11 mai 2013

Pierre Feuille Ciseaux #4, Minnéapolis, août 2013

Tout est dans le titre, mais également sur le site de l'association ChiFouMi.
(if you don't read french that much, you got to know that the ChiFouMi website is now available in english, too. Improvement at is best. Well, maybe).

Of course : many, many more to come...


3 mai 2013

This remind you of anything, Jack?

Faire une note de blog pour signaler qu'une autre notre de blog, vieille de plus d'un an, a été mise à jour, voilà bien qui relève d'un abus proprement scandaleux. Quand bien même cette mise à jour ajoute une petite tartine à grosse tartine, plus ancienne celle-là.


Oui, mais j'ai du pain sur la planche, et plein de trucs sur le feu : bientôt de belles nouvelles choses ici-même, promis.
J.

11 avril 2013

Balagne, partie 76632654.

Ces derniers jours, nous sommes allés faire des fanzines et boire des coups pour l'anniversaire de BD à Bastia (avec l'asso ChiFouMi). Comme à l'accoutumée, c'était rudement cool.
Ensuite nous sommes allés quelques jours en Balagne. Comme à l'accoutumée, c'était rudement cool aussi.















17 mars 2013

Svakt #002 : out NOW.

La seconde référence du label Svakt est donc dispo, après un weekend de mise sous pochette, de plis, d'insertion de carte download, de stickage intensif, de tamponnage, de numérotation à la main, et de bouffage de bagels entre copains.
C'est ici : http://www.svakt.net

Premières expéditions demain, direction le moôôôonde entier.

14 mars 2013

Hors du pieu.

Entre trois tours de piste, quelques trucs.

Les gens connaissent peut-être l'histoire de la relation entre Marina Abramović et Ulay, qui furent en couple durant une vingtaine d'années. On apprécie ou pas les œuvres et les performances qu'ils donnèrent alors,  mais ce n'est pas sur le terrain glissant de l'art corporel et/ou de la performance que je veux aller, oh que non.
Leur séparation, dont on ne sait pas vraiment si elle donna lieu à une étonnante performance ou si c'est cet ultime projet artistique qui engendra la dite rupture, fût à la hauteur de leur relation et de ce qu'elle eût de plus productif pour leur public : partis chacun d'une extrémité de la Grande Muraille de Chine, ils se retrouvèrent en son centre après six semaines de marche. Leur croisement devait signer la fin de leur relation, avant que chacun ne continue sa route, s'éloignant irrémédiablement de l'autre, à jamais.


Quelques années après leur séparation, le couple se retrouve, alors qu'Ulay s'invite lors de performances donnée par Marina au MoMa, en 2010, lors d'une rétrospective qui lui était consacrée. Au paroxysme d'une série d'interventions où Marina composa avec une empathie symbolique qui marquera les spectateurs alors présents, son ex se pointe, se pose en face d'elle, et...


... mais la réalité est un peu moins belle, bien évidemment.
Si l'on s'en tient à cette vidéo, aux commentaires glanés ici et là sur les internets, on aura donc l'impression qu'après des années sans se voir, Ulay débarque et que la reste n'est qu'émotion et belles choses. Aaaaaah !
Il semblerait qu'il n'en est rien et qu'Ulay avait participé notamment à plusieurs actions dans le cadre de la rétrospective, et qu'il avait assisté son ancienne dame sur diverses préparations en ce sens. A cette lumière, on se sentira un peu déçu, on en aura le droit, on pourra hurler à l'escroquerie, ou bien tout simplement s'en tamponner et se contenter de recevoir ce que ces deux-là ont monté, ont donné.
On voit bien ce dont a envie, finalement. A chacun de choisir.

Rien à voir, si ce n'est l'éloignement de certaines émotions artificielles, avec un film sorti de la cave humide des amis de Triptyque Films.
Samedi dernier, j'ai passé une petite heure à me sentir touché par l'étrange insularité qui émane de Physiopolis IV, leur dernier "documentaire mis en scène". Un curieux mélange d'images d'une île à l'histoire étrange, planquée quelque part au milieu de la Seine, où Cézanne et Zola séjournèrent, puis une ou deux générations de naturistes, avant que Guillaume Massart et Adrien Mitterand décident d'aller y chercher la matière d'un nouveau film.
C'est de l'étrange au sens de ce que l'on ressent (et pas au sens d'X-Files : oui on est sur île semi-oubliée, mais rien d'autre) qui habite ce film, et tout y a sa place.


PHYSIOPOLIS IV - bande-annonce from Triptyque Films on Vimeo.

Et j'aligne les mots, les phrases, les virgules et les parenthèses comme si tout cela pouvait avoir une importance.
Pendant ce temps là, Pacôme Thiellement, de son côté, démonte la tête du Baron Haussmann et propose une exégèse de la dépression. Quand on connaît un peu les champs cultivés par le bonhomme, on se doute que ça n'est qu'un des nombreux bouts de ficelle qu'il nous tend, et qu'il va falloir rembobiner, et rembobiner encore, pour découvrir l'immense pelote pleine de nœuds qui lui sert d'animal de compagnie.
Pâcome restitue quelques morceaux de tout ça sur plusieurs semaines au Monte-en-l'air, librairie-mais-pas-seulement qui sert de quartier général à tout ce qui est valable à Paris.
Cela s'intitule sobrement "Satan Trismégiste" et la résidence s'ouvrait sur une conférence inaugurale dont les gens de bon goût de chez Remue.nethttp://remue.net/spip.php?page=sommaire proposent une captation tout à fait digne d'intérêt :


"Satan Trismégiste", conférence inaugurale de Pacôme Thiellement avec Olivier Mellano from remue.net on Vimeo.

Dans un registre plus... jaune, peut-être : Oli (de TTDMRT), le sérigraphe préféré du label discographique suisse Svakt, passe deux fois la dernière couleur des impressions accompagnant la seconde référence du label, dans une vidéo que je voulais intégrer quelques lignes plus bas, sans succès. A moins d'aller sur votre page facebook et d'aller cliquer partout sur celle de TTDMRT.
Ce second disque est toujours tiré à 300 exemplaires, et ce weekend, il sera numéroté et signé, mis sous pochette plastique épaisse, agrémentée d'un sticker informatif, d'une carte de téléchargement de la version MP3 du morceau de près de vingt minutes proposé par Aoki Takamasa sur la face A du vinyl en question. Ce disque est évidemment préalablement inséré dans une pochette comportant le visuel (une photo de Momoko Seto déviée par Nancy Peña) ainsi que toutes les informations et crédits le concernant, lui-même calé dans cette grande impression vierge de tout texte, embelli de cette belle sérigraphie qu'on voit là, juste dessous :


Enfin, je vais de ce pas aller au lit pour relire (luxe suprême) le merveilleux, merveilleux livre de Ron Rege Jr édité en France chez Cornélius, "Skibber Bee-Bye". Ron Rege Jr n'est pas souvent publié en France, et ce petit livre sorti tardivement est un paradis en papier. Entre deux traductions, on peut se ruer sur ses bouquins ou sur son tumblr, par exemple.
Il y a des envies qu'il faut savoir écouter.
Et en parlant d'écouter, on peut écouter Ron faire de la batterie au sein de Lavender Diamond, on peut le voir aussi, comme dans cette vidéo récente :



Lire Ron Rege Jr avant de s'endormir stimule le bon sommeil, qui viendra en forme virer le sommeil foireux hors du pieu.
Satisfaction guaranteed.

1 mars 2013

It's insoluble, to man or machine.

Entre douze tonnes de trucs en retard, je fouine un peu dans ce qui existe, dans ce qui est paru (et qui est trouvable à droite ou à gauche - lire : sur les internets...) au sujet d'une chouette série télévisée anglaise datant de 1967, et que je me suis intégralement envoyée récemment, grâce au bon goût de madame en ce qui concerne les cadeaux d'anniversaire...
Trop de choses m'intriguent au sujet de The Prisoner, et j'en suis à vouloir vraiment certaines réponses. Non, pas celles-là ; ce serait trop facile. D'autres, pardi.

Et au hasard de mes recherches, je suis tombé sur cette affiche.
Alors je la poste, c'est parfois aussi simple que ça, l'existence, n'est-ce pas.


Admirez au passage le line-up de musicos, n'est-ce pas. En ce temps, ça déconnait pas, hein.



Ça, c'est justement un morceau qui apparaît dans le dernier épisode de la série en question ; rien à voir avec le film, si ce n'est la présence de McGoohan, donc.

Ah, ouais, pendant que j'y suis, à remuer série et musique dans ma petite boîte crânienne...
Le sixième épisode de la dite série ("The General") comporte un passage musical d'importance, ici, à 37'35 (oui, il s'agit de l'épisode entier, le bon moyen de succomber ; ou pas du tout) ; aaatttation, tendez l'oreille hein :



Bon, on entend cet interlude sonore à plusieurs reprises durant l'épisode, mais c'est à ce moment précis que l'on peut l'entendre le plus longtemps. Je vous laisse aller fouiner pour identifier qui était le compositeur ou l'ingé son sur cet épisode précis, mais... Ces quelques secondes sont précisément celles que Luke Vibert aura intelligemment pompé pour ce qui est, en ce qui me concerne, l'un de ses plus chouettes morceaux, qui a bientôt une douzaine d'années, ce qui ne nous rajeunit pas (ce morceau me fait invariablement penser à mon copain Feet ; mais je digresse) :



Voilà, je voulais juste en profiter, quoi...

Non, j'ai pas grand chose d'autre à dire, si ce n'est que dans les jours qui viennent, si tout va bien, je profiterais de ce petit espace "hors de facebook" pour poster quelques nouvelles fraîches, de belles nouvelles.
La vie n'est qu'un cycle, puisqu'on vous le dit !
Bonne nuit.


25 février 2013

Touristes

Quelques photos d'un mini-road-trip "dans le sud", ces derniers jours.
 
Au programme : du caviar d'aubergines à Avignon, et les grognements de Chispita, la chienne de garde du prolétariat ; de la neige dans le Var : les embouteillages qui en découlent, et l'horrible découverte de l'existence de Radio Vinci Autoroutes ; la falaise impressionnante de Fontaine-de-Vaucluse, sa source (plutôt : son gouffre, "la voix enrouée des eaux" d'après Pétrarque) et sa papeterie renommée, Vallis Clausa ; du vent et de la neige sur les plages méditerranéennes (c'est pas comme si on y était pas habitués) ; dans le Luberon, Gordes et ses bories en pierre sèche, qui se comptent par milliers ; et pas mal de conneries racontées entre deux étapes, il faut bien le dire.
 





 







13 février 2013

Tout frais tout chaud

Complètement oublié de signaler la sortie en librairie du nouveau numéro de la revue Jade, dont le gentil éditeur 6 Pieds Sous Terre m'a sympathiquement proposé de partager les clés le temps d'un numéro. 

Jade 354U
(son doux petit nom, correspondant à une magnifique couleur Pantone d'un vert fort agréable, de mon avis) est donc dans toutes les bonnes librairies depuis quelques jours, et il est le point d'entrée d'une nouvelle manière d'envisager ce périodique traitant de la bande dessinée à travers différents angles d'attaque : présentement, il s'agit de laisser les rennes à chaque nouveau numéro à une personne susceptible de contribuer à l'exploration d'un sujet particulier, toujours en rapport avec la bande dessinée. Le sujet assez vague du "libraire" s'étant assez rapidement imposé parmi les pistes à développer, on m'a donc proposé de contribuer à l'effort collectif...
Tout cela s'est fait à une période un brin compliquée pour ma pomme, mais j'ai été flatté de voir mon nom associé à cette revue mythique qui, si elle a vécu bien des transformations et des mutations en une vingtaine d'années (mazette, déjà...), demeure une des rares initiatives s'orientant sur cette bande dessinée, celle-là même qui me semble digne d'intérêt.



Au sommaire, une ribambelle de gens talentueux, dont Ambre, Nicolas André, Alex Baladi, Bert, B-gnet, Fabrice Erre, Fabcaro, Fafé, Terreur Graphique, Fabien Grolleau, William Henne, Icinori (pour une sacrément chouette couv, à mes yeux), Oriane Lassus, Matthias Lehmann, Nicolas Moog, Julien Nem, Charles Papier, Tony Papin, Nicolas Pinet, Benoît Preteseille, Anouk Ricard, Gilles Rochier, Tofépi et Isaac Wens, ainsi qu'un entretien mené par votre bigleux favori avec quelques uns de ses potes librairies d'ici et d'ailleurs.
Ce nouveau Jade ne coûte que dix boules pour 80 pages pleines de points de vues et d'images du monde de la bande dessinée d'aujourd'hui, et si vous ne le trouvez pas en librairie, demandez-le à votre libraire : ça ne lui coûtera rien de l'avoir en rayon sous quelques jours, et si vous pouvez éviter d'engraisser amazoun et consorts le temps d'un bouquin, ne serait-ce que pour la symbolique du truc, bande d'enflures, ça serait chouette.
Je remercie ici publiquement Juliette et JP-de-chez-6P, pour avoir ouvert les pages de cette chouette revue à ma pomme, et pour avoir insisté alors que j'arrêtais pas de leur dire que j'étais trop occupé et que j'en avais marre de faire plein de trucs à moitié pour manque de temps : bilan, ce sont eux qui ont surtout taffé comme des tordus alors que j'invitais les copains à rejoindre la fête... Et puis je remercie tous les copains qui ont contribué à ce numéro, auteurs et libraires, et qui ont répondu présent à ma petite invitation. Et puis la clique habituelle de chez Six Pieds que l'on retrouve à chaque numéro, évidemment. Ca fait déjà pas mal de monde, alors j'arrête ici.

En rab, un entretien entre LL de Mars et Jérôme, le fameux Jérôme de la Librairie Alphagraph, probablement la plus chouette des librairies de tout l'ouest de la Fransse, est disponible ici-même sur le site de LL, et puis à venir, l'intégralité du long entretien mené avec les copains libraires ; parce que oui, on a coupé un peu pour la version papier, sinon on aurait du racheter La Pléiade et Six Pieds n'avaient pas l'air chauds pour cet investissement.

EDIT du 19/02/2013 :L'ami Henri Landré, de l'excellente radio nantaise Jet FM, a pris le temps de lire ce numéro de Jade, et d'en tirer quelques premières réflexions à chaud. Les choses qu'il a apprécié comme celles qu'ils soulève sont autant de points sur lesquels une nouvelle fois, je me range à ses côtés : le bougre a raison sur ce qu'il note. On y reviendra très prochainement ! Et en attendant on peut écouter cette émission ici-même. Merci Henri !


5 février 2013

Académie = Jury = Caca ≠ Willem.

Je suis dans le train qui me fait traverser notre beau pays d'ouest en est, et je n'ai aucune envie de travailler, traînant avec moi un peu de cette persistance angoumoisine : sans parler un seul moment de l'ensemble de propositions émanant du festoche, j'ai passé de très très beaux moments, riches en belles rencontre, en magnifiques confirmations, en bons moments passés en toute simplicité dans l'ombre des puissances industrielles qui n'ont pourtant pas manqué d'essayer de nous faire prendre de la lessive pour des antennes. J'ai raté quelques unes des grandes lignes "événementielles" du festoche : j'ai vu l'expo des flamands (qui claquait), j'ai vu l'expo de Jano trop rapidement, j'ai bouffé du OFF et fait une rencontre (pas pu assister à celle de Paul Gravett sur Kirby : 55 places, pour trois fois plus de demandes...) mais à part ça... Bon, j'ai claqué des sous au OFF (incroyable cette année : probablement le meilleur OFF vécu à Angoulême pour ma part) et sous la bulnouyork, mais ça c'est à chaque fois.

Et ce matin, je constate que ce petit monde de la bande dessinée grogne, râle, se plaint : avoir choisi Willem comme grand prix de cette 40ème édition semble donc être du foutage de gueule (je reste dans les termes polis lus ici et là) : d'après certains d'entre eux, Willem est ce type qui fait du dessin de presse, pas de la bande dessinée.
Drôle de retombée d'après-festoche ! Déjà l'arrivée sous les auspices d'un festoche voyant Pénélope Bagieu décorée Chevalier des Arts et des Lettres, ça sentait moyennement bon... Bon.



J'avoue ne plus comprendre mes contemporains : s'il s'agit de critiquer le mode d'attribution du prix, ou s'il s'agit de dire qu'on lui préfère l'un ou l'autre des autres "candidats finaux", je puis éventuellement comprendre, et puis les remises de prix, les élections, c'est fait pour qu'on les commente, minimum. Visiblement, les auteurs ont élu 5 auteurs, et Willem n'était pas celui qui avait récolté le plus de suffrages : les membres de l'académie ignoraient le boulot de certains auteurs, ce qui n'est guère étonnant. Scandaleux, par contre, ça l'est pas mal...

Mais contester Willem comme président d'un festival de bande dessinée en prétextant qu'il n'en fait pas (ou peu), c'est tout simplement lamentable.
D'abord parce que Willem a signé quelques unes des plus belles pages de ce qui peut être étiqueté comme "de la bande dessinée" ; la bibliographie du bonhomme, uniquement dans le champ de la bande dessinée, est méchamment conséquente, mais je pense surtout au 30x40 publié il y a une grosse vingtaine d'années chez Futuropolis (l'original), livre qui m'a considérablement marqué, tant sur le fond (une critique -en forme de salade de baffes dans la gueule- de la marche de notre monde, qui passe par une énumération graphique des plus gros enculés que notre belle société humaine ait connu) que sur la forme (un gigantesque jeu de piste narratif construit autour d'une galerie de portraits et de hauts-faits -et de moments moins connus).

Ensuite, parce que les petits canaillous et autres réacs qui hurlent au scandale de voir un type surtout connu comme dessinateur de presse et satiriste érigé soudainement comme maître de la bande dessinée sont à peu près les mêmes que ceux qui n'en finissent plus de vouloir faire rentrer le numérique comme forme légitime de l'ensemble de ce qui constituerait la bande dessinée. On apprend donc que l'on englobe à peu près ce que l'on veut dans le petit monde de la bayday, selon de quel champ on se sent le plus proche. Ok ok ok.

J'en viens donc à préciser mon point de vue : cette compétition (qui comme les compétitions n'a finalement ni queue ni tête : quel classement à jamais arrangé la marche du monde ?) a donné Willem vainqueur devant des monstres comme Otomo, Ware ou Alan Moore : autant d'auteurs qui sont (ou ont été) éminemment importants dans mon parcours de lecteur, mais tout comme Willem, mais de manière différente... Je ne suis pas particulièrement amateur de Toriyama mais je veux bien tout entendre au sujet de son importance en tant qu'auteur, ne connaissant que peu de choses du bonhomme.
Là où je veux en venir : Moore est essentiellement reconnu comme scénariste ; ses rares contributions à la bande dessinée en tant que dessinateur sont trop peu marquantes pour qu'on les retienne dans ce qui aurait motivé son prix (attation, cela ne fait pas de lui quelqu'un de non légitime -à mes yeux en tout cas-, mais c'est probablement trop peu pour tous ceux pour qui "le dessin est plus important que le reste", et ils sont nombreux).
Otomo, lui, est essentiellement reconnu pour UNE œuvre essentielle qui aura marqué à jamais un pan de l'histoire de la bande dessinée, certes, mais qui masque largement ses autres réalisations.
Chris Ware, enfin, me semble être le seul à pouvoir être envisagé comme aussi important dans ce qu'il aura pu apporter : inventeur et faiseur virtuose, formidable analyste de sa propre existence, toute sa bibliographie témoigne d'une volonté de toujours aller de l'avant. On tient là un vrai progressiste, et les quelques œuvres-balises laissés derrière lui parlent pour lui : entre le Jimmy Corrigan d'il y a déjà quelques années et le plus récent Building Stories, difficile de ne pas voir là l'importance du bonhomme dans l'histoire de la bande dessinée.
Quand à Toriyama, pour les raisons évoquées plus haut, et même si j'ai trouvé des qualités à Dr Slump ou aux débuts de Dragon Ball (dans un registre fantaisiste, le bonhomme a considérablement fait preuve d'imagination, il faut le reconnaître), j'ai du mal à comprendre sa présence dans la sélection finale.
Je le répète pour que ça soit clair : je suis à genoux devant Chris Ware, Otomo m'a marqué à vie, Moore aussi, lui qui est probablement mon scénariste favori. Bon bon bon.
Mais donc, Willem, pas les autres. Ouais ouais ouais.
Lorsque je pense au nombre d'œuvres obscures mais essentielles que le vieux moustachu m'a permis de découvrir via ses nombreuses pages de critique/conseil publiées dans la presse ici ou là au fil des années (et jusqu'à il y a quelques mois encore !), je me dis qu'il n'y a pas de crainte à avoir sur ce que le vieil hollandais saura imaginer pour la programmation de l'an prochain.
Lorsque je songe à sa production complètement folle, outre le 30x40 cité plus haut (et son cadet paru tout récemment, que je n'ai pas encore eu le plaisir de lire), je pense évidemment à Libé, mais je pense aussi aux nombreux ouvrages publiés par Cornélius ou les Requins Marteaux, qui ont depuis longtemps saisi l'importance du bonhomme : on tient là des éditeurs tournés principalement sur la bande dessinée qui ont ouvert grand les portes de leurs catalogues à un auteur qui n'aurait rien à y foutre ? Je souhaite à chacun de prendre le temps d'en savoir plus sur le bonhomme, au delà de son talent et de sa production : il existe un très chouette documentaire qui tourne autour de la vie incroyable de Willem, réalisé par Pierre-André Sauvageot, on y comprend mieux des choses que l'on savait (le Willem rédac-chef de feu Charlie Mensuel, le Willem fouineur et prescripteur ouvert sur le monde) et d'autres que l'on savait moins (j'ai été pour ma part assez marqué par des initiatives éditoriales comme le magazine Surprise lancé par Choron -et censuré sous Poniatowski-, aventure qui ne dura pas longtemps mais qui permit à tant de lecteurs héberlués de se manger du Bazooka, de l'Ever Meulen, et plein de ricains foufous célébrés par la suite...)

Willem est venu à plusieurs reprises à Besançon, et à chaque fois c'était un délice. Le bonhomme envoie chier ce qui l'emmerde, il est vivant et ça éclabousse, mais il peut parler du trait d'untel pendant une plombe en prenant le temps de donner des détails dingos, souvent en forme d'anecdote, qui ne font rien d'autre qu'apporter à chaque fois un peu plus d'ampleur au respect qu'on a envie de lui porter. Et puis sa modestie pourrait être partagée avec d'autres, tellement il en a en réserve, le bonhomme.

Les ronchons qui pensent que Willem est d'une autre époque et qui pleurent Otomo ou Moore sont risibles : le meilleur de ces types date au mieux du tournant du siècle dernier, et n'ont finalement guère brillé depuis (Ware mis à part, une fois encore - décidément). Willem a traversé un peu plus de décennies que ses compères d'un jour, mais son importance n'est pas moins éclatante que les autres.
Celles et ceux qui beuglent au scandale en étant persuadé que Willem est dépassé ou pas à sa place feraient bien d'aller gratter un peu du côté du hollandais au teint rosé (comme le pinard) : lui fait preuve, à son grand âge de papy croûton, de bien plus de curiosité et d'ouverture d'esprit qu'eux.
Willem grand prix ? Même si fondamentalement, je m'en tamponne des reconnaissances de ce type, je suis bien content, et encore davantage si ça fait chier de vieux réacs persuadés qu'il sont plus "dans le sujet" ou "dans l'instant" avec leurs préoccupations lorgnant du côté de l'évolution du support, versant numérique notamment.
Bravo Willem !

Bon, Angoulême, sinon.
J'ai vu plein de potes, plus que n'importe quelle autre année. Des lecteurs, des collègues libraires, des organisateurs et activistes divers, et puis des auteurs, des éditeurs. J'ai eu le privilège de partager de beaux instants avec certains de mes auteurs préférés, d'éditeurs éclairés, qui sont, après toutes ces années passées à "essayer de faire des trucs ici", devenus des copains, pour certains d'entre eux. Cette année, il y avait quelque chose de cool. Bon.
Angoulême, la carpe, le lapin, le bon grain, l'ivraie : un merdier pas possible avec des annonces à vomir, des événements dispensables au plus haut point, des célébrations dans la célébration, qui donnent envie d'aller se coucher tôt. Mais Angoulême, des gens intéressants à tous les coins d'allée, des rencontres improbables dans des rades improbables, des moments où il devient limpide pour chacun que cette saloperie de bande dessinée vaut la peine pour qu'on lui consacre autant, finalement.

Je suis dans le train qui me fait traverser notre beau pays d'ouest en est, et j'ai le dos pété après avoir couru d'une gare à l'autre avec un sac à dos gigantesque rempli à ras bord de fanzines, de revues, de bouquins divers et variés : c'est l'une des raisons principales de mon déplacement charentais (avec les pots avec les copains).


Quand j'arriverais chez moi ce soir, je pourrais bosser au mieux sur un chouette projet ayant déboulé ce weekend dans ma petite vie, un très chouette projet qui va me permettre de relier pas mal de choses très stimulantes pour moi.
Entre ça et la quatrième édition de Pierre Feuille Ciseaux qui se profile dans quelques mois (et dont on reparlera), cette année débute ma foi d'une manière bien plus enthousiasmante que la manière dont la précédente s'est terminée.
Hauts les cœurs !

Premier post-scriptum : j'ai failli oublier d'en parler, mais le palmarès de cette année me semble un peu foireux, mais pas pour les raisons habituelles... En vrac, de mon côté : "Quai d'Orsay" tome 2 m'a moins plu que le premier tome, et même s'il récompense un auteur parmi les plus talentueux qui soient, je persiste à penser qu'il n'en avait pas besoin pour briller, on peut imaginer qu'un prix pourrait aussi servir à ça... Raté ;  "Le Nao de Brown" m'a emmerdé au plus haut point, c'est la vie ; le bouquin de Jon McNaught paru chez NoBrow est très chouette graphiquement mais ne porte finalement pas grand chose, et reste pour moi le moins bons bouquin de cet auteur, et peut-être aussi de cette maison d'édition qui fait par ailleurs de jolis petits livres -et des leporello magnifiques- parfois un peu plus valables que pour leur simple gueule ; j'ai pas lu le bouquin de Pastor qui a eu le prix polar, et le prix jeunesse est vraiment un truc pas terrible du tout du tout, bon (ce sont des mômes qui votent pour le prix jeunesse non ?).
Je suis malgré tout très content pour l'ami Frederik Peeters, même si sa série primée reste pour moi bien moins essentielle que certains de ses précédents livres (et notamment sa série parue chez Atrabile, son éditeur "historique", que Peeters a d'ailleurs remercié, avec une gratitude perceptible pour chacun de ceux présents lors de cette remise de prix ; et ça c'est bien) ; je suis ravi aussi pour la clique de chez Misma (même s'ils ronflent très fort), c'est chouette ; voilà...


MAIS ! Et il y a un mais. Régulièrement, on ressort ce dossier sans jamais en faire des caisses, ce qui prouve l'importance finalement toute relative de ces prix. Mis à part la satisfaction et la reconnaissance auprès de l'auteur et de son éditeur, il faut reconnaître que rarement autre chose que le meilleur bouquin est demandé un peu plus en librairie. Les autres passent à la trappe d'un point de vue commercial, il ne faut pas se leurrer, mais peut-être que les chouettes "libraires" de chez Cultura changeront la donne ! Non je déconne. Spécial big up au directeur (commercial ?) de Cultura qui est monté sur scène et n'a pas prononcé le mot "livre" mais celui de... "produit". La classe, mec, changez rien chez Cultura.

Le MAIS, donc : alors que certains s'étonnent que certains anciens membres de l'académie ne connaissaient pas tous les "sélectionnés" après le vote des auteurs, j'ai une pensée émue pour les membres du jury qui ont déclaré de pas avoir pris le temps de lire des "trop gros bouquins, dans lesquels il est dur de rentrer". Moi je veux bien leur rentrer les dit-bouquins où je pense : les mecs, les meufs, vous avez des semaines pour lire une quarantaine de bouquins, le minimum ce serait de faire le taf.
La grosse honte sur vos gueules.
On connaît l'histoire : on projette probablement beaucoup trop sur une soi-disante académie, sur un soi-disant jury. C'est valable bien au delà du strict domaine de l'édition, me direz-vous, et vous aurez bien raison.
Pour le coup, les uns comme les autres, cette année, ne feront pas du palmarès quelque chose de très digne. C'est toujours un peu dommage, mais c'est pas comme si ces systèmes étaient réputés fiables, non plus.
Mais c'est surtout pour moi bien plus scandaleux que l'affaire Willem...

(addendum !) Second post-scriptum : les copains de chez Six Pieds Sous Terre m'ont gentiment proposé de contribuer à l'effort collectif qui concerne leur revue. Le dernier Jade (celui avec la magnifique couverture verte et noir signée Icinori) est le premier d'une série d'essais allant explorer au delà des habituels terrains de jeu de la dite revue. Pour ce premier élan tournant autour du nombril des libraires, j'y propose une conversation avec plusieurs de mes petits camarades de jeu, et les gens de Six Pieds ont gentiment accueilli quelques très chouettes nouveaux contributeurs.
Cette revue fait 80 pages, coûte dix boules, et vous pouvez la trouver ou la commander dans n'importe quelle librairie. Vos retours sont évidemment les bievenus ! Merci encore à eux !
Voilà qui est dit.

16 novembre 2012

La Petite Librairie Ephémère


Je suis désolé mais entre deux tonnes de tâches ingrates, je succombe à un moment d'egotrip, en postant ici cette formidable contribution à La Petite Librairie Ephémère (que l'on a monté avec l'association ChiFouMi ici, à Besançon) signée Nancy Peña (qui en avait déjà signé l'affiche, voir plus bas)...
Un paper toy avec ma face, ça n'arrivera certainement pas tous les jours, wouhouhou !
Merci Nansss' pour cette surprise innatendue mais bien marrante en ces zones de turbulence...
(cliquez sur les images)
Et puis l'affiche, donc, avec toutes les infos nécessaires :
(cliquez sur les images) 
A bientôt !