14 mars 2013

Hors du pieu.

Entre trois tours de piste, quelques trucs.

Les gens connaissent peut-être l'histoire de la relation entre Marina Abramović et Ulay, qui furent en couple durant une vingtaine d'années. On apprécie ou pas les œuvres et les performances qu'ils donnèrent alors,  mais ce n'est pas sur le terrain glissant de l'art corporel et/ou de la performance que je veux aller, oh que non.
Leur séparation, dont on ne sait pas vraiment si elle donna lieu à une étonnante performance ou si c'est cet ultime projet artistique qui engendra la dite rupture, fût à la hauteur de leur relation et de ce qu'elle eût de plus productif pour leur public : partis chacun d'une extrémité de la Grande Muraille de Chine, ils se retrouvèrent en son centre après six semaines de marche. Leur croisement devait signer la fin de leur relation, avant que chacun ne continue sa route, s'éloignant irrémédiablement de l'autre, à jamais.


Quelques années après leur séparation, le couple se retrouve, alors qu'Ulay s'invite lors de performances donnée par Marina au MoMa, en 2010, lors d'une rétrospective qui lui était consacrée. Au paroxysme d'une série d'interventions où Marina composa avec une empathie symbolique qui marquera les spectateurs alors présents, son ex se pointe, se pose en face d'elle, et...


... mais la réalité est un peu moins belle, bien évidemment.
Si l'on s'en tient à cette vidéo, aux commentaires glanés ici et là sur les internets, on aura donc l'impression qu'après des années sans se voir, Ulay débarque et que la reste n'est qu'émotion et belles choses. Aaaaaah !
Il semblerait qu'il n'en est rien et qu'Ulay avait participé notamment à plusieurs actions dans le cadre de la rétrospective, et qu'il avait assisté son ancienne dame sur diverses préparations en ce sens. A cette lumière, on se sentira un peu déçu, on en aura le droit, on pourra hurler à l'escroquerie, ou bien tout simplement s'en tamponner et se contenter de recevoir ce que ces deux-là ont monté, ont donné.
On voit bien ce dont a envie, finalement. A chacun de choisir.

Rien à voir, si ce n'est l'éloignement de certaines émotions artificielles, avec un film sorti de la cave humide des amis de Triptyque Films.
Samedi dernier, j'ai passé une petite heure à me sentir touché par l'étrange insularité qui émane de Physiopolis IV, leur dernier "documentaire mis en scène". Un curieux mélange d'images d'une île à l'histoire étrange, planquée quelque part au milieu de la Seine, où Cézanne et Zola séjournèrent, puis une ou deux générations de naturistes, avant que Guillaume Massart et Adrien Mitterand décident d'aller y chercher la matière d'un nouveau film.
C'est de l'étrange au sens de ce que l'on ressent (et pas au sens d'X-Files : oui on est sur île semi-oubliée, mais rien d'autre) qui habite ce film, et tout y a sa place.


PHYSIOPOLIS IV - bande-annonce from Triptyque Films on Vimeo.

Et j'aligne les mots, les phrases, les virgules et les parenthèses comme si tout cela pouvait avoir une importance.
Pendant ce temps là, Pacôme Thiellement, de son côté, démonte la tête du Baron Haussmann et propose une exégèse de la dépression. Quand on connaît un peu les champs cultivés par le bonhomme, on se doute que ça n'est qu'un des nombreux bouts de ficelle qu'il nous tend, et qu'il va falloir rembobiner, et rembobiner encore, pour découvrir l'immense pelote pleine de nœuds qui lui sert d'animal de compagnie.
Pâcome restitue quelques morceaux de tout ça sur plusieurs semaines au Monte-en-l'air, librairie-mais-pas-seulement qui sert de quartier général à tout ce qui est valable à Paris.
Cela s'intitule sobrement "Satan Trismégiste" et la résidence s'ouvrait sur une conférence inaugurale dont les gens de bon goût de chez Remue.nethttp://remue.net/spip.php?page=sommaire proposent une captation tout à fait digne d'intérêt :


"Satan Trismégiste", conférence inaugurale de Pacôme Thiellement avec Olivier Mellano from remue.net on Vimeo.

Dans un registre plus... jaune, peut-être : Oli (de TTDMRT), le sérigraphe préféré du label discographique suisse Svakt, passe deux fois la dernière couleur des impressions accompagnant la seconde référence du label, dans une vidéo que je voulais intégrer quelques lignes plus bas, sans succès. A moins d'aller sur votre page facebook et d'aller cliquer partout sur celle de TTDMRT.
Ce second disque est toujours tiré à 300 exemplaires, et ce weekend, il sera numéroté et signé, mis sous pochette plastique épaisse, agrémentée d'un sticker informatif, d'une carte de téléchargement de la version MP3 du morceau de près de vingt minutes proposé par Aoki Takamasa sur la face A du vinyl en question. Ce disque est évidemment préalablement inséré dans une pochette comportant le visuel (une photo de Momoko Seto déviée par Nancy Peña) ainsi que toutes les informations et crédits le concernant, lui-même calé dans cette grande impression vierge de tout texte, embelli de cette belle sérigraphie qu'on voit là, juste dessous :


Enfin, je vais de ce pas aller au lit pour relire (luxe suprême) le merveilleux, merveilleux livre de Ron Rege Jr édité en France chez Cornélius, "Skibber Bee-Bye". Ron Rege Jr n'est pas souvent publié en France, et ce petit livre sorti tardivement est un paradis en papier. Entre deux traductions, on peut se ruer sur ses bouquins ou sur son tumblr, par exemple.
Il y a des envies qu'il faut savoir écouter.
Et en parlant d'écouter, on peut écouter Ron faire de la batterie au sein de Lavender Diamond, on peut le voir aussi, comme dans cette vidéo récente :



Lire Ron Rege Jr avant de s'endormir stimule le bon sommeil, qui viendra en forme virer le sommeil foireux hors du pieu.
Satisfaction guaranteed.

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