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5 mai 2026

Ciao Pierrot 🖤

Il y a quelques semaines, on avait descendu la rue Battant ensemble après s'y être croisés, par hasard, comme d'hab.
La fois d'avant, c'était devant un concert de Lætitia Shériff, où le type m'avait fait la liste des ses récentes découvertes musicales : principalement des trucs à guitare pour lesquels il s'enthousiasmait avec une énergie et une vigueur quasi-juvénile, alors qu'il faisait chier le patronnat bisontin depuis quoi ? 150 ans ? 200 ans ?

Comme à chaque fois, je me disais que ce râleur de première bourre, qui vomissait la médiocrité de cette époque comme personne, et malgré une belle liste de péripéties merdiques qu'il s'était mangé ces dernières années, avait encore quelques solides cartouches à nous sortir.

Ce soir, via Chantal V. et Fabrice R., j'apprends la mort de Pierre Cochard, le gars Pierrot 🖤, l'un des contestataires les plus sincères que j'ai croisé sur ma route.
A quel âge ? 75 balais, un truc du genre ?

Tout le monde connaissait Pierrot, pivot de toutes les manifs, présent devant chaque scène de chaque concert, mais perso c'est lorsqu'il fut l'un des premiers à nous aider à nous structurer en tant que tout récemment licencié.e.s (abusivement, comme le déclarera le Conseil des Prudhommes 3 ans plus tard) d'une certaine grosse librairie bisontine que je l'ai rencontré.

Il avait été précieux, encourageant, balèze, marrant mais toujours déter : il avait mille expériences concrètes à partager, la Fédé Sud PTT (le mec était rentré à La Poste en 68, y avait passé sa vie), AC! au début des années 90, et pas mal d'autres trucs (pardi).

C'était un grand syndicaliste, un antifasciste, un grand anticapitaliste, un vénère grand cru ; jeune, il avait commencé anar, mao, était passé par pas mal de strates, pas mal de cliques, mais n'avait (je crois) jamais lâché la baston contre les puissants.

Ces dernières années, ça n'avait pas été de tout repos pour Pierrot, et s'il montait moins au front, il n'en demeurait pourtant jamais très éloigné.
Je pense fort à G., son môme de 15 balais, à sa famille et à ses très proches, et à tou.te.s celleux parmi mes ami.e.s qui ont eu la chance de passer du temps avec ce barbu colérique. 

Des bises fortes aussi à Flo, Arlette, Berth, Martial, Gilles, Marie-Paule et les autres.

(photo gentiment partagée par Martial, probablement en 2009 : Arlette, Martial, Pierrot, ma pomme)

 

17 juillet 2012

Et bien on dirait bien que c'est fini, cette fois.

Nous sommes le mardi 17 juillet et j'ai reçu ce jour les dernières bonnes nouvelles de mon avocate : ça y est, l'infâme et fâcheux suisse à moustaches à lâché ses trois biftons.

Soyons clairs : si c'est tout sauf une époustouflante victoire du côté de compte en banque (ce chèque signé de sa main devrait lui en toucher une sans remuer l'autre, comme on dit dans mon Jura natal) (et peut-être ailleurs aussi, me dit-on), mais devrait toutefois me permettre de régler quelques dettes, de passer mon permis (running-gag since 1989...), et de payer une bonne cuite aux amis que j'ai fait chier tout ce temps avec mes histoires à deux balles) ; c'est une affaire qui se termine avec des conclusions du tribunal qui enfoncent le nez du moustachu visqueux dans sa propre suprême connerie, et c'est bien cela l'essentiel, parce que c'est bien ça qui m'animait du début à la fin. En ce sens, je suis super content, et putain de satisfait.
Il y aura forcément des ramasse-merdes pour imaginer que le faible montant "remporté" devrait me peiner, ceux qui n'ont pas encore compris ce qui me motivait, ou ce qui me motive encore aujourd'hui à faire des choix qui ne m'assurent pas un compte en banque garni à la fin du mois. Je ne pourrais jamais rien pour eux, c'est ainsi. Plus que le montant, c'est le temps que cela a pris ("tout ça pour ça") qui m'aura clairement gonflé et déçu. Mais chaque chose est instructive, et en trois ans et demi, j'en ai appris de bien bonnes.
Oui, malgré tout, trois ans et demi pour ça, c'est évident, ça reste une vaste fumisterie, une belle blague, et beaucoup de temps alloué à la Justice franssssaise pour faire son boulot. Mais enfin, il fallait passer par là, l'autre option étant de baisser son futal comme pas mal le font sans trop de problèmes de conscience...
J'ai évidemment une pensée pour mes anciens collègues qui rament encore du coté du paquebot Campo.
Et ce sera mon dernier message de blog à ce sujet !
LA QUILLE, bordel.
Hasta la vista machin.

ps : cette aventure m'aura tout de même appris à prendre un tout petit peu conscience des combats menés au quotidien par ces types qui ont une dignité et une classe que peu de zozos peuvent espérer toucher du bois. Les types qui passent leur vie à défendre, à soutenir, à ne jamais baisser le museau, bref, un peu comme le bonhomme à gauche ci-dessous (+, + et +), le genre de bonhomme que j'ai envie de saluer bien bas en des journées comme celle d'aujourd'hui. Entre mes collègues de Maonovo (l'association Analphabètes), les camarades de Sud, et la clique habituelle, j'étais bien entouré, et je me demande comment font celles et ceux qui ne le sont pas...

HAUT LES CŒURS !

22 mai 2012

Groundhog Day.

En fait la vie de libraire bisontin, c'est un peu comme être Bill Murray dans "Un jour sans fin" d'Harold Ramis, en 93.

1. un article paru le canard local lundi matin :

(cliquez pour agrandir)

 2. un autre article paru le lendemain :

(cliquez pour agrandir)

 Rien ne finit jamais.
J.

25 mars 2012

The End.

J'ai gagné mon procès contre la librairie Camponovo !
Ca aura pris trois ans et trois mois, ce fût long, mais je mentirais si je ne disais pas que JE SUIS BIEN CONTENT, BORDEL DE MERDE.

Davantage de news (et les remerciements, et la date d'une grosse teuf, aussi) très bientôt, là je retourne aux dix mille affaire en cours urgentes à finir pour avant-hier. Fallait bien s'occuper durant tout le temps qu'aura pris cette procédure, hein !




(coupure de presse datant de décembre 2010)

(coupure de presse datant de mercredi dernier, et évoquant le merdier actuel)


Ici, il fait beau aujourd'hui. J'espère qu'il pleut à Yverdon, eh eh eh.
J.

17 décembre 2011

Happy birthday to you, la grève !

Très chère grève,

J'ai vérifié, ça fait un moment que je ne t'avais pas évoquée sur ce blog.
La dernière fois, c'était au printemps, et j'apprenais que j'avais gagné mon procès. J'étais quand même un peu content (ben ouais, quand même), et depuis, je n'ai pas pris le temps de publier que dans l'entre temps (pardi), la partie adverse (la librairie Campo-Mon-Cul, à Besançon, et sa direction) avait bien évidemment fait appel, épuisant ainsi jusqu'aux dernières ressources de ce que la justice française lui permettait de faire pour repousser le verdict définitif. Et il peut y en avoir bien d'autres, des recours : quand un type a du pognon et ne sait pas quoi en foutre, il peut tout à fait prendre le temps de s'amuser avec tout l'attirail que constituent les rouages d'une justice dont l'inertie n'est plus à prouver depuis belle lurette.

Je voulais donc simplement te souhaiter un joyeux anniversaire, chère grève que nous avons mené, il y a pile-poil trois ans (ouais, trois ans déjà), avec tous les collègues, et qui auront donc servi de déclencheur à la furie patronale helvétique à forte pilosité faciale (pour finir sur un licenciement prononcé un mois plus tard).

Cela fait trois ans que je me coltine donc joyeusement à une procèdure prudhommale dont la prochaine échéance est fixée à début février 2012.
Trois ans !
Trois ans que je ne suis donc plus libraire (snif), et qu'accessoirement, je n'ai pas retrouvé de boulot, m'occupant à droite à gauche, tant bien que mal, à essayer d'arrondir les 460 € d'allocations de solidarité spécifique (l'ASS, eh oui, ça s'invente pas hein...), en me répétant qu'heureusement que j'ai des copains sur qui j'ai pu compter (ici ou , entre autres) ; d'ailleurs, si tôt que je gagne (si je devais gagner un jour en tout cas), inutile de dire à tout le monde que je fuirais au Vénézuela, comme tout le monde, hein), sans jamais vous refiler le moindre centime, hein.
Trois ans que je me dis, "mais putain, comment font tous ces gens qui se font virer comme des merdes du jour au lendemain, avec des boîtes qui ferment et des patrons qui fuient, comme font-ils ?", bon, je me le disais avant hein, mais disons que depuis trois ans, ça a pris un relief conséquent chez moi, dirons-nous.
Alors voilà, depuis ces trois ans, mes autres collègues licenciées auront prouvé que leur licenciement était abusif (et quelle satisfaction ce fût, putain de bordel de merde), ce qui semble avoir constitué une étape importante de leur vie (à environ un an de la retraite, on peut comprendre), et moi, eh bien j'attends patiemment mon tour. Nous verrons bien.

Durant ces trois ans, j'ai changé à maintes fois d'avis sur la façon dont je devais appréhender ces histoires à la con.
Mais la seule chose dont je suis sûr, c'est que si c'était à refaire, je referais la même chose.
De la même manière.
Parce que j'étais dans mon droit le plus basique, et qu'en face de moi, j'avais un exemple bien concret de cette société abjecte qui classifie les gens d'office, en laissant croire à des gros cons qui roulent en Bentley(*) (si si, je vous jure...) que leur parole vaut davantage que la nôtre.
Dans mes rêves, en tout cas, ma merde étalée sur sa moustache vaut tout l'or du monde.

Rendez-vous en février !
En attendant, je fais une bise à mes collègues encore à bord (enfin, à celles et ceux qui n'ont pas tendu leur cul au plus offrant, car il y en a ; il faut de tout pour faire un monde...).
Et puis aussi aux gens de Sud Solidaires de Besançon !
J.
(extrait de L'Est Républicain du 29 septembre 2011, ouais c'est pas tout frais mais bon hein)

(*)
(on me fait signe, dix minutes après la publication en ligne de cette note de blog, qu'elle planquait une grossière erreur assez significative : en effet, il s'agit bien de Jaguar, et non pas de Bentley. Mes plus plates excuses, et merci à Bob pour avoir relevé l'étourderie...)



23 décembre 2010

Procèdure prudhommale, heureuse suite (mais pas pour tout le monde)

Il y a bientôt deux ans, je faisais partie d'une petite vague de licenciements, dans la librairie bisontine où je travaillais depuis déjà quelques années. Parce que les raisons de nos licenciements nous semblaient non valables (délicat euphémisme), quelques uns de mes collègues et moi-même avons saisi le Conseil des Prudhommes, afin de faire valoir nos droits, notamment celui du droit à la grève : il nous semblait clair que le mouvement que nous avions déclenché en décembre 2008 était la première raison qui avait stimulé note futur-ex-patron pour nous licencier dès janvier 2009.

Depuis, nous nous sommes battus, nous n'avons jamais cessé de nous battre, aidés en cela par une solidarité témoignée durant des semaines, des mois même, par des clients, des amis, des inconnus, des gens désireux de voir que le respect des lois doit demeurer quelque chose d'important (parfois). Des associations de soutien se sont créées, des gens ont pris du temps, ont consacré de l'énergie à nous défendre, à nous aider, à nous soutenir. Ils ont considérablement rendu ces deux dernières années moins compliquées pour nous, et la liste des remerciements devrait finalement avoir la taille de deux ou trois bottins.

Pour des raisons évidentes, vous comprendrez que je ne puisse m'étendre sur ma procédure, car elle est toujours en cours, pour de multiples raisons dont je vous ferais part en temps voulu (enfin j'espère) ; il est en tout cas bien trop tôt pour moi pour m'étaler à ce sujet, mais il est grand temps d'exprimer mon énorme satisfaction quant au résultat de la procédure qui concernait ma chère collègue Annie :
"(...) dans leur jugement, les prud'hommes ont considéré que le véritable motif du licenciement résidait "peut-être dans le débrayage massif du 20 décembre 2008", et qu'en tout état de cause, "le droit de grève est inscrit dans la Constitution française" et que "l'employeur n'apporte pas la preuve d'un motif réel et sérieux de licenciement" (...)."
Pour rupture abusive de contrat et préjudice moral, la société Camponovo est donc condamnée, et Annie prouve ainsi qu'elle n'a jamais cessé d'avoir raison, en plus d'avoir la classe (je lui claque la plus grosse bise de toute sa vie).


[ publié ce jour dans L'Est Républicain (jeudi 23 décembre 2010) ]
 
Annie rejoint donc Josiane, mon ancienne directrice, dans le giron de ceux qui ont réussi à prouver qu'on ne peut pas faire n'importe quoi avec des gens, et c'est déjà ça de pris, comme dirait mon vieil oncle.

Je me servirais de ce blog pour vous informer des éventuels remous et suites concernant mon affaire, qui, elle, continue de mijoter.
Hasta machin,
J.

29 avril 2009

Je fais que passer ! (mais je repasse tout bientôt ouais ouais...)

Chères amies, chers amis, si vous ne le saviez pas encore, j'en suis à la dernière phase de mes récupérations d'attestations prud'hommales, dans le cadre de l'affaire qui m'oppose à qui-vous-savez-si-vous-êtes-au-courant-sinon-ben-demande-donc-hein (ou bien prend le temps d'éplucher un peu le blog des zozos de l'association Analphabètes, avec qui je serais place Marulaz, à Besançon, ce vendredi 1er mai, pour fêter la France que l'on doit redresser, les Assedic, les églantines rouges, la connerie de Frédéric Lefebvre, sa mère, et tenez-vous bien, le travail, si si ma brave dame).

A ce titre, je compte sur les 4 personnes qui lisent ce qu'il reste de ce blog pour me communiquer au plus vite les dites-pièces ; pour toutes infos supplémentaires, n'hésitez pas à me contacter, j'ai le nez là dedans à fond en ce moment, ca me sera pas trop compliqué de vous répondre warf warf ! Je compte sur vous les copines, je compte sur vous les copains. Super merci à vous, par avance.

Dans mon prochain post, nous parlerons de Pierre Feuille Ciseaux, un rendez-vous et une belle surprise pour les amateurs de bonne bande dessinée, et, je l'espère, également pour ceux qui la font (la bonne bande dessinée, faut suivre un peu merde).
Nous évoquerons aussi diverses choses, comme le contenu de deux mystérieux colis en provenance d'outre Atlantique, l'un comprenant moultes disques vinyl de la grande époque (66-72, mthrfckrs !), et l'autre, de chouttes fanzines strictement contemporains.

Bonne fin de semaine, au mois prochain.

(fig. 4 : le maoïste travaillant intensément à la constitution d'une première partie de son dossier de défense)

12 mars 2009

On y va, on y va ! (première partie)

Bon, le temps passe, le temps passe, et je me rends compte que ce lieu est un peu trop désert à mon goût. J'ai pas mal de choses à régler (un nouveau rythme de vie, notamment), mais je vais légitimement avoir davantage de temps dans les semaines qui viennent : attendez-vous à être fatigués par mes déblatérations au kilomètre, hein.

J'aurais bien commencé par un petit compte-rendu du micro-trip parisien de ces jours-ci, entre un pur concert de Q-Tip ce lundi à l'Elysée Montmartre (big up Max, Jéjé, Don Da None, et tous ceux que j'aurais voulu coincer plus longtemps bordel !), des longues virées à tripoter du bouquin entre Le Monte en l'Air, Le Regard Moderne, et diverses échoppes d'occases, et puis du temps avec des copains qu'on croise trop rarement.
J'y reviendrais.
Auparavant, je voulais revenir sur Angoulême et le petit trip "marquant" de cette année.
Mais j'ai tellement de choses à dire sur les trucs que j'en ai ramené (essentiellement des bouquins, mais un peu de boulot aussi vindzoussss'), que ca se fera en deux fois, ben ouais.

Il semblerait qu'un rythme particulier se mette en place naturellement en ce qui concerne mes virées charentaises.
Une fois sur deux, il se trouve que je traîne mes baskets jusqu'à Angoulême et son festival international de la bande dessinée, et systématiquement, le premier sentiment que j'ai en quittant la région donne quelque chose comme "pffff, il était temps, pffff" ; celui-ci perdure l'espace de quelques mois, un peu plus d'une douzaine en tout cas, ce qui fait que mon emballement à l'idée d'aller me frotter à nouveau aux déplacements incessants de milliers de "bédéphiles" est considérablement retombé. Et encore un peu plus tard, oh mon dieu, mais que se passe-t'il ? Me voilà en train de trépigner, impatient à l'idée d'aller claquer du blé en fanzines mal imprimés, en bouquins mal distribués, et en bières un peu chaudes dans les endroits les plus bondés du monde (l'espace d'un weekend en tout cas).

Ouaip, voilà donc mon rapport à Angoulême : l'impatience de croiser des copains, d'aller rencontrer quelques auteurs rares, de compulser frénétiquement des bouquins encore inédits, de savourer quelques expos, et accessoirement, de me conforter dans l'idée que l'essentiel de cette industrie qu'est l'édition est proprement à gerber...
"Eh, June, la bande dessinée, tu l'aimes, ou tu la quittes !".

Je vous rassure, on s'en est chargé pour moi.
Et je reviendrais prochainement sur cette histoire, mais c'est encore un tantinet prématuré.
Néammoins, et pour faire bref : après plus de cinq ans de bons et loyaux services (jamais l'ombre d'un reproche, d'un blâme, d'un avertissement, d'un entretien...), j'ai été licencié fin janvier, pour des raisons qui, encore aujourd'hui, après moultes remoults (et mon petit doigt me souffle que tout cela n'est pas fini...), restent encore particulièrement floues (en cherchant à droite à gauche sur le net, il est facile d'en savoir plus). Je vous épargne le bordel et les multiples rebondissements, mais je puis vous dire que mes collègues licencié(e)s et moi saisissons le Conseil des Prud'hommes afin de faire un peu la lumière sur les raisons qui ont poussé la direction de la librairie à nous "remercier" de la sorte ; je ne manquerais pas de vous tenir au jus sur la tournure que prendront les événements...
D'ailleurs, il en est un qui aura lieu ce samedi, à Besançon.
Les plus maoîstes d'entre vous pourront en faire une session d'entraînement pour la venue de Sarko, mardi prochain.
Je suis en pleine réflexion : que lui jeter sur la gueule ? Où suis-je sûr de le voir passer ? Si on s'y prend bien niveau accueil, est-ce qu'il finira par virer "notre" préfet ? Bref.
Ce samedi, donc :



Bref ! Tout çà pour dire que lorsqu'on a pris l'habitude de voir débarquer un maximum de bouquins, quasiment chaque jour, et qu'on a accès à tous ces bouquins, forcément, on s'habitue, on prend ses aises... Autant de pages disponibles, à portée de main, cela engourdit la curiosité naturelle. On a beau se réjouir à chaque nouveau colis de tel ou tel diffuseur, ou maugréer en réceptionnant des caisses de saloperies estampillées Soleil, Casterman ou Bamboo, au fil des années, l'habitude (quelle horreur) prend ses marques, et finit par se taper un peu l'incruste.
Bon, je dis çà, mais en décembre encore, j'ai bien dû lâcher des "Ah putain, mortel !" en découvrant une poignée de nouveaux bouquins.
Et là, je vais être horrible, mais sinçère : la vache, un mois après m'être fait virer, c'est ce qui me manque le plus, la proximité de tonnes de bouquins, ceux qui viennent d'arriver et qu'on pas encore ouvert, ceux qu'on a adoré et qu'on essaie de conseiller aux gens susceptibles de l'apprécier, ceux qu'on essaie de planquer au profit d'autres plus réussis...
Bien sûr, les lecteurs (j'ai toujours préféré parler de lecteurs plutôt que de clients, ca fait un peu moins requin commerçant...), certains me manquent : les échanges, le prétentieux sentiment d'être utile à relayer des choses, et puis la satisfaction d'apprendre certains trucs aussi... Certains de mes très bon potes, je les ai rencontré en parlant de bande dessinée dans cette librairie. D'autres étaient de complexes névrosés, d'autres de flippants monomaniaques, et puis occasionnellement, on croisait des gens sinistres, ou de gros tordus. Mais la grande plupart d'entre eux, des zozos avec qui il faisait bon converser de tel ou tel bouquin, si, si.
Certains collègues, aussi, qui étaient devenus bien davantage que de simples collègues. Au delà de la belle complémentarité établie naturellement avec mon collègue direct, avec mes collègues directs, et dont la "cassure" soudaine ne me laisse pas de marbre (on bosse pas systématiquement avec des gens qu'on estime, faut pas croire, et là c'était le cas), j'avais le sentiment d'être relativement bien entouré, par des gens sympas, et professionnels, pour la grande majorité.
J'irais même jusqu'à dire que certains représentants, pourtant des "commerciaux" pour la plupart, vont me manquer, mais pour être honnête ca ne concerne pas la majorité d'entre eux... Bon, bref.

Tout ce petit monde va me manquer, et me manque déjà, c'est clair.
Mais pas autant que les bouquins, bordel.

Je n'y arrive pas : je n'habite pas en ville, et c'est tant mieux, parce que chaque fois que j'y vais (bon, quasiment tous les jours, hein), je crois que je fais le tour de toutes les librairies. Bien sûr, je ne suis pour le moment guère surpris par ce que j'y trouve : après tout, j'avais "bossé" les bouquins à paraître sur ce premier trimestre, à peu de choses près. Donc les bouquins ne me semblent pas arriver de je ne sais où. Mais le fait de ne pas pouvoir les tripoter, les feuilleter, les compulsers, les lire ! Putain c'est rude. Je suis évidemment fauché, et pour les mois à venir, il n'y aura pas beaucoup de dépense pour autre chose que... que la bouffe, et euh, voilà, hein, pas d'imprudences, pas de folie (je ne pourrais de toutes manières pas me le permettre)... Mais même avec les meilleures bibliothèques et médiathèques du coin, je vais ramer, je le sais. Oui, il y a pire, comme source de flippe et de mal-être, voire de déprime. Je pourrais être en phase terminale à Gaza, ou pire, que Boudjellal me propose un taf de consultant pour la prochaine encyclopédie de Troy, c'est vrai.

Le mec, il y a un tout un système économique qui s'effondre autour de lui, et il essaie de faire chialer parce qu'il n'a plus ses piles de bouquins à proximité... Je dois passer pour un horrible connard.
Eh ben tant pis : putain que ca faisait du bien de feuilleter du frais à Angoulême, bordel !
Un bien fou. Et dont les sources seront révélées dans un passionnant post à venir, ouh là là quel suspense les aminches...

Ah sinon, avant Paname en ce moment (bisous du XVème, Zingbouz represent !), il y a eu un microtrip à Lyon il y a 15 jours, aaaaah... Quelques jours loin du train-train bisontin, je me demande encore pourquoi j'ai pas fait çà plus tôt.

Mine de rien, cela fait quelques semaines que ma vie tourne autour de quelques trucs parfois prenants, parfois très enthousiasmants (des projets professionnels, des truc autour de mes passions principales, quel bonheur d'avancer sur des trucs importants), parfois ultra-casse-couille (des histoires personnelles, des trucs autour de mes euh, passions, quelle tristesse de piétiner sur des histoires compliquées), et s'il y a un truc que je n'ai pas encore maîtrisé, c'est bien mes limites avec le concept de "ras-le-bol".
Je ne parle pas de choses plus intimes, mais je puis au moins dire que ca fait désormais un moment que j'ai plus pied dans ma propre merde. Tout un chouette programme, hein ? Vous êtes loin de la vérité.
Ah, et pui on ajoute à cela un truc réellement pénible aussi, c'est le fait que les nouvelles technologies ont décidé il y a peu de ne plus franchir le seuil de ma porte pour y entrer que lorsqu'elles ont en l'envie, et voilà le gars June isolé du reste du monde par périodes régulières.

Et puis... Et puis les tonnes de trucs habituels... Eh ben paf ! C'est parti pour une petite virée dans une contrée grave exotique, un vrai coin inexploré, où la main de l'homme n'a pas encore mis le pied, un refuge pour les sens, en terre inconnue, un peu comme ce programme télé on l'on croise Brice Hortefeux au pays Dogon ou bien Jean-Marie Proslier chez les Inuits.
En gros, je suis allé claquer la tune que je n'ai pas à acheter quelques disques et fanzines à la con, et à bouffer des bagels et des montagnes de glace, auprès des copains de Lyon, pour une poignée de jours qui ne valent pas une virée à NYC (Ed, mon ami, ne crois pas que je ne pense pas à toi, hein : tu me connais un tout petit peu, je crois), mais qui font un bien fou, indubitablement.

Dans le désordre ?
On a fait une nouvelle soirée sur la péniche Le Sirius, avec les copains Boolimix de Lyon et Funkystérie de Grenoble (encore merci pour l'invitation les copains !), et avec Narqo et Tristan, soit en tout 3/4 du Retour du Boogie sur un bateau. Non, en bon snobinard de base, j'ai toujours de sérieux doutes quant à l'appréhension potentielle d'une clientèle de kids bourrés à la Zoub' quand aux trucs que j'aime passer... Je crois même que l'idée de ne passer des disques qu'en tout début de soirée, ou en radio, bref, quand l'obligation de résultat-dancefloor n'est pas au centre des préoccupations, devient de moins en moins floue pour moi... C'est aussi pour ces raisons que faire un peu moins de Retour du Boogie, ca me fera personnellement pas de mal (et je dis çà alors qu'on en a fait un avec la clique au complet : Zo, Narqo, Triton et moi, ce vendredi, chez Pum, cherchez l'erreur, et le mec paumé warf warf...).

J'ai pas fouiné dans tous les bacs de bouquins ou de skeuds que j'aurais voulu (mon budget ne m'y autorise plus depuis un moment de toutes façons), mais j'ai eu le temps de laisser un peu de blé quand même chez Grand Guignol (du fanzine à la con, une sérig de Bertoyas que je me suis empressé de déchirer dans la porte automatique d'accès au métro, chierie de merde !), chez Sofa, etc.

Je suis allé me rincer les rétines au Musée d'Art Contemporain, pour l'une des expo de l'année en ce qui concerne la bande dessinée telle qu'elle me parle, vindzousss (je reviendrais ultérieurement sur le festival d'Angoulême, promis). Quintet, c'est l'intitulé -facile- de l'expo, offre un joli regard sur l'oeuvre de quelques auteurs pour le moins très marquants de ces deux ou trois dernières décennies.
Que l'on ait apprécié ou pas cette expo (j'ai croisé pas mal de connaissances lors de ce week-end, et les avis étaient variés), il faut au moins lui accorder un bon point en ce qui concerne le spectre exploré : entre Francis Masse, Gilbert Shelton, Joost Swarte, Stéphane Blanquet et Chris Ware, difficile de se montrer plus "large", et personnellement cela m'intriguait, sur le papier.
Concrètement, pas de prise de tête particulière sur la scénographie ("quelle scéno ?" diront certains) : à chaque auteur une pièce qui lui est consacrée, sur l'étendue du premier étage du MAC, soit une superficie par artiste déjà plus conséquente que pas mal d'expo collective... Cela ne signifie rien en ce qui concerne la qualité de l'expo ou non, mais cela situe les choses : le MAC accueille une belle exposition, lui accorde une belle place. C'est déjà çà de pris, comme on dit.

Peu de surprises réelles en ce qui concerne les oeuvres étalées en ce qui concerne Chris Ware, Gilbert Shelton, ou Joost Swarte : une quantité de planches originales du premier, dans des quantités auxquelles je n'étais pas habitué. Où l'on a besoin de temps, forcément, pour passer le premier cap du "prend çà dans ta gueule" : on a tous en tête l'image du Ware tout en intériorisation, sorte de nevrosé obsessif, comme croisé dans le portrait produit par Arte il y a quelques années. J'avais personnellement été ravi de découvrir, lors des rencontres internationales d'Angoulême, cette année, un bonhomme plutôt très, très drôle, clairvoyant et lucide, aux antipodes de ce portrait reconstitué en filigrane dans son oeuvre ou dans le portrait cité plus haut.
Les esprits chagrins pourront montrer du doigt les "seules" planches exposées, regrettant l'absence de recherches, de crayonnés, d'autres choses que la production "au format" du gars. On les orientera sur les reproductions de ses scrap-books, collections sur papier de multiples claques dans la gueule balancées à tout va par Ware, au gré de ses envies, de ses travaux en cours, de ses états d'âme. Et on ira continuer à baver sur les grandes, graaaandes planches exposées à Lyon (les pages du dernier -et très bon- Kramers Ergot, bouquin imprimé au format énorme, et dont les originaux sont exposés, claquent sévèrement la tronche).
Les planches de Ware nous rappellent qu'au delà de ce que l'auteur peut faire passer lorsque l'on s'en approche, il y a l'oeuvre, qui, parfois (souvent), parle d'elle-même. Et mettre le nez dans une pièce étalant le labeur incroyable de ce bonhomme, c'est suffisamment fort pour que l'on éprouve une grosse satisfaction de savoir cet auteur productif, actif, et inspiré. Les heures passées à lire Ware ne rivaliseront jamais avec le temps que passe cet auteur à aligner ces démonstrations, d'une maîtrise et d'une justesse qu'il n'est jamais fortuit de rappeler. Ce mec est génial. Les planches exposées rappellent tout cela, et c'est bien.

L'expo consacrée à Swarte ronronne : on connaît l'énorme talent du bonhomme en tant qu'affichiste, et l'expo prend le temps de cerner cette part importante de son oeuvre. Divers travaux de graphisme, des recherches, des choses presqu'oubliées, sont ainsi dispatchées et on ne peut qu'opiner du chef en passant d'un mur à l'autre, constatant l'importance de ce monsieur dans le petit monde de la ligne claire, sur lequel il est l'un des derniers à pouvoir prétendre se distinguer.
L'espace réservé à Shelton laisse un goût amer, en cette période de Sarkozie à plein régime. Sur plusieurs décennies, cet auteur n'a jamais cessé de tracer son chemin de pourfendeur de "ce qui est droit" ou pas, en insistant particulièrement sur l'héritage des seventies ; on connaît les Freak Brothers, et les centres d'intérêt de cette bande de zozos tantôt complètement largués, tantôt insoumis extrêmes. C'est souvent très con et drôle, mais tous ces travaux étalés en 2009, mettent en perspective une liberté de moeurs, d'expression, qui laisse comme un goût de moisi quelque part. Et la complémentarité de ces auteurs, dans cette expo, de s'imposer d'elle-même.

En ce qui me concernait, et même si je me sens réellement familier de l'oeuvre de ces auteurs, les réelles surprises émanaient du côté de Masse et de Blanquet. Il y a plein de choses à en dire, mais j'en parlerais plus tard aussi... Parce qu'il y a bien des choses à en dire !

Mais en même temps, il est un peu tard, et j'ai encore du taf, vindzousss'.

Ah ouais sinon, parmi les dix milliards de trucs que je voulais évoquer ces dernières semaines, un peu de choses pour les oreilles bordel : bon, on l'a attendue un bon moment, cette confirmation discographique du talentueux General Elektriks, l'un des claviers les plus excitants que l'on ait entendu depuis la fin du siècle dernier.



Le premier album avait pris tout le monde par surprise lors de sa sortie, sauf peut-être les plus curieux qui avaient suivi le bonhomme à travers ses pérégrinations du côté de la côte ouest au sein du crew Quannum (Blackalicious, dj Shadow, Latyrx, etc) ou plus près de nous, aux côtés de BlackJoy ("headphone drone" demeure un classique inusable). General Elektriks nous faisait régulièrement de jolis cadeaux via son site web avec des collaborations remarquables qui n'ont pas trouvé leur chemin vers l'édition, ou des choses plutôt très rigolotes comme le morceau "Bye Bye Georgie Boy", vrai-faux hommage à destination de l'ancien président ricain auquel vous pensez. Et cela faisait quelques semaines déjà que "Little lady", titre issu du nouvel album du français exilé outre-Atlantique, arrondissait les angles du côté de Radio Nova, notamment.


(ok, la vidéo n'est pas d'une extrême originalité, mais c'est très rondement mené, super maitrisé, belle construction, bon rythme, je trouve).

"Good City For Dreamers", à peine sorti, met déjà tout le monde d'accord : les amateurs de folky tunes y trouveront un énorme sens du songwriting, les beat heads devraient pouvoir marquer le beat qui claque de manière toujours impeccable, et il faudrait s'étaler sur dix mille signes pour prétendre décortiquer l'approche du gars en ce qui concerne les arrangements magiques de ce nouvel album. Encore un skeud chiant à ranger, tant les registres explorés, comme les diverses influences que l'on pourra retrouver tout au long de ces treize morceaux sont très, très larges.
Des mélodies imparables (qui devraient vite coincées dans je ne sais quelle pub télé ou radio, genre "raid the radio", je suis prêt à parier), une production parfaite, quelques envolées psyché réellement inattendues, un album évolutif juste ce qu'il faut, qui devrait plaire autant aux amateur de ritournelles pop exigeants qu'aux coincés du fameux "groove", et il me faut souligner la conséquente suavité qui dégueule à chaque seconde dans ce disque (on tient là le prototype quasi-parfait du disque anti-bourrin, il me semble). Un boulot d'enfoiré, qui valait la peine d'être attendu : pour ne rien gâcher, voilà qui réconcilie avec l'album en tant que tel, et non pas comme une suite de quelques singles tout juste accompagnés par quelques "autres" titres. Non, ici, tout se tient, et sur la longueur.
Et puis pour ne rien gâcher, General Elektriks, qui sera de retour pour une tournée française dans les semaines qui viennent, est un drôle d'olibrius scénique, le genre de mec qui fait le show à lui tout seul, derrière ses claviers, et qui sait (comme peu de gens peuvent prétendre le faire...) faire oublier des monstres comme Gift of Gab ou Lateef, mc's pourtant méchamment présents sur scène (qu'on apprécie ou pas leurs derniers efforts, ce qui est une autre histoire...). Ceux qui l'ont déjà vu savent de quoi je parle, et pourquoi le mec ne pèse pas très lourd : il laisse bien deux fois son poids en calories à chaque show. Non, c'est pas çà qui fait un bon musicien ; mais quand même.
Quand j'aurais précisé que la pochette vaut l'investissement au format vinyl (combien de temps les gens se contenteront de fichiers coincés dans leur disque dur, voilà bien un truc auquel je n'entend décidément rien...), j'aurais fait le tour de ma campagne de promo personnelle pour ce mec adorable et surtout, surtout, très talentueux. Voilà qui est fait.

Tiens, je vais aller me coucher, moi.
J'ai déjà parler de l'association Analphabètes ici ? Oui ? Ah ben tant pis, tiens.

A bientôt.

7 mars 2009

Moustachu, poil au cul.

Version courte :
- plus de taf = plus de tunes = plus de connexion internet (je fais simple).
- par contre : des projets de rebonds plein la tête (et la boîte aux lettres), donc ca devrait pas durer... Du neuf tout bientôt, si, si...
- un gros merci à tout le monde (you know who you are comme on dit), sérieusement hein...



Et puis merci aux furieux de l'association Analphabètes :
http://maonovo.canalblog.com

A très bientôt.
J.