2 février 2016

Ici, maintenant.

Tout ça est finalement très relatif, ces photos étant effectivement prises ici, mais s'il fallait définir "maintenant", alors : entre début janvier et début février 2016.
Et hop !







Eh ouais, c'est aussi ça, le joli petit monde dans lequel on vit désormais. Entre autres !

12 janvier 2016

I read the news today oh boy.



Je ne l'avais pas réalisé avant aujourd'hui, mais il me semblait bien que Bowie était (artistiquement) déjà absent depuis un sacré long moment. Je croyais avoir définitivement perdu tout intérêt pour le travail de ce type lors de la sortie de "Earthling", son album à sonorités drum'n'bass, en 97, où jamais son incroyable opportunisme permanent ne m'avait autant frappé (j'avais lâché bien avant ceci dit, persuadé que décidément, cette constellation arty à lui tout seul était surtout de l'esbrouffe, du strass, un savant jeu de collision des genres et de troubles, de faux-semblants séducteurs à la con ; quelle erreur hein).
J'avais raté deux trucs : Bowie était resté coincé dans une loge lynchienne en 92, lors de sa participation au film Twin Peaks ; les doubles officiant à sa place n'avaient que son apparence, et plus du tout son talent, comme cela me sautait aux oreilles à la redécouverte de son œuvre passée (je me suis intéressé à son boulot vachement sur le tard, passé la trentaine, et évidemment, je me suis pris un paquet de claques).

Et puis, finalement : "(...) les années 90 passent plus vite, plus sourdement, encore plus mélancoliquement où l’homme qui n’invente pas mais magnifie tous les styles qu’il traverse pour dire la douleur de vouloir être un instant (...)", comme l'écrit très bien Johan Faerber dans ce beau texte.

David Bowie est mort, je n'ai que quatre ou cinq de ses disques à la maison et je ne suis pas un énorme inconditionnel, mais cela ne m'empêche pas d'avoir l'impression que quelque chose d'assez énorme, symbolique, représentatif de ce temps est mort avec lui.
Aujourd'hui, sur les réseaux sociaux (où j'ai été surpris de découvrir un massif (doux euphémisme!) partage de belles vidéos, de témoignages touchants, de chouettes souvenirs, d'infos inédites, et où surtout, beaucoup de gens se sont laissés aller à exprimer leur tristesse ou leur sentiment à l'égard de la disparition du bonhomme), quelqu'un a dit : "Je n'avais pas ressenti ça depuis John Lennon".

Et puis, en vrac, entre mille autres choses vues/lues aujourd'hui :

- "I can't think of another aging artist who felt so suddenly relevant and then suddenly gone in such a ridiculously short span. This new album felt like, ok cool he's still gonna make stuff, when actually it was the exact opposite, and he knew that long before anyone else did. Pretty amazing.", Marc Masters via sa page facebook.

- "It's kind of weird stuff, but I'm starting to get into it.", dans les pages de Black Hole de monsieur Charles Burns :

- "When I was very ill, after my first divorce, I worked evenings at the health food store, alone, in the backroom. This allowed me to listen to "Ashes to Ashes" on endless repeat, just to hear him cry "I never done good things, I never done bad things, I never did anything out of the blue!" That was my own lament too, to the cosmos, alone. "Why???" "You're not alone!", John Porcellino sur sa page facebook.


 ps  : Vache, je viens de me payer un bon gros trip : la face A de ma copie de "Space oddity" est rayée, en fin de face, j'entendais le loulou qui répétait en boucle "We want to live", gloups.






25 décembre 2015

Joyeux machin.

Ce matin pendant que mon repas de Noël mijotait (au four : une appétissante pizza congelée en promo au Carrefour Contact du coin), j'ai mis un titre de Ray Bryant sur youtube. Il n'y était pas, ou du moins quelqu'un avait posté un morceau qu'il avait nommé "Lonesome traveler" mais seul le titre était correct, il s'agissait d'un autre morceau de Ray Bryant mis en ligne.
Donc voilà : l'humanité peut à nouveau dormir tranquille, ce vide intersidéral n'est plus désormais qu'un souvenir, l'erreur existe toujours mais elle cohabite avec cette nouvelle vidéo incroyable (admirez mes talents de monteur, hein) dans un monde merveilleux où les deux existent simultanément, dans la magie de Noël.

 

23 décembre 2015

Point-virgule.

Ce matin, je me suis levé et j'ai écouté John Patitucci, Danilo Perez et Jack DeJohnette en buvant un verre de lait dans la cour, puis je suis allé me faire annihiler un nœud musculaire par ma kiné, ensuite j'ai fait une quinzaine de bornes en vélo jusqu'au bled à côté, je suis passé au foodtruck local et j'ai pris des beignets de calamars et un coca puis je suis allé manger tout ça en regardant l'océan, ensuite j'ai repris mon vélo et au détour d'un chemin densément arboré un faucon crécerelle est apparu dans mon champ de vision à travers la canopée, j'ai fait un "waouh" de satisfaction et quand je suis sorti d'entre les arbres, il s'est posé sur une branche juste au dessus de moi et j'ai refait "waouh" avec un bon sourire d'idiot, je l'ai observé une trentaine de secondes et nous sommes tous deux repartis de notre côté, je me suis dit que ça changeait des oies cendrées et des bernaches, des échasses et des linottes, puis je suis passé à la librairie pour récupérer les bouquins que j'avais commandé la semaine dernière et la libraire a dit du mal de Gallimard et j'ai opiné du chef, comment ne pas dire de mal de Gallimard en 2015 hein, ensuite je suis allé acheter un paquet de sucreries à la con car ce soir je vais voir un petit film muet d'auteur polonais, en noir et blanc, années 40 je dirais, il paraît même que Han Solo se fait buter dedans mais bon, j'ai plus douze ans donc je devrais m'en remettre, ensuite je suis arrivé devant chez moi et le voisin m'a dit qu'il avait vu "la grosse minette qui ressemble à une petite vache, comme chez vous, là-bas, les montbéliardes vous savez ?" sur le toit de son auvent, j'en ai conclu qu'il parlait de Pépée qui est encore partie faire un treck matinal dans le pâté de maison, je lui ai dit que je venais pas de Montbé, faut pas déconner, il m'a dit "ah oui mais vous dites "Montbé", quand même" en rigolant, alors j'ai rigolé aussi, puis je suis rentré chez moi et j'ai pas envie de bosser un truc de dingue, je me suis dit que j'allais la jouer cool en attendant 2016 et ça m'a fait penser à la rentrée et aux résolutions à la con alors je me suis dit : ben tiens, Ju, puisque tout le monde te dit que lorsque tu écris, tu fais des phrases beaucoup trop longues, prends-en acte et fais gaffe à ça, voilà une belle résolution tiens, mais ça m'emmerde alors tant pis, on verra en 2016.

12 décembre 2015

"I Live Here Now"


Ok.
Attention, le blabla qui suit est un gros spoiler à lui tout seul. Il faut donc éviter de le lire si on compte s'envoyer la première, la deuxième, ou les deux saisons de la série The Leftovers, dont le dernier épisode de la seconde saison a été diffusé il y a peu.
Merci de votre attention.


L'étrange impression d'avoir plongé une nouvelle fois dans un condensé de traités d'existentialisme, un peu comme une livraison massive du Thinker’s Digest, voilà l'état dans lequel je me trouve lorsque j'écris ces mots. Le dernier épisode de la deuxième saison s'est achevé sur une série de chocs, souvent magnifiques, et une fois encore, il va falloir du temps pour assimiler la chose. C'est le pari réussi de cette nouvelle manière de travailler la matière fictionnelle que proposent les concepteurs de séries aujourd'hui. Et c'est plutôt la grosse classe, même si ça m'éloigne de plus en plus des salles de ciné, mais je ne vais pas digresser alors que je commence tout juste à coucher mes premiers ressentiments à l'égard de cette seconde saison qui s'achève.

J’avais eu l’impression que le deuil, la notion de foi (en son sens le plus large) et l’absence étaient au centre de la première saison. Et avec ces notions, leur cortège de réactions : la douleur, la stupéfaction, la tristesse, la décompensation ; et leurs suites, héritages immédiats ou plus persistants : la solitude, malgré les sept milliards de voisins ici ou là, malgré ce que l’on nous apprend sur l’importance de la famille, des amis. Le sentiment d'une solitude que rien ne pourra jamais effacer : et paf, on retombe sur le live together, die alone quintessentiel de Lost qui décidément aura plus que marqué l'époque et les esprits. Damon Lindelof a encore prouvé son talent, sa détermination à aller jusqu'au bout de sa façon d'apporter quelque chose de différent à ce type d'incarnations de cette matière fictionnelle bouillonnante, et nous ne sommes pas épargnés.
Très vite, très tôt, à l’instar du ressenti durant la première saison, on pouvait imaginer qu’après Lost, Lindelof pouvait avoir envie/besoin d’autre chose, et c’est délicieux de le voir s’emparer à nouveau de sujets qui lui avaient pourtant fait mettre un genou à terre, lorsque de (très) nombreux fans en colère l’avaient fait renoncer à une présence sur les réseaux sociaux après le dernier épisode de Lost. C’est jubilatoire de le voir aligner les points qu’il semble vouloir reprendre, on pourrait établir une liste de point communs avec Lost que l'on pourrait biffer à chaque nouvel épisode, c’est assez intense et je mentirais si je disais que je ne m’y retrouve pas, et pas qu’un peu.

Car il ne s’agit pas de redite, loin de là : Lost et The Leftovers ne racontent pas la même chose, si ce n’est qu’il y a, à la fin de cette seconde saison, comme un arrière goût de ce vivre ensemble, mourir seul, canvas désormais bien inscrit pour celles et ceux qui se sont retrouvés dans Lost.
Pas seulement, hein : un goût parmi tant d’autres, on dira.
Mais : on pense à la famille Murphy apparue en même temps que cette nouvelle saison, dont les liens de façade se disloquent de plus en plus rapidement, jusqu’à l’épisode final, alors que dans le même temps et jusqu’à la toute dernière, ultime scène, c’est la famille Garvey qui quant à elle semble se recomposer, le temps d’un magnifique tableau faisant le lien (et quel putain de lien !) avec l’incroyable scène d’ouverture du première épisode où le foyer ancestral était fatal pour "la famille" (le clan ?) de la jeune mère/femme des cavernes. Les deux scènes ouvrent et ferment la saison et c’est d’une beauté à chialer, tout simplement, et d'ailleurs il n'y a rien d'autre à faire alors autant y aller franchement et se laisser porter par cette magnifique vraie-fausse conclusion. Et les séquences d'ouverture/fermeture de briller par la beauté symétrique qui les encadre : une grotte/ un clan uni > la survie d'un membre (et de son enfant) > la mort de ce membre ; qui devient en fin de saison : la mort d'un membre (Kevin) > sa survie/son retour du royaume des morts/du purgatoire > un clan uni/la maison dans l'obscurité. Beau à chialer, et pourtant d'une évidence narrative...

Dans l’intervalle : quelques milliers d’années, et plus proche de nous, Christine (l'une des jeunes femmes victimes de Wayne) qui fuit la vie et dont l’enfant abandonné finit dans les bras d’une mère de substitution (Nora), de la même façon que la jeune femme des cavernes meurt mais dont l’enfant est récupéré par une autre jeune femme. Nora est à la fois la jeune mère des cavernes qui perd sa famille, son clan, et celle qui trouve l’enfant, elle est tout cela à la fois (et c'est un personnage magnifique, somptueusement incarné par Carrie Coon). Au fil des épisodes, tout cela articule une question : à partir de combien est-on une famille ? C’est la question qui semble planer au dessus de sa tête, juste à côté de son chagrin trop gros pour être enfoui de manière significative, durant les deux saisons que l’on passe avec elle.
Sur un plan plus formel, il y a évidemment un drôle d’écho aux side/flash-forwards/sideforwards de Lost avec les troubles de Kevin, ses visions, les voix qu'il entend et ses allers-retours sur différents plans de réalités (on pourrait évoquer son propre père et les dialogues qu'il est le premier à avoir avec l’invisible).
Et sur un plan qui l’est moins, difficile de ne pas penser -une nouvelle fois ; et à tort ou à raison, une nouvelle fois aussi- au purgatoire : le parcours de Kevin (halluciné, hallucinant dans sa/ses virée(s) à l’hôtel) renvoie à cette impression, qui était déjà persistante dans Lost quand bien même cette piste s’avérait à l’arrivée complètement fausse. Pour The Leftovers, on ne voit guère ce que cela pourrait être d’autre, pour le coup.

Il y a également plusieurs points précis concernant l’impossibilité de vivre ensemble au sein même de sa structure familiale matricielle qui renvoient aisément au modèle Lost (qui piétine allègrement les valeurs d’amour filial, du début à la fin) : l’un des plus notables étant pour moi la relation systématiquement conflictuelle que les personnages principaux de chacune des séries ont avec leurs pères. Dans Lost, Jack vit dans l’ombre de son père, dont il a emprunté la voie professionnelle, clopin-clopant : idem pour Kevin, qui peine à trouver la sérénité en reprenant le rôle de chef de la police jadis occupé par son père. Bien sûr, les liens sont différents, mais au fond, il y a une chose qui règne : l'incompréhension de l'autre, l'impossibilité pour un fils d'être relié à celui qui l'a engendré, et vice-versa. La filiation, ce sac de merde, est au centre des préoccupations de The leftovers : le deuil y est forcément relié, il y sera un jour ou l'autre, dans tous les cas. On passe sa vie à enterrer les autres, jusqu'à ce qu'ils nous enterrent. Les mômes des familles Garvey ou Murphy ne font rien d'autre, et on est chaloupés au rythme de ces secousses personnelles qui sont les leurs.

D'autres choses en passant.
Difficile également de manquer les scènes intensément émouvantes où le personnage est seul avec son chien, dans les deux séries, à des moments clés, des moments-charnière. Le chien est loyal, fidèle, comme peu de personnages le sont finalement dans ces deux séries ; mais évidemment, et encore plus naturellement, il est aussi dans plusieurs mythologies fréquemment considéré comme psychopompe, si je ne dis pas trop de conneries. Le chien apparaît en cours de saison 1, lorsque Kevin amorce un processus de perte de soi, d'oubli de soi, de lent effacement de qui il est, processus qu'il terminera en saison 2 en réglant certains problèmes. Il est à la fois la présence rassurante et simple (pas de débats, pas de question : le lien le plus simple et pur qui soit) mais également le guide accompagnant le défunt en devenir.
Lorsque durant le dernier épisode de la saison 2, le chien abandonne (en courant en direction de l'autre côté du pont) un Kevin mal en point qui vient à peinde de le retrouver, on peut donc légitimement se poser la question : le pont qui le relie à Jarden n'est-il qu'un pont ? Jusqu'à quel point l'animal guide Kevin sur cette traversée symbolique ? Comme les oiseaux tournant dans le ciel dans le prologue préhistorique, qui peuvent tout à la fois signifier quelque chose de positif à la jeune mère (l'espoir ; un appel entendu et exaucé ; etc...) ou au contraire exprimer la fin (les rapaces qui tournent dans les courants ascendants ; ou pire, les vautours charognards attendant de fondre sur leurs proies) (vautours charognards auxquels on peut associer la meute de chiens errants dans Mapleton en saison 1).

On retrouve également l'oiseau comme motif de doute et de mort avec ceux qu'Erika enterre, on retrouve également un chien abandonné sur le chemin de Tom, le fils, à quelques minutes d'intervalle. Et l'inventaire reste ouvert : on peut le compléter avec l'apparition -à plusieurs reprises- du cerf en saison 1. Là encore, la bestiole ouvre une voie. Et on pourrait en finir avec ce bestiaire imaginaire avec les chèvres, telles qu'elles apparaissent comme objets sacrificiels, tendant ainsi la main vers les racines ancestrales telles que posées au tout début du premier épisode de cette deuxième saison.

Une évidence : on ne peut pas ne pas faire le lien entre Jarden/Miracle, endroit qui semble régi par des lois qui la distinguent du reste du monde, et l’île de Lost. Et repenser à l’île de Lost me fait songer à l’essai de Pacôme Thiellement à son sujet et à d’autres pistes communes que le barbu y avait développé : il y a aussi des boîtes dans The Leftovers, et si celle qui cache le revolver de Nora dans la première saison semble moins significative que celle dans laquelle Erika enterre des oiseaux dans la seconde, les deux font partie d’une série de signes qui donnent à croire que Lindelof deale finalement assez bien avec le bagage lostien tel que posé par J.J. Abrams à l’époque...

Là où la première saison m’évoquait une solide réflexion sur la foi, sur la croyance comme béquille existentielle, la seconde m’a davantage donné l’impression d’être éminemment critique, pour le meilleur et pour le pire.
Critique envers quoi ? Evidemment, difficile de ne pas voir également un écho à l’actualité de ce monde, mais jusqu’à quel point était-ce dirigé ? Parfois, on frise le prosélytisme, la morale calviniste n’est jamais très loin et paradoxalement on trompe, on blesse, on manipule, on ment, on lapide même dans The Leftovers (séquence horrible -et à mes yeux bien trop longue et dure- dans la première saison ; seconde séquence, cette fois hors champ en fin de saison 2).
Satanée bipolarité ricaine.
Un rapide survol, avec à peine de recul, pourrait nous faire considérer la saison 1 comme axée sur les notions de foi, de mort, d'après la mort, de deuil. La saison 2, elle, semble prendre le temps de tourner autour de l'acceptation, de l'héritage, des valeurs amour/famille/filiation/survie, le tout entre deux salves de rappel des questionnements hérités de la saison 1. L'amour (familial, filial, suprême) relie chacun des personnages, qu'il soit pur, contrarié, refoulé. L'on pourrait légitimement se demander en quoi consistera la 3ème saison.

Et puis, par dessus tout, s’il ne fallait garder qu’un seul point : le spectateur, une fois encore, est emmené dans des virées inédites.
On savait, depuis Twin Peaks et plus proche de nous, depuis Lost, que la narration pouvait se détourner du pur divertissement pour impliquer la téléspectateur. Avec The Leftovers, on a la confirmation en fin de saison 2 du sentiment qu’on éprouvait lors de la première saison. Lindelof ne joue plus que cette partition là : que puis-je te raconter qui te sorte de ton fauteuil et de la position passive que tu y occupes ? Et de prévenir bien avant la diffusion du premier épisode de la première saison que le téléspectateur n’aura pas ("jamais") la réponse principale à LA question qui le taraudera deux années durant (et visiblement trois, car HBO a confirmé la 3ème saison ces derniers jours, hourra !). Ce qui est autant une bonne nouvelle qu’une confirmation des choses apprises depuis Lost : vous ne trouverez ici que ce que vous voudrez bien chercher mais sachez d’ores et déjà que cela ne signifie pas pour autant que vous trouverez quoi que ce soit.
A l'instar des séries citées plus haut, l’immersion fût en ce qui me concerne totale. La première saison m’a pourtant davantage porté, ou davantage marqué, mais le visionnage de la seconde saison étant récent, peut-être que ma perception du (gros) bagage laissé sera altérée dans les jours, les semaines à venir, c'est d'ailleurs assez prévisible. J'éprouve rétrospectivement davantage d'admiration pour ce que l'on m'a raconté lors de la première saison, plus subtile : la seconde saison est malheureusement lestée de quelques pierres lourdes un peu indigestes de mon point de vue (en vrac : le personnage de Meg, supra-méchante un peu trop caricaturale et dont la radicalité est mise en scène à plusieurs reprises de façon "j'en remets une couche", là où cela n'était pas indispensable ; le chaos total de fin de saison, ses descriptions formulées jusqu'à plus soif -le couple baisant en arrière-plan lorsque Kevin erre lors de son retour-, ce genre de détails rabâchés ; etc). Ça ne gâche pas l'expérience, mais là où l'on frôlait délicatement les choses en saison 1, on trouve facilement le trait un peu grossier pour cette suite.

Une question sans réponse pour le moment : impossible de comprendre ce que raconte la jeune femme hispanique dans l'hôtel traversé par Kevin. Un forum de maniaques du ralenti (et parlant mieux espagnol que moi) évoque plusieurs choses, dont la citation du nom d'Azazel, déjà évoqué dans la conversation téléphonique des scientifiques avec Nora, dans le très bel épisode "Lens").  Encore des pistes que Lindelof ira explorer, ou non, on verra bien, et on s'en fout : tout cela, avec ou sans réponses systématiques, est déjà bien assez stimulant comme ça, nom de dzouss' ! En tout cas : vivement l'Australie en saison 3. Kevin y retrouvera son père, non ?


Je voulais terminer cette note de blog en incluant une vidéo d'un des nombreux titres utilisés dans cette seconde saison. Le choix des morceaux d'accompagnement a été assez exemplaire dans cette série, comme il l'avait été pour Lost, tiens donc. Il se trouve que comme Jack dans Lost ("Gouge away" dans "There's No Place Like Home, Part 2") , Kevin écoute The Pixies.
Et le thème de "Where is my mind" revient à de nombreuses reprises, dont notamment via l'interprétation qu'en fait Maxence Cyrin, au piano. Drôle : Maxence Cyrin est de Besançon à l'origine. C'est marrant de voir Besac associée (ok, de loin, je l'accorde) à The Leftovers.

Bon, ceci dit moi je m'en fiche un peu, hein, je n'y vis plus, j'habite sur une île aujourd'hui.
Je vis ici désormais.

2 décembre 2015

Deuxième partie.

J'avais prévu de poster des milliards de trucs dès mon arrivée ici (*), mais entre des montagnes de taf en retard, autant de cartons à vider, et quelques autres conneries qui cumulées auront eu raison de mon emploi du temps de novembre (et une absence de connexion internet durant près d'un mois, aussi...), il ne s'est pas passé grand chose ici côté mise à jour...
Ça va changer, prochainement, c'est promis.
En attendant, quelques photos des environs, histoire de faire comme si j'avais des choses à raconter uh uh uh... (photos prises à 5 minutes de marche de mon nouveau chez moi, maximum ; j'ai déjà un beau périmètre de jeu avant d'aller fouiner je ne sais où...).










ps : je suis un peu désolé pour les couchers de soleil et compagnie. Ça fait quarante balais que j'attends de pouvoir le voir se coucher dans l'océan à chaque fois que je le peux, maintenant que je peux le faire souvent, je vais essayer de réfréner mes ardeurs, promis...

(*) : "ici" = "mon nouveau chez moi".

18 octobre 2015

Mind playing tricks on me.

Attention : si vous craignez les notes de blog un peu personnelles, si vous n'en avez rien à foutre des t-shirts, si vous préférez oublier où vous étiez en 96/97, ou si Æon Flux n'est pour vous qu'un navet cosmique sorti au cinoche il y a une dizaine d'années (vous avez raison), vous pouvez aller voir sur un autre site si j'y suis. Non pas que la note suivante soit importante pour qui que ce soit, pour autant...

Je fais des cartons. Je fais encore des cartons. Je fais encore et toujours des cartons, et j'en viens à détester les cartons, les fabricants de cartons, les fabricants de scotcheuses, les déménagements, et l'humanité toute entière. Mais ça va passer ! Comme le disait mon ami Farid : "Oh là là, mais le déménagement, numéro un sur l'échelle du stress...".
Et du coup je balance des trucs, aussi. Je trie aussi, beaucoup ; et notamment des t-shirts. Je suis un peu con sur les t-shirts, j'ai tendance à aimer ça, à les amasser, à les empiler et évidemment, à ne plus savoir quoi en foutre, de ces piles et ces piles de t-shirts que je n'arrive bien sûr pas à jeter, "nan mais parce que tu comprends, j'étais à tel concert quand j'ai acheté celui-ci", ou "Nan mais c'est Jim Lee LUI-MÊME qui m'a envoyé ce t-shirt (*) en 96, je n'assume pas du tout de porter un tel truc aujourd'hui mais je vais tout de même pas le jeter quand même !", ce genre de trucs.
Bref, aujourd'hui, j'ai rangé des t-shirts et je suis retombé notamment sur l'un de ceux qui traînait au fond d'une armoire, sous une pile de "t-shirts à conserver mais pas forcément à mettre", à l'abri de la lumière depuis environ cinq ans. Ouais, je suis arrivé dans cet appartement il y a environ cinq ans de cela, et j'ai probablement posé le t-shirt ici à ce moment là, sans l'avoir jamais touché/bougé/porté depuis. Bon bon bon. Ce t-shirt est un vieux t-shirt d'Æon Flux, bien usé par le temps et les lavages. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas (c'est possible, hein), Æon Flux était une série d'animation new-school américaine qui passait sur MTV dans la première moitié des années 90.
Est-ce qu'il y a de quoi en faire une note de blog, seulement ? Eh, vous me connaissez, hein.


Enfant, il ne m'arrivait que très peu souvent de cauchemarder.
J'ai toujours eu un sommeil profond et au petit matin, je n'ai que très peu de souvenirs des éventuels rêves que j'ai fait la nuit durant. J'ai toujours été impressionné par ces personnes qui notent au réveil (ou même durant la nuit, après avoir été réveillé par leur propre ébullition inconsciente) la teneur des songes qui furent les leurs : ça m'a toujours été impossible, l'impression de quelque chose de très fugace qui déjà, s'en est allé, voilà bien tout ce que je pourrais vainement essayer de décrire.
Nan, ça vaut pas le coup, clairement.

Et puis il y a une grosse vingtaine d'années, j'ai commencé à rêver, à faire des cauchemars.
Il me semble bien avoir lu quelque part que l'on rêve chaque nuit, systématiquement : c'est en revanche de la qualité du sommeil et surtout de sa dernière période (l'on sait en tout cas que la durée du sommeil est soumise à une succession de cycles) que dépendrait l'intensité du souvenir des rêves, au petit matin. Bon. J'ignore tout de ce qui détermine précisément tout cela, mais tout ce que je sais, c'est que je me souviens de mes songes une ou deux fois par an, à tout casser. La plupart du temps, lorsque je me souviens de quelques chose de précis, ça reste souvent complètement incohérent : mes rêves ne sont pas particulièrement ancrés dans la réalité, j'ai souvent bien du mal à trouver d'éventuels liens avec quelque chose qui me serait arrivé réellement, par exemple (bon, à vrai dire, je ne cherche plus particulièrement à le faire, d'ailleurs).
Mais il arrive qu'un élément tiré de mon quotidien ne surgisse, en toute incongruité, au beau milieu d'un rêve qui n'a rien à voir.
Bon, ça doit arriver à tout le monde. Ça m'est arrivé 3 ou 4 fois dans ma vie ; dont une fois, il y a deux nuits de cela.

Il m'est difficile d'établir une liste de mes rêves récurrents : en discutant avec mon entourage proche, il s'avère que la plupart de mes connaissances à qui j'en ai touché deux mots font des rêves (ou des cauchemars) vraiment récurrents. La fréquence varie, elle oscille selon chacun, il va sans dire. Mais la plupart d'entre eux semblent avoir acquis avec le temps une sorte de palette qui semble comme définie, et que leur sommeil explore invariablement, en rapportant tantôt tel élément, tantôt tel autre, mais respectant scrupuleusement une base commune. Une sorte de corpus dans lequel le sommeil paradoxal va fouiner pour en extirper de quoi démarrer la journée, ou réduire la nuit...

J'ai pour ma part un ou deux rêves récurrents. Par récurrent, il faut entendre "que j'ai fait plus de 3 ou 4 fois durant toute ma vie", et encore. Le rêve récurrent que j'ai fait le plus souvent est d'une bêtise indéfinissable : je me balade dans des villes magnifiques, aux reliefs assez dingues, en skate. Et évidemment, je défie les lois de la gravité terrestre sur ma planche à roulettes tout en profitant du paysage ; je possède un niveau de dingue et rentre l'intégralité des tricks les plus fous jamais observés dans le plus débile de jeux vidéos de skate, où les types alignent les records. Je les atomise tous, et en plus, c'est super joli. En principe, je me réveille exténué, et méchamment triste que cela ne fût qu'un rêve, déçu pour la journée. Bonjour l'ambition du type, hein : même mes rêves les plus beaux sont super médiocres. Ça craint, bondieu que ça craint.
Ce rêve, je l'ai fait une demi-douzaine de fois environ. Voilà pour le truc le plus cool que la décence m'autorise à écrire ici bas.

Je pense que c'est peu, bien moins en tout cas que mes cauchemars récurrents, qui sont eux beaucoup plus fréquents : une demi-douzaine de fois par an, environ, si je devais faire une moyenne.
La plupart du temps, ces cauchemars s'appuient sur une constante : une ambiance de fin du monde, une ère post-apocalyptique dans laquelle il me faut évoluer, envers et contre tout. C'est souvent triste à crever, et ça ressemble davantage à un condensé de misère sociétale passée à la moulinette d'un best-of de la littérature d'anticipation qu'à un extrait gore et morbide d'un classique de Romero. J'avance lamentablement dans ma survie, et la plupart du temps, les miens sont morts, ou bien le seront inéluctablement (tout comme moi, probablement) durant mon épisode onirico-machin.
En principe, le réveil qui suit est aussi foireux que l'objet du cauchemar, et je suis d'humeur maussade pour la matinée qui suit, au bas mot.

L'un des éléments scénaristiques complémentaires à cette ambiance, c'est la constitution de mon entourage. Habituellement, il y a des personnes qui sont des amis, des connaissances "pour de vrai" ou de parfaits inconnus, et tout va pour le mieux, façon de parler ; car après tout, nous devons systématiquement collectionner les embûches, et échouer lamentablement à ce qui ressemble à la mission qui nous anime. Et parfois, il arrive des choses qui interrogent mon subconscient, et qui jouent avec lui comme avec une toupie.
Il y a deux nuits de cela, donc, ça a été le cas, et pas qu'un peu.


J'arpentais une côte, probablement méditerranéenne. Cela ressemblait à s'y méprendre à la Corse, par exemple, tant du côté de la flore que des vestiges architecturaux. La luminosité était complètement cheloue, le type aux manettes de mon activité onirique est toujours un peu fâché avec la chromie générale du truc. Toujours est-t-il qu'au loin, dans l'étendue de flotte que nous approchions, il y avait quelques énormes colonnes d'eau qui tombait. Pas de la pluie, hein : des masses nuageuses compactes, sombres, qui couvraient intégralement les cieux. Et ponctuellement, ici ou là, de la masse nuageuse dans laquelle l'on ne distinguait rien, tombait des colonnes, statiques et immobiles, qui déversaient des tonnes et des tonnes de flotte. Le niveau de la mer montait quasiment à vue d'œil, et tout le monde se savait condamné. Soit le réchauffement climatique me travaille davantage que je ne veux bien l'admettre, soit l'insularité qui accompagnera ma vie dans les semaines à venir se convoque dans mon inconscient de manière assez spéciale...

Et alors, quoi ? Eh oh, c'est bon, on est pas dans une série à la con : il se passait rien. On se demandait comment on allait survivre, c'est tout. On marchait, on était sensiblement choqués par ce spectacle d'apocalypse aquatique, évidemment, et on se demandait ce qu'il nous fallait faire.
Et donc, je n'étais pas seul. Avec moi, il y avait un type. Un type au visage qu'il me serait complètement impossible de décrire, je l'ai complètement oublié. Tout comme je l'ai oublié "dans la vraie vie", en tout cas : de ce côté-ci de la conscience (ou de l'existence, selon les choses auxquelles vous croyez), cette personne existe bel et bien.
Cette personne, je l'ai croisé par deux fois dans ma vie, environ une à deux minutes à chaque fois, et à quelques mois d'intervalle.


Dans la seconde partie des 90's, j'étais fauché et "en transition professionnelle", et j'ai passé quelques mois à bosser dans un McDo, dans mon Jura natal. Il n'y a pas grand chose à en dire qui n'a pas déjà été répété mille fois, tant sur l'employeur que sur l'emploi, et c'est un autre sujet qui prendrait douze blogs à lui tout seul, pour le pire et pour le pire. Toujours est-il qu'un soir, alors que j'étais en caisse (je dirais même qu'il s'agissait d'un samedi soir, soyons fous : j'ai le souvenir d'un gros rush à la con), un type est passé avec un t-shirt d'Æon Flux, ce dessin animé qui s'était achevé quelques mois plus tôt sur MTV.

J'avais découvert ce dessin animé assez chouette (pour l'époque en tout cas) lors d'un long séjour aux USA, et je n'ai pu m'empêcher de faire une réflexion à son sujet au type. Non pas que je fusse un grand fan du truc (je lui préférais The Maxx, par exemple, mais surtout parce que j'étais super fan du dessin de Sam Kieth), mais tout de même : c'était pas si courant de croiser des types avec des t-shirts comme ça dans mon bled, donc bon. Nous n'avons pas eu le temps d'échanger pendant dix ans, et ma mémoire me fait probablement défaut, mais je me souviens qu'il n'était pas de la région, qu'il ne faisait que passer (la famille de sa compagne ? un truc du genre ?). Je me souviens également qu'Æon Flux était lié à son job : bossait-il pour la boîte de prod, le studio d'animation ou je ne sais quoi ? Aucun souvenir précis à ce sujet (**). Peut-être que je lui ai offert un sundae ou un milk-shake, simplement parce que je pouvais le faire, redistribuer les biens générés par la société merdique qui m'employait, et qu'en bon gaucho infiltré, dès que je pouvais détourner une frite, je le faisais. Après tout, si l'employeur, c'est le mal, McDo, c'est un peu l'Empereur Palpatine, non ? Bon, bref (quand j'y repense, mais la plupart de mes amis de l'époque qui se revendiquent de droite aujourd'hui -eh, c'est la vie, hein- étaient bien contents de bouffer mes frites gratuites, quand j'y pense... mais je digresse) (fin de l'apparté). Si ça se trouve j'ai rien fait du tout, et le type est reparti, et la soirée a consisté courir partout pour retirer les frites de l'huile ou pour chopper tel ou tel burger en commande. Bon, bref, top intéressant.

Quelques semaines plus tard, le type repasse au McDo en question et -il me semble bien-, me fait passer un t-shirt, comme ça, en cadeau. Super sympa non ? Je donnerais cher pour pouvoir lui dire merci aujourd'hui, parce que dans mon souvenir, je n'étais pas là lorsqu'il l'a laissé à mon intention...
Un t-shirt d'Æon Flux, donc, oui. Je parle bien du t-shirt évoqué en tout début de cette note de blog. Jusque là, tout va bien, c'est après que les choses se corsent (corsent, uh uh uh. hum), en tout cas un peu.

Il y a deux nuits de cela, l'un des types avec qui je partageais ce qui ressemblait alors à mes derniers moments de vie, dans ce cauchemar de fin des temps sous les eaux, c'était le type du t-shirt d'Æon Flux, du McDo jurassien fin 90's.
Soit mon esprit me joue des tours, soit, euh, j'en sais rien.

Voilà, c'était ma note de blog rédigée au milieu des piles de t-shirts, des cartons, des rouleaux de scotch. La prochaine, il y a de fortes chances qu'elle comporte une ou deux photos d'une plage sur le rivage atlantique. J'espère qu'il n'y aura pas d'énorme colonne d'eau qui y tombera sous des cieux hostiles.

La suite bientôt.



(*) anecdote véridique. Si plus de deux mille lecteurs de ce blog me supplient de le faire, promis je raconte l'histoire prochainement.
(**) en allant vérifier sur les interwebs avant de poster ce message, je constate qu'à la même époque, un studio français de jeux vidéo avait récupéré la mission de développer un jeu Æon Flux. Peut-être bien que le type en question -celui de mon rêve et du t-shirt, ça suit un peu, là, ou quoi ?- y travaillait, rétrospectivement ça me dit quelque chose...

 

1 septembre 2015

Un demi-siècle sans voir le jour.

Alors que je fais du tri et du rangement et des tonnes de cartons, je choisis un autre disque pour m'accompagner dans la tâche. J'ôte donc de son cellophane un disque trouvé lors de mon escapade ricaine estivale ; ces choses-là arrivent, comme qui dirait.

Il s'agit d'un disque paru en 1966, il n'y en a eu aucune réédition et on le trouve facilement d'occasion ici ou là, pour pas très cher. Cette copie neuve et encore scellée ne m'a même pas coûté beaucoup plus qu'un quelconque disque neuf sorti récemment. Je l'ai trouvé lors de ma dernière session de claquage de tunes, à fouiner chez Hymies Vintage Records aux côtés de Mathieu, pendant que les copains Antoine, Pierre, Dom discutaient de PFC5 en buvant un coup à une table au milieu du shop. Ce jour là, j'avais mal au genou, j'étais fatigué, PFC et Autoptic venaient de se terminer et notre départ approchait. Je ne savais pas -et je ne sais toujours pas- quand je foutrais les pieds à nouveau dans ce lieu vraiment super classe, en plus d'être diablement riche en inspiration. Plaisir parasité par l'urgence d'en profiter, au max, quoi.

C'était un drôle de trip, c'était un drôle de mois passé aux USA, pour plein de raisons. Je vais essayer de garder ces moments en tête : ce jour là, je suis rentré à pied du magasin, avec une trentaine de disques sous le bras.
Sous le soleil plombant de Lake Street East, je prenais le temps de regarder où j'étais, où je déambulais, à commenter intérieurement les choix de vie que j'ai fait et qui me mènent à vivre ce genre de moments, pour le meilleur comme pour le pire. Passer quatre heures dans un magasin de disques (et quel disquaire !), c'est clairement l'une des choses que je préfère faire pour me vider la tête. Ce jour là, ça avait relativement bien réussi. Exténué avant même de quitter le shop, j'optais malgré tout pour le retour à pied, pour profiter un peu du coin, que je ne connaissais pas, quitte à rentrer sur les rotules (ou les ménisques...). Ça n'a pas manqué, et si l'idée de tenter des raccourcis par certains quartiers déconseillés semble rétrospectivement un peu conne, je suis tout de même arrivé à retrouver le campus ; plié en deux mais heureux, parce que j'avais passé un moment important et que j'avais pécho un Ray Bryant flambant neuf pour pas grand chose. Il y avait de quoi se réjouir, après tout.

Aujourd'hui, en coupant le cellophane, en extirpant le disque de sa sous-pochette, je réalise que ça fait cinquante ans que ce disque est dans cette pochette, précisément, sans en être jamais sorti. Qui est le type qui aura vu ce disque avant moi, à l'usine qui pressait les disques des labels Chess ou Cadet ? Est-il seulement encore de ce monde ?
Le coupon de demande d'informations jeté dans la pochette, une odeur étonnamment neutre pour un disque de cette époque (la surpochette cellophanée a bien joué son rôle pendant tout ce temps), l'impression de poser mes doigts là où il ne faut pas, mazette, quelle somme de petites expériences : eh, s'agit de prendre soin de ce disque, devenu malgré lui un beau, très beau souvenir de cette virée ricaine.
Il s'est probablement promené dans bien des cartons, d'un entrepôt à un autre, peut-être d'un magasin ou d'une étagère à un autre, changeant occasionnellement de propriétaire sans jamais atterrir quelque part "pour de bon".
En tout cas, désormais, il va passer un bout de sa vie à mes côtés ; enfin j'espère.




Allez, je retourne à ma rude tâche, celle de trier les témoignages matériels, physiques, tangibles et spatiophages accumulés durant... Quelques décennies. Un peu moins de temps que le temps que ce disque aura passé dans l'ombre, mais tout de même.

A vite, ici ou ailleurs, on verra bien.

ps : j'attaque la seconde face, ce disque, en plus d'être un bon Ray Bryant, est en super, super état. Je suis ravi. Olé !

16 août 2015

Home (again).

Ces trois semaines et quelques aux states ont filé comme le vent
Je n'ai, comme d'habitude, pas eu le temps de faire le quart de ce que j'aurai souhaité faire là-basmais les raisons principales de mon séjour là-bas (un workshop avec des étudiants ainsi qu'une résidence collective à encadrer) étaient bigrement chronophages, et je crois que globalement, tout s'est relativement bien déroulé, ce qui reste l'essentiel, ma brave dame. De très belles rencontres, quelques belles surprises, de très bons moments, et puis le sentiment d'être accompagné par quelques chouettes personnes dans cette aventure.
Et mine de rien, le temps qui passe sur cette aventure qu'est Pierre Feuille Ciseaux offre un peu de distance pour observer -plus sereinement ?- les contours de la bestiole. Il m'en aura fallu du temps, mais ça y est, certaines choses se mettent en place aussi de ce côté, j'y vois plus clair sur l'utilité (ou non) d'un tel dispositif. Pourquoi donner de son temps à une telle articulation, comment faire en sorte qu'elle soit correctement utilisée (comment certains s'en emparent décemment, et d'autres non : comment optimiser l'utilisation d'un objet qui coûte tant d'énergie à une poignée de bénévoles, et tant de pognon à aller chercher avec chaque année de plus en plus de débrouillardise, etc), comment mes comparses de l'asso peuvent la porter tout autant que moi (la confiance, ce truc avec lequel j'ai tellement de mal...), ce genre d'introspections à la con que je ne vais pas développer sur ce blog alors que je suis encore à moitié sonné par le jetlag (on a plus vingt ans ma brave dame !), mais plutôt essayer d'avancer le concret de la chose. Bref.

Ne reste plus qu'à entamer la distribution des choses imprimées qui ont permis au financement de cette nouvelle aventure : près de deux cents personnes ont contribué à la souscription en ligne, et il est l'heure de préparer des paquets, d'envoyer livres et affiches, de remercier tout ce petit monde. Cela va prendre un moment, et après cela, on pourra donc officiellement refermer ce chapitre chifoumiste (une bonne partie de l'aventure est en ligne sur le site de l'asso, où l'on a essayé de relater le maximum de choses possibles). Certains colis sont déjà partis, d'autres partiront bientôt, aucun n'est déjà arrivé, ce qui laisse le temps de dormir un peu, de glander aussi, notamment en écoutant quelques bons disques...

Ça tombe bien !
J'ai pas eu tellement le temps de tenir ce blog à jour comme je l'avais fait lors ma virée précédente en 2013, mais j'ai eu le temps de faire quelques boutiques de disques d'occase...


A très bientôt pour la suite, qui s'annonce bien chouette, pardi.