) était assez stimulante pour moi : d'abord, on à tou·te·s plusieurs pieds dans la bande dessinée, et un rapport fort avec elle.
Ensuite, plus prosaïquement, on connaissait bien l'événement de l'intérieur pour y avoir taffé au fil des ans.
Puis : on observe de très près l'évolution du paysage global, de la situation bien plus que préoccupante du côté des auteurices aux autres réalités un brin plombantes du contexte général.
Bien sûr, on a bien capté que l'héritage était lourd après 50 balais de festoche, mais on voit aussi (surtout ?) que l'avenir vaut la peine que l'on se penche dessus, et pas qu'à moitié. On voit aussi des enjeux divers et variés que l'on avait carrément envie d'explorer.
Et surtout : après cette ambiance entre terre brûlée et tabula rasa, est-ce que c'est pas le bon moment pour réfléchir à la manière de déplacer quelques curseurs ? Si on a des envies qui nous animent et qui nous semble pertinentes, pourquoi ne pas les présenter à cette cohorte de professionnel·le·s réuni·e·s autour de la table ?
Alors on a candidaté, en sachant pertinemment qu'en face, il y aurait les mammouths de l'évènementiel qui sont largement à même de convaincre pouvoirs publics, institutionnel·le·s, politicard·e·s du coin et d'au-delà. C'est le jeu, mon brave meussieur.
Et hier mardi 21 avril, donc, on a eu la confirmation que le choix s'était porté sur le projet de Morgane Prod. A noter les quelques réserves probablement inhérentes à ce type de protocole : "Le choix du jury, validé en assemblée générale, ce mardi après-midi, n’a toutefois pas recueilli une totale adhésion. Selon nos informations, le collège des auteurs s’est abstenu", d'après le canard local.
C'est toujours le même jeu, mon brave meussieur.
Bon : en toute transparence puisqu'après tout, il s'agit d'un appel d'offres et qu'il était question qu'à un moment, un peu d'argent public soit investi là-dedans (depuis, on a bien compris que c'était un peu plus compliqué, même si j'ai pas encore tout à fait capté si ça tenait principalement au désinvestissement économique culturel porté par la politique générale de notre fier pays ; ou si on avait affaire à des gens qui préfèrent rejouer la carte des constructions budgétaires privées comme ce fût le cas précédemment, on espère avec moins de complexité et/ou d'opacité, lol), en toute transparence écrivais-je, on s'est dit que ça serait une idée comme une autre de partager l'essentiel de notre projet avec celles et ceux que ça pourrait intéresser.
D'abord parce qu'on en était plutôt content.e.s, de ce petit projet, même s'il a été rédigé dans l'urgence par des gens qui taffaient en parallèle sur pas mal d'autres trucs et qu'après coup, damn, évidemment on avait plein d'autres choses à dire : classico, pas vrai ?
Aussi, parce que très vite, on s'est pris au jeu et on a décidé d'assumer qu'on allait au front avec pas mal d'enthousiasme, énormément de convictions (l'horizontalité citée plus haut, c'était pas un truc cosmétique) ; pas mal d'expérience aussi (sur 18 personnes composant la team, on était 15 à avoir taffé régulièrement pour le festival au fil des dernières années, en tant que salarié·e·s ou comme prestataires ; et certain·e·s, pendant un sacré paquet d'années !) ; pas mal d'envies, pardi...
Mais... Très certainement, aussi, un peu trop d'auto-étouffement de nos propres signaux d'alarme habituels... Car depuis le temps qu'on bosse dans l'événementiel culturel, on a tout à fait conscience que depuis des années, la qualité d'un projet ne se mesure pas qu'à celle de son versant artistique, et c'est un doux euphémisme. Je ne parle même pas de production, d'administratif, des relations pro, de la comm, des droits internationaux, etc, hein : je parle modestement de ce qui un peu plus ma partie, pour faire court, c'est à dire : un regard sur la création contemporaine, un autre sur l'état des troupes la permettant. Il me semble que les deux sont très, très liés.
Hors, si les enjeux principaux pour un tel projet me semblent titiller certaines notions évidentes résonnant chez moi, peut-être avais-je un peu trop mis en sourdine une lucidité nécessaire sur la réalité économique qui, on le sait, est peu ou prou le motif de validation principal en 2026. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : il n'y pas une once de jugement sur la proposition artistique proposée par Morgane Prod (on l'a pas lu, ni vu passer à ce jour), c'est davantage un constat objectif après 30 balais dans l'associatif culturel, à ne croiser que des personnes partageant ce constat, cqfd.
Ici, il s'agissait de prendre le temps de rêver tou·te·s ensemble à un projet tel que celui qu'on adorerait découvrir en tant que public, et d'en définir les contours autant que possible : en optant pour cette direction, pour ce positionnement précis, on prenait davantage de risques qu'en allant vendre un projet à droite à gauche, c'est certain, alors que l'expérience vécue sur ce territoire nous hurlait probablement quelque chose que l'on a pas voulu entendre. Mais : chacun agit à sa manière, et il me semble que nous avons agit avec sincérité, celle-là même qu'on avait du mal à trouver ces dernières années dans le fonctionnement de la grosse bestiole, pour plein de raisons.
Et pourtant, en le relisant, ce projet, je crois qu'on présente malgré tout un truc engagé mais réaliste, professionnel et réalisable en l'état assez facilement ; et pour lequel j'aurai adoré engrangé quelques avis des quelques professionnel·le·s sollicité·e·s pour étudier l'ensemble... Durant sa réalisation, on a évidemment soumis des tonnes de choses à quelques-un·e·s des professionnel·le· de notre entourage, bien évidemment, mais à posteriori, pourquoi ne pas ouvrir le champ à plus large, désormais ?
Peut-être que l'on aura droit à quelques retours précis de l'ADBDA ou de leur collectif réuni pour l'occasion, ça serait chouette et ça semblerait être un minimum pour les candidats ayant essayé de suivre le truc, même si ce petit monde devrait être occupé pour les semaines à venir, comme qui dirait... Et surtout ils doivent bien saturer d'un contexte qu'on pourrait se permettre de qualifier d'extrêmement éreintant, je crois.
Bon, bref, qu'importe : à nouveau, Angoulême va bénéficier d'un événement autour de la bande dessinée et c'était le but du jeu, même si la manière dont certaines règles se déroulaient au fil des semaines nous ont un peu étourdies parfois.
C'était vachement instructif, cet accélérateur de particules, oserais-je avancer.
On verra donc les copinou·es en Charente en 2027 et sans plus attendre, on va voir si les dynamiques culturelles autour de Poinpoin-les-Hirondelles ou de Jarvillou-La-Colinette seraient intéressées pour profiter du projet ci-joint : le nôtre, porté par une clique aux petits oignons, qui s'est aggloméré autour des frustrations, des envies et d'un certain reliquat angoumoisin mais qui, au bout du compte et c'est le bilan que l'on en fait, s'intéresse en premier lieu à quoi ? A la bande dessinée, bingo.
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