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5 décembre 2006

(...) take another trip on a magic carpet ride (...)

C'est pas de ma faute, quand j'ai pas d'idées pour titrer mon post, je me contente d'y balancer les paroles du truc que j'ai en tête au même moment. Minnie for ever, en plus, de toutes façons, alors bon.

Avant de commencer : des bises au petit Arthur, et aussi à Karine et à son Darbonaute. Félicitations, tout ça. 8)

Lisa Mandel était à la librairie samedi dernier. Nan, pas samedi dernier, samedi d'avant encore... Pffff, ce que le temps passe vite...

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Alors voilà, avis aux libraires peu scrupuleux : inviter mademoiselle Mandel en dédicace, c'est une chouette affaire, parce que mademoiselle Mandel, c'est une vraie machine à dessin. Tu ouvres un bouquin, 20 secondes après tu repars avec un chouette gribouilli personnalisé, et en plus, pour ne rien gâcher, elle est simplement super sympa. Et je dis pas ça parce que ces deux derniers dimanches, elle a laissé les clés de son blog à Blutch ou Felder (le roi du chocolat en bédé, comprenne qui pourra), hein, teuteuteu, rien à voir. Je pensais même que les gens allaient avoir peur, pensez, une nana qui fait des bouquins avec La Mort, mais nan, même pas.

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Une belle bande de va-nu-pieds, avec Sandrina Cambera, Mathieu Pierangeponcherello, Loica, Guillaume Long, Nancy Pena, l'immonde Berth, Juliette et mademoiselle Mandel, donc.

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Mais que faisait Berth ? On préfère pas savoir.

Samedi dernier, par contre (ouais, bon, samedi 9, quoi...), alors que j'étais au taf, avec plein de clients (il doit y avoir une fête ou quelque chose comme ça bientôt, les gens claquent des montagnes de blé...), vla-t'y pas que le gars Olivier Cachin déboule.
Le temps de discuter un peu avec le zozo des arnaques à rallonge proposées par les éditions Marsu autour du patrimoine de Franquin, et de lui rappeler que je l'avais interviewé pour un petit fanzine en 90 ou 91 à Rennes, lors des Transmusicales (nous avions fini dans le bus de tournée de Jamiroquai, avec certaines musicos de Sinclair et des Rita Mitsouko, c'est vous dire si j'ai bonne mémoire quand j'en ai envie), et lui de me demander si je serais à la projection de "Wilstyle", un peu plus tard dans la journée... Un peu, mon neveu !
Un peu plus tard, après que le gars Poussin se soit pointé aussi (la lib, le repère des stars, vous remarquerez), et que ces deux-là se mettent à vanter les mérites de Mezzo (bientôt de retour à la lib, aussi, ahlàlà, décidément, hein), MC O quitta le rayon, non sans lancer son célèbre cri d'adieu, depuis les escaliers. J'ai beau en rigoler, ca fait bizarre, quand même : mine de rien, j'admet que ce mec y est pour quelque chose si dans ma jeunesse, j'ai autant fait chier mes potes avec le hip hop par ci, et le hip hop par là. Marrant, et ca nous rajeunit pas, vindzousss.

La présence de Cachin à Besançon, c'était à l'occasion du festival "Le cinéma de la musique" qui s'achevait ce weekend ; s'il proposait quelques chouettes opportunités en ce qui concerne sa programmation, le festoche ne laissera pas non plus que des bons souvenirs dans mon esprit, et pour les quelques échanges que j'ai eu avec certains proches qui s'y sont rendus, cet avis est plus que partagé.

D'abord, on pourra reprocher un fait relativement triste, celui d'avoir fait le pari de pouvoir réunir une audience pour chaque film alors que ceux-ci ne bénéficiaient que d'une seule séance. En gros, si l'affiche pouvait s'avèrer intéressante sur le papier, il fallait commencer par faire des choix, ce qui est malheureusement fréquent dans ce type d'évenement ; dommage, et systématiquement frustrant, hein.

Ensuite, on ne pourra que reprocher une approche très floue au sujet de l'accompagnement, de la présentation des films. Je me tamponnais d'Anna Karina (mon dieu, faites que Sy! ne me lise pas...), mais je suis persuadé qu'elle ou que Ken Russell ont bénéficié d'un accueil et d'un encadrement digne de ce nom, contrairement à d'autres.

Par exemple, Stéphane Sinde ou Jacqueline Caux, respectivement réalisateurs de "Barney Wilen, the rest of your life" ou de "The cycles of the mental machine", deux documentaires, se sont vus comme jetés dans des salles où les spectateurs devaient faire preuve de grande patience face à divers problèmes.
C'est d'autant plus dommage que chacun de ces films auraient largement mérité qu'on encadre davantage leurs projection... Pour "Barney Wilen", on a eu droit à un échange très court et très frustrant avec son réalisateur (une projection était prévue à sa suite dans la même salle, fait valable pour pas mal de projections), et pour "The mental machine", c'était une diffusion techniquement très hasardeuse, avec pas moins de 5 démarrages, avec à chaque fois des erreurs de réglage quand à la projection... 20 minutes après, le docu de Jacqueline Caux débutait enfin, mais quel dommage. Itou pour cette réalisatrice, il ne fallait pas espérer communiquer avec une audience pourtant assez nombreuse, une autre programmation boutant les spectateurs hors de la salle.

Je n'ose pas évoquer les projections hors des salles de cinéma : je n'ai assisté qu'à "Dave Chappelle's block party" de Michel Gondry dans une salle lamentablement sonorisée, mais d'après les échanges avec d'autres spectateurs, c'était le même topo pour les autres films qui y étaient diffusés. Quel dommage.
Cela n'a pas empeché les gens de répondre massivement à certains rendez-vous, d'après ce que j'ai entrevu ou pu comprendre. Espérons que si le pari de ce festoche a été relevé, les éventuelles prochaines éditions corrigeront le tir. Nous verrons.
Pour ma part, quelques bons moments malgré tout, à commencer par une des soirées/afters officiels, où mon bro Feetwan me laissa lui pourrir les oreilles alors qu'il devait officier, et ce, 3 soirs de suite, parce que mon bro Feet, c'est pas la moitié d'un tueur, tiens, nan mais. Au programme, gros son et champagne, et pas mal de gens qui se demandaient qui étaient ces zouaves qui passaient des disques un peu bruyants... 8)

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Faut dire que moi, j'étais grave chaud, in a hip hop mood, après être sorti du dernier Gondry, le documentaire "Dave Chappelle's Block Party", où ce crétin parfois très drôle de Dave Chappelle a mis les petits plats dans les grands, il y a 1 ou 2 ans, pour offrir une journée qui devrait rester dans les esprits de celles et ceux qui étaient dans le tiequar ce jour-là : Erika Badu, Jill Scott, The Roots, Mos Def, Talib Kweli, Kanye West, Bilal, Dead Prez, Cody Chesnut... Du putain de gros linge, et tous au taquet, à donf derrière l'initiative de Chappelle, au top sur ce coup.

block party !

Gondry filme tout ça avec les moyens qu'il faut, s'arrêtant sur les détails, les coulisses, les détails dont pas mal de monde se tape, sauf que lui en tire la moelle substantielle pour ajouter de manière savoureuse un truc en plus au truc de départ. Une fois de plus, ca fait tout le sel de la chose, et le résultat est 1h40 de biens bons moments, entre sales vanes super foireuses (bien parfois poilantes) de Chappelle and co et d'extraits du concert, mortellissime celui-là.
J'y suis allé avec Narqo, Zo et Jeff (ca représentait hardcore, quoi...), mais il y avait pas mal de monde (Laure, Mike, et tout plein de monde), et c'est vraiment dommage que le son fût aussi dégueu (je sais, je sais, la salle doit pas être fastoche à sonoriser, ok, mais alors pourquoi y projetter des trucs, merde ?), nous avons eu droit à une courte présentation par un proche collaborateur de Gondry, lui-même briévemment introduit par un journaleux des Inrocks (ouais, l'hebdo était partenaire du festoche), qui avait l'air aussi à l'aise dans ce rôle que moi dans celui d'un trapéziste en altitude. Ah, une journée Inrocks : tout un programme.
A noter qu'en sortant de "Block party", le gars Sy! était dehors, devant la salle, et semblait totalement sur une autre planète. Apparemment, une rencontre physique avec Anna Karina laisse des traces.

Bon, en vrac :

- De Barney Wilen, je ne savais pas grand chose.
Que ce saxophoniste pourant majeur tenait le ténor sur la bande originale du film de Louis Malle composée par Miles, le classique "Ascenseur pour l'échafaud", alors qu'il n'avait pas 19 ans. Qu'on le retrouvait aussi sur celle de "Un témoin dans la ville", qu'il avait joué aux côtés des plus grands, mais surtout que sa vie était le centre d'une bande dessinée signée par Loustal et Paringaux, "La note bleue" (par la suite, il s'avère que ces auteurs prirent énormément de liberté quant à la réelle existence de Wilen, donc bof). A part ça, que dalle.

Barney Wilen

Le documentaire de Stéphane Sinde, qui se présente lui-même comme non-jazzophile, m'a permis de découvrir un destin époustouflant, un engagement qui dura des décennies durant.

Avec une attitude qui pouvait autant séduire que brusquer, ce génial souffleur, dès lors qu'il se fit remarquer (très jeune, par ailleurs), ne fit jamais de compromis. Il vécut à la manière de ces héros romantiques, avec un engagement immédiat et total.
En 1956, ce nicois participe à un concours, où son groupe décroche pour l'occasion un prix encore inédit, la coupe "cool" (l'organisation, pour la petite histoire, fût obligée de courrir acheter un trohée supplémentaire). Complètement immergé dans le be-bop (alors qu'en France, on en était à un registre encore très "New Orleans"), il enregistre avec Roy Haines, puis joue régulièrement à Saint-Germain (avec Daniel Humair, notamment) ; lle batteur Kenny Clarke (qui y jouait alors aussi) le remarque, et l'intégre dans une formation pour accompagner Miles lors d'une de ses premières tournées françaises, alors qu'il n'était pas encore aussi reconnu. Après bon nombre d'enregistrements aux côtés des plus grands, il reste curieux, progressiste et vit la révolution du free comme à l'accoutumée, avec passion et ferveur. Il part plusieurs mois en Afrique, et en rapporte quelques tours de force majeurs. Depuis, sa carrière jongle entre moments d'exposition où son travail reste exemplaire, et disparitions obscures où l'homme ne cessait de songer à d'autres voies, d'autres envies, d'autres manières, voir d'autres vies.

Barney Wilen

Ce magnifique portrait est enrichi de rencontres avec celles et ceux qui croisèrent sa destinée, que cela soit ses 2 principales compagnes, mais aussi Archie Shepp, Laurent de Wilde, jusqu'à un courrier de Philippe Garrel. Le narrateur, et également auteur et réalisateur de ce film, s'essaie à un vibrant hommage en forme de lettre à Wilen, et sa petite intervention après le film nous a prouvé à quel point il était évident de succomber à la fascination exercée par le personnage.

Barney Wilen

"Barney Wilen, the Rest of Your Life", un documentaire de Stéphane Sinde, dont on attend avec impatience une diffusion sur Arte, co-producteur du film, où une sortie en dvd...

- Jacqueline Caux était également présente, pour présenter "The cycles of the mental machine", un documentaire sur Detroit et son histoire de la musique électronique. Et sans la lumière perpétuellement apportée par l'ami BJ, savant parmi les savants, je n'aurais sans doute pas fait la filiation avec le Daniel du même nom, comme dirait Aga. Hum.

En commencant par retracer l'évolution de la musique noire de Detroit, où l'on suit pêle-mêle des musiciens/chanteurs de blues, de gospel, de r'n'b, cette collaboratrice régulière du magazine Art-Press propose de découvrir cette ville-vestige, dont on connaît la triste histoire : après un bref panorama du golden age de la motor-city, la dégringolade sociale, la déchéance industrielle, l'extrême précarité, et surtout, surtout, en toile de fond, le racisme aux proportions démentielles vécu par la communauté noire du Michigan.
J'ai éprouvé une petite frustration à l'apparition du générique : je m'attendais à une gros documentaire sur la techno originelle, et à ce titre, il est bon de stipuler que "The cycles of the mental machine" n'est en fait qu'une sorte de première partie, qui défriche et plante le décor d'un sujet qui sera davantage exploré dans un second volet, en préparation.



Pour cette "premiere partie", qui vaut déjà largement le coup en elle-même, la réalisatrice prend donc le temps de s'attarder sur les actes fondamentaux qui virent la naissance de ce courant musical. En choisissant d'utiliser la voix de Charles Johnson en fil rouge pour illustrer tel ou tel chapitre de son documentaire, Caux savait ce qu'elle faisait... Plus connu sous le pseudonyme de "The Electrifying Mojo", ce mec est une vraie légende de l'avénement du mouvement techno : dj sur plusieurs radios de Detroit, ses programmes avant-gardistes, engagés, et extrêment intelligents inspirérent une génération d'auditeurs, qui allaient par la suite devenir les piliers du mouvement.
Dès 1977, sa programmation excessivement audacieuse explorait la totalité du spectre musical, et était ponctuée d'interventions très critiques et engagées par rapport à la politique sociale de son environnement, sur un ton éminement personnel, ce qui lui valut d'être successivement viré par la plupart des radios de la région du Michigan.
Passant sans encombres d'un titre soul funk (à noter, "The midnight Funk Association", une émission dans l'émission, où Mojo diffusait le funk novateur et batard de l'époque, comme Parliament ou Funkadelic) à l'expérimentation électronique de l'époque, comme Kraftwerk ou Can, diffusant autant des pièces de musique concrète que du rock, de pièces symphoniques que de jazz, de la new wave que les prémices de l'électro-hip hop, et y injectant des lectures de son propre livre, "The mental machine" (un ouvrage contestataire entre prose et poésie, dont le code ISBN est 0-9639811-1-0), The Electrifying Mojo reste un éminement respecté et cité par des artistes aussi importants que Kevin Saunderson, Derrick May, ou Juan Atkins, mais ses émissions marquèrent également Mad Mike, qui assume son engagement et son intégrité comme d'évidentes influences. Idem pour des artistes majeurs comme Richie Hawtin/Plastikman, Carl Craig ou Jeff Mills, qui se fit remarquer à l'origine aux côtés de Mojo, sous le pseudo de "Wizard". Que le monde est petit.

On retrouve d'ailleurs dans ce documentaires quelques pointures de la techno, Mad Mike acceptant même d'être filmé, mais attention, hein, faut pas déconner : le boss d'Underground Resistance intervient dans l'ombre, de dos, alors que l'on visite Detroit depuis le siège passager de la voiture de Carl Craig, le guide idéal.

Passage marquant pour moi : après une rétrospective de l'histoire musicale de la ville(le blues, la Tamla, les prêches habités, etc), le rythme du film s'emballe subitement. Succession rapide de plans, d'images chipées dans les quartiers les plus délabrés de la ville, et progressivement, alors que la voix de Mojo résonne, l'indémodable anthem de Galaxy to Galaxy sorti sur UR arrive : s'il me fallait devoir choisir un titre résumant le genre techno, tendance classique "grande époque", alors ce serait celui-là, et je suis sûr que je ne suis pas le seul. Et le film de se terminer alors qu'il nous semble que nosu n'avons qu'approché les prémices de la techno de Détroit... Quel dommage !
Mais la petite discussion d'après le film, écourtée elle aussi, nous a permis de comprendre exactement la volonté de Jacqueline Caux. Il ne nous reste plus qu'à attendre son prochain documentaire...

Sinon, j'ai l'impression d'avoir déjà trop vu "Wildstyle", mais ca m'a fait super plaisir de le revoir en salle, qui plus est dans une salle blindée ("Je vais demander à celles et ceux entrés sans ticket de bien vouloir sortir de la salle pour laisser de la place à celles et ceux qui en ont, eux, s'il vous plaît !", balanca un jeune zozo ; a deux secondes près, la salle agitait son ticket au dessus de sa tête, Pétain style, quelle tristesse), la preuve qu'il y avait du monde :



Nous étions quelques-uns, donc ; en vrac, Zo, Narqo, Jeff, Fil, Panzer Kardinal, Balthouze, M le Mehdi, et des tonnes de gens, y compris une floppée de b-boys qui ne devaient pas être vieux lors de la sortie du film (j'adore pondre des énormités dans le genre, c'est plus fort que moi), et quelques tronches que l'on croise ici ou là, en soirée, ou sur myspace (ouais, Besançon, c'est aussi ça, on se connaît virtuellement, mais pas "pour-de-vrai", comme dans toute grosse mégalopole qui se respecte, uh uh uh) : represent, quoi.
Et c'était pour voir ça :



Quand j'aurais précisé que nous avons eu droit à une belle interruption du film, suivi par une reprise vraiment branlante, et sans précision aucune à l'issue du film, j'aurais tout dit sur ce festoche.
Voilà, quoi.

Niveau lectures, j'aurais adoré prendre le temps de remplir correctement mes petites fiches de lectures, mais franchement, j'ai déjà à peine le temps de lire, alors hein...
Quand même, je balance le petit lien concernant le "Project : Romantic", petit collectif publié chez AdHouse Books, et qui clôt d'ailleurs la micro-série de collectifs initiés chez ces braves gens ; oui oui, un énième collectif, mais avec quelques auteurs confirmés, comme on dit (Junko Mizuno, excellente), mais aussi des newcomers de talent (ou non-confirmés, quoi), notamment Josh Cotter, avec plusieurs histoires courtes très valables, Robert Goodin (et une très bonne histoire, ici aussi, livrée sans odeurs, heureusement), ou encore Evan Larson , pour ne citer qu'eux, donc.

Il y a eu du mouvement du côté de chez Anders Nilsen ou Kochalka, et pas mal de revues ou de romans, aussi, mais je prépare ça pour la suite, plus tard... Peut-être...

Et sinon ? Eh bien une petite nouveauté à venir tout bientôt, dont je fais le pitch, pendant que j'en ai le temps et l'occasion... Un couple d'amis auteurs de bande dessinée m'ont demander de m'occuper de la petite radio de leur nouveau projet online, qui devrait être officiellement lancé ces jours-ci (pour une fois, ca ne tient pas qu'à moi, eh eh eh).
Je parle de radio, c'est un bien grand mot, mais ca sera présenté sous cette appelation pour une raison précise, vous comprendrez assez tôt. En tout cas, les copains me font confiance pour "décorer" leur nouveau projet, et ca me fait simplement très plaisir. A suivre donc.
En attendant, je communiquerais une dizaine de titres par quinzaine (ca pourra évoluer, il faudra voir cela avec les auteurs et par ailleurs webmasters), à commencer par ces jours-ci, donc, et voici la première petite sélection :

GB, "Le jazz" ("Sound in color mu.sic", 2004)
Pyeng Threadgill, "Close to me" (Of the air, 2006)
Build An Ark, "The blessing song (take 1 mix for Worldwide)", (GPWW exclusives, 2004)
Cujo, "Brazilianiaire", ("Adventures in foam, 2002)
Robust, "Word em up" ("The short-necked giraffe, 2005)
Cat Power, "Shaking paper" (You are free, 2003)
Electrons Libres, "le mot de la fin" (myspace.com/elibres 2006)
Grizzly Bear, "This song", (Horn of plenty, 2005)
Greenhouse Effect vs Radiohead, (Bootleg vinyl side B, 2005)
Justice vs Simian "We are your friends (original)" (Ed Banger EP, 2005)

Si tout se passe bien, d'ici la fin de l'année, une nouvelle petite liste de titres, qui seront dispos à l'écoute sur le site des deux zozos. Oups, j'attend le feu vert de mes boss pour en dire davantage... 8)

A part ça, ma brave dame ?
Charivari (à ne pas confondre avec le canard vénère du même nom) s'étaient déjà fait remarqués avec quelques furtives apparitions à droite ou à gauche ("Wheepapadoowe", heavy sweet track), jusque sur "Late nite reworks Vol. 1, a collection of remixes by Buscemi" (tout est dans le titre, hein), sorti, comme l'essentiel de leurs productions si je ne m'abuse, sur Downsall Plastics.
Eh bien les zozos font parler d'eux à nouveau, en attendant leurs futurs tracks, par le biais d'un docu dont le teaser est online depuis peu ; "A documentary on the broken beat mouvement. This is the first one of a serie dedicated to urban music. With the Bugz, IG Culture, Gilles Peterson, MDCL, Benji B, Up Rock, Marc Mac, Goya team, Domu..."...
La vache, ca a l'air de tuer, leur truc :

URBAN VIBES 1 - BROKEN BEAT

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- Chez Honest Jons, Tony Allen se fait démonter par Bonde Do Role, sur un "Awa Na Re" implacable. Slurp.
- Parce qu'à chacune de nos soirées, La Chauve-Souris balance le "F*** the police" de Jay Dee, il fallait bien que le truc scotche la platine. Ah ben merci Zo, hein.
- Pinch "Qawwali”, sur Planet Mu ; encore un bon skeud, merci Mike P.
- je redécouvre les Qaballah Steppers (comme d'hab, merci Laulau), notamment leur album de 99, ou collaborent des gens comme Marc Ribot, Tarlouze, ou Sensationnal : "Passage at noon" était sorti sur Baraka Foundation. Fat !
- NEVER ENOUGH GEORGIA ANNE MULDROW !!! 8) Musique tout sauf hivernale. Des carresses derrière les oreilles. Du tout bon.
- As One "Planetary folkore #2" (cette fois sur Archive, hein). As One ? Je trouve le gars Kirk d'une constance impressionnante. Rarement d'énormes tueries sismiques, mais d'année en année, des suites de morceaux encore plus fin qu'il n'y paraît.
- J'avoue, je surkiffe le dernier Justin. A la première écoute, à part quelques sons, j'étais pas scotché plus que ça ; après digestion, "My love" et quelques autres titres comme "(Another song) All over again" (Rubin is not dead yet or what ?) ou "Chop me up" s'avèrent simplement dope. Si, si. J'y peux rien, moi...

Et sur ces mots, il est plus que temps que je m'en aille...
Allez, zou.
A tout bientot, peut-être.

2 octobre 2006

CETTE FOIS CA CAUSE BOUQUINS, VINDZOUSSS.

Avant de commencer, le tuyau de l'année : Yoshi, alias Yoshi Bam-Bam, alias le putain de jurassic midget, alias Gorille dans la brousse, alias "ASD is not dead", faisait partie du line-up de la soirée de lancement du skeud des Butter Bullets, crew doubiste (ca fait mal, cette expression, hein), à La Marquise (Lyon), il y a quelques semaines.
Petit Corps Malade, c'est ici-même, et ca fait mal. Yoshi, tu es fou.

Et avant de se lancer dans le papier et la lecture, les oreilles :
- mardi soir à la Crémerie (rue Pouillet à Besançon), Feetwan et moi-même, back at last ! Ouais c'est mardi, mais c'est mardi comme dans "ce mardi, on fête la rentrée des étudiants et ca sera blindé de monde"... Ca va commencer hip hop ultra-low-tempo, et ca risque de finir en drum'n'bass dont mon gars Feet a le secret...
- mercredi soir, George Leningrad ("Ah mais Julie Doucet a parlé d'eux, ca doit être bien !", dixit la brune) au Cylindre de Larnod, avec les deux débiles de Dr Gronoff en bonus.
- jeudi et vendredi soir (mais aussi pendant les 4 jours du...), festoche "Musiques de Rue" avec Mardi Grass Brass Band, Camel Zekri, Jaipur Kawa Brass band, Hot 8 Brass band, Quelques fiers mongols, des installations ou des performances de Will Menter, de Frédéric Le Junter... et puis bien sûr Feet (once again), Dee Nasty, et moi-même. J'ai rien compris à la prog, mais bon, ca va être cool, et il y a de tonnes de choses à voir sur 4 jours.
- samedi, un nouveau Retour du Boogie à La Crémerie, avec Narqo et Zo, deux performers incroyables qui mixent avec leurs fesses nues.
Voilà, encore un planning de merde. Je sais pas si je vais beaucoup dormir, donc je sais pas trop si je vais blogger des masses d'ici le week-end prochain, hein...

Et pour rester dans les trucs à checker (plus sérieusement), de trèèèèèès jolies choses à voir, et même à acquérir, sur The Beholder, signées Michelle Blade, Robert Hardgrave, Matthew Curry, Ian Dingman et Colby Bird...

Bon, inutile de m'étendre une nouvelle fois sur les chiffres déments qui plombent nos journées, à nous autres commercants, hum hum hum ; d'abord parce que les économistes de l'édition diront moins de conneries que moi, et puis aussi parce que pendant que je m'étend sur ce genre de trucs, et bien je n'ai plus le temps de lire les livres...

Alors des tonnes de sorties, dans tous les genres, dans tous les styles, mais plus que jamais, le truc réellement palpable, ce sont les tonnes de manga dans ce débalage automnal ; chaque jour, on assiste en direct live aux mouvements des mômes, qui, c'est plus clair que jamais, lâchent lentement mais sûrement les rayons habituels pour aller fouiner du côté des mangas. Les éditeurs "classiques" se plient en 4 pour la relève d'un lectorat, et bien loin de moi l'idée d'aller émettre une opinion sur l'évolution de ces habitudes. La seule chose dont je sois sûr, c'est que j'ai encore bien du mal à trouver mon bonheur de manière substantielle du côté asiatique, malgré, et en toute logique, une évidente progression de sorties de plus en plus valables (et c'est déjà ça de pris).
Des tonnes de comics, aussi. Quel éditeur "ciblant" un lectorat mature n'a pas, désormais, une ou plusieurs traductions américaines, d'ailleurs souvent très en phase avec l'actu outre-atlantique ? Et les éditeurs offrant des trucs ricains, c'est pas ça qui manque, loin de là.
Les éditeurs "franco-belges" classiques, quant à eux, n'en finissent plus de paniquer (mais discrétement, hein), coincés qu'ils sont entre des chiffres de ventes et des taux de retours compliqués à interpréter ("cette crise, elle arrive quand, alors, coco?"), et des changements d'habitudes du lectorat, de plus en plus dur à anticiper. Leurs hits de jadis perdent pied, les nostalgiques ne suffisent plus à remplir les caisses, et rien ne laisse augurer de jours meilleurs : les kids, tranquillement, laisseront tomber Titeuf ou Ducobu pour se tourner vers Shibuya Shibuya #2647 ou Lovely Gaijin stories #3951. Le mouvement est amorcé depuis un moment, tout le monde le sait, et même si je me garderais bien de parler de "plantage", les cartons d'il y a 15, 10, ou encore 5 ans, seront délaissés, inexorablement.

Alors on a droit à des gestes souvent pathétiques, révélateurs de la manière dont certains groupes mettent en place leurs ouvrages comme ils pourraient le faire avec des yaourts, ce qui, je vous l'accorde, est tout sauf un scoop.
Les éditeurs, à grand renfort de nouvelles collections, de pseudo-nouvelles initiatives éditoriales et de concepts de branleurs, s'étalent toujours plus, toujours plus loin, toujours plus visibles, toujours plus offensifs, ce qui, nous le ressentons de manière explicite chaque journée, fatigue une bonne partie de sa clientèle ; euh, de son lectorat, pardon.

Un exemple parmi plein d'autres : la manière dont "L'étrangleur" de Tardi fut publié (dans cinq "feuilles de choux" mensuelles à 1.80 euro pièce) avait presque réussi à convaincre que les gens de chez Casterman étaient aussi des gens qui s'avaient s'amuser et offrir un "vrai feuilleton, comme avant, coco", au lectorat du père Tardi. Ok, pendant au moins 5 minutes, quoi : excellente manière de faire 2 fois plus de tune dès la sortie du bouquin (quelques semaines après le 5ème et ultime épisode) réunissant donc les 5 canards en question, agrémenté de fins alternatives insérés dans des cahiers non massicotés, que le lecteur pourra ouvrir chez lui. Ils auraient pu vendre le truc sous cellophane, le plastifier, histoire de ne pas frustrer le lecteur plus que d'habitude (car d'habitude, on se contente de ce genre de procédés), mais non, le coup des cahiers à découper soi-même, c'est une bonne manière de rappeler qu'ils ne sont pas là pour autre chose qu'abuser ouvertement de leur lectorat...

Ceci étant dit, on me rétorquera que tant que le fameux lectorat sera assez con pour se faire baiser... Un amateur de l'oeuvre de Tardi optera pour l'une ou l'autre des options, sachant que 1/ les fins alternatives proposées dans le bouquin sont très, très loin d'être dispensables, que 2/ la mise en page des premiers feuillets de ces 5 canards était sympathiquement basée sur celle d'un vrai canard, et que la nouvelle recomposition (pour le bouquin) est simplement une horreur à l'état pur, chiant purement et simplement sur la notion de gris typographique. Ah, j'oubliais le 3/, pourtant stimulant en ces périodes fastes : 3/ les 5 feuilles de choux valent 9 euros en tout, le bouquin une petite quinzaine, le calcul est vite fait. Qu... Quoi ? Comment ? Ah, on me souffle que le 3ème canard est épuisé, et qu'il ne sera pas réédité... Ca voudrait dire que pas mal de gens vont être obligés de se tourner vers le bouquin alors qu'ils avaient commencé la lecture en feuilleton ? Autant pour moi.
Casterman ?
Tout juste bons à sortir du Tintin en demi-format (au cas où le succès de l'édition de mangas soit dû à son format, on sait jamais, coco), ou à saccager Pratt lors de sorties qui auraient mérité qu'on aille pendre Delmas sur la place publique, merde (d'ailleurs, les ptiots gars de chez Aaapoum le prouvent en images qui bougent ici-même, c'est à pleurer).

Et/où à vouloir séduire un certain lectorat orienté vers certaines "nouvelles" littératures alternatives (les indés, quoi) par le biais de nouvelle collections, allez, encore une ! K-ster, Kaster, un truc comme ça, qui, c'est certain, va confondre tout le monde... Hum. Après FuturopoBis, arrive CasterJunior. Vivement une collection de bande dessinées expérimentales chez Glénat.
Au vu du planning de Casterman pour les mois à venir, on ne peut que frémir (ou se rouler par terre, au choix) : ré-éditions de bonnes vieilles bédés à papa, formidables livraisons du côté de chez Jungle (sûrement pour concurencer le "Shirley et Dino" en bédé, imminent), et choses asiatiques au kilomètre, sous nombre de sous-collections, sous nombre de formats. Formidable, quoi.

Bon, aujourd'hui, c'était Casterman, ca aurait tout aussi bien pu être Delcourt, Dupuis, ou Dargaud, ou bien d'autres, évidemment.

En parlant de Dargaud, et pendant que j'y pense, il faudra prendre le temps de trouver une librairie proposant un peu d'import américain pour comparer l'édition originale du "The clouds above" de Jordan Crane, paru début 2006 chez l'américain Fantagraphics.



Il s'agissait d'un magnifique petit objet d'un peu plus de 100 pages, au format carré d'environ 15 x 15 cms, comportant une case (de 10 x 10 cm) par page, pas plus (mais pas moins), tout en couleurs, et qui racontait la petite aventure de Simon le garçonnet, qui, flanqué de Jack, son gros chat, rate une journée d'école auprès de l'institutrice sadique Miss Poe et va passer la journée dans les nuages (littéralement).
Une histoire pour petits et grands enfants simplement chouette, et qui valait autant pour ce qu'elle racontait que pour la manière dont elle le faisait, grâce à un Jordan Crane inspiré et à Fanta, heureux éditeur de ce bel objet, comme je le disais plus haut.
Et alors, me direz-vous ?
Eh bien Dargaud nous prépare une version française, "Dans les nuages", à sortir avant la fin de l'année, dans un bon vieux format franco-belge, pardi.
C'est bien de vouloir éditer de bons bouquins, mais faut pas mettre la barre aussi haute, les gars... D'abord la version française de l'intégrale des Peanuts, éditée magistralement chez Fantagraphics aussi (tiens ?), s'était retrouvée en version française fac-similé, qui n'avait de fac-similé que le nom. A part le format, pas grand chose de commun... "Ah oui, mais l'initiative, quand même, hein !". Ouais ouais...
Et puis "The clouds above", donc, prochainement torpillé par nos super copains. Aie aie aie, même s'il paraîtrait que Crane aurait suivi de très près ce reformatage du truc, l'ayant même assurée lui-même... Comment ? Hein ? Il y aura 8 pages inédites ? Super... A suivre, quoi. C'était la minute préventive, désolé de vous imposer ma mauvaise humeur, eh eh eh.
Revenons à nos moutons : des livres !

- Hier soir, j'ai attaqué le dernier Palahniuk, "A l'estomac", paru chez Denoël.
Je le finirais un peu plus tard dans la journée, mais il me semble qu'il s'agit d'un bon Chuck. C'est probablement le le seul "gros" auteur américain contemporain que je checke systématiquement, même si tout ne m'a pas autant convaincu que "Choke" ou "Survivant", ses deux meilleurs bouquins, à mes yeux.
"A l'estomac" est une réponse très Palahniukienne à la course à la réussite, doublée d'une bonne dose de foutage de gueule de la trash-tv, avec, et ce n'est pas une surprise, pas mal de ces ingrédients habituels qui ont fait le succès de l'auteur : un peu de trashitude, des situations dont la glauquitude qui font oublier les 4 derniers bouquins de Bret Eastn Ellis, des personnages incroyables... Quelques trouvailles quand à la manière dont le livre se déroule (eh, je vais pas tout dire, non plus), et, qui pointe sur certains passages, une réflexion sur la légitimité à encenser et démollir un auteur et son oeuvre. Rien que la première nouvelle/partie laisse des traces, déjà...
Bref. Je termine tranquillement ce bouquin plus tard, on en reparlera.

- "Mon fiston", d'Olivier Schrauwen, collection ChromoZone, à L'An 2.
Pendant que Delcourt se la joue Bamboo et nous chie des daubes sur les blagues belges (les blagues juives arrivent le mois prochain, bientôt "C'est pas mes lunettes, c'est mes narines" en bédé), on a une nouvelle occasion de se rassasier de cet humour typiquement belge, qui flirte toujours un peu avec le malaise et, à coup sûr, les situations décalées.



Une collection de situations improbables et de dialogues complètement à la masse entre un minuscule enfant et son gigantesque père, dans un décor qui évoque notamment Edward Hopper ; le dessin est magistral dans cette manière qu'il a de convoquer l'illustration et les bandes dessinées d'il y a 100 ans au moins, mais le ton global de cette cinquantaine de pages m'a un peu laissé à côté...
Pour autant, une vraie curiosité, qui devrait convaincre les amateurs d'ambiance graphique audacieuse.

- "Le marquis d'Anaon", de Fabien Vehlmann et Mathieu Bonhomme, chez Dargaud.
Après un troisième tome en demi-teinte, un quatrième volume très réussi, qui asseoit la série comme l'une des plus réussies du moment, dans le registre de l'aventure sur fond historique, jadis registre principal de la bande dessinée franco-belge... Sans jamais tomber dans la pâle copie de série à succès, la série de Vehlmann et Bonhomme trace sa route en esquivant les clichés que l'on croyait inhérents au genre, peu habitués que nous étions à découvrir des scénarios intelligents et lisibles, mis en images par Bonhomme qui ne cesse d'affiner son style, idéal pour coller au mieux aux trames toutes en retenue de son scénariste ; ca se renouvelle à chaque nouveau tome, ça aussi c'est pas si courant.
Voilà le genre de trucs qui réussit le pari de la jonction entre thèmatique classique (archi-usité chez nos bons gros éditeurs classiques) et exigeance contemporaine (archi-pas-usité chez les mêmes).

- "Libre comme un poney sauvage", de Lisa Mandel, collection Shampooing chez Delcourt.
Dans la jungle des "blogs-bédés" qui ont fleuri ce dernières années (pour le meilleur et souvent pour le pire) (rhôôô le vieux réac de merde...), il y en a très peu qui, au fil des updates, n'ont pas fini par me saoûler sévère. Et puis très peu ont le talent d'un Boulet, qui, me semble-t'il, n'a jamais été aussi bon que sur son blog... Bref.
Lisa Mandel, qui a révolutionné à elle toute seule la bande dessinée d'humour "pour jeunes filles" (mais aussi pour pas mal de monde, comme les hommes trentenaires maigres à lunettes, je dois bien admettre), avec sa chouette série "Nini Patalo", se livre régulèrement sur son blog, et c'est la période d'août 2005 à mars 2006 qui est compilée ici.
Alors on peut toujours se demander quel est l'intérêt de publier, ou d'acheter un truc prévu pour un médium qui n'a pas grand chose à voir avec un paquet de feuilles collées entre elles... Sans oublier l'aspect financier : après tout, la consultation online ne coûte pas grand chose, et économiser 12.90 euros, au milieu de cette jungle de sorties, c'est pas négligeable.
Pour autant, "Libre comme un poney sauvage", s'il n'est pas l'ultime tranche autobiographique de la décennie, est un bouquin très drôle et plein de moments de poilade made in Mandel : pas si léger que ça, blindé d'autodérision, on suit donc l'auteur dans ses pérégrinations intérieures, dans son trip en Argentine, et on rit de bon coeur, après des chutes souvent désopilantes.
Le 3ème "Nini Patalo" (chez Glénat) ne m'avait pas totalement bouleversé, et le second "Eddy Milveux" (chez Milan) m'avait semblé un tantinet en deça du premier (attention, il me faut quand même préciser qu'il s'agit toutefois d'excellents titres, je vous vois venir) ; en attendant le 4ème "Nini", qui sort en novembre, et un "Princesse aime princesse", repoussé pour bientôt dans la collection Bayou, chez Gallimard, ce "Libre comme un poney sauvage" tombe donc à pic et nous refourgue donc une bonne dose de Mandellite. On est bien contents, parce que ca fait toujours un bien fou.

- "Scott Pilgrim", de Bryan Lee O'Malley, chez Oni Press.
Alors on va bien rigoler quand ce titre sera traduit en français : dans quelle case ranger Scott Pilgrim ? Les mésaventures de ce personnage semblent pouvoir ravir bien des lectorats : sur une trame de base plutot ancrée dans le réel, une débauche de bonnes idées sans grande prétention rendent le personnage principal (et ses compagnons dans cette grande aventure qu'est la vie...) super attachant et très drôle, rentre-dedans quand il le faut, et toujours bien vu.
Dans le petit univers de Scott Pilgrim gravitent jobs de merde, jeux vidéo, relations sentimentales bien reloues, répét' avec le groupe... Ca part dans tous les sens, c'est bien ficelé, c'est rythmé, et c'est typiquement ce que le mainstream peut nous offrir de mieux aujourd'hui : au grand carrefour de la bande dessinée mondiale, entre rythme manga percussif et comédie romantico-pas-gnangnante, de la bande dessinée "fun", au sens le moins péjoratif du terme.

- "Petites hontes enfantines", de Laureline Mattiussi, à La Boîte à bulles.
Le premier bouquin de Laureline Mattiussi est à l'image de ce que l'on avait pu lire d'elle dans différents collectifs ou elle faisait déjà la démonstration de son grand, grand talent de conteuse, voire de "raconteuse". Ne surtout pas se fier à la couverture, plutôt foireuse, ni à la maquette la plus moche de tout l'ouest, cow-boy...
La succession d'historiettes basées sur le principe de "je me souviens de ça, quand j'étais petite, trop la honte" fonctionne à plein pot, et l'on suit le ton enlevé et la manière toute acidulée qu'utilise Laureline pour raconter ses souvenirs qui, couchés sur papier, donnent en fin de compte un petit ouvrage très attachant. Une suite de récits doux-amers, qui devrait parler à tout le monde : qui n'a pas le souvenir d'un truc marquant, plutot honteux, arrivé étant môme ? Laureline, elle, en a plein, et ils sont formidables.

- "Interiorae", de Gabriella Giandelli, collection Ignatz, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
- "Niger", de Leila Marzocchi, collection Ignatz, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
- "London Calling", de Sylvain Runberg et Phicil, collection 32, chez FuturopoBis.
Le problème du principe de publication par épisodes de faible pagination (32 dans les cas qui se présentent), de cette approche "feuilleton", c'est qu'il ne suffit pas de découper et de chapitrer un récit pour qu'il puisse convenir au récit, assurer un rythme acceptable.
On fera encore davantage ce reproche sur les longues sagas prévues dans la collection 32 chez FuturopoBis, car avant même d'attaquer leur récit, on sait qu'on met les pattes dans 7, 12, 24, 485 épisodes de 32 pages, et qu'avant même la sortie de la seconde vague, certains caffouillages apparaissent (quand aux prévisions et aux dates de sortie). Alors ouais, ouais, ca peut bien démarrer, parfois ; et cela peut même, va savoir, donner envie de suivre le truc... pour peu que l'on définisse de bien curieuses priorités dans son calendrier de lectures.
Bon, ceci étant dit, il faut avouer qu'il sort pléthore de titres, dans des formats franco-belges classiques comme pour le manga ou le comics, dont le premier numéro ne fait souvent pas grand chose que planter un décor, pas plus ; mais bon, 32 pages, c'est autrement plus court qu'un 48CC ou que les (au moins) 200 pages d'un manga "type"...
On pourra rétorquer qu'il peut se passer davantage de choses sur 32 pages que sur 200, c'est vrai ; mais à moins d'évoquer les "Baci dalla provincia" de Gipi, force est de constater qu'on ressort souvent un peu frustré d'un 32 pages, si l'on sait qu'une suite est prévue.
Plusieurs cas de figure :
- on est perplexe, il ne se passe pas grand chose, voir que dalle, mais le système de "la suite au prochain numéro" opère, on se demande si l'idée de débuter ce type d'habitude est une bonne chose.
- le principe du feuilleton semble fonctionner avec ce premier numéro, la frustration opère déjà, vivement le suivant.
- c'est vachement bien, et de toutes façons le bouquin se suffit déjà en lui-même, c'est de toutes manières satisfaisant en soi, d'avoir lu ça.
Bon, j'en conviens, tout ça est plutôt approximatif, et n'est pas très intérressant.

Les bouquins, alors ?
Le Gabriella Giandelli est beau, comme toujours ; "Silent blanket" ou "Sous les feuilles" semblent très loin, et cette auteur me manquait. Les habitants d'un immeuble se croisent et leurs vies semblent toutes prises en compte par quelque chose d'encore assez obscur, trop obscur pour que l'on puisse sortir satisfait de la lecture de ce premier tome. "Interiorae" est probablement un projet empli par trop d'abstractions pour que sa première partie puisse être assez séduisante. Néammoins, et parce que Giandelli, c'est quand même sacrément beau, je jetterais les deux yeux sur le prochain.

"Niger" de Leila Marzocchi, est un de ces ovni dont on ne sait pas trop ce qui a pu stimuler sa création. Un univers totalement inédit, qui semble issu d'une édition jeunesse exigeante, mais plongé dans de bien sombres ténèbres : les habitants du Bois des Sapins Incendiés rencontrent une drôle de petite et faible créature, qui semble tombée du ciel. Les décisions qui sont prises par les plus hautes autorités de cette forêt auront probablement des répercussions dans la suite de cette histoire que j'ai hâte de découvrir.
Quoi qu'il en soit, voici une mise en place exigeante et audacieuse. A découvrir. Vache d'ambiance...

On peut penser que "London Calling", de Sylvain Runberg et Phicil, est une probable tentative d'autofiction, mais cela ne suffit malheureusement pas à fonctionner.
Du moins, une fois encore : peut-être qu'un récit long eut été plus convaincant, mais je dois bien admettre que j'ai trouvé assez laborieuse cette mise en place, malgré un dessin vachement dynamique et plein de bonnes idées de Phicil, qui prouve, après Georges Frog (#1 sorti chez Carabas, et qui est un bouquin très réussi, lui), qu'il fait clairement partie de ces jeunes auteurs qui maitrisent la narration, la gestuelle, la mise en scène, le cadrage, et avec une colorisation idéale du dénommé Drac.
Malheureusement, il ne suffit pas de placer des références à une certaine culture nineties pour que cela fonctionne : les personnages semblent glisser dans leur propre histoire, qui, au passage, cite les Babes in Toyland, Sonic Youth ou le NMA, et cela fait davantage penser à une suite de souvenirs d'adolescence comme nous en avons tous, qu'à une histoire réellement passionnante.
L'ensemble de la production en bande dessinée propose bien davantage dans le registre de l'autobio ou des carnets de vécu, et ce premier bouquin va rejoindre les nombreuses tentatives hasardeuses, il me semble.
La nostalgie est un bien noble sentiment qu'il est dur de faire ressentir sans glisser dans le déballage d'anecdotes ou de considérations personnelles... Au final, "London calling" ne pourra véritablement fédérer guère que ceux, qui, peut-être, sont restés cloitrés dans leur chambre chez maman, à l'issue de l'adolescence, je pense... Je ne sais pas. Peut-être que la suite sera plus convaincante, mais elle se fera sans moi.

- "Prelude to a kiss", de El Don Guillermo, collection Mimolette, à L'Association.
Le toulousain co-pilote des éditions Misma, déjà auteur des aventures de Jaqueline ou de Bernadette, ou bien du "Tandem de Bobo et Louison" (toujours chez Misma), après des participations du côté de chez Ferraille Mag, déboule en Mimolette, et c'est tout l'univers de cet auteur qui est brillament mis en place, d'un coup d'un seul. Dur de résumer, de faire le topo : les histoires tiennent davantage d'une ambiance, du rendu des relations entre les divers personnages, que de trames très complexes ou d'aventures hors du commun...
Non, El Don Guillermo raconte la vie, le relationnel amoureux, les errances sentimentales, les attirances incontrôlées, les attractions innatendues, avec ce ton qui lui est propre, et qui, ca tombe bien, ne rappele pas grand monde. Un trait faussement simple et naîf finissent de rendre cette Mimolette tendre et goutûe. Miam.

- "Sclérose en plaques", de Mattt Konture, collection Mimolette, à L'Association.
Mattt Konture apprend qu'il est atteint de la maladie qui donne son titre au bouquin, et c'est l'occasion de revivre quelques unes des nombreuses élucubrations intérieures du bonhomme, qu'il aura vécu, souvent dans la douleur, ces dernières années. Mettre un mot sur un mal, cela rend-il les choses plus simples ? Mattt Konture n'est pas un homme simple à suivre, mais il est toujours aussi attachant, toujours aussi écorché vif, toujours aussi sensible à des milliards de choses auxquelles l'homme pressé ne s'attachera, ni ne comprendrait, de toutes manières.
La poésie wawacho-punk et très connotée fanzinat de Konture peut cependant s'égarer dans sa propre narration, parfois ; les fans du bonhomme suivront, peut-être difficilement, les autres risquent de s'embourber dans les inombrables cases remplies de déblatérations Konturiennes dont le monsieur a le secret...
Qu'ils attendent les Archives de Mattt Konture, qui arrivent bientôt en librairie : "Sclérose en plaques" n'est probablement pas le plus réussi de ses bouquins, et clairement pas l'ouvrage avec lequel empoigner l'auteur.

- "Lucha Libre", de Jerry Frissen and co, aux Humanoïdes associés.
Une ribambelle de gratouilleurs plutot fortiches (Gobi, Witko, Tanquerelle...) jouent le jeu du collectif super-débile : un univers de série Z qui tient autant du pastiche que de l'hallucination collective généralisée, quelques personnages improbables mais hauts en couleurs, plusieurs interventions dans divers champs graphiques différents, tout ça dans un fascicule type comics, et bourré à craqué d'ultra-fantaisie, tout en restant cohérent ? Jerry Frissen, qui n'en est pas à sa première démonstration d'humour barge, est arrivé à féderer pas mal de qualités autour de ce nouveau projet qui, mine de rien, fait passer le côté feuilleton au premier rang des priorités des gens ayant feuilleté le dit-bouquin : comme quoi, c'est faisable si on le fait dans l'humilité, et d'autant plus, avec qualité, même en arrachant presque 8 euros au passage. Les mômes, ici, en redemandent, et moi aussi !
Maintenant, le tout est de savoir : l'idée des catcheurs mexicains à la loose ou des lycantropes secoués du bulbe, elle a été lancée par qui, et à quelle heure, et au cours de quelle soirée super arrosée ? Non, parce que là, ca va loin, quand même.
Initiative convaincante, essai transformé. Eh, ca remonte à quand, un truc enthousiasmant et franchement nouveau chez les Humanos ?

- "Pourquoi les baleines bleues viennent-elles s'échouer sur nos plages ?", de Moynot, collection Aire Libre, chez Dupuis.
L'ambition d'un jeune écrivain sûr de lui, qui n'a guère de scrupules, autant sur le plan professionnel que sur le plan intime. Le personnage principal jongle avec les gens comme avec le reste, et n'hésites pas à laisser bon nombre de choses sur le côté de la route qu'il se trace, notamment après sa rencontre avec un autre auteur, plus agé, et aux côtés de qui va se dérouler une histoire somme toute assez chiante.
Dur d'accrocher à des personnages qu'on a envie de claquer à chaque phrase qu'ils prononcent, dur d'accrocher à une histoire qui semble prédestinée à un lectorat déjà sous antidep'. Une chronique du quotidien d'un arriviste, qui ne m'a absolument pas embarqué.

- "World Trade Angels", de Fabrice Colin et Laurent Cilluffo, chez Denoël Graphic.
Alors, avant d'aller à l'essentiel : on a beaucoup parlé de la réussite de l'objet, pour commencer, ainsi que de la relativement faible mise en place (un seul tirage, l'ouvrage ne sera pas réédité), en librairie, sans possibilité de réassort... C'est à dire qu'une fois la commande initiale arrivée en rayon, rien ne nous assure qu'on puisse se réapprovisionner auprès du diffuseur, ce qui peut devenir très vite un argument pour l'éditeur (ou le diffuseur)... Coup de pub ? Trouvaille des marketteux de chez Delsol, désormais diffuseur des bandes dessinées éditées chez Denoël ? Réelle importance du coût du transport d'un tel ouvrage, fabriqué en Malaisie ? Bref.
Evidemment, on songe à pas mal de choses en feuilletant l'ouvrage... On pense à Chris Ware, évidemment, pour le parti-pris du découpage audacieux et la froideur du dessin, qui semble tout juste échappé de chez les développeurs Illustrator de chez Adobe...
Et puis le simili-vectoriel s'efface, le minimalisme s'estompe, et l'histoire déroule ses différents fils, lentement, misant sur l'efficacité du lecteur à démeler la pelote que les auteurs lui servent.
Raconter l'histoire ne rendrait pas hommage à leur travail (oui, cela à a voir avec le 11 septembre, bravo) 8) ; disons que la forme m'a davantage séduit que le fond, mais qu'il n'en demeure pas moins un bouquin très réussi, à quelques détails près.
La typographie est un élèment trop souvent pris à la légère par les éditeurs ; une fonte de caractères esthétiques ne veut pas forcément dire "lecture aisée". S'attacher à une cohérence graphique passe forcément par des choix, ok ; mais la police utilisée dans ce bouquin, c'est, je pense, une erreur : elle est agréable pour un sous-titre, pour un petit ensemble de caractères. Pas pour des philactères, des commentaires. C'est dommage, mais en même temps, c'est un avis très personnel, je n'ai guère eu de feedbacks déplorables à ce sujet. 8)
J'ai regretté également, ici où là, le recours au flashback, de façon systématiquement moins finaude que la manière dont le reste est établi. Bon, attention, on est pas chez Brounechouigue non plus, hein, cela sert véritablement le propos, mais tout cela n'est pas toujours amené de manière très "naturelle".
Dans tous les cas, voici un bouquin ambitieux, et si les deux auteurs sont bien connus dans leurs domaines respectifs, leur rencontre et ce premier bouquin laisse augurer de bien bonnes choses. Je l'espère !

- "Un ciel radieux", de Jiro Taniguchi, collection Ecritures, chez Casterman.
Là ou l'errance dans le fantastique de "Quartier lointain" tenait la longueur, on ressort épuisés devant un ouvrage à la lecture aussi laborieuse que ce dernier Taniguchi. "Un ciel radieux" aurait largement pu ne faire qu'un tiers de sa pagination, mais ce n'est pas le cas : c'est long et chiant, c'est pénible et ca se regarde le cul, ca se répéte et ca fatigue.
A ranger dans la série des "worst of" du bonhomme, qui commence à prendre du volume, mine de rien (pas le bonhomme, hein...).

- "[Beyrouth] Catharsis" et "38 rue Youssef Semaani", de Zeina Abirached, chez Cambourakis.
Deux livres, deux formes très différentes, deux magnifiques objets qui méritent largement qu'on en parle davantage. Leur éditeur, Fred Cambourakis, travaille à la librairie Page 189 (Paris 11e), et signe fréquemment quelques entretiens dans le magazine "Page", distribué en certaines librairies.
Réalisés dans le cadre du projet "Chez moi chez toi" à l'Atelier de Recherche de l'Académie Libanaise des Beaux-Arts en 2002, "[Beyrouth] Catharsis" collecte quelques souvenirs de l'auteur, quant à son quartier, la rue qu'elle habitait étant enfant, la vie telle qu'elle la percevait ; jolie facture, belle impression, une petite lecture très agréable.
Le second ouvrage, lui, est un exemple de bricolage qualitatif : feuillets qui n'en finissent plus de se déplier pour dévoiler leur intérieur et leur histoire, il s'agit d'un livre élégant et sobre, empli d'une humanité et d'une beauté simplement rare.
A mi-chemin du témoignage intimiste et de l'instantané poétique, ces deux ouvrages ne bénéficient pas de mises en place massive, ni de réseau de distribution très conséquent, mais vallent qu'on les cherche...

- "Wizz et Buzz", de Winshluss et Cizo, collection Shampooing, chez Delcourt.
Je crois pouvoir dire que je suis super fan des deux zozos (les auteurs, pas Wizz et Buzz). Et que j'attends chacune de leur nouvelle livraison (pas si fréquent) avec une réelle impatience. Alors lorsque "Wizz et Buzz" est arrivé...
Mais voilà, malgré une réelle efficacité à s'insérer dans un shéma "lisible pour les mômes" sans pour autant les prendre pour des cons, ce qui est déjà une vraie qualité en soi, j'ai eu du mal à trouver de quoi me sustenter dans ce bouquin.
Faible pagination + papier merdique = vague impression d'avoir entre les mains un truc moins épais, tu meurs. Dommage, et le contenu, lui, ne m'a pas autant bluffé que je l'aurais espéré, et que bien des choses précédentes des mêmes auteurs.
Rien à dire, c'est toujours aussi beau, et c'est rien de le dire ; ce qu'on disait de Winshluss à la sortie de l'énorme "Smart Monkey" (chez Cornelius) est toujours vrai : ce mec n'a pas encore une once de la reconnaissance publique qui devrait être la sienne. Mais je ne sais pas si c'est ce livre qui y changera grand chose, malheureusement.
Une lecture sympathique, enrichie par un dessin mortel, c'est déjà pas mal.

- "Un monde formidable", de Inio Asano, collection Made In, chez Dargaud.
Un suite d'historiettes se situant dans le japon d'aujourd'hui, et qui suit plusieurs personnages, coincés entre une adolescence qui s'éloigne, et la difficulté de s'engager sur le chemin de la vie, d'assumer une situation qu'ils subissent davantage qu'ils ne choisissent. De jolis plans, des idées dans le découpage, dans la mise en forme, mais j'ai eu de grosses difficultés à accrocher au récit, à croire aux personnages, et à suivre une narration et une histoire parfois un peu bancale...

- Je ne sais plus si j'avais déjà parlé du "Comic Book Holocaust" de Johnny Ryan, paru chez Buenaventura il y a quelques mois, et qui regroupe donc l'intégrale de ses trasheries parues à droite à gauche, auparavant.
Il n'y a rien à dire, rien à raconter : imaginez les satires plus hardcore de la bande dessinée indy ricaine du moment ; vous y êtes.
Une page = un détournement simplement horrible, avec à chaque fois, en victime, une oeuvre, un personnage culte de la bande dessinée américaine (et occasionnellement mondiale).
Quelques titres, quelques pages ? "Little Orphan Ass Hole", ou la fausse Annie, pour aller chercher son courrier dans la boîte à lettres, monte sur le dos de son chien, lui chie sur le dos, choppe (où je pense) des puces au passage, et en se grattant (où je pense), se retrouve avec les doigts poisseux, pénible pour récupèrer le courrier... Je vous épargne la chute.
Au gré des pages, on découvre les "Peanuds" (où Linus devient stripper et mets des coups de burne dans la tronche de "Charlie Brwoned"), les "Baboondocks", "Mandrek the magician", "Little Neemhole in Slutlumberland", "Krazy Kunt", mais aussi de bien curieuses lectures de "Iron Man", "Ghost Rider", "Spider Man", "Rom the space knight", et, enfin, "Mc Swienner's" (par Piss Where et Dave Eggfart), "Daniel Clownes's Ghost Turd", "Rectal Nerve" (par Gaydrian Tominaids), "Mauz" (par Fart Spewgelman), "Perslopipus" (par Marjane Strap-One-On), "Schlepileptic", et "Good-Bye, chunky-nuts rice-dick" (par Schmeg Thompson). Hardcore, hein.
Tintin, Asterix, Donald Duck ou Astro Boy passent aussi à la moulinette de Ryan ; attention, si vous pensez qu'on ne peut pas rire de tout avec n'importe qui, si vous n'aimez ni les gros détournements, ni les trucs bien dégueus principalement à base de grosse scato, si vous n'appréciez ni "Squeak the mouse" de Mattioli, ni "Meder" de Menu, alors n'achetez pas ce livre. J'ai tout simplement adoré ; no limits !
Je suis prêt à parier beaucoup qu'on ne verra jamais ce bouquin traduit en français ; ouais, je sais, je m'engage pas beaucoup...

- "Small gods", de Jason Rand et Juan E. Ferreyra, chez Delcourt.
Présenté comme un comics marquant et bien fichu, un concept déjà bien utilisé dans le comics (imaginez un monde ou plein de gens auraient des poouuuuvoooiiiirs...) est repris ici, avec une belle suite d'enfilades de clichés, errant du côté du noir, sans jamais arriver à tisser une trame captivante. Quelques idées ici ou là dans la manière de mettre en place, mais des ficelles qui tiennent davantage de la corde, ont fait que je n'ai pas fini le bouquin. Ca arrive, hein...

- "Maledictions", de Kevin Huizenga, collection Offissa Pupp, chez Coconino Press/Vertige Graphic.
Ahhh, Kevin Huizenga... On s'est assez répandu sur les qualités de cet auteur, on se contentera donc de saluer la sortie d'un bouquin qui le présente sous un meilleur angle que "Ganges", précedemment paru en collection Ignatz, et qui traduisait quelques-unes de ses pages les moins convaincantes (quand bien même, "Ganges" méritait le coup d'oeil, et bien plus encore).
"Malédictions" est un recueil de 5 histoires où Huizenga ne semble avoir d'autre but que de nous perdre dans son monde, celui-là même ou vit son "non héros" fétiche, Glenn Ganges ; ce personnage semble transiter au sein d'histoires frisant le fantastique, qui le mettent à mal ou dont il sort grandi, mais qui ont un rare goût d'inédit, de nouveauté. Huizenga semblera s'enfoncer dans des mises en abymes successives, alors qu'il ne fait rien d'autre que s'amuser à nous semer dans son petit monde, pour nous abandonner aux côté de Ganges.
Tantôt abimé, tantôt requinqué, on referme le bouquin un peu hagard, mais sûr d'une chose : les préoccupations philisophiques de l'auteur, son approche du hors-norme, et sa volonté de connecter tous ces sujets les uns aux autres, font de "Maledictions" une excellente collection de récits, à se procurer d'urgence, et à lire seul, au calme, d'une traite.
Incontestablement une des sorties majeures de ces derniers mois, avec le "Moon lake trails" de Porcellino (chez Ego Comme X), le "Panier de Singe" de Ruppert et Mulot et le "Frank 2" de Jim Woodring (à L'Asso).

- Justement, "Frank 2", de Jim Woodring, collection Ciboulette, à L'Association.
Celles et ceux qui me connaissent savent déjà à quel point j'apprécie l'oeuvre de cet auteur (on parle souvent de prosélitysme quand je pars dans Woodring, dans dj Vadim, ou dans Murakami) ; le voir à nouveau "traduit" en France, toujours à L'Asso (et en attendant 2007 et un nouvel ouvrage comprenant notamment le classique "Frank's real Pa", ainsi que le magnifique "The lute string" publié chez les japonais de PressPop en 2005), est un plaisir total.
Compilation de récits en noir et blanc ou en couleurs, le monde incroyable de Woodring défile sous nos yeux, et une fois de plus, on ne peut être que sidéré en le découvrant.

On a souvent taxé Woodring d'auteur pour foncedés, dont les bouquins ne s'apprécient qu'avec un ou deux buvards dans la tronche, à tripper ; c'est évidemment horriblement réducteur, et proprement débile.
L'univers de Woodring est autrement plus dense, plus subtil et plus construit que l'apparent côté cartoonesque de ses créatures ne peut le laisser supposer ; l'identité graphique de son petit monde, si elle peut effectivement évoquer un travail sous LSD aux gens qui ne l'auraient pas encore découvert, épouse merveilleusement le propos de l'auteur. Mais quel propos, au fond ?
Pas facile de résumer les aventures de Frank, personnage que Woodring nous présente muet ; aucun dialogue ne viendra vous aider à cerner cette bien particulière bestiole... Aucune citation nous éclairant sur l'époque, sur l'endroit, sur les conditions... Aucun repère, aucune balise pour pénetrer chez Woodring.

Tout juste pourrait-on résumer les déambulations de Frank dans cet environnement si étrange comme une succession d'expériences, parfois fortement initiatiques, toujours marquantes, où le bizarre semble évoluer avec une cohérence propre.

Autour de Frank, sorte d'anthropomorphe mutant, rejeton bâtard de Mickey Mouse et de Félix le chat, une cohorte de bestioles issues de l'imaginaire habité de Woodring, au fond duquel doivent se mêler, à parts égales, une notion de collision permanente, l'imagerie indienne et son folklore coloré, bon nombre de figures religieuses, toutes confessions confondues, et bien des questions -sans réponses, ce serait trop facile- quand au sens de la vie. Frank pourrait être le premier précis de théologie et de philisophie couché sur papier sans qu'aucun mot n'y soit imprimé.
Chahuté au fil de ses aventures par de drôles de rencontres, vivant d'innatendues et cocasses situations, Frank découvre l'émotion, la cruauté, l'amour, l'extase, la trahison, l'évolution, la découverte... Frank fait l'expérience de la vie, dans ce qu'elle propose de plus large en termes d'émotions. Et c'est toute l'immoralité et l'absurde de l'existence qui nous saute à la figure au gré de ces lectures.

Aucune loi ne semble cohérente dans le territoire de Frank ; d'une histoire à l'autre, les situations changent, et les choses qui nous semblaient évidentes dans un récit prennent un tout autre sens dans la suivante. Rien n'est jamais régit par quoique ce soit, à moins que...
Le contournement moral effectué avec maestria par ce fabuleux dessinateur nous rappelle qu'il existe encore des ilôts d'imaginaire débridé, sans aucune espèce de point commun avec "l'ensemble du reste de la production".

Cruel et hilarant, glauque et déjanté, absurde et désopilant, l'oeuvre de Jim Woodring est une réelle expérience bouleversante lorsqu'on la découvre, et c'est probablement là le seul réel point commun que l'on puisse lui trouver avec la défonce.
Plus que jamais, il faut lire Jim Woodring, que les habitués du périodique Lapin connaissent déjà bien ; et adopter Pupshaw (le petit) et Pushpaw (le gros)...
Comme je le disais plus haut, l'une des grosses-grosses-grosses sorties de ces derniers mois... Voilà.

Bon, ca fait déjà quelques bouquins. Il en reste des tonnes mais d'ici là, il y a un peu 1264984 soirées, et autant de trucs à foutre.
Et puis, il faut du temps pour les lire, les bouquins ! 8)

Evidemment, le rythme de sorties ne va guère mollir d'ici la fin d'année. Dans le collimateur, le "Papa" d'Aude Picault, le nouveau Peggy Adam ("Luchadoras", qui s'annonce comme un grand bouquin), un collectif à "L'oeuf" (au sobre titre "Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde"...), les archives de Mattt Konture, les "99 exercices de style" de Matt Madden en français (pour accompagner "La perdida" de Jessica Abel , qu'on attend plus chez Delcourt), le second "Petit Christian" de Blutch, une nouvelle réédition de Gus Bofa ("Le livre de la guerre de cent ans") chez Cornelius, l'intégrale de "Black Hole" en français, un Quentin Faucompré (aux Requins Marteaux) appétissant, un nouveau Gipi chez Vertige... J'ai déjà parlé du R. Kikuo Johnson au Seuil ? Oui ? Ah bon. 8)

On air on radiojUne :
- Soul Stoned Picnic, tout l'album "Erotic cakes", futur classique 22th century funk.
- Depth Affect "John cassettes" (nouveau EP), broken bleep hop.
- Fil Lorenz Soul-Tet "Stinky stinky", soulfunk to the bone.
- thanks to Jeff, la compilation Toxic, avec quelques pépites, quand même.
- Abd Al Malik "Gibraltar", défoncé par Monkey (with love), poésie slammée et déslammée par le gars Monkiki.
- Reptiles feat. Yarah Bravo "Amour", de l'amour à sang froid.
- Reptiles feat. Mike Ladd "The Witches Are Coming", de twisted freakstyle à sang froid aussi.

Allez, j'ai un Palahniuk sur le feu, et des poivrons qui sifflent.
A table ! Et bien bonne journée.