22 juillet 2016

King-Cat #76

Le nouveau King-Cat est arrivé ! En tout cas il arrive progressivement chez tous ses lecteurs.
J'ai reçu le mien avant-hier et la journée était du coup d'ores et déjà sauvée : dans le mythique classement que John Porcellino propose de temps à autre dans son non moins mythique fanzine, un certain projet trouve une certaine place. Inutile de le préciser, si on m'avait dit ça un jour, etc etc. Fierté, joie, et tout le toutim : celles et ceux qui me connaissent un peu sauront pourquoi. John P., quoi ! King-Cat, quoi !




En conséquence, je marque le coup et je poste ça ici, allez hop, gros egotrip de guedin le mec.

A part ça ? Ceci est le 600ème article de ce blog. Oui, je sais, en une petite quinzaine d'années, ça ne fait pas tant que ça, surtout à l'égard des montagnes de conneries que je partage sur les réseaux sociaux. J'essaie d'inverser la tendance. Et je vais manger un peu de glace de ce pas pour fêter ça.

20 juillet 2016

Un peu de douceur.

Plus souvent qu'à mon tour, je saoule les gens alentour avec mon intérêt pour cet immense pianiste qu'est Stanley Cowell.
Et dans le même registre, je saoule les gens alentour quant au boulot fabuleux de cet immense auteur qu'est Emmanuel Guibert.

Avec l'asso ChiFouMi, on bosse actuellement sur un gros projet avec Emmanuel. On aura le temps d'en reparler prochainement, assurément, mais d'ores et déjà, je peux avancer que l'une des parutions de l'année aura lieu en septembre prochain et qu'une fois encore, Guibert pose un nouveau bouquin profondément marquant et très très réussi sur l'étagère réservée aux petites perles du monde de l'édition. Il s'agit d'un nouveau chapitre de la saga consacrée à Alan Cope, ça paraît à L'Association et c'est aussi somptueux pour l'œil que magnifique pour le cœur.

Bon. Ne comptez pas sur moi pour raconter "Martha & Alan".
On ne raconte pas une telle bande dessinée, on peut à la limite pointer du doigt de quoi l'on parle et éventuellement un peu de ce que cela raconte mais on se privera forcément de tout le reste, et ce reste, il est tellement essentiel... : les choix de dessin, le rythme, la surprise du lecteur, les techniques employées, l'objet... Alors autant aller feuilleter le bouquin dès lors qu'il sortira. Il en vaut la peine.


Et le rapport avec Stanley Cowell, dans tout ça ?
Eh bien, le voilà :


"Juneteenth" est un album de Stanley Cowell paru l'an passé chez Vision Fugitive.
C'est un nouveau piano solo du type qui cofonda l'un des plus beaux labels de l'histoire de la musique, Strata-East, au sujet duquel on pourrait écrire pendant douze ans, et qui compte quelques références absolument essentielles (Gil Scott-Heron, Pharoah Sanders, Charlie Rouse, Weldon Irvine, les Heath Brothers... entre autres pépites !) en plus d'avoir été un jalon important dans l'histoire des droits civiques pour les noirs à l'époque, via une sorte de réponse dans le bizness de l'édition discographique du tout début des années 70.
"Juneteenth", c'est avant tout la date du Freedom Day pour les noirs des Etats-Unis, qui fait suite à l'annonce par Abraham Lincoln de l'abolition de l'esclavage le 19 juin 1865 : June + nineteenth = Juneteenth.





Le disque est un piano solo qui montre que Cowell n'a rien perdu de sa pertinence et qu'à 75 balais, il a encore quelques beaux trucs en réserve. Le cd (on devrait leur demander pourquoi cette référence n'est pas disponible au format vinyl, contrairement à quelques autres sorties du label) comporte également un livret de photos de quarante pages : essentiellement de belles archives couvrant l'émancipation et la reconnaissance de l'individu afro-ricain dans une société hostile, foncièrement raciste.
Oui, je sais, les choses avancent tout doucement...



Et donc ?
Et donc c'est Emmanuel Guibert qui dessine toutes les pochettes de ce label.
Dont celle du disque de Stanly Cowell.

Hop là.

10 juillet 2016

Geneviève.



Oui, cela faisait un moment que nous étions censés nous y attendre.
Mais désormais, alors que Geneviève n’est plus là, je constate qu’une fois de plus, ces presque 18 mois que nous avons eu pour nous y préparer n’auront pas servi à grand chose.

J’ai rencontré Geneviève il y a quelques années, à Paname, et immédiatement, j’ai été contaminé par la classe de cette meuf, tout comme celle émanant de de son œuvre, protéiforme et singulière dans chacune des formes d’écritures qui étaient les siennes. Geneviève Castrée écrivait, chantait, dessinait, elle délimitait de ce côté-ci de l’univers les contours d’un petit coin, explorant des choses très cohérentes, d’une pratique à l’autre. Une profonde mélancolie (ne pas confondre avec la tristesse), un petit goût de l’énergie du désespoir (sans pleurnicheries aucune), une espièglerie malicieuse entre les lignes, voilà quelques-unes des choses sur lesquelles je m’étais arrêté, assez convaincu par chacune des façons qu’elle avait de jouer avec les cordes de son arc.

Parfois, le tout de manière simultanée : Pamplemoussi, par exemple était ce livre-disque qui associait ses dessins et ses chansons, son trait et sa musique. J’ai offert ce curieux mais très bel objet à plusieurs reprises : il y avait là une porte qui donnait sur un monde à part, un monde en ébullition. Une ébullition délicate et magnifique.
Dès lors, je n’ai plus raté aucune sortie de l’un de ses disques, aucune parution de l’un de ses livres. Prêtant l’un ou l’autre à qui voulait être converti, j’ai essaimé ici ou là les choses les plus rares, probablement épuisées pour la plupart. Ainsi va la vie, j’espère qu’ils sont bien là où ils sont et que l’on en profite.


Un peu (beaucoup) plus tard, lorsqu’est arrivé le moment de travailler à la première édition de notre résidence de création collective sur le territoire nord-américain (Pierre Feuille Ciseaux #3, en 2013), son nom est apparu très rapidement dans la short-list que nous tentions de mettre sur pied, entre ChiFouMi et les amis ricains nous accueillant (Anders Nilsen et Zak Sally, en l’occurrence).
Lorsque Geneviève a dit "ouais", j’étais super content.
C’est un peu le carburant secret de mon implication dans cette association clopinante qu’est ChiFouMi : ponctuellement, donc, je passe une huitaine au milieu de quelques-uns de mes créateurs favoris. Petite souris observant ces gens qui le reste du temps rendent mon quotidien un peu plus beau (ou un peu moins moche) avec leurs bouquins, je fais alors, en général, le plein en énergie et en "foi" pour un paquet de temps. C’est bien entendu une aubaine sans nom pour les curieux dans mon genre. Voir Geneviève a l’œuvre, dessinant sur un coin de table, semblant comme enroulée autour d’elle-même ou de son plan de travail (ses postures, ses positions auront interpellé, avant que l’on ne se rende compte qu’elle bossait tout simplement à toute, toute petite échelle, de petits dessins avec des outils très fins), c’est un peu la classe.
Je dis "c’est" et pas "c’était" parce que le souvenir de son pinceau à 2 ou 3 poils (non, pas davantage), l’outil le plus fin que j’ai observé depuis longtemps, qui traçait sur le papier des traits d’une exquise et infinie précision, ça reste un truc très vivace, très vivant, très beau. Peut-être parce que c’est encore frais dans mon souvenir. C’était il y 3 ans tout juste, c’est pas si vieux après tout.
Peut-être aussi parce qu’il est hors de question, désormais, que ce souvenir m’échappe et rejoigne les choses du passé : être au premier rang de véritables petits moments de grâce de la sorte, et donc tout faire pour le mériter, par delà les horribles nouvelles et le temps qui passe. Pour commencer : "ne pas oublier c'te chance que j'ai eu, merde alors".






Mais ce qui m’apparaît comme tout aussi important qu’être aux premières loges de la création, c’est de passer du temps avec les créateurs, plus simplement.
Ça, c’est un pan de la chose qu’est PFC qui est impossible à quantifier, à décrire réellement. C’est le côté de l’expérience sociale, du réel partage, tel qu’il m’apparaît depuis le début comme essentiel. Quelqu’un d’exigeant socialement, quelqu’un d’usant dans l’approche collective, peut mettre à mal l’édifice branlant de cet assemblage de gens, qui sont des gens avant d’être des autrices ou des auteurs.
Durant une période bien précise, on cohabite, on mange ensemble, on passe nos journées ensemble, on apprend parfois à se connaître. Parfois, ces rencontres sont riches, constructives et marquantes ; parfois un peu moins, ça arrive, c’est comme ça. C’est le jeu, on croit connaître quelqu’un : parfois on est conforté dans nos choix, parfois on se plante. Comme dans la vraie vie, mais avec des crayons et du papier en plus partout autour, c’est tout.

Parfois, même, se tissent de belles histoires.
Au fil des ans, PFC donne ainsi l’impression d’être un nouveau point de départ pour certaines d’entre elles. Le temps que j’ai passé avec Geneviève à Minneapolis durant l’été 2013, c’est l’un des trucs les plus chouettes arrivés depuis un moment. Parce que l’enthousiasme créatif était là du début à la fin, et que la sympathie, la disponibilité, l'envie de partager couronnaient le tout.
Chacune, chacun dira facilement qu’elle fait partie des personnes qui marquent par sa générosité.
Ça aussi, c’est un truc que les gens disent après une disparition : qu’est-ce qu’il était sympa ! Et généreux ! Du coup, ces formules tombent probablement à plat, mais les petites chanceuses, les petits chanceux qui ont croisé son chemin et qui liront ces quelques mots opineront du chef, a coup sûr : dans chaque dialogue, à chaque rencontre, Geneviève s’intéresse à la personne qu’elle a en face d’elle, tout simplement. Elle s’interroge, fait preuve de curiosité à l’égard de celles et ceux qui l’entourent. L’opposé d’une personne égoïste ou auto-centrée, dans cette société imposant chaque jour davantage l’individualisme comme modèle de cohabitation sociétale. Bref.
De la bienveillance, une petite montagne de bienveillance, voilà ce qu’est cette meuf, en plus de celle de talent(s) planquée juste derrière. Il fallait prendre un peu le temps d’aller s’aventurer sur son territoire, parce que toutes les bonnes choses se méritent : parce que nous sommes également ce que la vie nous a mis dans les pattes, on pouvait comprendre et apercevoir un peu de discrétion, de distance dans ce que Geneviève laissait interpréter de sa personne. Pour autant, il suffisait de frapper à la porte pour qu’elle s’ouvre, et que l’on soit invité à entrer alors dans un domaine de gentillesse, de sincérité, de simplicité.
Je sais, on ne dit que des belles choses des gens qui partent, c’est d’un convenu, etc. Rien à foutre.

Au retour de PFC#3, une fois revenu en France à l’automne 2013, j’ai continué à échanger avec elle au sujet d’expériences diverses que nous traversions un peu en parallèle, certaines pas forcément très folichonnes, d’autres beaucoup plus. Super contente de son expérience de PFC#3 (qui fût une sacrée belle édition aussi, à mes yeux), Geneviève parlait d’importer le projet du côté de l’Île de Vancouver, à Victoria. Forte de l’expérience de micro-festival qu’elle avait enclenché avec Phil (Elverum, son mari) et quelques autres et dans lesquels elle semblait vachement se retrouver, elle était sûre que Marc (Bell, qui était lui aussi à PFC#3) allait également être partant pour se lancer à ses côtés, et que nous allions nous atteler à monter une édition en Colombie-Britannique. Elle avait déjà branché des partenaires potentiels (que je ne connaissais pas) qui étaient chauds comme la braise… C’était l’un des 9876543 projets en l’air côté ChiFouMi, du coup : l’avenir est à portée de bras, suffit juste de le tendre assez, après tout.

Et puis, quelques mois plus tard, la belle et heureuse surprise : Phil et elle, après plus d’une décennie de vie de couple, allaient enfin être parents, alors qu’ils n’y croyaient plus (Phil évoque tout cela dans sa dernière note sur son site, je ne déballe pas des choses censées rester secrètes, je ne me le permettrais évidemment pas ; cette note est évidemment à se retrouver les deux genoux à terre, pas besoin de le préciser).

Au delà des quelques doutes qui devaient légitimement traverser leurs pensées de futurs parents, il n’y avait que de la joie, et ce bonheur éclaboussait à la ronde, malgré l’extrême discrétion avec laquelle ils avançaient leurs pions. La petite salamandre, avant même d’arriver fin janvier de l’an passé, apportait déjà des choses assez folles dans leurs existences, mais la nouvelle restait circonscrite à un cercle réduit. On le savait mais on l’aura compris encore davantage à ce moment, le couple de Geneviève et Phil ne sera jamais abonné aux mondanités, à la vie publique exposée, aux photos de leur vie partagée sur instagram ou facebook ; leur intimité, en tant qu'individus comme en tant que couple, jamais étalée. Ça n’est pas un hasard s’ils ont attendu aussi longtemps avant de lancer, enfin, un appel au soutien il y a environ un mois de cela : plus d’un an après l’annonce de la maladie de Geneviève, autant dire, sur l’échelle de la solitude éprouvée dans ces moments, une éternité.  Je dis "enfin" parce que cette solidarité exprimée depuis le mois dernier sur leur page, je n’en doutais pas un seul instant, j'espérais secrètement qu'ils le fassent plus tôt. Les deux ont su construire une fan-base de rêve au fil du temps : le talent, la simplicité, et une putain de sincérité, évidente et indiscutable. Au milieu d’un monde où il n’y a jamais eu autant d’artistes auto-proclamés vous invitant à liker leurs multiples pages quotidiennes de merde sur Facebook, certains êtres humains se distinguent simplement par la qualité de leur simple personne, qui transcende chacun de leurs boulots.
Geneviève, Phil : il n’y a rien d’autre à faire que de les aimer pour ce qu’ils sont. C'est un peu gnian-gnian, peut-être, mais là, maintenant, j'aimerais que ce monde le soit un peu plus, justement. Et je sais que je ne suis pas le seul : les gens qui aiment leurs boulots, qui les apprécient, qui ne les connaissent pas pour autant mais qui ont un disque ou un bouquin qui les a touché, qui leur a plu, ces gens-là ont répondu. C'était super émouvant, de voir comment cette cagnotte est très très vite montée dans les tours. C'était toujours ça de pris dans cette merdasse sans nom.

Les semaines, les mois ont passé. Lorsque la petite oursonne est née, fin janvier de l’an dernier, l’on sentait bien que tout était beau, que tout était pur du côté d'Anacortes. Et tout aurait dû le rester, parce que ces deux personnes avaient bien mérité de profiter de leur nouvelle vie.

Puis Geneviève, qui avait du mal à retrouver toute sa forme, a vite appris la nouvelle de son état déjà avancé ; une extrême, extrême violence s’est invitée, pour rester.
Une grosse partie de leur monde s’est probablement effondré sur-lui même à ce moment, sans nul doute. Comme pas mal d’autres et dans une moindre mesure, un bout du mien s’est écroulé aussi, car même si on croit être abonné aux injustices de ce monde (depuis le temps), à chacun d’y composer sa propre hiérarchie des choses impossibles à avaler, des trucs inacceptables que l’on nous oblige à digérer, de force. En ce qui me concerne et parce que je dois me sentir un tout petit concerné par ce point précis : qu’un enfant n’ait pas le temps de profiter de l’un de ses parents, même si l’on sait que "ça ira", que le monde tourne régulièrement depuis des millénaires sur ce mode, ça n’en demeure pas moins injuste au plus haut point. Avancer dans la vie avec quelque chose que l’on vous enlève, évidemment, c’est douloureux, triste à crever. Avancer dans la vie en partant dès le début avec comme un trou, c’est moins cruel mais c’est pas très chouette non plus.

Depuis les sinistres nouvelles de l’annonce de sa maladie, au printemps de l’an dernier, nous scrutions l’avenir, à attendre fébrilement des nouvelles.
Nous échangions avec celles et ceux qui pouvaient avoir les nouvelles les plus récentes, nous croisions les derniers échos d’Anacortes.
Parfois, c’était l’un de ces douloureux et longs emails collectifs, parfois simplement deux petites lignes personnelles comme volées au temps qui passe, cette notion qui avait plus souvent que jamais la gueule de l’ennemi. Plus rarement, c’était une enveloppe dans la boîte aux lettres, reconnaissable entre dix mille avec cette écriture manuscrite toute ronde et minuscule, l’écriture magnifique de Geneviève, et à chaque fois nous retenions notre souffle en ouvrant l’enveloppe.
Parfois, les nouvelles étaient presque bonnes, elles témoignaient d’un simili statu quo qui nous faisait nous dire "ça n’est pas une rémission, c’est seulement un peu de temps en plus, mais c’est déjà ça de pris". Parfois les nouvelles étaient plus sombres, et l’on savait que la terrible annonce initiale, celle d’une fin annoncée, qui donnait l’impression de circonscrire toute une existence à une période butoir, n’était un sinistre yo-yo. De l’extérieur de cette histoire, comment se réjouir qu’une maman puisse au moins célébrer le premier anniversaire de son enfant, au prétexte que cela n’était pas gagné d’avance, pas annoncé comme tel ? Et puis les mois passaient, mine de rien. Des hauts, des bas, des choses presque rassurantes, d’autres pas du tout. 

Jusqu’à samedi dernier, donc.
A 35 ans, Geneviève Elverum avait donc succombé à cette merde.

Toutes celles et ceux qui l’aimaient sont tristes, tout le monde pense à Phil et à la petite.

Comme je l’ai fait à l’annonce de sa maladie, je me prends à réécouter ses disques, à relire ses bouquins, à lire les mille trucs qu’elle postait sur son blog. A chercher un peu de cette chouette personne dans ce qu’il y a là, autour. Certaines pages, certaines chansons, certaines notes de blog sont tellement belles, plus solaires que jamais. Mais pour d’autres, c’est tellement dur que je suis incapable d’aller jusqu’au bout, alors je ferme le bouquin, je change de disque, je pense à Phil et à leur petite fille, je me dis que j’ai eu de la chance de la rencontrer, cette Geneviève, je me dis que nous autres avons de la chance malgré tout car nous avons toujours des bouquins, des disques, des souvenirs, puis je réalise que c’est pas demain la veille que je pourrais m’auto-convaincre d’une telle connerie, je réalise que c’est juste super triste et super injuste, et au diable les livres, les disques, les souvenirs, au diable toute cette merde, je réalise que j’écris ces conneries sur mon blog qui chaque jour floute décidément davantage la frontière entre "journal de bord" et "carnet intime", je réalise que je n’ai aucune idée de ce que je dirais à Phil lorsqu’enfin, je le rencontrerai, je réalise qu’il n’y aura peut-être rien à dire, tout comme il n’y finalement rien à dire aujourd’hui.

Si ce n’est que Geneviève va nous manquer, énormément.
Elle nous manque déjà.
Je suis super triste.

ps : pour apporter un gramme de soutien à leur enfant et à son papa, c’est plus que jamais d’actualité ici : https://www.gofundme.com/elverum
ps3 : celles et ceux qui lisent ça et qui se disent "j’ai jamais rien lu de cette autrice, moi, tiens, par où commencer ?" : deux livres pour vous, chacun très différents l’un de l’autre et plutôt récents, mais qui me semblent bien relier deux points du continent genevièvien : "Susceptible", dont je conseille la version française parue à L’Apocalypse car sa fabrication est vachement plus classe que celle de la version US (très bien aussi malgré tout, évidemment), et "Maman Sauvage", paru quant à lui plus récemment à L'Oie de Cravan, que je ne remercierais jamais assez de m'avoir fait découvrir le boulot de Geneviève.


EDIT DU 13 JUILLET 2016 :
Anders Nilsen a écrit quelques lignes pour The Comics Journal, c'est à lire ici.


6 juillet 2016

Hi(gh) Fi(ve) on and on.

Les cools sessions de notre petite émission de radio Hi(gh) Fi(ve) s'enrichiront bientôt d'une nouvelle spéciale fin de saison.
Ça se passe dans trois semaines et comme d'habitude, ça sera retransmis en live sur les ondes de Radio Bip ainsi que sur leur site, avant d'être ajouté aux nombreuses émission déjà en ligne sur le site de l'émission.

Un jour qui ne ressemble à aucun autre...

... je suis allé passer l'après-midi avec un copain que je vois d'autant plus rarement, depuis que j'ai déménagé. On avait rendez-vous sur la plage du bled à côté, où d'autres potes à lui ont leurs habitudes. J'y suis allé en vélo, c'est à un petit quart d'heure en vélo, il faisait beau, il faisait chaud, j'ai rempli ma bouteille d'eau et hop.

Je suis rentré en passant par des petites rues que je n'avais encore jamais emprunté, toujours sur mon vélo, jusqu'à ce que je passe à côté d'un moineau par terre, au milieu de la ruelle. Je me retourne et je vois que mon passage ne semble pas l'avoir effrayé : est-il hagard, est-il trop jeune, je n'en sais fichtre rien. Tout ce que je sais c'est que si j'étais passé plus vite dans cette ruelle, je l'aurais éclaté sans l'apercevoir.
Après avoir progressé de quelques dizaines de mètres, je me dis que ce con finira écrasé par un truc plus gros que mon pneu : je fais alors demi-tour et je pose mon vélo sans faire trop de bruit contre un mur pas trop près, pour ne pas effrayer la bestiole.

En m'approchant de l'oiseau, je remarque que sa poitrine est couverte d'un duvet un peu hirsute, je me demande s'il n'est encore qu'un oisillon un peu gauche, probablement me dis-je. Je me penche et j'essaie de stimuler son envol, en faisant de lents petits moulinets de la main, pour l'éloigner. Il finit par décoller, fait une sorte de grand bond de quelques mètres en hauteur et redescend aussi sec, pour finir son court vol au pied d'un portail à l'entrée d'une petite allée discrète, donnant sur la rue par laquelle j'étais arrivé.
Je vais jusqu'au pied du portail, à petit pas, m'apprêtant à le prendre entre mes mains, le couvrant de part et d'autre, persuadé qu'il allait paniquer et s'envoler. Mon but est d'aller le poser un peu plus loin dans l'allée, qu'il se retape. Enfin, j'ai aucune idée de son état général, est-il sonné ou à la masse, est-il trop jeune pour avoir quitté le nid, je n'en sais rien mais en ce moment précis, c'est l'enfant de huit ans en moi qui s'active, refusant de rester impassible devant le sort de cette petite bestiole. Le démiurge en t-shirt que je suis alors ne le sait pas encore, mais il va vivre un truc assez fort, même si ce truc est proposé par un truc qui pèse quinze grammes tout au plus.

Je bouge un peu mes mains, j'essaie de m'en saisir délicatement. Je sens quelques coups d'ailes, et en entrouvrant mes mains, je vois le moineau, immobile au creux de mes mains.
J'écarte davantage les mains qui l'englobe, il peut partir à tout moment mais je ne souhaite rien d'autre, au fond. L'oiseau saute sur mon index, n'en bouge plus durant quelques secondes. La stupéfaction n'a pas le temps de me cueillir, mon dispositif personnel de protection animale est en pilotage automatique et prend le contrôle de mon corps : conscient qu'il peut s'envoler à tout moment, je me dis que l'emmener aussi rapidement que possible -mais sans mouvement brusque, pour autant !- est la chose la moins conne à faire.
Je fais quelque pas en soulevant la main à hauteur d'un muret dans la continuité du grand portai, espérant qu'il saute dans le bosquet qui en dépasse. On sait qu'un oiseau au sol est la proie facile des chats qui rôdent. Mon premier réflexe se solde simultanément par deux échecs : je réalise qu'un chat peut très facilement se hisser sur le muret en question, après tout. Et l'oiseau, au même moment, fait un tout petit saut, insuffisant pour monter dessus et décide donc de s'envoler, en direction du fond de cette allée tranquille, illuminé par le soleil déjà bien déclinant.

Je me dis "oh, tant mieux !" en regardant le vol du petit moineau dans la belle lumière de ce début de soirée, mais après quelques secondes à peine, j'observe que l'oiseau décrit une sorte de grande suite de "8" à différentes hauteurs, qu'il semble arriver à mi-chemin dans l'allée, qu'il pourrait aller sur la droite, dans ce qui ressemble un petit jardin d'arbres fruitiers, ou tout à fait ailleurs, ou sur un toit, j'en sais fichtre rien, mais non : le voilà qui revient en ma direction, vers l'entrée de la ruelle.
Il revient, indubitablement, et à peine ai-je le temps de réaliser qu'il se rapproche qu'il est déjà là, hop, sur mon doigt, instinctivement encore tendu en l'air. Le temps de rester quelques secondes sur ce doigt, les petites pattes le serrant juste assez pour se tenir bien droit, le temps de réaliser que c'est assez chouette d'observer un oiseau s'approcher de moi de la sorte, et déjà il repartait. Cette fois, au fond de l'allée, en tournant au delà du muret, derrière, là où les branches des arbres fruitiers laissaient présager un bien chouette endroit pour aller voler comme un moineau.
J'en ai vu combien, des moineaux, dans ma vie ? Quand j'étais gamin, à la campagne ? Un peu plus tôt, à la ville, dans les parcs, au fond du jardin sur le fils électriques ? En terrasse, lorsque les plus téméraires s'approchent de ton verre, sur la table, espérant une miette ? Combien ? Des centaines ? Des milliers ? Combien il en aura fallu, des moineaux, avant que l'un d'entre eux ne s'approche de moi à ce stade ?

L'oiseau est parti, il est revenu, sur mon doigt d'homme, et c'est probablement un peu con et puéril, mais j'ai rarement été aussi ému de toute ma vie.

*EDIT*, quatre heures plus tard, en y repensant et en refaisant le trajet effectué sur googlemap : tout ça s'est donc déroulé dans la rue Saint-Exupery, et la ruelle dans laquelle mon nouveau copain éphémère est reparti vivre sa vie d'oiseau est la rue du Fief. Je ne sais pas si tout ça est incroyablement intéressant, mais bon : c'est mon blog, je fais ce que je veux, non mais oh !

3 juillet 2016

Rivers, plains, oceans : Ganges #5.

L'une de mes toutes meilleures lectures (en retard) de 2016, tous bouquins confondus, haut la main.

Une fois encore, et peut-être encore plus que d'habitude, le lecteur est sollicité de toutes parts : le rapport au temps qui passe (celui de l'auteur, du narrateur, du lecteur) est depuis longtemps l'un des moteurs huizenguesques -oui, huizenguesques, parfaitement- mais ce 5ème numéro de Ganges (qui peut se lire indépendamment des précédents) est une formidable manière de constater que cette large exploration peut décidément stimuler certains auteurs de manière très durable.


Là où par exemple McGuire, avec Here ("Ici" dans version française chez Gallimerd), revisite à 25 ans d'intervalle une même idée (idée formidable dès sa première formulation en 6 pages en 89, plus encore que sa forme de livre l'an passé, mais c'est un autre sujet), Huizenga, quant à lui, creuse régulièrement le sujet en repoussant à chaque fois davantage la manière d'exploiter ce qui peut se passer dans une page de bande dessinée.
Tout ça en injectant là-dedans pas mal de choses plus personnelles que cela ne pourrait en avoir l'air, mais sans jamais tomber dans l'autobio frontale telle qu'on en lit pas mal.
La grosse classe.

Pour acquérir le cinquième numéro de "Ganges" de Kevin Huizenga, ça se passe ici ou là, sur le site du distributeur (Fantagraphics étant davantage le diffuseur de l'éditeur sur ce coup) ou encore, par exemple, du côté de Spit And A Half.

28 juin 2016

Partie 101 / page 231 : La vie d'usine.

Cela m'aurait pourtant semblé bizarre -voir impossible- d'associer, d'une manière ou d'une autre, cette maudite ville-mélasse jurassienne dont je me suis extirpé très fébrilement à l'adolescence, et l'œuvre précieuse d'un auteur contemporain qui ne choisit pas entre le dessin, la musique, l'écriture, et dont je suis très admiratif.

Et pourtant, voilà : je termine donc ce soir un énième bouquin de Fabio Viscogliosi et désormais, en tombant sur son boulot, je vais penser aux moches cheminées de l'usine Solvay à Tavaux, aux rades dolois où j'ai passé beaucoup trop de temps.
Qui l'eut crû ? Pas moi.

27 juin 2016

Jeff Parker "The new breed" (International Anthem, 2016).


Jeff Parker, également connu pour mille projets (dont son trio ou son quartet, ou encore Tortoise ou Isotope 217) vient de sortir un disque qui a le cul entre mille chaises, et qui personnellement me ravit.
Le disque est disponible sous toutes ses formes via International Anthem sur leur page bandcamp ici-même.
Chicago > rotw.



26 juin 2016

View-Master

Aujourd'hui, entre deux conneries et un apéro à la cool entre copains sur la plage, j'ai pécho pas cher sur le vide-grenier de mon bled un vieux View-Master en super état, un modèle de la série C (qui date de la fin 40's/début 50's), tout en bakélite, rhââââ, quelle joie. C'est pas le plus vieux de cette série (pour les puristes : j'ai pas la ligne de contour autour des infos de licence/fabrication côté yeux...) mais j'en ai rien à foutre, il est dans un état DINGO alors je suis bien content, dites.
Il me permet de voir pas mal de choses, et notamment dans le futur :
- demain : il fera beau alors je vais encore aller me baigner.
- après-demain : il fera beau alors je vais encore aller me baigner.
- semaine prochaine : bon on verra bien.

PS : US friends, I'm still trying hard to find more and more old VM reels so if you got some old stuff sleeping in some dusty box upstairs, please think about ol' uncle Ju, who'll be more than grateful, for sure. In France, except for fascists policemen, you can't find anything for cheap nowadays.



(oui ces photos sont assez lamentables mais j'avais la flemme de faire autre chose que de dégainer le Photo Booth d'apple, il est tard, allons nous coucher, plutôt).

13 juin 2016

So, this lion walks into a bar...

Je déballe encore des cartons et je range des trucs et je retombe sur un exemplaire du bouquin issu de PFC#3 (2011), la résidence de création collective de l'Association ChiFouMi.
Un bouquin en sérico autour des douze travaux d'Hercule, où chaque auteur en résidence aura contribué. Je m'arrête sur cette page de Matti Hagelberg, que je partage pour celles et ceux n'ayant jamais eu ce bouquin entre les pattes :


Heureusement, cette existence ne nous réserve pas seulement de sales surprises.