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22 mars 2026

Sam Kieth, 1963-2026 🖤

Sam Kieth est mort la semaine dernière, à 63 balais.
 
Je me souviens très très précisément de ma première lecture de The Maxx, qui est pour moi une série parmi les plus importantes que j'ai pu lire dans ma vie, et qui le demeure.
 
En 1993, je n'avais pas clairement identifié ce qui me plaisait, ce qui me parlait dans cette proposition qui ne ressemblait à absolument rien d'autre.
Il y était question de créature costumée pourtant aux antipodes des super-héros, on ne savait pas si l'on était dans une réalité ou ailleurs, il y était aussi question de traumatisme et d'abus sexuel, de reconstruction, et graphiquement, comment dire... Qui était prêt, qui comprenait ce qui se passait là ?
L'auteur avait l'air d'avoir autant lu et disséqué Wrightson que Bodé. C'était psychédélique, enlevé, alambiqué et chaque parution enfonçait un peu plus le clou.
Cette série, ce petit univers mis en place, avait définitivement le cul entre deux chaises et refusait de choisir. Le lectorat, en majeure partie, renvoyait la même impression : un gros pied dans le mainstream en collant moulant (que la série paraisse chez Image n'était pas du tout un fait anodin, évidemment, mais contribuait en quelque sorte au quiproquo), un autre dans l'underground côté grandes libertés graphiques...
Le très chouette gaucher William Messner-Loebs était co-scénariste sur l'essentiel de la série (Alan Moore aura contribué à un épisode aussi, d'ailleurs), mais la part de Kieth semblait fort, fort conséquente dans la recette.
Ça n'était pas pour tout le monde.
 
Et c'était très bien comme ça : à chaque nouveau numéro, je me précipitais dans le courrier des lecteurices, où j'avais l'impression de retrouver un club de jeunes gens un peu en marge, un peu largués, un peu cassés aussi.
Nous étions ce grand club d'anonymes qui nous retrouvions sans nous connaître : nous existions et nous n'étions pas seul.e.s, un peu comme on se sent faire partie d'une vraie famille en arrachant le cellophane qui emballait un vinyl ou un cd neuf à sa sortie tant attendue. Ces moments de communion intangible et un peu abstraite, mais tellement réconfortants.
 
Rétrospectivement, il m'apparaît évident que l'Outback, ce monde imaginaire et parallèle dans lequel se déroulait une partie des intrigues déroulées, était en quelque sorte un vrai monde-refuge pour pas mal d'entre nous, aussi.
Rien que pour ça, j'ai toujours aimé Sam Kieth, qui lui aussi revenait d'un aller-retour dans un monde onirique puisqu'il avait été aux manettes des premiers épisodes de Sandman, la série scénarisée par Neil Gaiman et dont Kieth aura assuré les 5 premiers épisodes à la toute fin des années 80.
Mine de rien, son run est fondamental pour le rôle qu'il a tenu là-dedans, dans ce chapitre si important de l'évolution du comics qu'est Sandman et plus généralement, la ligne Vertigo des éditions DC de ces années-là.
 
Retour à 93/94 : The Maxx semblait cocher toutes les cases de ce que l'auteur avait voulu faire jusqu'ici, de ce qu'il avait espéré pouvoir accompagner auparavant, de ce qu'il souhaitait développer, mais à un degré de singularité qui avait pris pas mal de monde de cours.
Aussi complexe que cela pouvait parfois sembler, le récit était pourtant captivant, et Julie, personnage central de la série, continue de m'évoquer une personne réelle quand j'y pense un instant.
Après coup, il semble évident que la communauté des amateurices de The Maxx devait avoir saisi le récit comme je l'avais fait : pour les choses qu'elle faisait résonner pour certain.e.s de nous autres. Pour le sentiment d'échapper un instant à ce monde compliqué, décevant, dur. Pour l'échappée folle à laquelle elle invitait, aussi sombre qu'elle pouvait pourtant l'être.
 
La création de Sam Kieth, faite de traumatismes que l'on peut imaginer personnels, est l'une des plus belles et bizarres et surprenantes réussites des années 90 pour les jeunes adultes (ou les vieux ados) qui l'ont croisée sur sa route.
Cette fameuse période de la vie très précise où l'ouverture à tous les possibles est malheureusement déjà en passe d'être révolue ; où les aspirations possibles d'hier semblent étouffées par la réalité de l'existence ; par l'arrivée forcément déceptive sur cette longue ligne droite qui s'annonce, faite de désenchantement, d'espoirs envolés, d'attentes inutiles.
"Lire The Maxx ? Mais c'est un truc de perchés pour dépressifs !".
C'était peut-être pas totalement faux, mais c'était surtout, et avant-tout, une formidable pause momentanée sur tout ce qui n'allait pas, précisément. Sans jamais rien solutionner, mais simplement en partageant un ressenti un peu trop universel.
 
On aura pu croiser The Maxx sur MTV quelques années plus tard, je n'ai pas un souvenir précis du truc mais il me semble que la série est allée jusqu'aux Oscars, quand bien même elle restait très superficielle par rapport à ce qui était déployé dans le comics.
 
Je renvoie à la toute récente vidéo de ChriS de la chaîne ComiXrayS qui a fait un formidable travail de remise en lumière de cette série incroyable, et qui met le doigt sur énormément des raisons qui font de The Maxx un truc qu'il convient de reconsidérer à sa juste valeur, il me semble.
 
J'apprends à l'annonce de sa mort qu'il n'a jamais cessé d'avoir une très piètre opinion de son travail, et qu'il traînait un spleen existentiel de grande taille (c'est la moitié d'une surprise).
Merde. J'aurai adoré pouvoir rencontrer Sam Kieth un jour, histoire d'être un énième relou lui répétant que son travail avait été très, très important pour moi à un moment de ma vie.
Je déplore désormais de n'avoir jamais pu le faire.
 
 

 

29 décembre 2025

RIP Dan Moynihan 🖤

Disparu il y a une semaine, l'auteur Dan Moynihan était papa d'un enfant d'un an, et une cagnotte est montée pour contribuer à aider Ben et Cathy, sa femme.
Je relaie et j'espère que toutes celles et ceux qui ont souri un jour à la lecture de ses super petits récits se souviendront de lui. 🖤

www.gofundme.com/f/support-ben-and-cathy-after-dans-passing

(et ici une micro-chronique datant de 2011 que j'avais écrit à l'époque pour 1 Fanzine Par Jour).

8 novembre 2025

Un automne 2025. Damn !

 En ce moment, je galope un peu dans tous les sens et de fait, je manque un peu de temps pour faire preuve de pédagogie auprès des critiques qui pointent du doigt le bourbier, la sentine, le guêpier que représente la "crise" du FIBD, le fameux merdier du festival d'Angoulême. Les personnes extérieures au petit monde de la bande dessinée peuvent s'avérer un peu perplexes devant les communiquées, les annonces, les nouvelles, les réponses et les commentaires qui s'empilent dans le dossier. 🦴 🦴 🦴

Pour faire court : si une très large partie d'auteurices et autant de structures éditoriales décident de boycotter l'événement, c'est qu'il y a une raison. 💀 Si une large part des journalistes couvrant d'années en années ce rendez-vous (important pour tout le monde) décident de rendre compte de ce qui s'y trame en coulisses, c'est qu'il y a une raison. 💀 Si après des mois, des années de critiques récurrentes, l'événement "international" (*) semble tenir encore debout par un mystère qui s'explique aisément (une démission honteuse des responsabilités politiques locales, départementales, régionales, nationales, n'aide évidemment pas les acteurs concernés à se faire entendre), c'est qu'il y a une raison. 💀

La soustraction morale à l'œuvre là-bas est effarante, et si toute une industrie est en ébullition au sujet de ce bazar bien branlant, c'est pour de très bonne raisons : le degré de foutage de gueule est stratosphérique, c'est un feuilleton passionnant et terriblement représentatif de l'époque que l'on traverse, où le népotisme, l'opacité, et le foutage de gueule méprisant des sacoches en place règnent impeccablement, imperturbablement, assurément.

#nofibd2026
et soutien à Chloé.



Mais !
Mais j'essaie de compenser ces quelques lignes déplaisantes et peu aimables par un bref communiqué constructif, AH AH AH ! 

Rendez-vous prochains :

- du vendredi 21 au dimanche 23 novembre : "Panique à Colomiers !" |

C'est le titre de l'expo consacrée au travail de Delphine Panique pour laquelle je suis crédité comme co-commissaire, alors que j'étais principalement co-commissaire à la bourre. Je vais pas en remettre une couche sur Delphine Panique : "Vieille", son dernier livre, est sorti ces derniers jours chez Misma Editions et il vous suffira d'aller compulser une ou deux pages pour comprendre pourquoi Delphine est aux manettes d'un des plus beaux parcours d'autrice inspirée, déter, audacieuse et passionnante qui soit (au passage : "Vieille", j'ai pas encore trouvé qui ne trouve pas ça super...).
Je vais pas en remettre une couche non plus sur BD Colomiers, le festival dont tout le monde connaît la teneur : probablement le festoche avec les antennes les plus affûtées sur "ce qui se trame d'intéressant dans le giron de la bande dessinée aujourd'hui", c'est désormais bien connu (cette année, plein d'expos, checkez le programme, et des rencontres avec Tom Gauld, Fanny Michaëlis, Lisa Hanawalt... et tellement d'autres trucs FOUFOUS.
Ah si, une précision, tiens : c'est un festival à 3€ l'entrée (et gratos pour les moins de 18 ans, les étudiant·es, etc), mais le pass trois jours est à 5€. C'est combien, déjà, Angoulême ? Comment ça l'offre n'est pas la même ? Ah oui okay bon bref (c'est tout vu ah ah ah !).

- le dimanche 23 novembre | BD Colomiers (31) (encore).
J'anime une rencontre avec un ricain et un canadien, ça va parler de réinvention formelle, d'innovations narratives, et de se battre pour ce qui nous semble juste, c'est avec 🚀 Anders Nilsen et 🚀 Michael DeForge, vous appelez ça comme vous voulez, moi je sais pas trop comment qualifier le truc : pour moi, ce sont deux mastodontes, auteurs de quelques-uns des plus beaux livres de ces 2 dernières décennies (tous chez Les éditions Atrabile, d'ailleurs), rien de moins. C'est à 13h30.

- mercredi 26 novembre | l'asso ChiFouMi propose une rencontre avec Anders Nilsen | Chez Canons, 🍷 Besançon (25).
A l'occasion de la sortie de "Tongues", livre indispensable de cette fin d'année (éditions Atrabile).

- jeudi 27 novembre | Rencontre avec Anders Nilsen | lieu annoncé prochainement, Mulhouse (68).
Cf ci-dessus : pareil qu'à Besac la veille, mais à peine plus au nord.

- le vendredi 28 novembre | ⚡ Rhony's Festival | Montpellier (34).
A 18h, j'anime une rencontre autour de l’exposition “Indies americans” avec Stéphane Noël (de L'employé du moi), on y parlera de quo ? Probablement d'auteurs ricains et d'indépendants, pardi. De bande dessinée passionnante et d'auteurices au top, surtout.
Ça se passera du côté de la librairie ⚡ En traits libres, lieu déjà inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, pas loin, et qui fermera ses portes prochainement : si vous êtes aux alentours de Montpellier, allez donc fouiner là-bas pour votre shopping de fin d'année, ça ne leur fera pas de mal et si une librairie le mérite en ce moment, c'est probablement celle-là.

- samedi 6 et dimanche 7 décembre | avec ChiFouMi : Le Cube \ Zone DIY, du côté de la Fête de la BD d'Audincourt (25).
L'an passé, l'ouverture au sein du festival avait été de mise avec la prise en mains de la chouette clique de Tuta Blu, pour une Off dans le IN de toute beauté. Plein de gens sympas, plein de découvertes, certes peu de bande dessinée mais pas mal d'images narratives en tout genre, grâce à Cerise La Castagne Illustratrice, Affiche Moilkan, Les éditions de la dernière chance, Mutoïd Kids, et plein d'autres !

Voilà pour la prog de cette fin de mois !
On reparle du reste très bientôt.

(*) et ce, même si les propositions de médiation publiques sont essentiellement en français, et se fichent pas mal des visiteurs émanant de l'international, précisément, à leur grand dam, leur grande frustration, et leur grande tristesse.
Tiens, c'est marrant, ça voudrait dire que ce festival, malgré ses décennies d'expérience et son appétit vorace de devenir plus important qu'il ne pourrait être, pense moins à communiquer en anglais que les communiqués du ⚡ STAA CNT-SO et MeTooBD ⚡, principal lanceur d'alertes et pourvoyeurs de faits sur cette triste affaire (inscrivez-vous à leurs mails de news, toujours édifiantes : desertons_fibd@proton.me ). 🔥

ps : je sais que ça fait un moment que je l'écris mais je... je... Je travaille toujours à mon départ de fessebook, alors tous les liens utiles pour illustrer le blabla précédent sont par ici :

29 septembre 2025

Zoom sur la bande dessinée contemporaine | mardi 7 octobre 2025 | Café International, Besançon

(Un petit forward depuis l'association ChiFouMi :)

Voici donc le premier rendez-vous de « La bande dessinée dans tous ses états », cet ensemble de propositions conçue en direction des étudiant.e.s de Besançon (et pas seulement, donc, mais on y reviendra !) durant toute l’année scolaires à venir, dans le cadre d’un partenariat avec le Crous Bourgogne Franche-Comté, l’Université Marie et Louis Pasteur et la CVEC (Contribution à la vie étudiante et de campus).


En attendant d’affûter les crayons et de régler les agrafeuses, rendez-vous donc mardi 7 octobre à 18h30 au Café International, 71 Quai Veïl Picard, à Besançon : June, de ChiFouMi, y présentera une sélection de livres, tachant d’ouvrir une fenêtre sur ce que peut être la bande dessinée aujourd’hui (à grand renforts d’images projetées et de bafouillages).
L'entrée est gratuite et ouverte à tout.e.s, mais nous vous conseillons de réserver malgré tout, en cliquant ici.

Dans les semaines et les mois à venir, nous aurons l'immense joie de recevoir notamment les auteurices/illustrateurices/fanzineux/éditeurices/et tant encore :
Charline Collette (•), Bérengère Delaporte (•), Jaunisse (•), Oriane Lassus (•), Anders Nilsen (•) et Valentin Sannier (•), qui iront tout.e.s à la rencontre de nos étudiant.e.s et que l'on croisera probablement par ailleurs à une occasion à une autre...
On en reparle bientôt !

Entrée libre | ouvert à tout.e.s.
(illustration : Pierre Ferrero)


4 septembre 2025

NEUVIÈME ART | Galerie Martel BXL | Exposition Collective du 13 au 27 septembre 2025

J'ai rédigé une quinzaine de petites notules pour accompagner la prochaine exposition proposée par la Galerie Martel Bruxelles, du 13 au 27 septembre 2025.
J'ignore si l'occasion se représentera d'aligner autant de petits boulots sur autant d'auteurices dingo.e.s, mais je ne boude pas mon plaisir : 

"La Galerie Martel, récemment installée à Bruxelles, présente du 13 au 27 septembre une exposition collective consacrée au Neuvième art, réunissant des figures majeures de la bande dessinée contemporaine.
Art Spiegelman, Chris Ware, Charles Burns, Lorenzo Mattotti, Brecht Evens, Emil Ferris, Gary Panter, José Muñoz, Ugo Bienvenu, Dominique Goblet & Kai Pfeiffer, Eric Lambé, Thomas Ott, Thierry Van Hasselt, Herr Seele & Kamagurka, Miroslav Sekulić-Struja, Gabriella Giandelli, Guido Crepax ou encore Fred : chacun, par son approche singulière, illustre la vitalité et la diversité d’un langage graphique en constante réinvention.
De l’introspection radicale aux fresques expérimentales, de la poésie visuelle aux explorations formelles, ces artistes – pionniers, iconoclastes ou héritiers turbulents – participent à repousser les frontières de la bande dessinée, affirmée ici comme un art à part entière.
Les textes de l’exposition sont signés par Julien June Misserey critique et commissaire d’expositions, qui accompagne ici la sélection d’un regard curatorial."

(extrait du site |
les textes en question sont sur la page dédiée du site de la galerie Martel, ici-même).

De la régalade pour les yeux, un peu moins pour le compte en banque si on se laisse un peu trop aller : une sorte de best-of en soi, quoi.
Merci à la Galerie Martel pour cette collecte vingt étoiles.


13 août 2025

Çà va pas là ! - un coup de main aux éditions Çà & Là !

Comme pas mal d'autres structures éditoriales indépendantes, la belle maison Çà & Là traverse une mauvaise passe, expliquée en long, en large et en travers sur cette page HelloAsso : l'opération Çà va pas là est donc orchestrée par l'association des ami-e-s de çà et là, et il reste encore un peu de temps pour contribuer à l'effort collectif. 

 

Çà & Là
est un éditeur auquel je suis attaché : je me souviens, lorsque j'étais encore libraire (vindzouss), de l'annonce de la création de cette structure exclusivement orientée sur les traductions.
Je me souviens aussi avoir été partagé, comme d'autres, en découvrant cette nouvelle.

C'était en 2005. Le petit milieu indépendant de l'époque semblait accueillir avec modération la création d'une structure éditoriale qui se "contenterait d'acheter des droits", sans miser sur la création... Dans un contexte le plus souvent précaire, les inimitiés pouvaient vite s'installer, la solidarité entre acteurs du petit milileu de l'édition étant un concept bigrement variable...
Bref. Les premiers bouquins sont sortis : on commentait la fabrication, la maquette, on émettait des hypothèses et on découvrait ce que signifiait, en France, le fait de s'intéresser à la création réellement internationale au sens le plus large possible, sans jamais donner l'impression de se caler des œillères : Serge Ewenczyk, fondateur et rouage principal de la jeune structure, avait fait un drôle de choix, mais donnait l'impression de savoir où il allait, porté par un enthousiasme et une réelle curiosité envers ce milieu qu'il découvrait au fur et à mesure que les livres publiés trouvaient, ou non, leur public, et ce notamment grâce à quelques premiers librairies plutôt motivés pour jouer le jeu.

J'aimais déjà beaucoup Peter Kuper, Liz Prince, Andi Watson que j'étais content de pouvoir désormais partager avec le lectorat français. J'avais mis de côté Judd Winick et pour lui comme pour tant d'autres, je me faisais donc une cure de rattrapage de quelques VO manquées.
En 2006/2007 (j'ai un doute), Serge nous permet d'accueillir Linda Medley à la librairie, à l'occasion de la parution de "Château l'Attente". Je me souviens aussi avoir adoré "Ma Mère était une très belle femme", de la sud-africaine Karlien de Villiers, qui reste l'un de mes livres favoris publiés chez Ça & Là. En quelques mois, on était quelques librairies à avoir essayé de contribuer à l'installation, puis à la reconnaissance de cette jeune maison.

Depuis, les années ont passé, pas mal de bouquins sont parus, Çà & Là à sorti quelques best-sellers incontournables. Je pense à l'excellent travail réalisé autour de l'œuvre de Derf Backderf : ce dernier, que j'ai eu la joie d'accueillir à plusieurs reprises, de Besançon à La Rochelle, ne tarit jamais d'éloge sur Çà & Là, et se réjouit comme au premier jour de la chance qu'il a eu d'avoir été publié là ; ou encore à "La couleur des choses" de Martin Panchaud, qui revient de loin en terme de "traduction" d'objet éditorial qui n'aurait pu jamais voir le jour sous cette forme.
Il y a beaucoup d'autres titres qui n'ont pas forcément eu les mêmes faveurs, et certains l'auraient peut-être mérité.

Dans un contexte économique où l'on sait bien ce qui préside souvent aux choix, aux orientations des structures éditoriales contemporaines, Çà & Là a récemment montré la voix du discernement et en quelque sorte, à suivi une vraie cohérence avec ce qui transparaît dans son catalogue : en 2024, la structure est devenue une SCOP, animée par ses quatres salarié.e.s que sont Serge Ewenczyk (toujours éditeur et président), Hélène Duhamel (éditrice et directrice artistique), Marie Hornain (éditrice et relation presse), Louise Fourreau (éditrice et relation libraire). La défense d'une vraie bibliodiversité passe par ce type de décisions, et parce que la maison galère en ce moment, je tenais à participer à leur appel au soutien : d''où cette modeste petite contribution à l'effort, consistant à lister quelques bouquins qui me semblent très notables, et que je conseille à chacun.e d'aller commander sans attendre auprès de leur libraire favori, qui le recevra en quelques jours si elle/il ne l'a pas déjà en rayons. 

Attention : tout ça est bigrement subjectif.
Vous êtes prévenu.e.s ! 


Première ligne : les gros cartons de la maison :

« La couleur des choses » de  Martin Panchaud (2022)
« Kent State, quatre morts dans l’Ohio » de Derf Backderf  (2020)
« Trashed » de Derf Backderf  (2015)
« Mon ami Dahmer » de Derf Backderf  (2013)

Deuxième ligne : des auteur.ice.s incarnant pas mal ce que Ça & Là peut proposer aussi ces dernières années :

« Bradley à Bradley’ de Connor Willumsen (2023)
« Naphtaline » de Sole Otero (2022)
« L’Epée » d’Anabel Colazo (2022)
« Ne regarde pas derrière toi » d’Anabel Colazo (2020)
« Le Centre de la Terre » d’Anneli Furmark (2013)
« Petite terrienne » de Aisha Franz (2012)

Troisième ligne : des auteur.ice.s cainri que j'étais bien content de voir publié.e.s en français :

« Victory Parade » de Leela Corman (2024)
« Déplacement, vol.1 » de Joshua Cotter (2015)
« Déplacement, vol.2 » de Joshua Cotter (2022)
« Les Gratte-Ciel du Midwest » de Joshua Cotter (2011)
« Pittsburgh » de Frank Santoro (2018)
« Storeyville » de Frank Santoro (2010)
« Tu m’aimeras encore si je fais pipi au lit ? » de Liz Prince (2006)

Quatrième et cinquième lignes : les gros classiques incontournables d’auteur.ice.s incontournables :

« My Perfect Life » de Lynda Barry (2025, dans quelque jours si je ne dis pas de conneries)
« Come over Come over » de Lynda Barry (2024)
« Mes Cent Démons ! » de Lynda Barry (2014)
« Ruines » de Peter Kupper (2015)
« Arrête d'oublier de te souvenir » de Peter Kuper (2009)
« Anthologie American Splendor, Volume 2 » de Harvey Pekar (2010)
« Anthologie American Splendor, Volume 3 » de Harvey Pekar (2011)
« Anthologie American Splendor, Volume 1 » de Harvey Pekar (2009)
« Alec, L'intégrale » de Eddie Campbell (2011)

Enfin, dernière ligne : Un petit top 5 très très personnel, bouquins remarqués ou pas mais que j’affectionne particulièrement :

« Keeping Two » de Jordan Crane (2022).
Un chef-d'œuvre d'exploration du trauma par un de mes auteurs favoris, trop rarement traduit en français. En plus d'être incroyablement touchant, le bouquin enchaîne sans en avoir l'air pas mal de prouesses formelles, des choix de narration à ceux de composition.
« Gast » de Carol Swain (2014).
Une exploration intime tout autant qu'environnementale, magnifiquement réalisée par une autrice anglaise qui aurait mérité davantage d'attention, il me semble.
« Annie Sullivan & Helen Keller » de Joseph Lambert (2013).
Formidable à plus d'un titre : d'abord parce qu'incroyablement audacieux d'un point de vue formel, le livre s'appuie sur une histoire des plus bouleversantes : il retrace la rencontre et la relation entre Helen Keller (1880-1968), gamine américaine sourde, muette et aveugle, avec sa tutrice, Anne Sullivan (1866-1936), malvoyante déterminée qui apprendra à la petite Helen à lire, écrire et parler. La bande dessinée, ici, relate des notions, des émotions, comme peu d'autres langages auraient pu le faire. 
« En mer » de Drew Weing (2011).
Allégorie poétique et inspirée, sous la forme d'un petit livre semblant relater une énième aventure maritime : ça ne ressemble à rien d'autre, et c'est tout simplement très réussi.
« Ma Mère était une très belle femme (édition augmentée) » de Karen de Villiers (2010).
Par la bande, la dépiction de la vie durant l'apartheid par une autrice sud-africaine qui enchaîne les souvenirs d'enfance, de jeunesse, avec un sens de l'à-propos, une justesse et une délicatesse comme on en lira peu.

Tous les bouquins sont décrits sur le site de l'éditeur, et sont commandables sur leur site ou dans n'importe quelle librairie digne de ce nom.


7 juillet 2025

On ne badine pas avec les célébrations.

Ça bosse dur dur sur un gros projet impliquant 2 ou 3 auteurices d'un peu partout.
2 ou 3... ou 78, je sais plus.
78 ?! Mazette, allez j'y retourne, y'a du taf.


17 juin 2025

Chris Ware. Drawing is Thinking | une édition du CCCB, à Barcelone.

J'ai reçu le formidable catalogue d'exposition proposé par le Centre de Cultura Contemporània de Barcelona qui accueille jusqu'en novembre une très très belle itération de l'exposition consacrée à Chris Ware.
Il est super !

Nombreux et nombreuses furent les personnes m'ayant demandé si l'une ou l'autre des moutures initiales de l'expo Ware bénéficierait d'un catalogue d'exposition, et la réponse était toujours frustrante : non, non, non, grrrrrr, non, ben non.
Les raisons étaient nombreuses et souvent frustrantes, aussi je ne citerai que les plus justifiées et pertinentes, laissant les autres, les mauvaises, aux oubliettes des mauvaises décisions : une nouvelle version du livre de Benoît Peeters (La bande dessinée réinventée, aux Impressions Nouvelles) sortait tout juste, et le splendide Monograph de chez Rizzoli, paru en 2017, demeure une somme qui fait tout à fait le taf s'il s'agit de combler les adorateurs.trices de l'auteur (et qui plus est : un ouvrage absolument fabuleux à tous niveaux -y compris sa fabrication folle !- pour moins de 40 balles).
Cela faisait deux raisons, donc.
N'empêche, entre le nouveau matériel peu croisé jusqu'ici, les quelques approches obliques portant sur le travail de Ware, et les quelques pistes que l'on avait pu commencer à explorer sur ces expos, les entrées pour bosser sur un BEAU catalogue ne manquaient pas. J'ai été particulièrement frustré par tout ça, mais ainsi va la vie.

Hors ! Les bonnes gens du CCCB devaient se dire la même chose que moi, que l'on avait l'embarras du choix, et ont donc décidé de faire le taf.
Et plutôt super bien ! Un peu plus de 200 pages de belles repros bien choisies et de textes de grande qualité (traduits en anglais, en plus du catalan initial), joliment mis en forme, et pour 20€ tout juste. 

Pour celles et ceux que cela pourra intéresser, j'imagine que Rina Zavagli et Simone Mattotti de la Galerie Martel auront très probablement quelques exemplaires à leur galerie parisienne ou à celle de Bruxelles ; Rina ayant fait office de cheville ouvrière de première catégorie dans cette épopée européenne, s'il y a un endroit où trouver l'ouvrage, je me dis -sans leur avoir demandé- que cela pourrait bien être par là-bas ! 

Un salut amical -en plus des remerciements- à toute l'équipe du CCCB pour la grande rigueur et les chaleureux échanges, et particulièrement à Ada Claver, Carlota Broggi et Mònica Ibáñez
 : l'expo a pas mal tourné en Europe et il en est des structures accueillantes comme des personnes qui les pilotent ; pas mal de gens aussi discrets que débordés, mais occasionnellement et pour mon plus grand bonheur, quelques humains qui consacrent volontiers un peu de leur temps et de leur attention à accompagner correctement toute la vie d'un projet.

Il reste encore quelques semaines pour passer par Barcelone ! En plus des raisons habituelles, il y a des choses que l'on est pas près de revoir de si tôt en Europe...





27 avril 2025

Adrian Tomine à Paris | Galerie Martel

Le jeudi 15 mai 2025 aura lieu le vernissage d'une exposition consacrée à Adrian Tomine à la Galerie Martel, en présence de l'américain qui vient passer quelques jours dans le secteur, avec notamment des moments de dédicace à Paris le vendredi puis à Bruxelles le samedi.

Je vais faire l'aller retour à la grande ville pour voir tout ça : autant d'œuvres de Tomine en France au même endroit, ça n'arrive pas si souvent que ça, et la Galerie Martel m'a en outre gentiment proposé de rédiger un petit texte de présentation de cet auteur (voir le communiqué de presse en ligne), dont pas mal de livres (tous publiés chez Drawn & Quarterly) m'ont été très importants et que je conseille à tout le monde ; il faut notamment prendre le temps de lire l'une des dernières cordes ajoutées à l'arc du cartoonist : le très réussi The Loneliness of the Long Distance Cartoonist, traduit chez Cornélius en 2018 sous le titre La Solitude du marathonien de la bande dessinée.

Il me faut ajouter que la sélection des œuvres est formidable, prenant le temps de ponctuer chacune des étapes marquantes du parcours de l'auteur. On a du Optic Nerve séminal, des pages plus récentes (et notamment du livre cité plus haut), du travail d'illustration pour la presse évidemment, mais aussi quelques formidables dessins en rapport avec ses histoires adaptées au cinéma, que cela soit par Jacques Audiard ou Randall Park, entre autres...
Qui en sera ?



17 avril 2025

"A Monty", par Zak Sally.

Je ne saurai que trop vous conseiller la lecture de cette courte bande dessinée en ligne.

"A Monty", par Zak Sally.





24 mars 2025

Thomas Ott @ CartoonMuseum Basel, CH.

Vendredi dernier avait lieu le vernissage de la très belle exposition From Scratch consacrée au travail du toujours impressionnant Thomas Ott, et qui se tient jusqu'au 22 juin 2025 au CartoonMuseum de Bâle.

Il faut bien le dire, ou du moins, l'écrire : les sujets et auteurices que l'on retrouve dans ce formidable endroit bénéficient de magnifiques intentions, et ces quelques années on a eu l'occasion de baver à plus d'une occasion devant le travail réalisé, les corpus assemblés, les approches partagées.

Le travail de Thomas Ott est valorisé comme je n'avais encore jamais eu l'occasion de le voir. L'exposition réussit le tour de force de souligner les différents angles attaqués par le suisse allemand, de faire jaillir l'importance de la narration dans son travail sans jamais sacrifier au pur aspect plastique, ce piège tendu dans lequel tout le monde a finit par tomber un jour lorsqu'il s'agissait d'évoquer ce travail unique. On pourrait en parler des plombes, mais les nombreux livres de Thomas sont souvent reliés à cette idée persistante qu'une technique laborieuse, qu'une pratique singulière doit occuper le terrain lorsque l'on essaie de les circonscrire. C'est évident et il n'est pas question de passer ça à la trappe : les dizaines de pièces exposées ici sautent à la rétine, comme à l'accoutumée. C'est du Ott. Évidemment que c'est dingue, fascinant, hypnotique, déstabilisant.

Mais l'univers du type ne tient pas qu'à ça. Il n'est pas qu'un illustrateur un brin génial, aux outils peu courants, à l'univers graphique identifiable de suite. Ce serait déjà assez fou en soi, certes. Mais il se trouve que Ott a des choses à raconter, des rythmes à communiquer, des personnages à faire vivre, ou à tuer, des histoires à boucler, des ressentis à faire émerger par délà les coups de pointe dans l'épaisse couche de noir qu'il gratte depuis des décennies déjà.

L'exposition fait tout ça très bien, elle éclaire pas mal de choses et conjugue toutes ces intentions avec minutie. La grille de lecture posée sur cette somme fonctionne parfaitement, et les plus grand.e.s amateurices du travail de Ott auront des surprises, en découvrant très probablement des travaux inédits à leurs yeux. Planches parues dans de vieux Strapazin, travaux d'études, commandes diverses : le tout donne le tournis. C'est formidable.

Le vernissage avait attiré pas mal de curieux (combien de fois dans sa vie se retrouve-ton à la même table que Christoph Fischer ou Lorenzo Mattotti, et bien d'autres encore ? C'est un bon repère je crois...) et pour ma part j'étais très content de pouvoir croiser les toujours pétillants Christian Gasser ou Noyau, entre autres voisins trans-frontaliers pas si éloignés, mais assez pour ne pas pouvoir profiter de leur solaire proximité si souvent que ça.

Le lendemain, mon gars sûr Ed m'a fait découvrir la librairie-gallerie Stampa, et parce qu'il nous fallait rentrer tôt, nous n'avons pas diggé du côté de Plattfon Records. J'ai rapidement fait un crochet du côté de Mystifry, étape désormais classique de mes passages à Bâle.
Et puis le train nous attendait. Enfin, c'est un peu plus compliqué que ça...

Merci Annette Gehrig et l'équipe du CartoonMuseum pour l'accueil et cette exposition très, très réussie.

📷 @derekliwanpo.photography

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 Photo :  Zab, jamais très loin de là où il se passe quelque chose.