30 mars 2020

Scotch & Penicillin

je passe énormément, énooooormément de temps devant mon ordinateur.
Entre mes activités professionnelles, mes relations amicales, mes échanges associatifs, les mails des labels de disques ou des maisons d'édition que je suis ou je ne sais quoi, ma boîte mail est constamment ouverte et j'y passe plusieurs heures par jour, depuis des année.
Régulièrement, on se rend compte qu'il y a des emails qui arrivent qui font davantage plaisir que d'autres, et de temps en temps, il y a ceux dont on sait déjà que : 1. ils tombent à pic. et 2. on va s'en délecter.
La newsletter de Tony Papin, "Scotch & Penicillin" fait partie de cette catégorie. J'ai reçu la dernière (un peu courte ! Frustration & confinement) hier, et elle ne déroge pas.
Quelques tuyaux de lectures, d'écoutes, quelques trucs partagés, la modestie d'une proposition de partage simple, avec un poignée d'anecdotes personnelles qui ont fait la renommé international de cet artiste rare et précieux.
Pour s'abonner il faut envoyer un mail ici.




28 mars 2020

25 ans pile poil.

Le 28 mars 1995, soit il y a 25 ans très précisément, sortait ce disque :


Je dois reconnaître ne plus avoir tellement suivi les deux lascars après ça, mais à l'époque, mazette, quelle claque, quel fondamental on s'est pris alors.

Et comme pour beaucoup de choses, certains trucs ne changent pas :

19 mars 2020

Confinement, suite.

Nouvelles données chiffrées du jour, à prendre en compte évidemment :

- 100% des gens qui arrivent à s'émouvoir devant la généreuse distribution de gel hydro-alcoolisé OFFERT par ces gens sympathiques de chez LVMH devraient sortir leurs doigts de leurs culs plus souvent pour aller voir de près à quoi ressemble la solidarité EN VRAI. Le cabinet de comm au service de Bernard Arnault n'a pas davantage de générosité sincère qu'elle n'a de limites dans la décence.
"Nan mais t'es jamais content, ça ne te fait donc pas plaisir de voir qu'un grand groupe de luxe ne lésine pas sur la dépense ?", nan ce qui me ferait plaisir c'est qu'on promène la tête de Bernard sur une pique, avec celles de tous les connards et de toutes les connasses qui croient se faire plaisir en leur donnant du blé le reste du temps, pardi.

- 100% des gens qui arrivent à s'émouvoir de la toute fraîche prose nombriliste de Leila Slimani devraient plutôt assumer leur nature drôle et rigolote et s'abonner derechef à HAHA, quitte à se marrer, autant le faire franchement. Ou alors c'était une stratégie de l'autrice pour se faire embaucher chez eux, j'en sais rien.
"Nan mais elle enseigne en prison, c'est une belle personne" ouais vazi moi aussi je vais en zonz' pour parler culture à des gens confinés POUR DE VRAI dans des conditions généralement bien pire que merdiques, et jamais personne ne m'a dit que j'étais une belle personne alors steuplaît hein.

- 100% des mes petites graines de légumes et fleurs récupéré.e.s de l'an passé me hurlent de les semer, de les planter pour m'occuper intelligemment l'esprit plutôt que de dire des conneries sur les réseaux sociaux, mais : on est censés déménager bientôt et j'ai pas envie que les chasseurs qui emménageront ici quand nous partirons ne bouffent les fruits de mes efforts en ragoût avec du sanglier ou du faisan.
"Nan mais ce qui compte, c'est le plaisir que tu tires à mettre les mains dans la terre, pas ce que tu en fais" : alors déjà je suis pas Patrick Swayze et en plus t'as pas goûté mes noires de crimée pour dire ça.

18 mars 2020

Bordel.

J'ai commencé à écrire plein de posts ces derniers jours mais je crois qu'il n'y avait rien de pertinent, rien d'intéressant, rien qui ne soit déjà étalé partout sur votre fil d'actualité, alors dans un geste de générosité inouïe, je vais vous épargner et me contenter de poster un peu de musique de temps en temps, en attendant que la déprime (état de santé de mes proches ; équation bien connue du genre : plus de taf = pas de tunes ; bilan du monde alentour et de la mélasse issue du capitalisme et de la connerie humaine (pléonasme, je sais) ; etc) ne s'éloigne en même temps que la colère.
Bisous tout le monde, prenez soin de vous et des autres, peu importe l'ordre, ça fonctionne dans les deux sens !



 

Confinement, suite.

Quelques chiffres et statistiques -importantes elles aussi- sur la situation actuelle :

- si je commence à chanter les louanges du service public à ma fenêtre tous les soirs à 20h, il y a 97,5% de chances que je me fasse fusiller par mes connards de voisins chasseurs dès le premier soir.

- ma meuf et moi, on va galérer sur les rentrées de tunes pour la période à venir, alors par solidarité et aussi par élan winner-winner, elle a décidé de monter un atelier clando de fabrication de masques pour nos contacts bossant dans le médical ou le social qui en auront besoin. Chiffre d'affaire prévisionnel : 0 €.

- dans 100% des cas où j'éternue ces jours-ci, mon moi intérieur semi-hypocondriaque manque de peu l'infarctus du myocarde, alors que c'est juste le début de la pollinisation pour nous autres allergiques.

- 85% des disques qui passent à la maison depuis quelques jours sont brésiliens.

A demain, si Philippe de Dieuleveult, pour d'autres chiffres et statistiques.

24 décembre 2019

Joyeux Noël !

On n’en peut plus de Noël. Les enmarcheurs ont eu beau placer leur réforme des retraites juste avant les fêtes pour que les médias pleurnichent sur la nécessité que les gens se retrouvent en famille pour Noël, et donc que la trêve casse la grève, c’est quand même la grève qui gagne. Normal : on n’en peut plus de Noël. Pas de trêve pour une fête dont on considère, à juste titre, qu’elle bénéficie moins aux humains qu’aux fabricants de produits pourris, bidoche ignoble (foie gras, dinde fourrée, poissons morts), chansons mièvres pleines de chœurs d’enfants et de clochettes, gadgets nuls ; trafiquants de cochonneries qui veulent s’enrichir sur le dos des hommes pendant que d’autres hommes dorment dans la rue.
Pas de trêve pour une fête dont – on a trop tendance à l’oublier – le rituel principal consiste à raconter une craque à un mioche (le Père Noël existe et c’est lui qui vient te donner des cadeaux) pour, plus tard, lui dire que c’était faux (oups, en fait c’était moi) et lui apprendre ainsi à vivre dans un monde d’extrême déloyauté, où les personnes qu’il aime le plus lui mentiront sciemment pendant des années pour des raisons qui lui seront, pour toujours, incompréhensibles. Il faut imaginer que « croire au Père Noël » est une bonne préparation à un monde où on nous demande de croire à des hommes politiques et aux réformes qu’ils nous présentent comme bénéfiques, mais que nous savons être de gigantesques arnaques réalisées pour le bénéfice d’une poignée de milliardaires. Le Père Noël est le Dieu du capitalisme. On n’en peut plus de cette vieille énormité crevée. Pleurez, pleurez, les enmarcheurs. La fête est finie.
On n’en peut plus des fêtes. Moi, en tous cas, je n’en peux plus. Je ne veux plus faire une seule fête de ma vie. En 44 ans, j’ai l’impression de les avoir déjà toutes vécues, et d’avoir testé toutes les possibilités de celles-ci : tomber malade, m’ennuyer, danser comme un fou, me disputer, me droguer, sortir avec quelqu’un, me morfondre, être joyeux, être bourré, refaire le monde, me faire casser la gueule... Me faire casser la gueule, j’exagère un peu, mais j’étais à deux doigts. C’était dans une fête de fin d’année chez des gens inconnus où je déboulais avec des amis en 2001. Ils ont diffusé « New York New York » de Sinatra et j’ai ironisé avec mon verre de champagne en disant à la cantonade : « Ben Laden président ! » Un russe m’a éjecté de la pièce principale, coincé dans un couloir et commencé à me menacer si je ne faisais pas des excuses… « Petit con, tu crois que c’est drôle pour les Américains ? » Cinq minutes plus tard, on se prenait dans les bras en se disant « Bonne année ! Bonne année ! » Je suis rentré chez moi, perplexe.
Je sentais qu’un nouveau monde commençait et je n’avais pas envie d’y rentrer. 18 ans plus tard, je n’ai pas changé d’avis : je n’ai pas envie d’y rester. Je veux vivre dans le suivant ! Si on n’en peut plus des fêtes, c’est que ce monde dans lequel nous vivons ne doit plus continuer, et la fonction des fêtes, c’est justement de contribuer à la répétition cyclique de celui-ci. Après un an de Gilets Jaunes et un mois de grève, il n’y a aucune raison de jouer encore à Noël, au Nouvel An, aux anniversaires, bref : à la continuation des choses. Tout ça sent la fin. Les enmarcheurs peuvent continuer à crever des yeux et exploser des mains pour se faire craindre : l’ordre passé ne reviendra jamais. La fête est finie. Pleurez, pleurez, les enmarcheurs.
Ce qui serait bien, ce serait de faire la grève des fêtes. Ne plus rien fêter, voire même contribuer à rendre les fêtes impossibles. Décrocher les décorations de Noël dans les rues, exploser les vitrines des grands magasins, effacer les annonces, détruire les guirlandes, faire des autodafés de poupées de Père Noël, ne plus se souhaiter la bonne année (et surtout la santé). Ne plus fêter les anniversaires non plus. C’est notre vie qui doit être une fête. Les fêtes ne sont que des étouffe-vies. Si on cesse de fêter sans cesse des événements, c’est-à-dire de les enterrer vivants, on entrera dans un nouveau monde où la réalité sera plus belle que sa célébration. Un nouveau monde où il n’y aura aucune différence entre vivre et être heureux, entre travailler et faire la fête.
Après la grève des fêtes, on pourra faire la grève du vote. On occupera les bureaux de vote pendant les jours d’élection, on brûlera les programmes des partis, on déchirera les affiches, on s’interdira de prononcer le nom des candidats ou d’écouter leur absurdes discours. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher de nouvelles élections d’avoir lieu. C’est la vie qui est politique. La politique tient à notre façon d’inventer des manières d’être dans les plus petits détails de nos vies. Les élections ne sont que des fêtes du politique, c’est-à-dire des moments de dépolitisation massive. Si nous ajoutons au boycott de la télévision la grève des fêtes et des élections – c’est-à-dire le refus de se contenter de ce substitut au bonheur que nous ne vivons pas comme de ce simulacre de la puissance que nous n’avons pas – alors nous pourrons commencer à exercer notre puissance et à aimer, c’est-à-dire à vivre.
La fête est finie, mais tout commence maintenant.
Par Pacôme Thiellement.

19 décembre 2019

Le saviez-vous ?

Les "personnalités" politiques bisontines du moment, plus communément appelées désormais "girouettes éborgneuses" au delà du terter, semblent donc toujours prêtes à profiter du sens du vent. Elles sont légion à Besançon : c'est culturel, c'est probablement un truc dans l'eau, ou je ne sais quoi, toujours est-il que ces personnes "débutent" en enfilant un costume de militant et attirent à elles quelques gentil.le.s militant.e.s un peu candides puis quelques années plus tard, qu'à cela ne tiennent, elles tendent leur petit doigt en l'air après l'avoir humecté, et surprise : les voilà qui vont embrasser une cause différente de la première (ou de la seconde, etc). 🔥 C'est comme partout : 99,90% (source : institut Misserey) des personnes visant tout ou partie d'une carrière politique sont d'opportunistes carriéristes, divisés entre deux camps : celles et ceux qui sont tellement imbu.e.s de leurs personnes qu'ils/elles sont persuadé.e.s d'être utiles et indispensables au bon fonctionnement de la circonscription sur lequel ils/elles lorgnent, tandis que les autres, plus sournois.es, s'en tamponnent le cul par terre du terrain et avancent tels des chars d'assaut en campagne.
Pour les prochaines municipales du coin, c'est donc Alauzet qui s'y colle, accompagné en cela d'une ribambelle de joyeux.ses habitué.e.s du même acabit, qui n'ont aucune raison d'hésiter à se foutre de la gueule du monde puisqu'après tout ce temps, force est de constater qu'ils ont raison : après tout, personne ne leur a encore coupé la tête à ce jour, donc pourquoi hésiter ? Bon. 🕳
Il y a quelques années, Alauzet était écolo à vélo, il répandait la semence verte autour de lui, se contentant de montrer du doigt les collines environnantes pour expliquer que l'écologie devait être au centre d'un projet politique, que c'était important, tout ça. J'ai un souvenir ému de cette époque, totalement hors-contexte : l'année de la fameuse canicule de début de siècle, ma compagne d'alors habitait dans l'immeuble en face de chez lui, en plein centre ville. Bon, elle c'était un genre de gros studio en loc, un peu cheap sous les toits, lui c'était un bel appartement de l'autre côté de la rue avec pas mal de bois, probablement du bois de Brégille, en tout cas, du bois de chez nous quoi. Je me souviendrais donc toute ma vie d'Alauzet en slip jouant au piano, cherchant la fraîcheur entre chien et loup, depuis nos fenêtres respectives. Voilà, c'était mon moment plein d'émotion le concernant. 🌻
Aujourd'hui, j'en ai bien moins : le mec (probablement toujours à vélo) fait sa petite campagne sans trop crier sur les toits qu'il est LREM aujourd'hui (on se demande bien pourquoi), mais en assumant quelques points cruciaux dans son programme, dont le fameux "il faut armer la municipale", parce que chacun sait que Besançon est un empire du crime et qu'un bon flic est un flic sur-armé (il préconise dont que la municipale ait des armes LÉTALES ; ben tiens). Parce qu'il a de la suite dans les idées, il veut étendre les horaires de rondes de la-volaille-qui-nous-protège, parce que chacun sait que Besançon est un empire du crime, et sans rire, il veut équiper la ville de drones (oui, des drones), parce que s'il s'agit de surveiller, faisons-le bien dans un empire du crime comme Besançon. 💣
Alauzet est dans la suite logique de la splendide carrière du maire de Besançon, Fousseret, d'abord conseiller municipal depuis le début des années 80 avant d'être maire pendant près de 20 ans. Le père de Fousseret, faut-il le rappeler, était l'un des fondateur de la Commune Libre de Saint-Ferjeux (un quartier de Besançon), ça commençait donc bien. Bon, malheureusement, ça se gâte, avec un début au PS mais lors du supra-foirage des socialos aux législatives de 2017, il démissionne du parti (hou !) pour devenir quelques mois plus tard (surprise) le président de "Tous politiques !", couveuse merdique lancée par Castaner pour servir ultérieurement la République en marche. Pendant ses dernières années en tant que Maire, Fousseret aura laissé de magnifiques vitrines XXL de ses mandats (un tramway avec des autocollants "Vauban", une cité des arts parce que c'est important, un arrêté anti-mendicité qui ont tou.te.s fait la célébrité de la ville), qui sont comme chacun sait les seules choses qui comptent pour ces gens là, bien au delà des vrais bilans sur les questions de la pauvreté, de la misère sociale, etc. 🍾
En 2018, Alauzet répondait à un journaliste du Parisien ainsi : "Les retraités d'aujourd'hui font partie d'une génération dorée ! Et s'ils ont travaillé toute leur vie, ça ne suffit pas comme argument au moment où il faut trouver de l'argent pour renflouer les caisses de l'Etat."
Ah, les caisses de l'état. Ah, l'état providence, l'assistanat, les feignasses, tout ça.
Ah, la retraite.
Bordel.
Bon, des comme ça, il y en a des tonnes, il suffit d'aller regarder à droite (krrr krrr krrr) à gauche pour trouver des exemples du sens de l'à-propos de ce type et de son équipe de commerciaux du dimanche, dont je n'arrive pas à savoir si elle est davantage dégueulassement orgueilleuse ou simplement transparente. Probablement un peu les deux, même si j'ai du mal à estimer en quelles proportions.
Saloperie de génération en génération. Au diapason de la destruction en cours.
💰
-> lire Le Compost ou encore Factuel.info pour + d'infos.
-> et pour la blague, suivre les aventures de nos compères un peu partout, ils la ramènent tellement que c'est un combat en soi de les éviter.

6 novembre 2019

Ecclusiastics.




Cet après-midi, comme tous les après-midi, je fais une pause dans le taf en cours pour faire écouter un peu de musique à ma fille. Qui, il va sans dire, possède déjà à la fois un système auditif fabuleusement opérationnel et un sens du discernement et de l'appréciation esthétique incroyablement au point.

Parmi les deux ou trois morceaux du jour : le génial "Ecclusiastics" de Charles Mingus, peut-être mon morceau favori de toute la discographie d'un musicien qui n'a pourtant pas laissé beaucoup de choses médiocres derrière lui, loin s'en faut. Sur ce titre, le non moins fameux Rahsaan Roland Kirk tape d'ailleurs un solo dont je crois connaître chaque note, chaque intonation, chaque seconde, tellement j'ai rincé ce disque. Et Mingus, lui, délaisse la basse pour le piano (et le chant, même), et ça défonce. Quel morceau, sérieux. Bref.

Ce soir je me remet au taf -en retard- et lors d'un bref passage sur fcbk je tombe sur la publication ci-dessous.
"Ecclusiastics" a été enregistré un 6 novembre, il y a 58 balais pile-poil. On est peu de choses, tout de même.

3 novembre 2019

Les Particules.



Hier soir, on a enfin réussi à regarder "Les particules", un formidable film français (*) sorti cette année dans bien trop peu de salles.
Pour plein de raisons évidentes (une certaine filiation, des sujets relativement communs), Charlotte a pensé à "Donnie Darko" de Richard Kelly et moi au cinéma de Jeff Nichols, mais plus encore à Charles Burns : comme dans "Black Hole", Blaise Harrison arrive à toucher du doigt le passage de l'adolescence vers l'âge adulte, ce couloir complexe à longueur variable où tout résonne de manière singulière, vertigineuse, extraordinaire (au sens premier du terme).
En juxtaposant ce périlleux passage émotionnel et sensoriel à l'incroyable tunnel circulaire du CERN (30 bornes planqué sous le sol) aux abords de la frontière franco-suisse, le réalisateur superpose les couches d'un film qui convoque à la fois le fantastique, la contemplation, et une grille factuelle complètement issue du documentaire (l'observation des jeunes dans leur milieu, avec la bonne dose de recul pour donner l'impression de se faire oublier, et l'autre bonne dose de savoir-faire pour chopper -et décider de garder/monter- ce qu'il faut au bon moment), où Blaise Harrison a fait son petit chemin avant de signer cette première fiction un peu bâtarde.
Alors que je cherchais à comprendre la façon dont se répondaient les sinueuses et délicates séquences d'altération du décor (les murmurations des étourneaux ; les animations vectorielles d'ingénierie du CERN ; les hallucinations sous influence ; la marmotte (**) qui disparait en courant à ras du sol ; les mouvements fantastico-sismiques dans les champs tels qu'observés par le premier rôle), ma comparse de visionnage constate quant à elle que les adultes sont quasiment totalement absents de ce film : ils sont présents sans être là, on les entend mais ne les voit quasiment pas, et quand on les voit ils sont souvent transparents et/ou insignifiants.
Cette existence en délicate ébullition est typiquement celle des adolescent.e.s, elle est bancale comme ils/elles peuvent l'être, elle émet des signes discrets comme le fait un.e teenager. Et lorsque les deux mondes se rencontrent, cela donne des gamins qui slaloment en ville en courant au milieu des adultes, des flics qui secouent des mômes déjà perturbés, des parents qui déménagent en abîmant des élans amoureux.
Alors évidemment, pour ce type de projets, la volonté d'aller chercher de vrai.e.s amateurs/amatrices à ses avantages et ses inconvénients. Ça peut parfois donner l'impression de peser un peu sur certaines séquences, plus ou moins incarnées et semblant un peu engourdies ; mais de fait, cela redonne un peu de concret à cette narration un peu onirique, un peu impalpable, toute engoncée dans la froideur et la nuit hivernale du Pays de Gex.
Pour le reste, j'aimerais sortir une connerie du genre "c'est probablement le plus beau film que j'ai vu cette année" mais j'en ai tellement vu peu que ça ne voudrait pas dire grand choses de toutes façons. Pourtant, c'est probablement le plus beau film que j'ai vu cette année.
(*) oui je sais, moi aussi ça me fait toujours un peu bizarre d'écrire ces trois mots de suite.
(**) ou une bestiole du même genre, hé oh, moi, sorti des chats hein...

21 octobre 2019

WTCHMN.


On est fin 87, début 88 et je me prend en pleine tronche ce qui restera comme l'un des trucs les plus marquants de toute ma vie.

On a tout dit au sujet de Watchmen et d'Alan Moore ; et le storytelling spontané qui s'est naturellement créé autour de cette œuvre magistrale (via les lecteurs, les théoriciens, etc) a achevé de lui conférer un statut de somme culte et mythique, au fil des ans.
Alors bien sûr, l'évolution du langage bande dessinée est passée par là, et je doute qu'un.e môme de 14 balais soit bousculé.e comme je le fus s'il/elle venait à lire Watchmen aujourd'hui. Les innovations narratives super stimulantes à l'époque sont bien plus communes désormais, l'encrage et le colorisation ont pris une bonne claque dans la gueule, autant de freins possibles à la correcte appréciation de ce qui pourrait désormais surtout s'apparenter à une belle bande dessinée patrimoniale pour vieux quarantenaires anciens lecteurs de comics.

Le souvenir d'avoir été pris par le colback et d'avoir été secoué en tous sens, de trouver ensuite les publications Lug/Semic (90% de mes lectures à l'époque, je pense) complètement fadasses et répétitives, et rétrospectivement, d'être un peu plus entré dans l'âge adulte (gros raccourci), tout ça par contre, c'est inaltérable.

Des années plus tard, bien plus récemment d'ailleurs, d'autres chocs me sont parvenus quant à ce que l'on me racontait, et la manière dont on le faisait. Cette fois, c'était via le format de la série, en pleine période d'ébullition elle aussi.

Aujourd'hui, les deux mondes se rencontrent.
En fait ils se sont déjà rencontrés depuis hier soir sur HBO, mais perso je vais déguster ça fin de journée, inch allah.

Voilà, comme d'hab, je suis noyé sous le taf en retard et les couches lavables, mais je raconte ma life sur fcbk, t'sais.

23 septembre 2019

Pharoah again.


La Rochelle, ses deux tours, son port, son Pharoah trop chouette qui remplacera merveilleusement ma vieille copie toute usée. Merci Damien Lapeyre, merci La Boutique - La Sirène. ❤️🙏

2 septembre 2019

Simplicité.


J'essaie de rester le même depuis que j'ai gagné au loto mais franchement c'est pas facile. – à Manoir June.
(et bisous Roooph & Elena)

29 août 2019

Bouquins d'été.


C'est le premier été où je lis si peu de bande dessinée depuis longtemps ; mais quand je l'ai fait, je me suis appliqué et j'ai pas trop léché mes doigts avant de tourner les pages, promis.

Meilleures lectures de ces dernières semaines :
- "Solo", de Gilles Rochier, chez Casterman : comment traduire, comment exprimer le désarroi lorsqu'il touche simultanément des millions de personnes ? Rochier, dix ans après l'excellent "Temps Mort" chez 6 Pieds Sous Terre​ (l'un de ses tout meilleurs bouquins, au passage), revisite le trouble consécutif aux attentats de 2015 avec un brillant stratagème qui fonctionne super bien. Le sujet est casse-gueule, mais le type s'en sort plutôt très bien (malgré une bichro un peu morne), et ajoute un super titre à sa biblio.
- "Tu dessines encore ?" de David Scrima​ (auto-édité), un recueil de 450 pages de dessins évoquant, explorant, narrant le rapport de l'auteur à la musique. C'est du 100% Scrima : c'est à hauteur d'homme, de passionné, de fan, mais c'est jamais du blabla d'érudit, ça reste des considérations textuelles et dessinées autour de ce vaste sujet, très simplement. 18 balles pour un bouquin qui se compulse au fil du temps et des disques que l'on retourne. Miam. 
- "La Face Cachée", de Nicolas Moog (édité par La Face Cachée, justement): si un jour vous avez apprécié mettre les pieds chez un disquaire, les 32 pages de ce bouquin-hommage au très chouette disquaire de Metz "La Face Cachée​" devraient faire vibrer votre petit cœur. C'est de la tranche de vie(s) qui résonne(nt) auprès des mélomanes de tous poils, et Moog sait faire ça, faire résonner les choses. Ça ressemble à un petit livret modeste (mais de belle facture) et ça lui donne encore plus d'importance.
- "A terre", de Marie Mirgaine​ (Ion Edition​), un cahier de dessins qui triturent la matière papier avec énormément de réussite. C'est très beau, et c'est très facile de se laisser aller et de se perdre dans les compositions et recompositions cheloues de cette jeune autrice, dont les quelques élans narratifs perceptibles donnent envie d'en lire plus long.
- "Mimi Cracra entend des voix" de Coline Hégron​ (Très très bien), une courte relecture de gniagnia Cracra, hilarante et bien sentie, par une jeune autrice échappée un temps de l'EESI à Angoulême, dont on a hâte de lire davantage de trucs aussi.
- "Morveuse", de Rebecca Rosen (L'employé du Moi​) : un bouquin qui évoque beaucoup de choses, dans le fond et dans la forme, et qui pourrait faire un peu penser à une jeune héritière de Julie Doucet ou de Dominique Goblet (dans les thèmes explorés et leur traitement) mais dont le dessin évoque tantôt Dash Shaw, tantôt le Mazzu d'Astérios Polyp (pas mon Mazzu favori, mais bon). Un sacrément bon premier bouquin !
- "Zone Z" de Renaud Thomas (Éditions Cornélius​) : 160 pages de désorientation complète, sorte de dystopie faite avec une plume rugueuse qui abîme le papier, de la même manière que cette société éprouve l'humain.
Le monde s'est cassé la gueule, et il fallait l'approche fragmentée et labyrinthique de Renaud Thomas pour imaginer une aussi belle manière de raconter ça en s'appuyant sur l'essentiel : peu importe où l'on va et pourquoi on le fait, cette société est ainsi faite que même par terre, elle abîmera nos boussoles, et on restera paumés, à jamais, malgré tous les buts et les objectifs que l'on voudra bien faire semblant de se donner. Un formidable bouquin, d'un auteur d'autant plus rare qu'il est aussi un éditeur fort occupé, et on enchainera avec des comparaisons flatteuses mais justifiées pour plus tard.
- "Petit Paresseux" de Thy-lane Monnet​ (Très Très Bien) : encore une petite manifestation du talent insolent de certain.e.s étudiant.e.s d'écoles d'art charentaises, avec un univers graphique, narratif, chromatique déjà super solide et qui donne envie d'en lire beaucoup plus. Ici, une suite d'historiettes pleines de poésie et de délicatesse, dont on a hâte de lire les 500 pages suivantes (parce qu'il faudrait au moins ça), un peu comme si le "Tulipe​" de Sophie Guerrive​ était réinterprêté par Beckett, avec le dessin de... je sais pas moi... Ben de Thy-Lane Monnet, donc, par exemple.
- "Sunny Sun" : oui bon voilà quoi.
- "Give Up Activism" : un pamphlet qui résume les mille sacs de nœuds dans ma tête, causés par les mille coups de semonce de ces dernières années : répression policière hardcore, ultra-libéralisme joufflu, système capitaliste en mode super saiyan, imperméabilité des différents ennemis de ce système à entrevoir les batailles communes (à défaut d'y voir une guerre). Ça se choppe partout où l'on trouve de la critique sociétale digne de ce nom (hint : checke ta librairie anar !), vindzouss, mais sinon c'est ici : falldistro@gmail.com ; c'est pas de la bédé ? Ah bon, pardon.
- "Anti-Reflux #2", de David Amram​ (auto-édité) : déboulant sans faire de bruit, un type que l'on croise ici ou là depuis des années (et dont on sait qu'il fait de la bande dessinée sans en avoir vu un trait) signe les pages parmi les plus emballantes du moment. Tu veux du spleen existentiel ? Du faux gag poisseux qui colle aux semelles, avec une acidité persistante même après avoir refermé le zine ? En voilà. En quelques pages, un univers incroyablement bien installé, croisant quelques influences notables (pas les pires, au passage) qui apparaissent de manière flagrante mais de façon vraiment réexplorée. Vivement le #3. Et les suivants.

Allez zou.

26 août 2019

Bye bye Mattioli.


Rendez service au monde à venir et offrez "M Le Magicien" de Massimo Mattioli à qui vous voudrez : un môme, c'est idéal, mais un adulte c'est tout aussi bien (vu que les deux sont -à peu de chose près- la même chose de toutes façons).

C'est un bouquin magnifique, qui vibre d'amour, de poésie, d'humour et de fantaisie. Son auteur savait tout faire, il a relié tous les autres points de ce qu'il était possible de faire en bande dessinée, avec une finesse et un sens de l'à propos infaillible.
Mattioli est mort vendredi à l'âge de 75 balais, ça serait une chouette belle manière de rendre hommage à son génie.

("M le Magicien", de Massimo Mattioli est l'une des très grosses pépites du catalogue de L'Association, si votre libraire ne l'a pas en rayon collez-lui une beigne et changez-en ! Ou commandez-lui. Et pas ailleurs, il va sans dire).

28 juin 2019

Non merci.



Écologie et apostasie, mon témoignage (bouleversant) :
Après quelques mois d'échanges et de douloureux silence(s), la paroisse du coin m'a enfin répondu et s'engage à ne plus pourrir ma boîte aux lettres avec leur propagande. Je recevais en effet des infos sur l'actualité de la paroisse locale alors que merde, J'EN AI RIEN A FOUTRE DE VOS CONNERIES. 💣
Oui je vous vois venir : effectivement, j'ai autre chose à foutre.
Mais un bulletin paroissial multiplié par les tous les gens qui s'en tamponnent le coccyx = quelques arbres, tout de même.
Et puis moi, quand j'ai l'occasion de plaisanter innocemment avec des curetons, hein...
ps : j'ai tout de même dû passer par la case "mails à hauteur teneur en textes législatifs" pour avoir une réponse. Mes mails courtois (non pas toi Marina) n'avaient rien donné, curieusement.
Rappel :
Le vieux monde et ses séquelles,
Nous voulons les balayer.
Il s'agit d'être cruel,
Mort aux flics et aux curés.
🦋 🌻 🌟