6 juillet 2016

Un jour qui ne ressemble à aucun autre...

... je suis allé passer l'après-midi avec un copain que je vois d'autant plus rarement, depuis que j'ai déménagé. On avait rendez-vous sur la plage du bled à côté, où d'autres potes à lui ont leurs habitudes. J'y suis allé en vélo, c'est à un petit quart d'heure en vélo, il faisait beau, il faisait chaud, j'ai rempli ma bouteille d'eau et hop.

Je suis rentré en passant par des petites rues que je n'avais encore jamais emprunté, toujours sur mon vélo, jusqu'à ce que je passe à côté d'un moineau par terre, au milieu de la ruelle. Je me retourne et je vois que mon passage ne semble pas l'avoir effrayé : est-il hagard, est-il trop jeune, je n'en sais fichtre rien. Tout ce que je sais c'est que si j'étais passé plus vite dans cette ruelle, je l'aurais éclaté sans l'apercevoir.
Après avoir progressé de quelques dizaines de mètres, je me dis que ce con finira écrasé par un truc plus gros que mon pneu : je fais alors demi-tour et je pose mon vélo sans faire trop de bruit contre un mur pas trop près, pour ne pas effrayer la bestiole.

En m'approchant de l'oiseau, je remarque que sa poitrine est couverte d'un duvet un peu hirsute, je me demande s'il n'est encore qu'un oisillon un peu gauche, probablement me dis-je. Je me penche et j'essaie de stimuler son envol, en faisant de lents petits moulinets de la main, pour l'éloigner. Il finit par décoller, fait une sorte de grand bond de quelques mètres en hauteur et redescend aussi sec, pour finir son court vol au pied d'un portail à l'entrée d'une petite allée discrète, donnant sur la rue par laquelle j'étais arrivé.
Je vais jusqu'au pied du portail, à petit pas, m'apprêtant à le prendre entre mes mains, le couvrant de part et d'autre, persuadé qu'il allait paniquer et s'envoler. Mon but est d'aller le poser un peu plus loin dans l'allée, qu'il se retape. Enfin, j'ai aucune idée de son état général, est-il sonné ou à la masse, est-il trop jeune pour avoir quitté le nid, je n'en sais rien mais en ce moment précis, c'est l'enfant de huit ans en moi qui s'active, refusant de rester impassible devant le sort de cette petite bestiole. Le démiurge en t-shirt que je suis alors ne le sait pas encore, mais il va vivre un truc assez fort, même si ce truc est proposé par un truc qui pèse quinze grammes tout au plus.

Je bouge un peu mes mains, j'essaie de m'en saisir délicatement. Je sens quelques coups d'ailes, et en entrouvrant mes mains, je vois le moineau, immobile au creux de mes mains.
J'écarte davantage les mains qui l'englobe, il peut partir à tout moment mais je ne souhaite rien d'autre, au fond. L'oiseau saute sur mon index, n'en bouge plus durant quelques secondes. La stupéfaction n'a pas le temps de me cueillir, mon dispositif personnel de protection animale est en pilotage automatique et prend le contrôle de mon corps : conscient qu'il peut s'envoler à tout moment, je me dis que l'emmener aussi rapidement que possible -mais sans mouvement brusque, pour autant !- est la chose la moins conne à faire.
Je fais quelque pas en soulevant la main à hauteur d'un muret dans la continuité du grand portai, espérant qu'il saute dans le bosquet qui en dépasse. On sait qu'un oiseau au sol est la proie facile des chats qui rôdent. Mon premier réflexe se solde simultanément par deux échecs : je réalise qu'un chat peut très facilement se hisser sur le muret en question, après tout. Et l'oiseau, au même moment, fait un tout petit saut, insuffisant pour monter dessus et décide donc de s'envoler, en direction du fond de cette allée tranquille, illuminé par le soleil déjà bien déclinant.

Je me dis "oh, tant mieux !" en regardant le vol du petit moineau dans la belle lumière de ce début de soirée, mais après quelques secondes à peine, j'observe que l'oiseau décrit une sorte de grande suite de "8" à différentes hauteurs, qu'il semble arriver à mi-chemin dans l'allée, qu'il pourrait aller sur la droite, dans ce qui ressemble un petit jardin d'arbres fruitiers, ou tout à fait ailleurs, ou sur un toit, j'en sais fichtre rien, mais non : le voilà qui revient en ma direction, vers l'entrée de la ruelle.
Il revient, indubitablement, et à peine ai-je le temps de réaliser qu'il se rapproche qu'il est déjà là, hop, sur mon doigt, instinctivement encore tendu en l'air. Le temps de rester quelques secondes sur ce doigt, les petites pattes le serrant juste assez pour se tenir bien droit, le temps de réaliser que c'est assez chouette d'observer un oiseau s'approcher de moi de la sorte, et déjà il repartait. Cette fois, au fond de l'allée, en tournant au delà du muret, derrière, là où les branches des arbres fruitiers laissaient présager un bien chouette endroit pour aller voler comme un moineau.
J'en ai vu combien, des moineaux, dans ma vie ? Quand j'étais gamin, à la campagne ? Un peu plus tôt, à la ville, dans les parcs, au fond du jardin sur le fils électriques ? En terrasse, lorsque les plus téméraires s'approchent de ton verre, sur la table, espérant une miette ? Combien ? Des centaines ? Des milliers ? Combien il en aura fallu, des moineaux, avant que l'un d'entre eux ne s'approche de moi à ce stade ?

L'oiseau est parti, il est revenu, sur mon doigt d'homme, et c'est probablement un peu con et puéril, mais j'ai rarement été aussi ému de toute ma vie.

*EDIT*, quatre heures plus tard, en y repensant et en refaisant le trajet effectué sur googlemap : tout ça s'est donc déroulé dans la rue Saint-Exupery, et la ruelle dans laquelle mon nouveau copain éphémère est reparti vivre sa vie d'oiseau est la rue du Fief. Je ne sais pas si tout ça est incroyablement intéressant, mais bon : c'est mon blog, je fais ce que je veux, non mais oh !

4 commentaires:

spéculo a dit…

Tu lui as parlé ? Moi je leur parle doucement quand ils s'approchent (et je crois bien qu'ils comprennent).

june a dit…

Uh uh uh, non, j'ai probablement émis des "oooooh..." et des "aaaaaaallez vas-y, petit", mais je n'ai pas dû m'étendre, je l'avoue... Mais je respecte ce qui se passe dans ta tête, promis, hein, je juge pas, non non non. ;)

spéculo a dit…

N'empêche que si tu lui as dit "aaaaaaallez vas-y, petit".. c'est que tu lui as parlé ! (et je crois bien qu'il t'a compris). héhé.

june a dit…

C'est vrai, damn. Bon. Je me dis qu'on doit pas être les seuls...