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8 décembre 2011

Amazon et autres sources d'irritation.

Il y a plusieurs manière d'acheter un bouquin sur internet. 
 Quiconque aura pris connaissance des divers débats du moment concernant notamment la hausse de la TVA sur le prix du livre sauront désormais qu'il y a très, très peu de branches du commerce où l'on marge de manière aussi ridicule. On peut donc dire que ces bonnes nouvelles, couplées avec l'avec l'avènement annoncé du livre numérique, devraient bien finir par avoir la peau des quelques libraires indépendantes dignes de ce nom, avant que tout ceci ne finisse comme ce fût le cas pour les disquaires. Oui, bon, il y a plein de différences, et notables de surcroît, je le sais bien. Mais c'est le weekend et c'est mon blog, je suis fatigué, je dis ce que je veux, hein.

En attendant donc que tous ces enfoirés de libraires crèvent les uns après les autres, je crois que cela vaut le coup, par exemple, de se rappeler qu'il y a des libraires qui vendent en ligne. Alors certes, la dimension conseil en prend un coup (le premier connard qui me sert le couplet de la puissance des algorithmes en remplacants modernes d'un libraire en chair et en os peut tout de suite aller mourir loin, merci), mais quitte à ne pas pouvoir se procurer tel ou tel livre ailleurs que via le net, autant éviter ces sacrés fils de pute que sont Amazon.
Et là aussi, on me dira : certains petits libraires n'hésitent pas à passer par Amazon pour obtenir un revenu complèmentaire, après tout. Eh bien qu'ils aillent se faire foutre. Je veux bien entendre que c'est commode de bénéficier de la puissance de frappe d'Amazon, que c'est pratique de ne pas avoir à se faire chier avec son propre système de vente en ligne, que c'est un bon plan sur le versant économique, finalement.
Qu'ils aillent ouvrir une concession automobile, ou qu'il se reconvertissent opticiens, je sais pas moi.
Comment peut-on avoir envie de dealer avec ces enculés de première : http://gawker.com/5865612/amazon-launches-christmas-attack-on-local-shops ?

Ouhlàlà ça m'énerve. Aucune leçon tirée de la manière (différente, ok, ok, je l'ai déjà dit hein) dont le disque s'est vautré de son confortable siège, pour devenir une économie en mutation longue durée (ça n'est pas fini) qui a précipité pas mal de zozos chez Pôle Emploi (et pas que des stagiaires chez EMI, hein : je pense aussi -et surtout- aux disquaires, notamment, vous en connaissez encore, vous ?).
Ah là là...

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Tiens donc !
mise à jour du 20/12/11, via Çà et Là sur facebook :

La conception de la librairie selon Amazon : en cliquant sur le bandeau "Toute la sélection du Festival d'Angoulême 2012", on tombe sur une page qui recense uniquement 28 titres de la sélection (sur 58). Comme par hasard , il s'agit à 2/3 exceptions près de grosses ventes, et uniquement de livres qu'ils ont en stock. Et pour avoir la véritable liste il faut aller cliquer sur le lien en haut de page. Et même dans cette liste cachée il manque encore six titres...

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Bon, c'est pas comme si la vie c'était de la merde et qu'on apprenait que notre ministre de l'intérieur de notre beau pays fransssais était visiblement mêlé à une sale affaire dont personne ne semble avoir envie de parler...

Rien à voir :
- Steve Albini est vraiment fort, et ceux qui prétendent le contraire devraient avoir honte.
- Monsieur Charles Burns a réalisé une fort jolie couverture pour le onzième numéro de Smoke Signal.
Et puis donc, quelques images qui bougent toutes seules, c'est bien commode quand même... Petite sélection avec notamment :

- un type complètement foufou, mais qui vole, lui (pendant que toi t'a le cul collé sur ton fauteuil à lire mes conneries ; eh ouais, on a la vie qu'on mérite hein) (rhôôôô ça va, si on peut plus rigoler) :
- une leçon de dessin de Jim Woodring (bon, on est entre fans absolus, là, hein, cette vidéo ne devrais pas causer de crise d'hystérie, présentant un intérêt somme toute assez limité si on est pas un inconditionnel du bonhomme) :



- "Black up", un petit objet vidéo accompagnant la nouvelle sortie d'un des meilleurs projets hip hop de ces dernières années, Shabazz Palaces (perso, j'ai une préférence pour les deux premiers maxis, l'album paru cette année déboite tout mais m'a moins décollé le tympan que je ne l'aurais souhaité...).
Ne boudons pas notre plaisir, check check check :


- Une reprise d'un classique de Chris Bell (le mec de Big Star), datant de 78 et repris ici en 91 par Kim Deal et Tanya Donelly (soit deux parts importantes de la première formation de The Breeders), sur une proposition de This Mortal Coil.



- au moment où naissait la chanson ci-dessus, à quelques semaines près, The Cramps (accompagnés par The Mutants), jouaient dans un hopital psychiatrique, comme ils en avaient visiblement l'habitude.
Une vidéo inaltérable témoigne de leur passage au California State Mental Hospital, à Napa. Lux Interior semble être dans son élément, c'est assez flagrant, pendant que ses potes, à défaut de jouer droit, se prennent au jeu aussi. Au mileu de tout ça, une poignée de "patients" et les types de Target Records pour qui la vidéo, ca n'est pas une blagounette, non madame :


- on aime ou on déteste Miranda July. Je raffole de son approche des images qui bougent, et cette courte vidéo (autour de son dernier film, "The Future"), résume bien la poésie de la nana, à laquelle on adhère ou pas :


- Et pour finir, attention attention, rien moins d'autre qu'un chef d'œuvre proposé par les internets :


Bonne nuit les amis.

23 décembre 2009

It ain't like dustin' crops, boy.

Bon, n'y avait-il rien à dire comme grosses conneries depuis la dernière fois que j'ai posté sur ce blog ?
Si, bien sûr, des tonnes, même, du genre "l'identité nationale, c'est un débat important", ou même des plus grosses.

Mais entre le temps qui passe à la vitesse de la lumière, un peu comme quand Han Solo fait péter l'hyperespace avec le Falcon, et une sorte de flemmingite supra-aïgue, je dois bien reconnaître qu'il m'était plus facile de déblatérer des conneries sur facebook (putain, mais quel aspirateur à temps, ce truc...), que de prendre le temps de poster des choses un tout petit peu plus constructives ici. Un tout petit plus, j'ai dit ! Pas la peine de s'affoler, non plus... Je vais garder le rythme des bétises sans nom là-bas, sur le réseau du diable, et vais tâcher de conserver mes rares élans un peu moins débiles pour ici, pour les semaines à venir. Comment ça, j'ai déjà dit ça des tonnes de fois ? Ouais, bon ça va, hein.

Pour autant, hors de question de trop m'étaler sur les méandres par lesquelles semble passer ce qui me sert de vie. Quelques menues surprises, des bonnes et des moins bonnes, auront fait de cette année qui s'achève une année bizarre : ni charnière, ni dramatique, ni révélatrice, ce fût une période tellement inhabituelle que j'ai du mal à savoir si je suis content qu'elle s'arrête, ou si je suis assez lucide pour deviner que ce qui arrive derrière ne devrait pas relever le niveau. Il disait quoi, déjà, le type de queensbridge, en 94, à propos de la vie, cette salope, tout ça ? Bon, peu importe.

J'ai eu une idée cheap, de feignasse : je vais tâcher de poster quelques photos qui récapituleront mieux que moi ces douze derniers mois. Oh, je sais ce que vous en pensez, mais figurez-vous que ce blog, je le fais largement davantage pour ma gueule que pour la vôtre, qui que vous soyez ; ne prenez pas ça mal pour autant, hein ! Tant mieux si vous trouvez votre compte en passant ici, mais honnêtement, on est d'accords, vous et moi, pour dire que des choses à faire, à lire, avant d'arriver ici, il y en a un paquet. Alors haut les coeurs, et restons réalistes : je posterais quelques photos, donc, afin de me constituer un complèment idéal à l'agenda papier qui va rejoindre ses aînés dans le carton prévu à cet effet. Oui, je suis resté à l'agenda papier... Je sais, je sais : tous les téléphones proposent une version numérique, désormais, et fort pratique, mouais, ok. Ben disons qu'avec le temps que je passe sur mon laptop, je m'autorise l'indécence de perpétrer le massacre des arbres en bois. Chacun son truc, moi j'aime bien chercher pendant trois heures mon bic et insèrer moultes bouts de papiers dans ce qui me sert d'agenda.

Et puis, c'est bien, le papier.
Avec le papier, on fait des livres.
Et, admirez la transition, je viens justement d'en lire un putain de bien.



Le nouveau Jim Woodring, qui paraîtra à L'Association en janvier, est un récit long d'une centaine de pages, qui ravira les amateurs de l'univers du barbu de Seattle.

Comme depuis quelques petites années, on relève quelques nouvelles pistes d'influences, quelques nouvelles envies du côté du bonhomme, qui après avoir pris le temps d'installer l'univers incroyable de Frank (qui fît sa reconnaissance, malgré ses multiples travaux antérieurs), s'amuse depuis quelque temps à le bousculer un peu...
Oh, rien qui ne devrait déstabiliser les amateurs de son petit monde qui donne l'impression d'être constamment en pleine montée d'acide... Dans "Weathercraft", ce nouveau bouquin, l'effet trip est toujours là, mais comme toujours, cela serait sacrément réduire la portée du travail de Woodring de se contenter de cette impression... Au centre de ce nouveau récit, une fois de plus, les nombreux paradoxes typiquement woodringuiens apparaissant petit à petit, au fur et à mesure du déroulement de l'histoire. Et cette fois, sur près d'une centaine de pages, c'est Manhog, alias l'Homme-Porc, que l'on suit dans ces nouvelles déambulations...

Une fois de plus, le gentil et mignon Frank va influer indirectement sur l'existence de cette pauvre créature qu'est l'Homme-Porc, qui ne manquera pas de s'en prendre, comme à son habitude, plein la gueule durant l'essentiel du bouquin. Et comme d'habitude, comme dans chacun des récits autour de Frank, c'est à un réel apprentissage de la vie en bonne et due forme que se frotte le personnage central de "Weathercraft". Manhog face à son destin, avec tout ce que cela peut comporter. Mais doit-on réellement attendre une ultime issue aux tortures physiques et psychologiques, à la violence crue qu'il endure comme à l'accoutumée ?

Ce qui sidère le plus, c'est une nouvelle fois la solidité du monde posé par Woodring, sa cohésion parfaitement maitrisée. Les lois qui régissent le petit monde de Frank et de l'Homme-Porc deviennent logiques, cohérentes, tout y est absolument inattendu mais au fur et à mesure que les événements surviennent, l'improbable fait place à l'ordre, à une sorte de norme. Les régles, dans cet univers, semblent de plus en plus circonscrites à l'intérieur d'un périmètre posé par l'auteur, périmètre dont on envisage pas réellement les contours avant d'avoir reposé le bouquin, en se disant que ouaip, finalement, tout se tient tellement dans la tête (et les livres) de Woodring...
Depuis "The lutes string" (paru chez les japonais de Presspop mais disponible dans "Frank's real pa", paru il y a deux ans à L'Asso dans la collection Côtelette), j'ai comme l'impression que Jim Woodring prend un malin plaisir à tisser des choses un tantinet plus complexes, plus amples...



Ce nouveau bouquin en noir et blanc laisse Woodring creuser encore davantage certaines formes d'ombrages, de reflets, il se laisse aller à tenter encore plus de choses avec les volumes... Comme d'hab : c'est la classe.
Pour nous autres francophones (et même si, doit-on le rappeler, ces récits sont muets), c'est qu'avant de sortir chez Fantagraphics aux USA, le titre sera dispo "chez nous", dès janvier, à L'Association.

Et pour la peine, une petite compo qui claque bien la gueule, publiée par Woodring sur son blog :



Voilà pour Woodring. Le mec fait pas tant de bouquins que ça, comptez sur moi pour faire des grands signes avec les bras dès que ça se reproduit...

Et puis en fouinant un peu, j'ai cru comprendre qu'un beau livre était sorti, qui contenait plein de belles choses. En gros, il s'agit d'une rétrospective conséquente du dessin anti-guerre, anti-militariste, avec des tonnes d'illustrations et de strips émanant de toutes les époques, de toutes les contrées, et collectées par Craig Yoe, qui s'y connaît un brin en saloperies du genre...



A l'intérieur, du lourd, ma brave dame : de l'aquarelle et de l'encre, du pinceau et de la mine de plomb, un peu de tout, mais pas de n'importe qui, puisque Yoe a rassemblé sur plus de deux cent pages des choses de Francisco Goya, Art Young, Robert Minor, Winsor McCay, Ron Cobb, Honoré Daumier, James Montgomery Flagg, C.D. Batchelor, Edmund Sullivan, Boardman Robinson, William Gropper, Maurice Becker, George Grosz (Berth, si tu me lis...), Gerald Scarfe, Bill Mauldin, Art Spiegelman ou encore Robert Crumb.

Le bouquin couvre deux siècles d'expression d'opposition à la guerre, et quelle ne fût pas ma surprise de tomber sur une reproduction d'un dessin de Louis Raemaekers, un illustrateur hollandais (1869-1956) que j'ai récemment découvert par hasard, en achetant un petit carnet sur un marché aux puces à l'Ile de Ré cet été.



En revenant de ce sympathique séjour, où je n'avais pas fichu grand chose à part du vélo (avec des dénivelés proches du néant, merci l'Ile de Ré, exactement ce qu'il me fallait), j'avais pris le temps de creuser un peu l'oeuvre et la vie du bonhomme, et corrigez-moi si je me plante, mais il n'y a pas grand chose de disponible de ce type, mis à part une poignée d'ouvrages d'époque que des types mal intentionnés essaient de me faire payer un bras ou deux...
Bon, soyons clairs : Raemakers aussi, c'est la grosse classe.
Mais j'y reviendrais, parce qu'il y aurait bien des choses à en dire.



Voilà pour aujourd'hui.
Ah non, encore un peu de quoi flatter la rétine : dans le cadre de quelques recherches qu'on qualifiera gentiment de personnelles, j'ai récemment eu le temps de regarder de plus près l'oeuvre de Joni Sternbach, une photographe connue pour ses clichés atypiques autour du surf, mais qui a plus d'une pellicule dans son appareil, oh bordel, elle est bonne celle-là tiens.



Je vous encourage à aller fouiner sur son site, et à aller éventuellement écouter l'interview qu'elle a accordé à Chris Orwig.

Quand j'aurais dit que je trouve l'affiche que Blutch a pondu pour Angoulême franchement pas terrible, je crois que j'aurais tout dit.
Du coup, je pense que je ne vais pas aller en Charente cette année, même si, et vous en conviendrez parce que vous êtes sympa, c'est bien triste. Bon, la vérité, c'est que je suis fauché comme les blés. Et puis ça va un moment, la Charente, le Pineau, les paquets de Kleenex qui filent à la vitesse de la lumière... Tiens, encore elle ? Il est temps que j'aille me coucher.

Salut.

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On Air on RadioJune :

- "Celestial blues" est un grand classique (que dis-je, un ENORME classique) de pure spiritual soulness signé Gary Bartz et chanté par le grand Andy Bey (en 1971), que je réécoute depuis que j'ai pécho un 45t tout droit sorti de chez Heavenly Sweetness : le même titre version Chickenwing All Stars.



- Ramsey Lewis "Kufanya mapenzi (Blackjoy edit)".
Un classique de Ramsey, sauce Blackjoy, le genre de tracks où je me dis "oh mon dieu mais on touche pas à Ramsey, en tout cas pas Ramsey de cette époque là", et en fait, il le fait tellement bien que ca passe tout seul. Joie Noire !

- mon gars Dada écoute plein de trucs, souvent des types mal rasés qui couinent sur leurs guitares (ca fait longtemps qu'il a compris que le noise, moi, c'était assez moyennement ma came, ou alors très très ponctuellement, alors il me file des trucs plus mous), et parfois, eh ben c'est super bien, merci dada de m'avoir refilé Woods (visiblement "don't pass on me" est un truc que j'ai loupé à sa sortie, je devais être aux toilettes) :



Woods, "where and what are you", super bonnard. Et puis ça aussi tiens :



- monsieur Blundetto ne devrait donc plus tarder à nous balancer un premier album qui devrait claquer la tronche à pas mal de monde. Entouré de rien d'autre que le gratin actuel (Hindi Zahra, The Budos Band, Tommy Guerrero, General Elektriks, Lateef, Chico Mann... Ca va aller ?), sa manière d'appréhender tout un spectre de la bonne musique fait de lui un producteur rare et précieux, malheureusement trop méconnu. Après une poignées de mixes qui ont mis tout le monde d'accord (et bercé mon été, mais c'est un détail), on attend le bébé avec impatience : pour l'avoir écouté récemment (hin hin hin), je mise beaucoup sur ce disque quand il sortira !
My faves : "Voices" avec Hindi Zahra, un dub de folie complète, qui ferait pleurer une carrière de calcaire, "Cuban shirt" qui pue les réminiscences post-west-london que ne renierait pas Dego en mode analogique, et "Mustang", grosse tuerie low-afrofunk avec les new-yorkais du Budos Band.
GROSSE GROSSE CLAQUE COUSIN !

- Sarah White, à ne pas confondre avec la Sarah White plutôt folk, ni avec une hardeuse au nom assez similaire, est une jeune nenette dont j'aimerais entendre encore plus de trucs.
Son "C Train" est un chouette titre qui donne bien la couleur, quelque part du côté de toute la vague des chanteuses post-nu-soul, de celles qui ont grandi en écoutant les disques des divas soul de la grande époque, et qui ont grandi avec Jill Scott, Erikah, and so on, tout en étant tentées par les envolées de Musinah ou bien Georgia Anne Muldrow, qui sait...

- Tor est un producteur qui s'est amusé à jouer avec le dernier Sufjan Stevens, en composant un long format hip hop qui me donnerait presqu'envie d'écouter l'original (moi, Sufjan, ca m'avait vite fait chier quand j'avais essayé d'écouter un de ses premiers skeuds...).
Et puis un morceau avec Grand Puba ne peut pas être un mauvais morceau, vindzousss !
"The Tallest Man / I Like It" (f. Grand Puba)".

- RIP Vic Chesnutt (1/1/64 - 25/12/09).



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PS1 : cher père Noël, t'a été un sacré putain de radin cette année mais comme je serais gonflé de te jeter la première pierre (je suis bien trop fauché pour offrir je sais pas quoi à mes proches, même mes très très très proches), je te rappelle que les ricains taillent large, très large et que je me contenterais d'une taille M pour le hoodie Star Wars Storm Trooper signé Marc Ecko (une fois n'est pas coutume, la dernière fois que j'ai donné du pognon à ce type, c'était en 94, véridique).
Ou bien le modèle X-Wing Pilot, faut voir.
Cimer à toi.

PS2 : une bise pour mon poteau Guillaume Long, qui, alors qu'il était en train de tout éclater niveau côte de popularité grâce à son blog sur LeMonde.fr, vient de se prendre une tuile en travers de la tronche, tuile qui, j'en suis sûr, ne restera dans les mémoires rien d'autre qu'un mauvais moment. On rigole on rigole mais les sushis dans tout ça ?

6 février 2007

SCIONS DU BOIS.

Avant toute chose, un petit rappel pour préciser les prochaines dates concernant Le retour du Boogie, les petites soirées bisontines qu'on essaie de faire résonner ici et là...

Boogie time !

- mercredi 7 février, Le retour du Boogie cette fois du côté du bar Le Cousty, à Besançon, avec en prime les Res-KP (le collectif de breakers qui monte...) ; on investit un nouveau lieu grâce aux copains de Flexible Future, on espère que ca marchera, histoire de multiplier les lieux, les rendez-vous avec la faune bisontine...
- jeudi 22 février, dans le cadre du festival Génériq, au Cylindre, à Besançon : Le retour du Boogie ouvrent et ferment pour Amp Fiddler, Just Jack, et Airborn Audio. Grosse soirée en perspective...
Et histoire de prendre la température, une petite vidéo-teaser qui dure pas très longtemps, mais qui restitue presque correctement le trip...



Quelques autres dates se précisent aussi, mais nous en reparlerons alors...

Bon, et sinon, quoi de neuf ?
Et bien après une dizaine de jours de vacances à crapahuter à droite à gauche, la reprise s'annonce dure-dure, sans parler des 300 mails entassés dans mes boîboîtes : c'est fou comme se séparer d'une liaison avec le virtuel est de plus en plus difficile. Je suis pas prêt d'aller m'installer dans Second Life, moi...

Est qu'est-ce qu'on fait avant de partir en vacances ? Eh ben on trace à Angoulême, pour la grande partouze annuelle, pardi.
Après maintes péripéties concernant l'organisation (qui, pour la première fois de ma vie, fut impeccable de bout en bout, mais ça, vous vous en fichez, sauf si après un précedent trip charentais à mes côtés, vous restez traumatisé par une certaine nuit coincé à la gare sncf, par -10°), nous voilà donc partis en petit comité, Sandrina et moi-même, à traverser l'hexagone dans la tuture de l'infâme Berth, accompagnés, pour l'aller, de Loïca. Un voyage de presque 8 heures dans les pattes, mais un petit appartement agréable et tranquille à la clé, entre 2 séances d'initiation à l'agoraphobie...

angou2007berthdrinajune

Au programme : plein de gens à croiser, plein de trucs à voir, et quelques cartons des deux derniers numéros du meilleur fanzine bisontin du monde, le bien nommé L'affaire du Siècle tome 5. Comme précedemment raconté ici-même un peu plus tôt, le numéro 19 de fin d'année s'est pointé avec son petit frère, sobremment nommé "numéro 19bis", et distribué, comme à l'accoutumée, à qui voulait bien tendre la main, pour la modique somme de zéro euro. Autant dire que nous avions de quoi nous occuper durant ces 3 jours...

Et le vendredi, après un après-midi qui fila trèèèèèès rapidement (on croise plein de monde, comme le gars Ronald de chez Misma, avec qui je suis super content de pouvoir parler de bonne zique, bordel, on se dit "on se voit dans le weekend !", et en fait on revoit personne, classique), une visite chez nos hôtes qui allait tourner en vidage de bouteilles de pinot des Charentes (plus traître qu'il n'y paraît), Berth nous abandonne pour aller à une soirée avec ses copains punks de chez Groland, pendant que Sandrina et moi remontons, dans une neige verglacée, le parc du côté des Remparts de Beaulieu, bien réchauffés par le fourbe pinot. C'est plus de mon âge, ces conneries. Le temps de bouffer à l'arrache, et évidemment, tout est déjà plus ou moins fini, de la petite sauterie de L'Asso au pot avec Remi et les autres. L'année prochaine, on s'organisera (air connu).
On retrouve Berth alors que la nuit est encore jeune, et on rentre assez tôt, parce que demain, nous voulons faire la queue très tôt devant le stand Soleil, pour ne pas louper Crisse et Arleston. Non, je déconne.

Back to the festoche, le samedi matin.
Bon, je ne reviendrais pas sur la nouvelle répartition des endroits dédiés aux éditeurs, aux expos, aux petits évenements de cette nouvelle édition, tout a déjà été dit à ce sujet, par des gens plus concernés et mieux renseignés que moi. Néammoins, une des rares choses qui revenait presque systématiquement dans la bouche des éditeurs/exposants, c'était qu'il ne s'agissait pas d'une année record en matière d'affluence, l'espace éditeurs étant en dehors du centre, encore plus bas que le CNBDI.
Au moins, on pourra se dire que par rapport à l'année dernière ou "seuls" les petits éditeurs s'étaient vus coincés loin des zones fréquentées, tout le monde, cette année, se sera retrouvé à la même enseigne... A voir.

Dans une mesure moins restreinte, en ce qui concerne les prix remis aux soi-disants meilleurs ouvrages de l'année, l'édition 2007 aura au moins remis à jour quelques vieilles idées foireuses mais qui demeuraient en vigueur. Enfin, les meilleurs bouquins de l'année se voient donc reconnus comme étant bien plus que la somme d'un bon dessin et d'un bon scénario. Ca n'a l'air de rien, mais il était temps de faire comprendre aux gens qu'une des qualités premières de la bande dessinée, c'est d'être bien plus que celà, bien autre chose qu'un habile mélange. Bon, je doute fort que cette mesure soit accueillie partout avec le sourire, mais en ce qui me concerne, je crois qu'il s'agit d'une bénéfique petite évolution. Et puis je dois bien avouer que le résultat tombé samedi soir, alors que nous nous étions en train d'ingérer de gargantuesques portions de la cuisine locale, nous a ravis : NonNonBâ est assurément l'un des meilleurs bouquins de l'année, et le tandem Ruppert et Mulot mérite largement qu'on insiste sur les qualités des ces deux jeunes auteurs ; mais tout cela, je l'ai déjà étalé en long, en large et en travers ici-même, donc bon...

Ce genre de prix-récompense, c'est bon pour Cornélius (l'éditeur de NonNonBâ), c'est bon pour L'Asso (l'éditeur des bouquins de Ruppert et Mulot et de l'excellent travail fait sur Sergent Laterreur de Touïs et Frydman, prix du Patrimoine largement mérité), c'est bon pour Atrabile (l'éditeur de Lupus de Frederik Peeters, eeeeeeenfin primé...) car on sait que malheureusement, une frange du lectorat potentiel aura attendu qu'on parle de ces bouquins et qu'on les récompense pour aller y jeter un oeil de plus près... La curiosité est souvent un joli défaut ; espérons qu'un jour nous n'aurons plus besoin de ces récompenses charentaises pour voir les bons livres se vendre...
Et puis malheureusement, parce qu'il faut bien le rappeler, si un prix à Angoulême est toujours bon à prendre pour un éditeur, ce n'est pas non plus le coefficient multiplicateur à tous les coups ; les ventes seront au mieux boostées, mais rarement doublées. Il serait intérressant de connaître quelques historiques de vente, parce que là, je tire d'hâtives conclusions en rapport avec ce que j'ai l'habitude de voir dans mon métier chaque année, et avec les échanges entres collègues. Si quelqu'un a des chiffres et des courbes à communiquer, qu'il les envoie à statistiques-et-forces-de-vente@june-bizness-pognon.com, ca serait bien sympa.

Bon, évidemment, Angougou, ca n'est pas qu'un palmarès, même si celui de cette année est vraiment l'un des plus satisfaisants que j'eu l'occasion de voir... Alors, quoi d'autre ?

D'ailleurs, une petite précision, suite à une sorte de quiproquo survenu lors d'Angougou 2007 :
"Allo Retro ? C'est June. Je t'appele pour te dire que les planches de "Jouhoune Sfour" ont bien plu, on a fait tourner le fanzine à Angoulême et on a eu que des bons retours sur "tes" planches pas très sympa-sympa...
- Bien. Si c'est pour me dire ça que tu me passes un coup de téléphone, économise ton forfait, je suis au beau milieu d'une partie de Super Mario Kart.
- Euh, non, non, enfin, pas que ca, je te phone aussi parce que la plupart des gens ont pas trop compris où tu voulais en venir, et surtout, doutaient des extraits de phrases du vrai Joann Sfar que tu aurais isolé d'un canard, je sais plus lequel, à la fin de tes planches... En plus, le nouveau pseudo, "Jouhoune", je pense que les lecteurs ont cru que j'avais quelque chose à voir avec ça, alors que bon...
- C'était très clair, vos lecteurs sont des cons, je vous emmerde, et si je perds ma partie vous allez me le payer cher. Qu'est-ce que tu veux que ca me foute ? Tu veux que je t'envoie la page en question, pour les sceptiques ? Ils croient qu'on s'en prend à Joann Sfar par plaisir ? T'a qu'a changer de pseudo, espèce de nase ? Tu veux mettre la page sur ton blog pourri ?
- Euh... Si tu veux, ouais, pourquoi pas.
- Je te l'envoie quand je termine ma partie, si je termine ma partie un jour. En attendant, vous pouvez toujours aller vous faire mettre, vous, votre fanzine de merde, et vos lecteurs de merde.
- Ok ! Merci Retro.
- *Clic* tuuuuûûûûûttt..."


Sacré RétroMonkey. Pas encore publié ailleurs que dans le fanzinat, et déjà des caprices de star de l'underground.

joannsfar-polystyrene

Alors voilà, parce qu'apparemment tout n'était pas clair dans les pages de "Jouhoune Sfour" parues dans le dernier numéro de L'Affaire du Siècle tome 5 : le vrai Joann Sfar, entre 1 bon bouquin, 1 bouquin médiocre, et 2 déclarations foutrement dispensables (et c'est un lecteur plutot amateur du bonhomme, à la base, qui la ramène, là), a pris le temps de déblatérer quelques grosses conneries (mais si, mais si), dont une au moins fut d'abord publiée dans l'excellent magazine pluri-culturel Poly (anciennement Polystyrène). Dans ce canard (numéro 101, octobre 2006), il se laissa aller à un petit entretien qui fila encore des boutons à la (bonne) moitié de la profession, une nouvelle chouette variante de la salade niçoise. Ben tiens, moi je m'en vais lire les derniers récits nuls du Frémok de ce pas, tiens.

Ah, et dans le registre "C'était qui le Lewis des planches-pas-sympas-de-Jouhoune-Sfour dans le meilleur fanzine bisontin du monde ?", je tiens à avouer à la face du monde que samedi soir, dans une rue d'Angoulême, Lewis Trondheim, oui, oui, LE Lewis Trondheim, m'a fait le coup de la téléportation, ce qui, je dois bien l'admettre platement, m'a lamentablement vexé...
... pendant au moins 5 minutes, et surtout parce que l'infâme Berth m'a vanné 150 fois avec ça, parce que très vite, j'avoue que subitement, j'ai songé à l'immense respect que j'avais pour l'oeuvre de ce bonhomme (je n'aurais pas à convaincre celles et ceux qui consultent ce blog depuis assez longtemps pour le savoir), et je me disais que j'étais quand même bien con...
... parce que le coup de la téléportation, je trouvais ca à peine drôle dans le cadre de ses Carnets à L'Asso, mais j'osais imaginer, idéaliste que je suis, qu'il s'agissait d'une projection fantasmée du personnage, qu'il avait autre chose à foutre, et de manières plus drôle, plus incisive, que de taper ce genre de plans...
... parce qu'un auteur croisé à Angoulême, fût-il président de mes couilles, aurait pu avoir 5 secondes de patience avant de jeter son dédain-couroux-jenfoutisme-gerbant sur quelqu'un qui ne l'avait même pas sollicité (ca m'apprendra à vouloir refourguer le fanzine aux mauvaises personnes au mauvais moment, ceci dit, mais pourquoi diable Obion et Gally -à qui je refourguais légitimement son exemplaire du fanzine, collaboratrice qu'elle est- étaient dans la même rue que nous à cette heure de la soirée, hein ?)...
... parce que lorsque je pense au temps que je passe, quasiment chaque jour, au taf, à vanter les mérites de l'auteur (pas de l'homme, je vous vois venir...) à un lectorat que nous n'avons de cesse de faire grandir...
... alors je me dis que je suis peut-être très susceptible (ce qui est largement vrai), mais surtout que Lewis Trondheim, l'homme aux blagues les plus drôles du monde, se passera largement de mes services en ce qui concerne sa promotion, dont il n'a de toutes manières plus besoin depuis bien longtemps.
Sur ce, les copains pourront venir me vanner à loisir sur cet épisode franchement nul, parce que je dois bien le mériter, mais que personne ne vienne me demander mon avis sur ses prochains bouquins, que je ne lirais pas, c'est pas de ma faute, je suis très soupe au lait, mais surtout très fatigué des fatiguants du petit monde de la bande dessinée. Ca ne changera pas sa vie, mais moi ca me permet d'assumer mon intégrité à la con (Berth, tais-toi)... Putain, j'espère que même sans les textes, je vais comprendre les Donjon Monster à venir, et puis les Potron-Minet à venir du gars Gaultier ! 8)

Bon, un peu plus tard dans la soirée, il s'avère qu'une fois de plus, les samedi soirs à Angoulême, c'est super nul. Entre la grosse teuf de chez Blénat, la foire aux porcinets du côté de l'Hotel de Ville, et les plans "off" ou l'on se retrouve à 4, il y a toujours un côté "j'aurais pu mieux faire de mon samedi soir"...
Avant de finir au bar le plus proche, petite tentative du côté de l'Hôtel de Ville, mais très vite, mission impossible (trop de monde, etc). Juste le temps de croiser et de féliciter Frederik Peeters et Daniel d'Atrabile (putain, il était quand même temps, merde !), de féliciter aussi les zozos Ruppert et Mulot, et hop, trop de monde, pas de place, hop, basta. Au bar, pot avec quelques connaissances virtuelles et moins virtuelles, et très vite, coup de fatigue ; c'est qu'on est plus tout jeunes, ma brave dame ! Martin-Everland-Vidberg, déjà vieil auteur online et récemment édité chez Delcourt (mais aussi originaire des environs de Besançon), m'indique un auteur dont je lui avais vendu un bouquin en VO et qui est également publié chez Shampooing ; 5 minutes avant de partir, je salue donc Aaron Renier, apparemment aussi sympa que son "Spiral Bound", tellement mal intitulé en français que j'ai déjà oublié son titre... Bref. Après tout ça, c'est bien joli, mais nous on est à côté d'Angoulême, alors bon... Feu.

Bon, déjà, à Angoulême, il y a au moins 2 types d'évenements autour desquels mon séjour s'organise : les expos, et les rencontres internationales. Au programme donc, il me fallait impérativement trouver le temps d'aller voir les expos Woodring et McGuire, ainsi qu'aller aux rencontres internationales avec Woodring, avec Burns, avec Jessica Abel et Blutch...

Le vendredi, donc, nous étions ravis d'arriver tôt pour aller écouter dès 14h30 monsieur Charles Burns, qui était l'un des invités des rencontes internationales. Evidemment, le temps d'arriver sur Angoulême, de trouver le chemin du site principale, puis une place de parking, puis de localiser les arrêts de bus et les itinéraires pour rejoindre le centre (et l'espace Franquin des rencontres), et Drine et moi arrivons à la fin de la discussion, juste à temps pour entendre les derniers échanges entre l'invité et le public, qui signifie l'issue de la rencontre. Quel dommage !

angou2007burns

Néammoins, il était hors de question pour la brune à mes côtés d'en rester là. Il fallait aller dire à Burns que "l'on adore ce qu'il fait", et cela nous permit d'échanger quelques mots avec le bonhomme, à la toute fin ; rien que pour cela, les 8 heures de route étaient déjà amorties, si j'en crois la grifouille faite par le maestro sur l'un des BlackHole de la fille. Au milieu de quelques fans, elle lui tendit un Pentel (les feutres-pinceaux rechargeables), et Burns, amusé, amorça alors un début de conversation... Sachant que pour elle, il y a Burns, Doucet, Baladi, puis, loin derrière, les autres, inutile de dire que le weekend commençait bien pour elle...

Dans l'un des nombreux bus qui faisaient office de navette entre les différents points du festoche, nous croisons Big Ben et Juhyun Choi, à peine le temps d'échanger quelques zines contre le Zinorama, feuille de choux recensant la sélection officielle du prix de la bande dessinée alternative de l'année, ainsi qu'une liste des stands de l'espace alternatif... Confirmation de l'arrivée du Comix Pouf (pour lequel j'aurais voulu avoir le temps de finir, avec RetroMonkey, une petite histoire toute gentillette sur l'écologie selon FuturopoBis, à suivre ici ou ailleurs...), dispo sur le stand du Groinge : parodies et foutage de gueule en tout genre, le petit milieu tellement sain de la bande dessinée mérite bien ça. Et une spéciale dédicace à Gilles Ratelier, le célèbre secrétaire-comptable de l'ACBDBDBD... Et au passage, hop, le dernier effort de Fafé, les semaines 25 & 26 de son "16h45". Je parle même pas des badges super-pro de Fafé, qui m'ont calmé grave dans mon envie de noyer Angoulême sous mes badges débiles. C'est vrai, les épingles foireuses de la machine à badge Bandaï ne tiennent pas la comparaison avec les Groinge, il faut reconnaître la classe où elle est... 8)

Mais aussi énervés puissent-ils être, les rebelles de Nice faisaient pâle figure face à la branche armée de FLBLB, pestant depuis leur petit QG cossu, installé au coeur de la vieille ville... Le petit salon des éditions FLBLB, rue de la Cloche Verte, servait de repère à Grégory Jarry, Nylso, Rémi Lucas, Otto T, Nicole Augereau, et à toute leur clique de sales extremistes. Déjà, dès le premier soir, il était impossible d'errer sur les haut-plateaux charentais sans tomber sur une affiche de "Ségolène Royal au festival d'Angoulême" ou de "Nicolas Sarkozy au festival d'Angoulême" (pour les bisontins, rendez-vous dans mes chiottes)... Et comme si cela ne suffisait pas, à peine arrivé au pot de sabordage de L'Eprouvette proposé par L'Asso, le vendredi soir, je me retrouvais avec dans les pattes le petit quotidien édité spécialement pour le festival, et là encore, subversion graphique et provocations parodiques...

On croise aussi les gens de l'Institut Pacôme, de braves strasbourgeois cependant bien à l'ouest quand ils le veulent. Parmi eux, l'inaltérable Sylvain-Moizie, déjà acclimaté au principe des "24h de la bande dessinée", me propose la version papier (quelle réactivité, ces alsaciens) de son exercice de la veille, à savoir la réalisation d'une petite bande dessinée de 24 planches en moins de 24h... "Action & théories enfin réunies ! Les joies simples" est une des plus belles réussites de cet atelier dont les résultats doivent etre consultables online par là...

Du côté de chez 6 Pieds sous Terre, à peine le temps de déranger le Bouzard dans ses oeuvres (il fallait le voir expérimenter le hachurâge dans une dédicace pour un jeune gars qui peinait à dissimuler son enthousiasme...), à peine le temps de nous assurer qu'il reviendra bien dans nos contrées pour promouvoir le troisième tome de son "autobiography of me" (parce qu'un Bouzard en tournée marketting, c'est du lourd, les cocos), à peine le temps de se rendre compte qu'il nous avait déjà refourgué, tout droit sorti des limbes bouzardiennes, un exemplaire d'un vieux numéro de "Caca bémol" (le numéro 10 , 10 ans déjà...), son-petit-canard-rien-qu'à-lui, ou l'ont pouvait croiser Ambre, Druilhe, Moulinex, Besseron, X90 ou Larcenet, entre autre... Qu'est-ce qu'il est sympa, ce Bouzard. Bon, il reste un gars de taille modeste, mais qu'est-ce qu'il est sympa.
Toujours du côté de chez 6 Pieds, à peine eu le temps d'exprimer ma grosse satisfaction à LL de Mars, suite à la réception, à la lib, de son dernier ouvrage, gros oeuvre autour des Chants de Maldoror de Lautréamont, qui se distingue des pavés soi-disants soignés sur bien des points : d'abord, il faut se laisser soulever par la qualité du dessin de LLDM, dont la classe résonne à chaque trait. Ensuite, ce bouquin a été réalisé avec aux manettes adjacentes un personnage pour qui les termes habillage, approche de groupe, ou lettrine signifie encore quelque chose : j'avais croisé Alain Hurtig, l'autre responsable de cet ouvrage, dans une autre vie, où j'étais encore photocompositeur-maquettiste (aaaaah, l'on parlait davantage de Berthold que de X-Press à l'époque, les jeunes, mais vous pouvez pas comprendre, ah ca c'est bien vrai, ça), et voir ce type d'ouvrages débouler dans le rayon, aujourd'hui, quelle satisfaction... Un bouquin dont je reparlerais plus tard, tant il se distingue de tellement de choses, dans son idée, dans sa conception, comme dans son audace.

Bon, même si la plupart des bouquins sortis en cette fin janvier seront à la librairie quand je reviendrais de vacances, je rentre quand même avec quelques bouquins glânés ici et là. Je parlerais de la plupart d'entre eux dans les semaines qui viennent, mais je pense que Cà et Là, avec la traduction française du bouquin de Brian Fies, part avec une bonne longueur d'avance dans l'actualité : les fumeurs qui sont gâvés par cette nouvelle réglementation pourront toujours s'aider de ce bouquin pour abandonner leur précieux petit paquet. Ou pas.

Plusieurs descentes sur les stands des éditeurs, des micro-éditeurs, etc : chez Bries, grosse razzia, malgré une distribution française assurée par le Comptoir. Plusieurs tout petits livres, et puis, pendant que j'y étais, quelques plus gros, comme le premier "Book of hope" de Tommi Musturi, déjà croisé du côté de chez Boing Being (forcément...), notamment, et un "vieux" Wind, l'anthologie de chez Bries.

Québec était présent(e) aussi, avec un joli petit stand aux couleurs des 400 Coups et de Mécanique Générale. Quelques échanges rapides avec Jimmy Beaulieu, ancien résident charentais et figure de proue de la scène québecquoise, juste le temps de repartir avec le catalogue Mécanique Générale 2007, qui contient au passage un très rapide petit historique de cette clique qui vaut le coup d'oeil. Et même plusieurs, ne soyons pas avares.

Une fois de plus, la scandinavie s'était déplacée jusque sur notre west coast, ouaich, et une fois de plus, j'éclatais mon découvert bancaire... Qu'à cela ne tienne, de jolies petites choses comme le "Strawberries" de Kaisa Leka et le "The way out" de Jyrki Heikkinen, soit 2 petits exemplaires de la série des petits Minipulu (de chez Asema), finissent dans mon sac, avec un Glomp (le collectif finlandais de chez Boing Being, avec l'excellent Tom Gauld, Jeffrey Brown, Kevin Huizenga, Sara Varon, Mahler...) que j'avais manqué... Et puis un joli vinyl de Suurin Onni, que j'ai acheté, je dois bien admettre, les oreilles fermées mais surtout pour la pochette signée Musturi, et qui est tout simplement magnifique. Encore du Boing Being, cette fois sur le versant sonore de l'éditeur. Respect.

Sur le stand de Kramers Ergot, je tombe sur Alvin de chez Buenaventura, qui... me remet via le blog ? Damn. Il s'agit là d'un de ces moments de gloire intense et d'ultime reconnaissance et... Hum, pardon, je m'emporte. Petite discussion avec le bonhomme, qui en l'espace de quelques toutes petites années, s'est déjà fait une place d'éditeur incontournable du côté de l'amérique du nord, tout simplement. Un catalogue excessivement bonnard, une approche qualitative au niveau de la production qui fait mourir de honte pas mal de gens, et une acuité quant aux créateurs qu'il croise, font de Buenaventura un putain de dealer de bonnes choses, quelque chose comme Fantagraphics meets Drawn & Quarterly meets Kitchen Sink, version 2000's. Proposant la plupart de ses bouquins à la librairie, je déplore qu'il n'eut pas davantage de petits objets éditoriaux plus difficiles à trouver ici-bas, mais ma douce trouve quand même le moyen de lui extirper une litho d'Anders Nilsen assez rare, que j'avais déjà reperé lors d'Angoulême 2005, et que je regrettais de n'avoir pas acquis... Erreur réparée, et le beau tirage attend un encadrement à sa hauteur, slurp, oh oui, rhâââ... Hum. Et parce qu'Alvin est un gars de bon goût, il s'est empressé de me demander un second exemplaire de L'Affaire du Siècle tome 5 numéro 19bis, lorsqu'il vit que le bouquin de Johnny Ryan, "Comic Book Holocaust", y était cité. Pffffff. Comme si cela ne suffisait pas, il emballe ses bouquins dans des sérigraphies-publicités de Sammy Harkham... re-pfffffff.

Bart Pinceel, qui redonne tout son sens au mot "importateur", avait sur son stand pas mal de saloperies dignes d'intêret, évidemment. Cela faisait déjà quelques commandes passées chez Fantagraphics sans que je ne pense à ajouter un vieux "Jim" de Woodring (décidément...) qui manquait dans mes étagères déjà blindées, hop ! C'était dans les cartons de Bart. On va pas se gêner, hein... Et parce que tout cela n'aurait pas suffit, quelques recueils divers et variés, ainsi que diverses babioles pour ma douce (du Yoshitomo Nara, c'est imparable...), bref, plein de lectures inédites.

Croisés le dimanche matin, alors que tout le monde sollicitait Jean-Louis de Cornélius (à mourir de rire -ou de chagrin-, la sélection d'extraits de NonNonBâ dans la presse du matin, avec -en gros-, les raccourcis les pires, les extraits les moins représentatifs du livre, bref, du chouette boulot), quelques sympathiques échanges virtuels prenant soudainement forme... "Salut, t'es June, non ?", merde, ca fout presque mal à l'aise ! Heureusement, ne tombant que sur les bonnes personnes (Lemon12, Sara de DSCGS, JP du Contingent, Thyuig de Bulledair...), je passe une fort agréable dernière journée, à tomber sur des gens qui me refourguent quantité de fanzines (tous bien mieux imprimés que le meilleur fanzine bisontin du monde, je vous le concède), et bien d'autres choses. Alors que je regrettais que le copain Fred n'ai pu se joindre à nous comme initialement convenu, je tombe sur une délégation lyonnaise (si on peut assimiler Lucas Méthé, depuis son quartier général charentais, comme étant lyonnais), devant L'Asso, en train de vanter les mérites d'une relecture du Klass Katt de Gunnar Lundkvist... C'est vrai, putain ce que c'est bien, Lundkvist, merde... bref. Lyonnais, disais-je, ah oui : je rencontre ainsi Gabriel Dumoulin, qui me refile quelques exemplaires de la revue littéraire ACD. Sur le coup, je n'ai pas tilté, mais il s'agissait bien d'Ambition Chocolatée et Déconfiture, et si ces gens tiennent le rythme qui à l'air d'être le leur depuis pas mal de temps (le numéro 54 de fin 2006, ainsi qu'un second #54, "en compagnie de Brigotte Giraud"), moi je dis "Lyon, c'est cool". Quelle démonstration de gens de bon goût ! Enfin, si on me demande mon avis, hein. Pour le #55, carte blanche à Boris Bukulin.
Entre deux bulles, je croise aussi le gars Phicil, avec qui on va tenter de trouver un créneau pour une viste bisontine un de ces 4. On croise aussi le gars Chabouté, installé depuis déjà quelques mois pas très loin d'ici, en tout cas, assez loin de son Alsace habituelle, et qui n'en finit pas d'avoir de super échos sur son Landru. Moi, j'aime bien croiser Chabouté ici ; ca fait un courant d'air humain dans ces bourrasques de gens plein d'attitude. Bref.

Concernant les rencontres internationales, j'ai déjà évoqué celle avec Burns, le vendredi.

Le samedi, nous avons assisté à celle avec Jessica Abel et Blutch ; j'ai toujours des doutes sur ce qui a motivé cette double-rencontre, et je pense qu'un temps de rencontre complet consacré à Blutch n'aurait pas dérangé l'audience... Les propos de Jessica étaient interessants (plus que jamais, je me dis que son "ArtBabe" méritait peut-être déjà qu'on s'y attarde, plutôt que l'on vante "La Perdida" comme étant son meilleur bouquin) (ce qui n'est pas le cas, chez moi), mais tout dans le discours, l'attitude, et les mots de Blutch, donnaient envie de prendre le temps d'écouter le bonhomme, habité comme jamais, visiblement pas très à l'aise avec le fait de se coltiner de la sorte, ou alors, trop désireux de de donner certaines choses, d'en garder d'autres, en tout cas, très humain, avec l'apparence d'un mec tout sauf calculateur, très spontané et vif, même dans ces absences passagères, ces blancs où l'on sentait l'auteur se demander comment poser des mots sur des concepts, des idées, des ressentis... Blutch, ouais, Blutch... C'était bien, cette rencontre.

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Et puis quelques heures plus tard, triple rendez-vous, avec Touïs et Frydman ("Sergent Laterreur") et Jim Woodring (qui ça ?...), qui enchainaîent derrière la rencontre avec Alison Bechdel et Fabrice Neaud. Le temps de rencontrer briévemment/croiser le camarade Stéphane du AAAblog, qui s'est probablement très bien sorti d'un exercice auquel je n'aurais pas eu la chance d'assister, d'échanger 2 mots avec le sieur Fromental (qui court toujours autant, quoi de plus naturel à Angoulême ?), avec le sieur François Ayroles (dont personne ne parle assez sur cette planète, je le redirais jusqu'à ce que cela soit rectifié), et avec le sieur Menu (3 auteurs édités à L'Asso pour une rencontre, on en redemande), et hop, c'est parti.

Les univers de Touïs et Frydman cohabitérent donc avec ceux de Woodring, et je pense ne pas me tromper en disant que tout ce petit monde a passé un bien bon moment, tout comme un auditoire qui en redemandait aussi.

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Je pourrais parler encore sur 12 pages du monde acidulé et incroyable de Woodring, mais je resterais sur la petite conversation de fin de rencontre, où sa femme Mary, auprès de qui je m'étais présenté (à plusieurs reprises, j'ai commandé des livres, des objets à Woodring, et c'est souvent Mary qui s'occupait des expéditions, et qui se souvenait de "Besançon"), me proposa de rencontrer ce créateur qui occupe une place très importante dans mon petit panthéon personnale de la bande dessinée (pouuuaah, quel triste raccourci !) ; j'eu donc la satisfaction d'échanger quelque peu avec Jim, homme charmant, courtois, et très content d'e^tre accueilli de la sorte... Une fois de plus, j'ai du passer pour un fan de base, mais qu'importe, car sur ce coup, c'est réellement ce que je suis. A peine le temps d'encourager l'auteur dans ses travaux à venir, que je scrute déjà, et il est temps de laisser ces bien bons moments se terminer.
Alors que Touïs et Frydman, tous deux passablement intrigués par le monde à peine entrevu lors de cette rencontre, héritérent du petit DVD produit par les japonais de PressPop, ce sympathique Jim m'offrit un petit pack de ses petites cartes. Evidemment, le regret de ce type d'évenements, c'est que j'aurais voulu prendre le temps d'expliquer aux deux auteurs que la découverte, via L'Asso, de leur gros oeuvre, fut un moment fort de mon année de lecteur, la présence de Woodring à nos côtés, auteur rare en nos contrées, eut tôt fait de monopoliser les attentions... Frustration !

Et les expos dans tout ça ? Eh bien, pour rester avec Woodring, belle satisfaction de découvrir les planches originales, sur plusieurs époques de sa carrière.

angou2007woodringoriginal

Les élements originaux étaient nombreux, il y avait de quoi se régaler. Plusieurs reproductions, évidemment, et l'évidente collection des jouets que l'homme dessina pour plusieurs producteurs durant ces dernières années.
Projections de vidéos, de montages, des crayonnés, des encrages retouchés, corrigés, et surtout, surtout, donc, des planches originales de Frank, sans l'ombre d'une seule intervention numérique, ce qui est fascinant lorsque l'on observe le résultat à l'impression comme sur l'original : des couleurs de malade, j'ai rien d'autre à dire.

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Du boulot exceptionnel, et qui valait le détour.

Second passage au CNBDI, pour tomber sur une expo de Richard McGuire, qui, me semble-t'il, méritait mieux que ça. De nombreux tirages numériques grand format très chouettes, certes, mais très peu de choses sur la manière dont McGuire conçoit ses travaux, même en admettant (ce dont je doute fort) qu'il ne bosse plus que sur ordi...

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Il y avait bien quelques choses très sympathiques (je suis très amateur des travaux de McGuire, ca me donnerait presqu'envie d'écouter du Liquid Liquid rien que d'en parler...), mais on aurait voulu observer davantage de recherches, de croquis préparatoires, de crayonnés... McGuire est un auteur qui passe pas mal de temps sur ses storyboards, il aurait été fort sympathique de pouvoir observer cela, entre autres choses. Réduire l'oeuvre d'un créateur en course permanente avec les outils qui l'entourent, incapable de s'en tenir à un seul registre, à quelques agrandissements, c'est très frustrant, mais peut-être suis-je exigeant.

Les gens de Morvel et Chococreed avaient un pied sous la bulle des éditeurs, et un autre en plein centre, à la chambre de commerce et d'industrie. Bon, je dois bien avouer qu'aller voir une expo dans une chambre de commerce et d'industrie, ca m'emballait pas, sur le principe ; d'ailleurs, je n'y suis pas allé. Sandrina a rapporté moulte t-shirts, posters, après avoir discuté un peu, du côté des éditeurs, avec Mélanie Allag, de chez Morvel, et je crois avoir cru comprendre que j'ai du louper quelque chose...

Nous sommes allés aussi faire un crochet par l'exposition "Dieux et idoles", cachée à l'Office de Tourisme, et où des planches originales des auteurs ayant collaboré au collectif du même nom (édité à La Boîte à bulles) étaient exposées. Assez cheap, et un peu coincé dans un espace restreint, nous avons juste pris le temps d'apprécier le trait de certains auteurs qu'on aime beaucoup, en regrettant une fois encore le manque de moyens, et puis nous avons tracé du côté de La Halle aux Arts (à deux pas du CNBDI), l'infâme Berth nous trainant à l'expo "Ni dieu, ni dieu", c'était d'ailleurs amusant, ce passage d'une expo à l'autre... Ici, les moyens n'étaient guère plus conséquents, mais qu'importe, c'etait le propos, et l'urgence décelables dans cette impressionnante collection de dessins de presse, qui primait. La crème, rien que la crème, pour une expo rentre-dedans, juste ce qu'il faut. Amusant aussi, les dessins de Sandrina à la première expo, ceux de Berth (plus nombreux, mais la carrière de Berth, auteur bientôt sexagénaire) à la seconde... Mazette, j'ai fait le voyage en VIP sans m'en rendre compte... 8)

Voilà.
Il y a probablement des tonnes de choses que j'oublie, mais en 3 jours, on croise tellement de gens, on court après tellement de choses...

Les prochaines étapes ? On attend des nouvelles de Bourg-Les-Valence, mais on prend d'ores et déjà rendez-vous pour fin mai-début juin, du côté de Rennes, pour la 6ème édition de Périscopages, avec notamment Thomas Ott, David Scrima, Lisa Mandel, une expo Hara-Kiri...

Après ce périple au joli pays de la bande dessinée, une petite pause s'imposait : quelques jours à la campagne, dans le tout récent home de maman et Marco, avec une bonne partie de la famille, et j'ai l'impression d'avoir fait le plein pour 6 mois. A la base, ca devait être une journée dans le Jura profond (le vrai, le beau, pas la morne platitude bassement industrielle des origines, ah ça non), et c'était tellement cool qu'on est rentrés 3 jours plus tard.
Au programme : ballades en pleine campagne, découverte de l'animal dénommé "cheval" avec la petite nièce, soirées jeu à la con en famille, pour Sandrina, un atelier "500 mètres haie" avec le chien, bref, on souffle, on prend le temps d'écouter le vent dans les arbres, et de regarder fondre les restes de neige sous le soleil clément de ce début février.

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On air on radioJune :
Une fois encore, pas le temps, je reposterais quelque chose dans les jours qui viennent, promis... Si, si. 8)
En attendant, le 4ème programme de RadiojUne pour Autobiogriffue arrive d'un jour à l'autre là ou vous savez. On y trouvera pêle-mêle du jazz polonais de 1969, un scientologue plus talentueux que Sarko et Tom Cruise réunis, la scéne afrocentriste de Detroit des 70's, Jamie Lidell et Gonzales together, une starlette de la scène reggae-soul circa 71, du funk strictement contemporain, une chanteuse française dont la sensualité devrait passer au travers de vos enceintes, un japonais qui fait du gros hip hop, et quelques autres trucs. 15 titres, demandez le programme sur autobiogriffue...

Bonne semaine, à bientôt, ou pas.
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2 octobre 2006

CETTE FOIS CA CAUSE BOUQUINS, VINDZOUSSS.

Avant de commencer, le tuyau de l'année : Yoshi, alias Yoshi Bam-Bam, alias le putain de jurassic midget, alias Gorille dans la brousse, alias "ASD is not dead", faisait partie du line-up de la soirée de lancement du skeud des Butter Bullets, crew doubiste (ca fait mal, cette expression, hein), à La Marquise (Lyon), il y a quelques semaines.
Petit Corps Malade, c'est ici-même, et ca fait mal. Yoshi, tu es fou.

Et avant de se lancer dans le papier et la lecture, les oreilles :
- mardi soir à la Crémerie (rue Pouillet à Besançon), Feetwan et moi-même, back at last ! Ouais c'est mardi, mais c'est mardi comme dans "ce mardi, on fête la rentrée des étudiants et ca sera blindé de monde"... Ca va commencer hip hop ultra-low-tempo, et ca risque de finir en drum'n'bass dont mon gars Feet a le secret...
- mercredi soir, George Leningrad ("Ah mais Julie Doucet a parlé d'eux, ca doit être bien !", dixit la brune) au Cylindre de Larnod, avec les deux débiles de Dr Gronoff en bonus.
- jeudi et vendredi soir (mais aussi pendant les 4 jours du...), festoche "Musiques de Rue" avec Mardi Grass Brass Band, Camel Zekri, Jaipur Kawa Brass band, Hot 8 Brass band, Quelques fiers mongols, des installations ou des performances de Will Menter, de Frédéric Le Junter... et puis bien sûr Feet (once again), Dee Nasty, et moi-même. J'ai rien compris à la prog, mais bon, ca va être cool, et il y a de tonnes de choses à voir sur 4 jours.
- samedi, un nouveau Retour du Boogie à La Crémerie, avec Narqo et Zo, deux performers incroyables qui mixent avec leurs fesses nues.
Voilà, encore un planning de merde. Je sais pas si je vais beaucoup dormir, donc je sais pas trop si je vais blogger des masses d'ici le week-end prochain, hein...

Et pour rester dans les trucs à checker (plus sérieusement), de trèèèèèès jolies choses à voir, et même à acquérir, sur The Beholder, signées Michelle Blade, Robert Hardgrave, Matthew Curry, Ian Dingman et Colby Bird...

Bon, inutile de m'étendre une nouvelle fois sur les chiffres déments qui plombent nos journées, à nous autres commercants, hum hum hum ; d'abord parce que les économistes de l'édition diront moins de conneries que moi, et puis aussi parce que pendant que je m'étend sur ce genre de trucs, et bien je n'ai plus le temps de lire les livres...

Alors des tonnes de sorties, dans tous les genres, dans tous les styles, mais plus que jamais, le truc réellement palpable, ce sont les tonnes de manga dans ce débalage automnal ; chaque jour, on assiste en direct live aux mouvements des mômes, qui, c'est plus clair que jamais, lâchent lentement mais sûrement les rayons habituels pour aller fouiner du côté des mangas. Les éditeurs "classiques" se plient en 4 pour la relève d'un lectorat, et bien loin de moi l'idée d'aller émettre une opinion sur l'évolution de ces habitudes. La seule chose dont je sois sûr, c'est que j'ai encore bien du mal à trouver mon bonheur de manière substantielle du côté asiatique, malgré, et en toute logique, une évidente progression de sorties de plus en plus valables (et c'est déjà ça de pris).
Des tonnes de comics, aussi. Quel éditeur "ciblant" un lectorat mature n'a pas, désormais, une ou plusieurs traductions américaines, d'ailleurs souvent très en phase avec l'actu outre-atlantique ? Et les éditeurs offrant des trucs ricains, c'est pas ça qui manque, loin de là.
Les éditeurs "franco-belges" classiques, quant à eux, n'en finissent plus de paniquer (mais discrétement, hein), coincés qu'ils sont entre des chiffres de ventes et des taux de retours compliqués à interpréter ("cette crise, elle arrive quand, alors, coco?"), et des changements d'habitudes du lectorat, de plus en plus dur à anticiper. Leurs hits de jadis perdent pied, les nostalgiques ne suffisent plus à remplir les caisses, et rien ne laisse augurer de jours meilleurs : les kids, tranquillement, laisseront tomber Titeuf ou Ducobu pour se tourner vers Shibuya Shibuya #2647 ou Lovely Gaijin stories #3951. Le mouvement est amorcé depuis un moment, tout le monde le sait, et même si je me garderais bien de parler de "plantage", les cartons d'il y a 15, 10, ou encore 5 ans, seront délaissés, inexorablement.

Alors on a droit à des gestes souvent pathétiques, révélateurs de la manière dont certains groupes mettent en place leurs ouvrages comme ils pourraient le faire avec des yaourts, ce qui, je vous l'accorde, est tout sauf un scoop.
Les éditeurs, à grand renfort de nouvelles collections, de pseudo-nouvelles initiatives éditoriales et de concepts de branleurs, s'étalent toujours plus, toujours plus loin, toujours plus visibles, toujours plus offensifs, ce qui, nous le ressentons de manière explicite chaque journée, fatigue une bonne partie de sa clientèle ; euh, de son lectorat, pardon.

Un exemple parmi plein d'autres : la manière dont "L'étrangleur" de Tardi fut publié (dans cinq "feuilles de choux" mensuelles à 1.80 euro pièce) avait presque réussi à convaincre que les gens de chez Casterman étaient aussi des gens qui s'avaient s'amuser et offrir un "vrai feuilleton, comme avant, coco", au lectorat du père Tardi. Ok, pendant au moins 5 minutes, quoi : excellente manière de faire 2 fois plus de tune dès la sortie du bouquin (quelques semaines après le 5ème et ultime épisode) réunissant donc les 5 canards en question, agrémenté de fins alternatives insérés dans des cahiers non massicotés, que le lecteur pourra ouvrir chez lui. Ils auraient pu vendre le truc sous cellophane, le plastifier, histoire de ne pas frustrer le lecteur plus que d'habitude (car d'habitude, on se contente de ce genre de procédés), mais non, le coup des cahiers à découper soi-même, c'est une bonne manière de rappeler qu'ils ne sont pas là pour autre chose qu'abuser ouvertement de leur lectorat...

Ceci étant dit, on me rétorquera que tant que le fameux lectorat sera assez con pour se faire baiser... Un amateur de l'oeuvre de Tardi optera pour l'une ou l'autre des options, sachant que 1/ les fins alternatives proposées dans le bouquin sont très, très loin d'être dispensables, que 2/ la mise en page des premiers feuillets de ces 5 canards était sympathiquement basée sur celle d'un vrai canard, et que la nouvelle recomposition (pour le bouquin) est simplement une horreur à l'état pur, chiant purement et simplement sur la notion de gris typographique. Ah, j'oubliais le 3/, pourtant stimulant en ces périodes fastes : 3/ les 5 feuilles de choux valent 9 euros en tout, le bouquin une petite quinzaine, le calcul est vite fait. Qu... Quoi ? Comment ? Ah, on me souffle que le 3ème canard est épuisé, et qu'il ne sera pas réédité... Ca voudrait dire que pas mal de gens vont être obligés de se tourner vers le bouquin alors qu'ils avaient commencé la lecture en feuilleton ? Autant pour moi.
Casterman ?
Tout juste bons à sortir du Tintin en demi-format (au cas où le succès de l'édition de mangas soit dû à son format, on sait jamais, coco), ou à saccager Pratt lors de sorties qui auraient mérité qu'on aille pendre Delmas sur la place publique, merde (d'ailleurs, les ptiots gars de chez Aaapoum le prouvent en images qui bougent ici-même, c'est à pleurer).

Et/où à vouloir séduire un certain lectorat orienté vers certaines "nouvelles" littératures alternatives (les indés, quoi) par le biais de nouvelle collections, allez, encore une ! K-ster, Kaster, un truc comme ça, qui, c'est certain, va confondre tout le monde... Hum. Après FuturopoBis, arrive CasterJunior. Vivement une collection de bande dessinées expérimentales chez Glénat.
Au vu du planning de Casterman pour les mois à venir, on ne peut que frémir (ou se rouler par terre, au choix) : ré-éditions de bonnes vieilles bédés à papa, formidables livraisons du côté de chez Jungle (sûrement pour concurencer le "Shirley et Dino" en bédé, imminent), et choses asiatiques au kilomètre, sous nombre de sous-collections, sous nombre de formats. Formidable, quoi.

Bon, aujourd'hui, c'était Casterman, ca aurait tout aussi bien pu être Delcourt, Dupuis, ou Dargaud, ou bien d'autres, évidemment.

En parlant de Dargaud, et pendant que j'y pense, il faudra prendre le temps de trouver une librairie proposant un peu d'import américain pour comparer l'édition originale du "The clouds above" de Jordan Crane, paru début 2006 chez l'américain Fantagraphics.



Il s'agissait d'un magnifique petit objet d'un peu plus de 100 pages, au format carré d'environ 15 x 15 cms, comportant une case (de 10 x 10 cm) par page, pas plus (mais pas moins), tout en couleurs, et qui racontait la petite aventure de Simon le garçonnet, qui, flanqué de Jack, son gros chat, rate une journée d'école auprès de l'institutrice sadique Miss Poe et va passer la journée dans les nuages (littéralement).
Une histoire pour petits et grands enfants simplement chouette, et qui valait autant pour ce qu'elle racontait que pour la manière dont elle le faisait, grâce à un Jordan Crane inspiré et à Fanta, heureux éditeur de ce bel objet, comme je le disais plus haut.
Et alors, me direz-vous ?
Eh bien Dargaud nous prépare une version française, "Dans les nuages", à sortir avant la fin de l'année, dans un bon vieux format franco-belge, pardi.
C'est bien de vouloir éditer de bons bouquins, mais faut pas mettre la barre aussi haute, les gars... D'abord la version française de l'intégrale des Peanuts, éditée magistralement chez Fantagraphics aussi (tiens ?), s'était retrouvée en version française fac-similé, qui n'avait de fac-similé que le nom. A part le format, pas grand chose de commun... "Ah oui, mais l'initiative, quand même, hein !". Ouais ouais...
Et puis "The clouds above", donc, prochainement torpillé par nos super copains. Aie aie aie, même s'il paraîtrait que Crane aurait suivi de très près ce reformatage du truc, l'ayant même assurée lui-même... Comment ? Hein ? Il y aura 8 pages inédites ? Super... A suivre, quoi. C'était la minute préventive, désolé de vous imposer ma mauvaise humeur, eh eh eh.
Revenons à nos moutons : des livres !

- Hier soir, j'ai attaqué le dernier Palahniuk, "A l'estomac", paru chez Denoël.
Je le finirais un peu plus tard dans la journée, mais il me semble qu'il s'agit d'un bon Chuck. C'est probablement le le seul "gros" auteur américain contemporain que je checke systématiquement, même si tout ne m'a pas autant convaincu que "Choke" ou "Survivant", ses deux meilleurs bouquins, à mes yeux.
"A l'estomac" est une réponse très Palahniukienne à la course à la réussite, doublée d'une bonne dose de foutage de gueule de la trash-tv, avec, et ce n'est pas une surprise, pas mal de ces ingrédients habituels qui ont fait le succès de l'auteur : un peu de trashitude, des situations dont la glauquitude qui font oublier les 4 derniers bouquins de Bret Eastn Ellis, des personnages incroyables... Quelques trouvailles quand à la manière dont le livre se déroule (eh, je vais pas tout dire, non plus), et, qui pointe sur certains passages, une réflexion sur la légitimité à encenser et démollir un auteur et son oeuvre. Rien que la première nouvelle/partie laisse des traces, déjà...
Bref. Je termine tranquillement ce bouquin plus tard, on en reparlera.

- "Mon fiston", d'Olivier Schrauwen, collection ChromoZone, à L'An 2.
Pendant que Delcourt se la joue Bamboo et nous chie des daubes sur les blagues belges (les blagues juives arrivent le mois prochain, bientôt "C'est pas mes lunettes, c'est mes narines" en bédé), on a une nouvelle occasion de se rassasier de cet humour typiquement belge, qui flirte toujours un peu avec le malaise et, à coup sûr, les situations décalées.



Une collection de situations improbables et de dialogues complètement à la masse entre un minuscule enfant et son gigantesque père, dans un décor qui évoque notamment Edward Hopper ; le dessin est magistral dans cette manière qu'il a de convoquer l'illustration et les bandes dessinées d'il y a 100 ans au moins, mais le ton global de cette cinquantaine de pages m'a un peu laissé à côté...
Pour autant, une vraie curiosité, qui devrait convaincre les amateurs d'ambiance graphique audacieuse.

- "Le marquis d'Anaon", de Fabien Vehlmann et Mathieu Bonhomme, chez Dargaud.
Après un troisième tome en demi-teinte, un quatrième volume très réussi, qui asseoit la série comme l'une des plus réussies du moment, dans le registre de l'aventure sur fond historique, jadis registre principal de la bande dessinée franco-belge... Sans jamais tomber dans la pâle copie de série à succès, la série de Vehlmann et Bonhomme trace sa route en esquivant les clichés que l'on croyait inhérents au genre, peu habitués que nous étions à découvrir des scénarios intelligents et lisibles, mis en images par Bonhomme qui ne cesse d'affiner son style, idéal pour coller au mieux aux trames toutes en retenue de son scénariste ; ca se renouvelle à chaque nouveau tome, ça aussi c'est pas si courant.
Voilà le genre de trucs qui réussit le pari de la jonction entre thèmatique classique (archi-usité chez nos bons gros éditeurs classiques) et exigeance contemporaine (archi-pas-usité chez les mêmes).

- "Libre comme un poney sauvage", de Lisa Mandel, collection Shampooing chez Delcourt.
Dans la jungle des "blogs-bédés" qui ont fleuri ce dernières années (pour le meilleur et souvent pour le pire) (rhôôô le vieux réac de merde...), il y en a très peu qui, au fil des updates, n'ont pas fini par me saoûler sévère. Et puis très peu ont le talent d'un Boulet, qui, me semble-t'il, n'a jamais été aussi bon que sur son blog... Bref.
Lisa Mandel, qui a révolutionné à elle toute seule la bande dessinée d'humour "pour jeunes filles" (mais aussi pour pas mal de monde, comme les hommes trentenaires maigres à lunettes, je dois bien admettre), avec sa chouette série "Nini Patalo", se livre régulèrement sur son blog, et c'est la période d'août 2005 à mars 2006 qui est compilée ici.
Alors on peut toujours se demander quel est l'intérêt de publier, ou d'acheter un truc prévu pour un médium qui n'a pas grand chose à voir avec un paquet de feuilles collées entre elles... Sans oublier l'aspect financier : après tout, la consultation online ne coûte pas grand chose, et économiser 12.90 euros, au milieu de cette jungle de sorties, c'est pas négligeable.
Pour autant, "Libre comme un poney sauvage", s'il n'est pas l'ultime tranche autobiographique de la décennie, est un bouquin très drôle et plein de moments de poilade made in Mandel : pas si léger que ça, blindé d'autodérision, on suit donc l'auteur dans ses pérégrinations intérieures, dans son trip en Argentine, et on rit de bon coeur, après des chutes souvent désopilantes.
Le 3ème "Nini Patalo" (chez Glénat) ne m'avait pas totalement bouleversé, et le second "Eddy Milveux" (chez Milan) m'avait semblé un tantinet en deça du premier (attention, il me faut quand même préciser qu'il s'agit toutefois d'excellents titres, je vous vois venir) ; en attendant le 4ème "Nini", qui sort en novembre, et un "Princesse aime princesse", repoussé pour bientôt dans la collection Bayou, chez Gallimard, ce "Libre comme un poney sauvage" tombe donc à pic et nous refourgue donc une bonne dose de Mandellite. On est bien contents, parce que ca fait toujours un bien fou.

- "Scott Pilgrim", de Bryan Lee O'Malley, chez Oni Press.
Alors on va bien rigoler quand ce titre sera traduit en français : dans quelle case ranger Scott Pilgrim ? Les mésaventures de ce personnage semblent pouvoir ravir bien des lectorats : sur une trame de base plutot ancrée dans le réel, une débauche de bonnes idées sans grande prétention rendent le personnage principal (et ses compagnons dans cette grande aventure qu'est la vie...) super attachant et très drôle, rentre-dedans quand il le faut, et toujours bien vu.
Dans le petit univers de Scott Pilgrim gravitent jobs de merde, jeux vidéo, relations sentimentales bien reloues, répét' avec le groupe... Ca part dans tous les sens, c'est bien ficelé, c'est rythmé, et c'est typiquement ce que le mainstream peut nous offrir de mieux aujourd'hui : au grand carrefour de la bande dessinée mondiale, entre rythme manga percussif et comédie romantico-pas-gnangnante, de la bande dessinée "fun", au sens le moins péjoratif du terme.

- "Petites hontes enfantines", de Laureline Mattiussi, à La Boîte à bulles.
Le premier bouquin de Laureline Mattiussi est à l'image de ce que l'on avait pu lire d'elle dans différents collectifs ou elle faisait déjà la démonstration de son grand, grand talent de conteuse, voire de "raconteuse". Ne surtout pas se fier à la couverture, plutôt foireuse, ni à la maquette la plus moche de tout l'ouest, cow-boy...
La succession d'historiettes basées sur le principe de "je me souviens de ça, quand j'étais petite, trop la honte" fonctionne à plein pot, et l'on suit le ton enlevé et la manière toute acidulée qu'utilise Laureline pour raconter ses souvenirs qui, couchés sur papier, donnent en fin de compte un petit ouvrage très attachant. Une suite de récits doux-amers, qui devrait parler à tout le monde : qui n'a pas le souvenir d'un truc marquant, plutot honteux, arrivé étant môme ? Laureline, elle, en a plein, et ils sont formidables.

- "Interiorae", de Gabriella Giandelli, collection Ignatz, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
- "Niger", de Leila Marzocchi, collection Ignatz, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
- "London Calling", de Sylvain Runberg et Phicil, collection 32, chez FuturopoBis.
Le problème du principe de publication par épisodes de faible pagination (32 dans les cas qui se présentent), de cette approche "feuilleton", c'est qu'il ne suffit pas de découper et de chapitrer un récit pour qu'il puisse convenir au récit, assurer un rythme acceptable.
On fera encore davantage ce reproche sur les longues sagas prévues dans la collection 32 chez FuturopoBis, car avant même d'attaquer leur récit, on sait qu'on met les pattes dans 7, 12, 24, 485 épisodes de 32 pages, et qu'avant même la sortie de la seconde vague, certains caffouillages apparaissent (quand aux prévisions et aux dates de sortie). Alors ouais, ouais, ca peut bien démarrer, parfois ; et cela peut même, va savoir, donner envie de suivre le truc... pour peu que l'on définisse de bien curieuses priorités dans son calendrier de lectures.
Bon, ceci étant dit, il faut avouer qu'il sort pléthore de titres, dans des formats franco-belges classiques comme pour le manga ou le comics, dont le premier numéro ne fait souvent pas grand chose que planter un décor, pas plus ; mais bon, 32 pages, c'est autrement plus court qu'un 48CC ou que les (au moins) 200 pages d'un manga "type"...
On pourra rétorquer qu'il peut se passer davantage de choses sur 32 pages que sur 200, c'est vrai ; mais à moins d'évoquer les "Baci dalla provincia" de Gipi, force est de constater qu'on ressort souvent un peu frustré d'un 32 pages, si l'on sait qu'une suite est prévue.
Plusieurs cas de figure :
- on est perplexe, il ne se passe pas grand chose, voir que dalle, mais le système de "la suite au prochain numéro" opère, on se demande si l'idée de débuter ce type d'habitude est une bonne chose.
- le principe du feuilleton semble fonctionner avec ce premier numéro, la frustration opère déjà, vivement le suivant.
- c'est vachement bien, et de toutes façons le bouquin se suffit déjà en lui-même, c'est de toutes manières satisfaisant en soi, d'avoir lu ça.
Bon, j'en conviens, tout ça est plutôt approximatif, et n'est pas très intérressant.

Les bouquins, alors ?
Le Gabriella Giandelli est beau, comme toujours ; "Silent blanket" ou "Sous les feuilles" semblent très loin, et cette auteur me manquait. Les habitants d'un immeuble se croisent et leurs vies semblent toutes prises en compte par quelque chose d'encore assez obscur, trop obscur pour que l'on puisse sortir satisfait de la lecture de ce premier tome. "Interiorae" est probablement un projet empli par trop d'abstractions pour que sa première partie puisse être assez séduisante. Néammoins, et parce que Giandelli, c'est quand même sacrément beau, je jetterais les deux yeux sur le prochain.

"Niger" de Leila Marzocchi, est un de ces ovni dont on ne sait pas trop ce qui a pu stimuler sa création. Un univers totalement inédit, qui semble issu d'une édition jeunesse exigeante, mais plongé dans de bien sombres ténèbres : les habitants du Bois des Sapins Incendiés rencontrent une drôle de petite et faible créature, qui semble tombée du ciel. Les décisions qui sont prises par les plus hautes autorités de cette forêt auront probablement des répercussions dans la suite de cette histoire que j'ai hâte de découvrir.
Quoi qu'il en soit, voici une mise en place exigeante et audacieuse. A découvrir. Vache d'ambiance...

On peut penser que "London Calling", de Sylvain Runberg et Phicil, est une probable tentative d'autofiction, mais cela ne suffit malheureusement pas à fonctionner.
Du moins, une fois encore : peut-être qu'un récit long eut été plus convaincant, mais je dois bien admettre que j'ai trouvé assez laborieuse cette mise en place, malgré un dessin vachement dynamique et plein de bonnes idées de Phicil, qui prouve, après Georges Frog (#1 sorti chez Carabas, et qui est un bouquin très réussi, lui), qu'il fait clairement partie de ces jeunes auteurs qui maitrisent la narration, la gestuelle, la mise en scène, le cadrage, et avec une colorisation idéale du dénommé Drac.
Malheureusement, il ne suffit pas de placer des références à une certaine culture nineties pour que cela fonctionne : les personnages semblent glisser dans leur propre histoire, qui, au passage, cite les Babes in Toyland, Sonic Youth ou le NMA, et cela fait davantage penser à une suite de souvenirs d'adolescence comme nous en avons tous, qu'à une histoire réellement passionnante.
L'ensemble de la production en bande dessinée propose bien davantage dans le registre de l'autobio ou des carnets de vécu, et ce premier bouquin va rejoindre les nombreuses tentatives hasardeuses, il me semble.
La nostalgie est un bien noble sentiment qu'il est dur de faire ressentir sans glisser dans le déballage d'anecdotes ou de considérations personnelles... Au final, "London calling" ne pourra véritablement fédérer guère que ceux, qui, peut-être, sont restés cloitrés dans leur chambre chez maman, à l'issue de l'adolescence, je pense... Je ne sais pas. Peut-être que la suite sera plus convaincante, mais elle se fera sans moi.

- "Prelude to a kiss", de El Don Guillermo, collection Mimolette, à L'Association.
Le toulousain co-pilote des éditions Misma, déjà auteur des aventures de Jaqueline ou de Bernadette, ou bien du "Tandem de Bobo et Louison" (toujours chez Misma), après des participations du côté de chez Ferraille Mag, déboule en Mimolette, et c'est tout l'univers de cet auteur qui est brillament mis en place, d'un coup d'un seul. Dur de résumer, de faire le topo : les histoires tiennent davantage d'une ambiance, du rendu des relations entre les divers personnages, que de trames très complexes ou d'aventures hors du commun...
Non, El Don Guillermo raconte la vie, le relationnel amoureux, les errances sentimentales, les attirances incontrôlées, les attractions innatendues, avec ce ton qui lui est propre, et qui, ca tombe bien, ne rappele pas grand monde. Un trait faussement simple et naîf finissent de rendre cette Mimolette tendre et goutûe. Miam.

- "Sclérose en plaques", de Mattt Konture, collection Mimolette, à L'Association.
Mattt Konture apprend qu'il est atteint de la maladie qui donne son titre au bouquin, et c'est l'occasion de revivre quelques unes des nombreuses élucubrations intérieures du bonhomme, qu'il aura vécu, souvent dans la douleur, ces dernières années. Mettre un mot sur un mal, cela rend-il les choses plus simples ? Mattt Konture n'est pas un homme simple à suivre, mais il est toujours aussi attachant, toujours aussi écorché vif, toujours aussi sensible à des milliards de choses auxquelles l'homme pressé ne s'attachera, ni ne comprendrait, de toutes manières.
La poésie wawacho-punk et très connotée fanzinat de Konture peut cependant s'égarer dans sa propre narration, parfois ; les fans du bonhomme suivront, peut-être difficilement, les autres risquent de s'embourber dans les inombrables cases remplies de déblatérations Konturiennes dont le monsieur a le secret...
Qu'ils attendent les Archives de Mattt Konture, qui arrivent bientôt en librairie : "Sclérose en plaques" n'est probablement pas le plus réussi de ses bouquins, et clairement pas l'ouvrage avec lequel empoigner l'auteur.

- "Lucha Libre", de Jerry Frissen and co, aux Humanoïdes associés.
Une ribambelle de gratouilleurs plutot fortiches (Gobi, Witko, Tanquerelle...) jouent le jeu du collectif super-débile : un univers de série Z qui tient autant du pastiche que de l'hallucination collective généralisée, quelques personnages improbables mais hauts en couleurs, plusieurs interventions dans divers champs graphiques différents, tout ça dans un fascicule type comics, et bourré à craqué d'ultra-fantaisie, tout en restant cohérent ? Jerry Frissen, qui n'en est pas à sa première démonstration d'humour barge, est arrivé à féderer pas mal de qualités autour de ce nouveau projet qui, mine de rien, fait passer le côté feuilleton au premier rang des priorités des gens ayant feuilleté le dit-bouquin : comme quoi, c'est faisable si on le fait dans l'humilité, et d'autant plus, avec qualité, même en arrachant presque 8 euros au passage. Les mômes, ici, en redemandent, et moi aussi !
Maintenant, le tout est de savoir : l'idée des catcheurs mexicains à la loose ou des lycantropes secoués du bulbe, elle a été lancée par qui, et à quelle heure, et au cours de quelle soirée super arrosée ? Non, parce que là, ca va loin, quand même.
Initiative convaincante, essai transformé. Eh, ca remonte à quand, un truc enthousiasmant et franchement nouveau chez les Humanos ?

- "Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s'échouer sur nos plages ?", de Moynot, collection Aire Libre, chez Dupuis.
L'ambition d'un jeune écrivain sûr de lui, qui n'a guère de scrupules, autant sur le plan professionnel que sur le plan intime. Le personnage principal jongle avec les gens comme avec le reste, et n'hésites pas à laisser bon nombre de choses sur le côté de la route qu'il se trace, notamment après sa rencontre avec un autre auteur, plus agé, et aux côtés de qui va se dérouler une histoire somme toute assez chiante.
Dur d'accrocher à des personnages qu'on a envie de claquer à chaque phrase qu'ils prononcent, dur d'accrocher à une histoire qui semble prédestinée à un lectorat déjà sous antidep'. Une chronique du quotidien d'un arriviste, qui ne m'a absolument pas embarqué.

- "World Trade Angels", de Fabrice Colin et Laurent Cilluffo, chez Denoël Graphic.
Alors, avant d'aller à l'essentiel : on a beaucoup parlé de la réussite de l'objet, pour commencer, ainsi que de la relativement faible mise en place (un seul tirage, l'ouvrage ne sera pas réédité), en librairie, sans possibilité de réassort... C'est à dire qu'une fois la commande initiale arrivée en rayon, rien ne nous assure qu'on puisse se réapprovisionner auprès du diffuseur, ce qui peut devenir très vite un argument pour l'éditeur (ou le diffuseur)... Coup de pub ? Trouvaille des marketteux de chez Delsol, désormais diffuseur des bandes dessinées éditées chez Denoël ? Réelle importance du coût du transport d'un tel ouvrage, fabriqué en Malaisie ? Bref.
Evidemment, on songe à pas mal de choses en feuilletant l'ouvrage... On pense à Chris Ware, évidemment, pour le parti-pris du découpage audacieux et la froideur du dessin, qui semble tout juste échappé de chez les développeurs Illustrator de chez Adobe...
Et puis le simili-vectoriel s'efface, le minimalisme s'estompe, et l'histoire déroule ses différents fils, lentement, misant sur l'efficacité du lecteur à démeler la pelote que les auteurs lui servent.
Raconter l'histoire ne rendrait pas hommage à leur travail (oui, cela à a voir avec le 11 septembre, bravo) 8) ; disons que la forme m'a davantage séduit que le fond, mais qu'il n'en demeure pas moins un bouquin très réussi, à quelques détails près.
La typographie est un élèment trop souvent pris à la légère par les éditeurs ; une fonte de caractères esthétiques ne veut pas forcément dire "lecture aisée". S'attacher à une cohérence graphique passe forcément par des choix, ok ; mais la police utilisée dans ce bouquin, c'est, je pense, une erreur : elle est agréable pour un sous-titre, pour un petit ensemble de caractères. Pas pour des philactères, des commentaires. C'est dommage, mais en même temps, c'est un avis très personnel, je n'ai guère eu de feedbacks déplorables à ce sujet. 8)
J'ai regretté également, ici où là, le recours au flashback, de façon systématiquement moins finaude que la manière dont le reste est établi. Bon, attention, on est pas chez Brounechouigue non plus, hein, cela sert véritablement le propos, mais tout cela n'est pas toujours amené de manière très "naturelle".
Dans tous les cas, voici un bouquin ambitieux, et si les deux auteurs sont bien connus dans leurs domaines respectifs, leur rencontre et ce premier bouquin laisse augurer de bien bonnes choses. Je l'espère !

- "Un ciel radieux", de Jiro Taniguchi, collection Ecritures, chez Casterman.
Là ou l'errance dans le fantastique de "Quartier lointain" tenait la longueur, on ressort épuisés devant un ouvrage à la lecture aussi laborieuse que ce dernier Taniguchi. "Un ciel radieux" aurait largement pu ne faire qu'un tiers de sa pagination, mais ce n'est pas le cas : c'est long et chiant, c'est pénible et ca se regarde le cul, ca se répéte et ca fatigue.
A ranger dans la série des "worst of" du bonhomme, qui commence à prendre du volume, mine de rien (pas le bonhomme, hein...).

- "[Beyrouth] Catharsis" et "38 rue Youssef Semaani", de Zeina Abirached, chez Cambourakis.
Deux livres, deux formes très différentes, deux magnifiques objets qui méritent largement qu'on en parle davantage. Leur éditeur, Fred Cambourakis, travaille à la librairie Page 189 (Paris 11e), et signe fréquemment quelques entretiens dans le magazine "Page", distribué en certaines librairies.
Réalisés dans le cadre du projet "Chez moi chez toi" à l'Atelier de Recherche de l'Académie Libanaise des Beaux-Arts en 2002, "[Beyrouth] Catharsis" collecte quelques souvenirs de l'auteur, quant à son quartier, la rue qu'elle habitait étant enfant, la vie telle qu'elle la percevait ; jolie facture, belle impression, une petite lecture très agréable.
Le second ouvrage, lui, est un exemple de bricolage qualitatif : feuillets qui n'en finissent plus de se déplier pour dévoiler leur intérieur et leur histoire, il s'agit d'un livre élégant et sobre, empli d'une humanité et d'une beauté simplement rare.
A mi-chemin du témoignage intimiste et de l'instantané poétique, ces deux ouvrages ne bénéficient pas de mises en place massive, ni de réseau de distribution très conséquent, mais vallent qu'on les cherche...

- "Wizz et Buzz", de Winshluss et Cizo, collection Shampooing, chez Delcourt.
Je crois pouvoir dire que je suis super fan des deux zozos (les auteurs, pas Wizz et Buzz). Et que j'attends chacune de leur nouvelle livraison (pas si fréquent) avec une réelle impatience. Alors lorsque "Wizz et Buzz" est arrivé...
Mais voilà, malgré une réelle efficacité à s'insérer dans un shéma "lisible pour les mômes" sans pour autant les prendre pour des cons, ce qui est déjà une vraie qualité en soi, j'ai eu du mal à trouver de quoi me sustenter dans ce bouquin.
Faible pagination + papier merdique = vague impression d'avoir entre les mains un truc moins épais, tu meurs. Dommage, et le contenu, lui, ne m'a pas autant bluffé que je l'aurais espéré, et que bien des choses précédentes des mêmes auteurs.
Rien à dire, c'est toujours aussi beau, et c'est rien de le dire ; ce qu'on disait de Winshluss à la sortie de l'énorme "Smart Monkey" (chez Cornelius) est toujours vrai : ce mec n'a pas encore une once de la reconnaissance publique qui devrait être la sienne. Mais je ne sais pas si c'est ce livre qui y changera grand chose, malheureusement.
Une lecture sympathique, enrichie par un dessin mortel, c'est déjà pas mal.

- "Un monde formidable", de Inio Asano, collection Made In, chez Dargaud.
Un suite d'historiettes se situant dans le japon d'aujourd'hui, et qui suit plusieurs personnages, coincés entre une adolescence qui s'éloigne, et la difficulté de s'engager sur le chemin de la vie, d'assumer une situation qu'ils subissent davantage qu'ils ne choisissent. De jolis plans, des idées dans le découpage, dans la mise en forme, mais j'ai eu de grosses difficultés à accrocher au récit, à croire aux personnages, et à suivre une narration et une histoire parfois un peu bancale...

- Je ne sais plus si j'avais déjà parlé du "Comic Book Holocaust" de Johnny Ryan, paru chez Buenaventura il y a quelques mois, et qui regroupe donc l'intégrale de ses trasheries parues à droite à gauche, auparavant.
Il n'y a rien à dire, rien à raconter : imaginez les satires plus hardcore de la bande dessinée indy ricaine du moment ; vous y êtes.
Une page = un détournement simplement horrible, avec à chaque fois, en victime, une oeuvre, un personnage culte de la bande dessinée américaine (et occasionnellement mondiale).
Quelques titres, quelques pages ? "Little Orphan Ass Hole", ou la fausse Annie, pour aller chercher son courrier dans la boîte à lettres, monte sur le dos de son chien, lui chie sur le dos, choppe (où je pense) des puces au passage, et en se grattant (où je pense), se retrouve avec les doigts poisseux, pénible pour récupèrer le courrier... Je vous épargne la chute.
Au gré des pages, on découvre les "Peanuds" (où Linus devient stripper et mets des coups de burne dans la tronche de "Charlie Brwoned"), les "Baboondocks", "Mandrek the magician", "Little Neemhole in Slutlumberland", "Krazy Kunt", mais aussi de bien curieuses lectures de "Iron Man", "Ghost Rider", "Spider Man", "Rom the space knight", et, enfin, "Mc Swienner's" (par Piss Where et Dave Eggfart), "Daniel Clownes's Ghost Turd", "Rectal Nerve" (par Gaydrian Tominaids), "Mauz" (par Fart Spewgelman), "Perslopipus" (par Marjane Strap-One-On), "Schlepileptic", et "Good-Bye, chunky-nuts rice-dick" (par Schmeg Thompson). Hardcore, hein.
Tintin, Asterix, Donald Duck ou Astro Boy passent aussi à la moulinette de Ryan ; attention, si vous pensez qu'on ne peut pas rire de tout avec n'importe qui, si vous n'aimez ni les gros détournements, ni les trucs bien dégueus principalement à base de grosse scato, si vous n'appréciez ni "Squeak the mouse" de Mattioli, ni "Meder" de Menu, alors n'achetez pas ce livre. J'ai tout simplement adoré ; no limits !
Je suis prêt à parier beaucoup qu'on ne verra jamais ce bouquin traduit en français ; ouais, je sais, je m'engage pas beaucoup...

- "Small gods", de Jason Rand et Juan E. Ferreyra, chez Delcourt.
Présenté comme un comics marquant et bien fichu, un concept déjà bien utilisé dans le comics (imaginez un monde ou plein de gens auraient des poouuuuvoooiiiirs...) est repris ici, avec une belle suite d'enfilades de clichés, errant du côté du noir, sans jamais arriver à tisser une trame captivante. Quelques idées ici ou là dans la manière de mettre en place, mais des ficelles qui tiennent davantage de la corde, ont fait que je n'ai pas fini le bouquin. Ca arrive, hein...

- "Maledictions", de Kevin Huizenga, collection Offissa Pupp, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
Ahhh, Kevin Huizenga... On s'est assez répandu sur les qualités de cet auteur, on se contentera donc de saluer la sortie d'un bouquin qui le présente sous un meilleur angle que "Ganges", précedemment paru en collection Ignatz, et qui traduisait quelques-unes de ses pages les moins convaincantes (quand bien même, "Ganges" méritait le coup d'oeil, et bien plus encore).
"Malédictions" est un recueil de 5 histoires où Huizenga ne semble avoir d'autre but que de nous perdre dans son monde, celui-là même ou vit son "non héros" fétiche, Glenn Ganges ; ce personnage semble transiter au sein d'histoires frisant le fantastique, qui le mettent à mal ou dont il sort grandi, mais qui ont un rare goût d'inédit, de nouveauté. Huizenga semblera s'enfoncer dans des mises en abymes successives, alors qu'il ne fait rien d'autre que s'amuser à nous semer dans son petit monde, pour nous abandonner aux côté de Ganges.
Tantôt abimé, tantôt requinqué, on referme le bouquin un peu hagard, mais sûr d'une chose : les préoccupations philisophiques de l'auteur, son approche du hors-norme, et sa volonté de connecter tous ces sujets les uns aux autres, font de "Maledictions" une excellente collection de récits, à se procurer d'urgence, et à lire seul, au calme, d'une traite.
Incontestablement une des sorties majeures de ces derniers mois, avec le "Moon lake trails" de Porcellino (chez Ego Comme X), le "Panier de Singe" de Ruppert et Mulot et le "Frank 2" de Jim Woodring (à L'Asso).

- Justement, "Frank 2", de Jim Woodring, collection Ciboulette, à L'Association.
Celles et ceux qui me connaissent savent déjà à quel point j'apprécie l'oeuvre de cet auteur (on parle souvent de prosélitysme quand je pars dans Woodring, dans dj Vadim, ou dans Murakami) ; le voir à nouveau "traduit" en France, toujours à L'Asso (et en attendant 2007 et un nouvel ouvrage comprenant notamment le classique "Frank's real Pa", ainsi que le magnifique "The lute string" publié chez les japonais de PressPop en 2005), est un plaisir total.
Compilation de récits en noir et blanc ou en couleurs, le monde incroyable de Woodring défile sous nos yeux, et une fois de plus, on ne peut être que sidéré en le découvrant.

On a souvent taxé Woodring d'auteur pour foncedés, dont les bouquins ne s'apprécient qu'avec un ou deux buvards dans la tronche, à tripper ; c'est évidemment horriblement réducteur, et proprement débile.
L'univers de Woodring est autrement plus dense, plus subtil et plus construit que l'apparent côté cartoonesque de ses créatures ne peut le laisser supposer ; l'identité graphique de son petit monde, si elle peut effectivement évoquer un travail sous LSD aux gens qui ne l'auraient pas encore découvert, épouse merveilleusement le propos de l'auteur. Mais quel propos, au fond ?
Pas facile de résumer les aventures de Frank, personnage que Woodring nous présente muet ; aucun dialogue ne viendra vous aider à cerner cette bien particulière bestiole... Aucune citation nous éclairant sur l'époque, sur l'endroit, sur les conditions... Aucun repère, aucune balise pour pénetrer chez Woodring.

Tout juste pourrait-on résumer les déambulations de Frank dans cet environnement si étrange comme une succession d'expériences, parfois fortement initiatiques, toujours marquantes, où le bizarre semble évoluer avec une cohérence propre.

Autour de Frank, sorte d'anthropomorphe mutant, rejeton bâtard de Mickey Mouse et de Félix le chat, une cohorte de bestioles issues de l'imaginaire habité de Woodring, au fond duquel doivent se mêler, à parts égales, une notion de collision permanente, l'imagerie indienne et son folklore coloré, bon nombre de figures religieuses, toutes confessions confondues, et bien des questions -sans réponses, ce serait trop facile- quand au sens de la vie. Frank pourrait être le premier précis de théologie et de philisophie couché sur papier sans qu'aucun mot n'y soit imprimé.
Chahuté au fil de ses aventures par de drôles de rencontres, vivant d'innatendues et cocasses situations, Frank découvre l'émotion, la cruauté, l'amour, l'extase, la trahison, l'évolution, la découverte... Frank fait l'expérience de la vie, dans ce qu'elle propose de plus large en termes d'émotions. Et c'est toute l'immoralité et l'absurde de l'existence qui nous saute à la figure au gré de ces lectures.

Aucune loi ne semble cohérente dans le territoire de Frank ; d'une histoire à l'autre, les situations changent, et les choses qui nous semblaient évidentes dans un récit prennent un tout autre sens dans la suivante. Rien n'est jamais régit par quoique ce soit, à moins que...
Le contournement moral effectué avec maestria par ce fabuleux dessinateur nous rappelle qu'il existe encore des ilôts d'imaginaire débridé, sans aucune espèce de point commun avec "l'ensemble du reste de la production".

Cruel et hilarant, glauque et déjanté, absurde et désopilant, l'oeuvre de Jim Woodring est une réelle expérience bouleversante lorsqu'on la découvre, et c'est probablement là le seul réel point commun que l'on puisse lui trouver avec la défonce.
Plus que jamais, il faut lire Jim Woodring, que les habitués du périodique Lapin connaissent déjà bien ; et adopter Pupshaw (le petit) et Pushpaw (le gros)...
Comme je le disais plus haut, l'une des grosses-grosses-grosses sorties de ces derniers mois... Voilà.

Bon, ca fait déjà quelques bouquins. Il en reste des tonnes mais d'ici là, il y a un peu 1264984 soirées, et autant de trucs à foutre.
Et puis, il faut du temps pour les lire, les bouquins ! 8)

Evidemment, le rythme de sorties ne va guère mollir d'ici la fin d'année. Dans le collimateur, le "Papa" d'Aude Picault, le nouveau Peggy Adam ("Luchadoras", qui s'annonce comme un grand bouquin), un collectif à "L'oeuf" (au sobre titre "Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde"...), les archives de Mattt Konture, les "99 exercices de style" de Matt Madden en français (pour accompagner "La perdida" de Jessica Abel , qu'on attend plus chez Delcourt), le second "Petit Christian" de Blutch, une nouvelle réédition de Gus Bofa ("Le livre de la guerre de cent ans") chez Cornelius, l'intégrale de "Black Hole" en français, un Quentin Faucompré (aux Requins Marteaux) appétissant, un nouveau Gipi chez Vertige... J'ai déjà parlé du R. Kikuo Johnson au Seuil ? Oui ? Ah bon. 8)

On air on radiojUne :
- Soul Stoned Picnic, tout l'album "Erotic cakes", futur classique 22th century funk.
- Depth Affect "John cassettes" (nouveau EP), broken bleep hop.
- Fil Lorenz Soul-Tet "Stinky stinky", soulfunk to the bone.
- thanks to Jeff, la compilation Toxic, avec quelques pépites, quand même.
- Abd Al Malik "Gibraltar", défoncé par Monkey (with love), poésie slammée et déslammée par le gars Monkiki.
- Reptiles feat. Yarah Bravo "Amour", de l'amour à sang froid.
- Reptiles feat. Mike Ladd "The Witches Are Coming", de twisted freakstyle à sang froid aussi.

Allez, j'ai un Palahniuk sur le feu, et des poivrons qui sifflent.
A table ! Et bien bonne journée.